BUÉES
deux toitures pourries se sont écroulées, heureusement à des heures où aucun ouvrier n'était présent.
Enfin, l'incommodité des buées n'étant pas contestable, leur enlèvement est exigé par l'article 8 du règlement du 29 novembre 1904.
Principes pour 1 'enlèvement des buées. — Puisque les buées se forment quand des vapeurs d'eau se répandent dans un air déjà saturé, on peut employer deux moyens ensemble ou séparément pour les supprimer : empêcher les vapeurs de se répandre dans l'atelier, empêcher la saturation de l'air. On retient les vapeurs en couvrant les bacs là où cela est possible, ou, dans le cas contraire, en les aspirant au point même où elles se forment, avant qu'elles se soient disséminées.
Quant à celles qui s'échappent malgré tout, on doit les recevoir dans un air qui ne soit jamais saturé quand elles y arrivent, de sorte qu'elles puissent s'y absorber au lieu de se résoudre en brouillard. Le plus sûr est que cet air soit assez chaud et fréquemment renouvelé : alors il est toujours relativement sec, et sa température élevée (20 à 25°) n'incommode pas les ouvriers. Pour éviter d'avoir à chauffer et à mettre en mouvement de trop grands volumes d'air, on a intérêt à soustraire l'atelier à toute cause de refroidissement.
Pratique de l'enlèvement des buées. — 1° Solutions inefficaces. — Hottes. — Les principes que nous venons de poser montrent que l'aspiration des buées par une hotte, visée à l'article 6 du décret du 29 novembre 1904, est généralement insuffisante à elle seule pour les faire disparaître. La hotte en évacue une certaine quantité, surtout si une aspiration efficace y est entretenue par un foyer ou par un ventilateur. Mais l'air froid qui vient du dehors remplacer celui qui est sorti rencontre de nouvelles vapeurs sur les bacs. Il se sature, et de nouvelles buées prennent naissance.
Ventilation ordinaire. Halls. Lanterneaux. — Tout système de ventilation basé sur une admission d'air froid est pareillement inefficace. Beaucoup d'industriels ont cru bien faire en établissant des ateliers vastes et très élevés, munis de lanterneaux supérieurs. Cette disposition rend le chauffage de l'atelier impossible ou très coûteux.
L'air qui le surmonte se refroidit énergiquement au contact d'une vaste surface de murs extérieurs et de toitures, et ce grand volume d'air constamment froid, surmontant des bacs d'eau chaude, est une véritable fabrique de buées. On a beau en évacuer une partie par des hottes ou même des ventilateurs, il s'en reforme constamment de nouvelles.
Braseros, poêles. — 11 ne serait pas davantage suffisant de réchauffer l'air de l'atelier, comme on le fait parfois, à l'aide de braseros ou de poêles. D'abord nous avons vu (p. 179) que les braseros sont inadmissibles à cause de l'oxyde de carbone qu'ils dégagent; mais même les poêles ne fournissent dans ce cas qu'un bénéfice illusoire.
Il est vrai que l'opacité de la buée diminue ou disparaît au voi-
sinage immédiat des appareils et de leur tuyau, parce que, la température de l'air s'élevant, ils peuvent contenir une quantité de vapeur plus grande. Mais, si le poêle est insuffisant pour faire régner une température uniforme dans latelier, la vapeur qu'il a échauffée circule et va se condenser en brouillard dans les parties froides du local, c'est-àdire presque partout. Si tout l'atelier est chaud, la saturation de l'air ne tarde pas à se produire, et les buées apparaissent. Au point de vue de l'hygiène, le remède est pire que le mal, car cette atmosphère chaude et saturée est plus pénible et plus malsaine que la buée froide (Voy. p. 219).
2° Solutions efficaces. — Parmi les solutions pratiques qui ont été adoptées jusqu'à présent dans l'industrie, nous en citerons quelquesunes où les principes que nous avons exposés sont appliqués plus au moins complètement, avec un succès au moins partiel.
Aspiration localisée. — Quelques teinturiers en pièces de Roubaix ont réalisé une amélioration réelle en disposant des hottes qui encadrent bien les bacs et en chauffant l'air de l'atelier au moyen de tubes à ailettes.
L'aspiration des buées a été tentée dans certaines filatures de lin anglaises ou belges, en fixant des gaines aspiratrices au-dessus des bacs à filer (1). Le môme essai a été fait en France dans des filatures de soie (2).
L'aspiration des buées au point de leur formation engendre une évaporation active et, par conséquent, une perte de calories : on doit donc la restreindre au minimum indispensable pour empêcher la dissémination des vapeurs. Cette méthode a l'inconvénient de ne pas enlever la vapeur d'eau provenant des gouttelettes projetées par le métier à filer.
Aspiration d'air chaud. — L'air chaud dissipe les buées d'une manière si visible que les ouvriers anglais disent qu'il mange la buée : ihe steam is eaten bij the hot air. L'aspiration doit se faire sans créer une dépression trop grande, pour ne pas renouveler trop rapidement l'air chargé de vapeur. On cite quelques installations réussies en Allemagne et en Angleterre (3). Chez M. Cosserat, à Amiens, on a placé trois ventilateurs dans le mur et au plafond ; l'air aspiré s'échauffe en circulant autour d'une batterie de tuyaux à ailettes avant d'entrer dans l'atelier. M. Vanoutryve (de Roubaix) aspire l'air au travers d'un coffre ajouré, renfermant un large tube de vapeur (4).
Dans certains cas, l'aspiration est aidée d'un refoulement.
Refoulement d'air chaud. — Dans une teinturerie de Dûren, on a obtenu de bons résultats en refoulant de l'air à travers une batterie
(1) Bull, de l'Association des industriels de France, 1897, p. 181.
(2) Bull, de V Inspection du travail, 1905, p. 104.
(3) Bull, de V Inspection du travail, 1906, p. 73.
(4) Comité des industries françaises de la teinture. L'élimination des buées, p. 48-52. 1 brochure de 60 pages, publiée par l'Union des Syndicats patronaux des industries textiles de France. Paris, 1907, 15, rue du Louvre.