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Influence de l'âge. — L'âge est à lui seul un élément de morbidité, de sorte qu'il est indispensable d'en tenir compte, et, pour chaque nature de maladie, on divisera les cas relevés entre un certain nombre de catégories d'âges, par exemple de quinze à dix-neuf ans, de vingt à vingt-neuf ans, de trente à trente-neuf ans, etc. De même on répartira entre les mêmes catégories les ouvriers composant le groupe dont on dresse la statistique, et c'est en faisant dans chaque catégorie le quotient du nombre des cas de maladie par le nombre des ouvriers qu'on aura le coefficient de morbidité de chaque catégorie pour chaque cause. Pour comparer ensemble les morbidités de deux groupes d'ouvriers de la même profession, ou de deux professions distinctes, il faudrait calculer d'abord ce que serait la morbidité du second groupe s'il avait la même composition d'âge que le premier.
Morbidité par nombre de jours, de cas, de malades. — Avant de quitter les statistiques de morbidité, nous devons observer qu'on peut calculer la morbidité d'après le nombre des jours de maladie, d'après le nombre des cas de maladie ou d'après le nombre des
malades. Sommerfeld (1) préfère le nombre des cas de maladie «t fait observer que, si le travail est rare dans une profession, les ouvriers tendent à se faire porter malades et à demeurer malades plus longtemps. Cette circonstance peut seule expliquer les variations des dépenses d'une même caisse de maladie pour certaines années. De plus, la durée maxima des secours n'est pas la même dans les diverses caisses. m
Qu'est-ce qu'une maladie? — S'il n'y a qu'une manière de comprendre le mot mort, il y en a beaucoup pour comprendre le mot maladie. A quel caractère distinguer une maladie réelle, donnant droit à indemnité, d'une simple indisposition ou d'une infirmité?
« En vain, dit Bertillon, on étudierait les statuts des sociétés de secours mutuels pour y chercher ce qu'elles comptent comme jours de maladie ; on y trouvera bien les règles suivant lesquelles elles accordent ou refusent les indemnités ; mais il sera facile de reconnaître que, le plus souvent, ces règles n'expliquent pas les différences qui existent entre les différentes tables. La vérité est que les sociétés de secours mutuels, lorsqu'elles accordent une indemnité de maladie, attachent moins d'importance au texte de leurs règlements qu'à l'état de leur caisse. Si la société est riche, elle accorde des indemnités plus libéralement que si elle est pauvre. De là, et de là seulement, vient que les grandes mutualités anglaises, qui sont souvent très anciennes et généralement riches, donnent plus, de journées d'indemnité que les sociétés françaises, par exemple, qui sontobligées à une rigoureuse économie (2). »
CE QUE DOIT ÊTRE UNE STATISTIQUE DE MORTALITÉ. — Influence de l'âge. — Plus encore que les statistiques de morbidité, celles de mortalité sont influencées par la composition d'âge du groupe considéré. La mortalité dans les diverses catégories d'âge étant différente en raison de l'âge seul, nous allons montrer, par l'exemple de la statistique anglaise, comment on doit éliminer cette influence.
Tarr, Ogle et Tatham, les trois éminents statisticiens qui se sont succédé à la tête du service anglais de statistique, considèrent que la période de la vie qui s'étend de vingt-cinq à soixante-cinq ans est celle que la profession influence le plus au point de vue de la mortalité. Auparavant, son effet n'a pas encore eu le temps de se produire au point de causer la mort. Après soixante-cinq ans, ceux que leur profession a brisés l'ont déjà quittée et en ont adopté une autre, ou sont sans profession pour cause d'invalidité.
Tatham fait observer cependant que ces principes comportent de nombreuses exceptions. Les mineurs, les ouvriers de filatures et
(1) Tr. des mal. prof., p. 8.
(2) Jacques Bertillon, De la morbidité et de la mortalité par professions (Extrait de V Annuaire statistique de ta ville de Paris, 1885-1889).
quelques autres entrent à la mine ou à l'atelier plus jeunes que les autres travailleurs, et généralement leur capacité de travail commence à décliner plus tôt aussi. On ne peut donc pas fixer en terme* absolus les limites de cette capacité de travail dans chaque profession, mais la catégorie d'âge de vingt-cinq à soixante-cinq ans constitue un compromis aussi satisfaisant qu'aucun autre qu'on puisse proposer, et c'est par définition « la période moyenne d'activité de la vie » de la statistique anglaise.
Nous allons montrer maintenant qu'on ne peut pas comparer les mortalités globales correspondant à de longues périodes de vie sans risquer de commettre des erreurs importantes.
Ainsi, le nombre des années de vie (1) de tous les Anglais du sexe masculin âgés de quinze ans et au-dessus, pendant les trois années 1890, 1891, 1892, est de 26943327. Le nombre de décès survenus parmi eux pendant ces trois années est de 504 923, et le quotient de
ces deux nombres
représente la mortalité moyenne
26943 327 1000 de tous les hommes anglais de quinze ans et au-dessus pendant chacune des années considérées.
D'autre part, les nombres d'années de vie et de décès des fermiers anglais de quinze ans et au-dessus pendant la même période sont respectivement de 806982 et de 15800, dont le quotient, représentant la mortalité moyenne de ce groupe, est de 19,58, et l'on voit que la mortalité moyenne des fermiers est pins grande que celle de l'ensemble des hommes anglais.
Ce résultat semble étonnant a priori, la profession de fermier paraissant être une des plus saines qu'il y ait; mais il le devient encore davantage quand on compare les mortalités des deux groupes pour chaque catégorie d'âge. Ces mortalités sont indiquées dans le tableau ci-dessous :