DUREE
des arrêts et profondeurs auxquelles ils se font.
(*) Durée habituelle des plongées.
On voit que, quand la durée du séjour dépasse deux heures, la durée des arrêts est presque uniforme et qu'elle n'est pas loin de l'être pour les séjours de plus d'une heure (qui sont la règle en matière de caisson).
Nous proposons donc de retenir comme une amélioration très importante de la décompression la chute brusque de la moitié de la pression (absolue). La pression restante serait ensuite divisée en fractions de 0atm,3, et le temps accordé pour la décompression serait lui-même partagé dans le même nombre de durées égales, qui marquent autant d'arrêts.
Un nombre considérable de plongées ont été faites dans ces conditions sans aucun accident, et on a fait aussi un grand nombre d'expériences sur les animaux pour comparer les deux méthodes de décompression, celle qui procède par paliers et celle de la vitesse uniforme. La première s'est montrée très supérieure.
En résumé, il convient de retenir : 1° que la décompression doit être aussi longue que possible et d'autant plus longue que la pression à été élevée; 2° que le temps employé pour la décompression doit être compris dans la durée du travail ; 3° que la décompression doit toujours se faire sous le contrôle d'un contremaître ou d'un ouvrier responsable, tout au moins que le robinet de décompression ne doit pas pouvoir être ouvert plus qu'il ne convient ; 4° que le sas à air doit être chauffé ou que des vêtements chauds doivent être donnés aux ouvriers à l'entrée du sas.
Enfin, étant donné que des accidents se manifestent d'une manière tardive, on doit disposer sur le chantier dune écluse de recompression, où les ouvriers victimes d'accident puissent être remis sous l'influence de l'air comprimé (art. 13); c'est la meilleure manière de résorber les embolies gazeuses.
Robinets de sûreté. — On sait que la vitesse d'écoulement des gaz par une ouverture est sensiblement proportionnelle à la racine carrée delà différence de pression entre les deux milieux, c'est-à-dire que, si l'on représente cette loi par la formule V = K yH, on aura : V > V si H > H'. En d'autres termes, la chute de pression est d'autant plus accélérée que la différence de pression est plus grande, circonstance en complet désaccord avec la nécessité d'assurer une décompression plus lente pour les fortes pressions.
M. l'ingénieur en chef des ponts et chaussées De Volontat a combiné un détendeur automatique de pression, grâce auquel la section d'écoulement de l'air est toujours réglée d'une manière inversement proportionnelle à la différence de pression. Malheureusement l'appareil De Volontat est fragile, et, en hiver, la vapeur refroidie par la détente de l'air se transforme en glaçons qui obstruent l'étroit passage limité par l'obturateur.
Le même reproche peut être adressé à d'autres détendeurs, notamment à celui qui a été employé pendant la construction du tunnel du chemin de fer de Battery, à Brooklyn, et dont la description a élé publiée par le Gewerblich technischer Batgeber.
L'inconvénient reproché à ces appareils leur a fait préférer des robinets moins parfaits en théorie, puisque la section d'écoulement reste invariable pendant un temps donné, mais plus pratiques. Ces robinets sont munis de mannettes pourvues de crans d'arrêt, permettant d'arriver à l'ouverture finale par étapes.
Pour quelques-uns de ces derniers appareils, la position de butée ne peut être modifiée que par le surveillant et non par le ou les ouvriers se déséclusant, qui, eux, trouvent toujours l'opération trop longue.
M. Vallin recommande de régler en toutcas la section d'écoulement ou de débit du robinet, de manière que, si celui-ci est ouvert brusquement, par suite d'un accident ou d'une fausse manoeuvre d'un ouvrier trop pressé, la pression ne puisse tomber au niveau de la pression atmosphérique en moins de quatre minutes par kilogramme de pression.
Ventilation des caissons. — Le renouvellement de l'air des chambres de travail est particulièrement important. Il n'est pas seulement nécessaire aux tubistes, comme il l'est à tous les travailleurs, et ce n'est pas uniquement parce que leur travail les soumet à des conditions anormales et déprimantes que l'air pur leur est plus indispensable encore qu'à d'autres.
AIR COMPRIME. tf— 247
Plusieurs statistiques citées par Langlois (1) et Oliver (2) montrent que le coup de pression lui-même est fréquent là où l'aérage est défectueux, et qu'il devient rare quand le caisson bénéficie d'une ventilation énergique.
Aussi bien on ne trouvera pas exagérés les 40 mètres cubes par tête et par heure* que demande la Commission (art. 6), ni la limite de 1/1000, fixée pour le taux d'acide carbonique.
