POUSSIÈRES
LE RÈGLEMENT. — La suppression des poussières est exigée par l'article 6 du règlement général d'hygiène du 29 novembre 1904 ainsi conçu :
Art. 6. — Les poussières, ainsi que les gaz incommodes, insalubres ou toxiques, seront évacués directement en dehors des locaux de travail, au fur à mesure de leur production.
Pour les buées, vapeurs, gaz, poussières légères, il sera installé des hottes avec cheminée d'appel ou tout autre appareil d'élimination efficace.
Pour les poussières déterminées par les meules, les batteurs, les broyeurs et tous autres appareils mécaniques, il sera installé, autour des appareils, des tambours en communication avec une ventilation aspirante énergique.
Pour les gaz lourds
La pulvérisation des matières irritantes et toxiques ou autres opérations telles que le tamisage et l'embarillage de ces matières se feront mécaniquement en appareils clos.
L'air des ateliers sera renouvelé de façon à rester dans l'état de pureté nécessaire à la santé des ouvriers.
Au premier alinéa de l'article précédent, on voit que l'évacuation des gaz n'est prescrite que quand ils sont incommodes, insalubres ou toxiques, tandis que l'évacuation des poussières doit être réalisée dans tous les cas, sans aucune restriction.
On voit ausssi que cette évacuation doit être obtenue directement, au fur et à mesure de la production des poussières.
Pour les poussières légères produites dans le travail à la main, on doit employer une hotte, ou, si elle ne suffit pas, un autre appareil d'élimination efficace (embouchures ou claires-voies aspirantes); mais, quant aux appareils mécaniques produisant de la poussière, ils doivent tous être enveloppés dans un tambour.
Enfin la pulvérisation, le tamisage et l'embarillage, même effectués à la main, doivent se faire en appareils clos, s'il s'agit de matières irritantes ou toxiques.
Dans l'étude qui suit, nous avons observé les divisions qui se trouvent dans le décret.
Nousjustifions d'abord la nécessité de la ventilation directe, c'est-àdire localisée.
Nous examinons ensuite la ventilation des ma du nés enveloppées, qui est la plus efficace et la plus souvent appliquée : le travail en appareil clos n'en est qu'un cas particulier.
Nous étudions ensuite la ventilation du travail à la main par hottes, embouchures et claires-voies aspirantes, elc, et nous considérons enfin deux succédanés de l'évacuation des poussières : l'un, Yhumectation, qui permet de n'en pas produire; l'autre; l'usage des masques
POUSSIERES. -7—195
respiratoires, qui est un pis aller pour le cas où on ne peut rien l'aire de mieux.
En dernier lieu, nous terminons en examinant sommairement quelques points communs à tous les systèmes d'aspiration de poussières : dépression nécessaire, section et tracé des conduites, emplacement des ventilateurs, et enfin procédés de collection des poussières par chambres, cyclones ou filtres.
Nécessité de la suppression des poussières. — L'hygiène exige impérieusement la suppression des poussières, quelles quelles soient. Toutes ne sont pas toxiques, mais toutes sont insalubres et altèrent la santé des ouvriers qui les respirent. Celles qui sont coupantes et dures produisent les conioses les plus graves. Mais même celles qui sont molles entravent les fonctions respiratoires et véhiculent des germes infectieux.
Le mécanisme des altérations du poumon par les poussières est expliqué par Courtois-Suffit et Lévi-Sirugue. Leurs effels sont attestés par les statistiques de mortalité dans les professions à poussières, statistiques que nous avons reproduites et analysées à la page 51.
C'est la suppression des poussières que nous demandons et non pas seulement leur enlèvement. La poussière doit être captée avant qu'elle se répande dans râtelier. Quand elle s'y est répandue, l'ouvrier la respire, et il est trop tard. C'est en vain qu'on établit alors un ventilateur dans la toiture ou dans un mur. « Faire de la ventilation générale des salles en pareil cas, c'est enlever une partie de la poussière après que l'ouvrier a respiré l'autre. C'est comme si, ayant enveloppé une machine et aspiré soigneusement toutes ses poussières, on plaçait l'ouvrier dans le conduit d'évacuation qui les emporte au dehors (1). »
La ventilation générale doit donc être réservée pour le renouvellement de l'air vicié par la respiration des ouvriers.
Appliquée à l'enlèvemeut des poussières, elle peut diminuer la quantité de celles qui flottent dans l'air; mais ce qu'il en reste est suffisant pour altérer la santé des ouvriers, et l'amélioration obtenue est illusoire.
VENTILATION DES MACHINES ENVELOPPÉES. — Nous avons vu que l'évacuation directe et immédiate des poussières, — c'est-à-dire la ventilation localisée, — est prescrite par le règlement et réclamée par l'hygiène. Comment peut-on la réaliser?
La ventilation à l'intérieur d'une enveloppe est le vrai type de la ventilation localisée. L'enveloppe doit être aussi étanche que possible, et la chose est réalisable, car les seuls orifices qu'il soit nécessaire de laisser ouverts en permanence sont ceux qui servent au
(1) Leclerc dh: Pulliçny, L'hygiène dans les filatures de lin Bull, de l'Inspection du travail, 1903, nos 5 et G, p. 249.
chargement et au débit de la machine quand ce chargement et ce débit sont continus.
D'autres orifices peuvent être nécessaires au service, et on les fera aussi nombreux qu'il sera utile, mais ils seront fermés la plupart du temps; certaines parties qu'il faut voir recevront des glaces ouvrantes ou fixes.
Remarquons qu'il ne s'agit pas toujours d'aspirer des poussières dans l'enveloppe pour les rassembler ailleurs, mais souvent
Fig. 31. — Vue d'une carde ventilée par les procéch