C'est pour les mêmes motifs qu'on demande une hauteur de lm,80 sous le plafond de la chambre de travail et aussi pour permettre aux ouvriers de se tenir debout.
Réalisation de la ventilation. — La présence de nombreux ouvriers dans un espace restreint, la consommation d'oxygène et la production d'acide carbonique causées par les lumières (quand l'éclairage n'est pas électrique), le dégagement de gaz délétères par les couches du sol traversées, l'introduction d'un air déjà impur, tout contribue à vicier l'air des chambres de travail.
Au début, le renouvellement de l'atmosphère est assuré par l'air comprimé lui-même ; la pression dans le caisson étant toujours un peu supérieure à celle qui serait strictement nécessaire pour empêcher la rentrée de l'eau, une certaine quantité d'air filtre à travers le terrain par-dessous le couteau, de sorte que, en réalité, ily a dans la cheminée et dans la chambre de travail une circulation d'air du haut vers le bas. Ces sorties d'air se traduisent parfois par de grosses bulles qui s'échappent au-dessous du couteau et que les ouvriers appellent des renards. Les renards produisent quelquefois des chutes brusques de pression qui offrent les dangers d'une décompression trop rapide.
Lorsque les caissons s'appuient solidement surun sol imperméable et lorsqu'ils traversent des couches d'argile, il n'y a plus desortie d'air, et l'aération doit être assurée différemment. La sortie d'air est même nécessaire pour que le caisson ne soit pas soumis à une pression trop forte pour sa résistance (éclatement du caisson). Généralement le maintien de la pression jugée nécessaire est assuré par des soupapes placées vers le haut de la cheminée et réglées convenablement. En faisant aboutir le tube du compresseur d'air dans la chambre de travail, l'aération se fait convenablement.
Ventilation des écluses. — La ventilation du sas à air n'est pas moins désirable ; cette ventilation doit se combiner, s'il y a lieu, avec le chauffage de l'air introduit. ngg
Très souvent le sas à air a un diamètre et une hauteur inférieurs à 2 mètres : il est presque toujours obstrué par les gaines d'évacuation
(1) Langlois, Rapporta la Commission d'hygiène industrielle. Bull, de l'Inspection du travail, 1997, p. 667.
(2) Loc. cit.
des matériaux et par l'ouverture de la cheminée conduisant à la chambre de travail.
De plus, tous les ouvriers tubistes voulant se faire écluser en même temps, il arrive que l'air s'y trouve très vicié.
Pour renouveler cet air, on peut ouvrir le robinet de compression en même temps que celui de décompression, mais beaucoup moins. Le branchement d'air comprimé peut traverser un réchauffeur à vapeur. C'est ce dernier procédé qui a été employé à Brooklyn.
Précautions contre les accidents corporels. — En dehors des mesures d'hygiène qui précèdent, nous n'avons plus à signaler, dans le règlement de la Commission, que quelques mesures de précaution contre les accidents corporels dont les ouvriers peuvent être victimes.
C'est d'abord l'obligation de mettre une soupape automatique sur le tuyau d'amenée d'air, pour qu'un arrêt du compresseur ne cause pas l'envahissement de l'eau dans la chambre.
De même, la pression de l'air introduit doit être réglée automatiquement (art. 11).
Si un ouvrier est pris d'un vertige causé par un « coup de pression » en sortant de l'écluse, il peut faire une chute dangereuse si les échelles et passerelles qui conduisent de l'écluse à la terre ferme ne sont pas organisées spécialement pour l'éviter (art. 8).
De même la montée par les échelles est souvent périlleuse, s'il manque des échelons, si la boue rend les barreaux glissants, si l'éclairage est insuffisant.
L'article 10 y pourvoit, et l'article 15 exige que tout le matériel dont dépend la sécurité des ouvriers soit soumis à une vérification hebdomadaire.
Enfin, si un ouvrier est frappé d'un coup de pression, il faut qu'il soit soigné efficacement. Il le sera grâce à une boite de secours et à une écluse de recompression (art. 13).
Aux grandes profondeurs, les ouvriers devront reposer une demiheure en sortant du caisson. En outre, ils seront groupés autour du chantier pour que le médecin puisse les secourir rapidement (art. 14).
Un projet de décret réglementant le travail dans l'air comprimé a été adopté en deuxième lecture par la Commission d'hygiène industrielle (Voy. plus loin).
Mais il convient d'observer que ce projet doit être encore soumis au Comité des arts et manufactures et au Conseil d'Etat, qui lui feront subir d'importantes modifications.