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LA STATISTIQUE DE L'HYGIÈNE PROFESSIONNELLE

LES MONOGRAPHIES. — Jusqu'à une époque relativement récente, les seuls éléments d'information que l'hygiène industrielle pût utiliser consistaient dans les observations médicales que des praticiens célèbres ou obscurs avaient recueillies à diverses époques,

dans des conditions très variées de compétence, d'exactitude et de méthode.

Souvent ces observations concernaient des cas isolés, et ceux-ci ne s'étaient signalés que par leur gravité ou leur rareté. Quelquefois, au contraire, des accidents semblables, se présentant fréquemment dans une même localité, avaient appelé l'attention du médecin traitant. Prévenu, il avait recherché pendant quelques mois ou quelques années les cas similaires, en avait pu dépister même les manifestations légères et avait procédé à une sérieuse étude clinique de la maladie. Les confidences des victimes, le fait qu'ils appartenaient tous à la même industrie, laissaient généralement peu de doute sur le caractère professionnel des accidents. Quand le médecin arrivait à se procurer des renseignements sur les conditions hygiéniques du travail, la connaissance de ceux-ci fournissait une explication vraisemblable des faits. Si ce praticien disposait d'un laboratoire, il procédait à des expériences sur les animaux pour vérifier ses inductions. Observations cliniques, description du travail industriel, expériences de laboratoire, il publiait ensuite le tout dans unjournal de médecine ou envoyait une communication à un congrès; et c'est ainsi que s'est construite, petit à petit, l'hygiène industrielle. Dans des milliers d'observations isolées ou déjà groupées, de nombreux candidats au doctorat ont pris les éléments de thèses sur telle ou telle maladie, et les grands vulgarisateurs de l'hygiène professionnelle, Ramazzini, Fourcroy, Pâtissier, et plus récemment Layet, Proust, Napias, ont produit des œuvres remarquables et célèbres, en groupant dans une belle ordonnance les éléments extraits de tous ces travaux et en y ajoutant les résultats de leurs observations personnelles.

Ces traités classiques ont eu et ont encore la plus grande utilité. Ils fournissent une énumération complète des maladies professionnelles, font connaître les causes dont elles dérivent et indiquent les précautions à prendre pour les éviter. Patrons et ouvriers se trouvent prévenus. Dans les industries les plus insalubres, il est arrivé qu'ils ont tenu compte de ces avertissements, et, dans quelques cas, les conditions hygiéniques ont été sérieusement améliorées par l'initiative des intéressés.

En même temps, le progrès des idées démocratiques répandait des préoccupations généreuses dans les parlements d'Europe et d'Amérique, et tous les pays industriels adoptaient successivement des lois et des règlements destinés à protéger l'hygiène et la sécurité du travail, soit seulement celui des femmes et des enfants, soit aussi celui des ouvriers adultes (1). Et c'est dans les œuvres des maîtres

(1) Lois de 1874, 1892 et 1893 en France ; de 1877 en Suisse ; de 1878 et 1891 en Angleterre; de 1881 en Suède; de 1882 et 18 )0 en Russie; de 1883 et 1891 en Allemagne; de 1884 et 1885 en Hongrie et Autriche; de 1886 en Italie; de 1889 en Belgique et en Hollande, et de 1892 en Norvège.

de l'hygiène industrielle que le législateur a été chercher la liste des insalubrités les plus répandues dans les usines et celles des mesures prophylactiques qui doivent leur être opposées.

LES STATISTIQUES HOSPITALIÈRES. - A côté des statistiques fragmentaires dont on vient de parler, on peut placer un petit nombre de statistiques hospitalières, qui ont été dressées à diverses époques par quelques chefs de services dans les hôpitaux.

Celle du Dr Armand Gautier sur les cas de saturnisme traités dans les hôpitaux de Paris est célèbre, et elle a rendu les plus grands services en appelant sur les méfaits du plomb l'attention du corps médical, des autorités et du public. Mais, quand on lui demande d'indiquer la fréquence ou la gravité relatives du saturnisme dans les diverses professions ou aux diverses époques, on lui demande plus qu'elle ne peut donner. D'abord elle ne sait rien des malades soignés à domicile, et la proportion de ceux-ci peut varier beaucoup avec les professions et avec les époques ; d'autre part, un grand nombre de saturnins sont soignés à l'hôpital pour des maladies qui dérivent de leur intoxication, phtisie pulmonaire, affection du cœur, néphrite, etc., sans qu'il soit fait aucune mention de saturnisme sur le registre de l'hôpital ou sur le bulletin de décès. Il en est ainsi chaque fois que l'origine professionnelle de la maladie n'est pas évidente.

Mais, quand même tous les saturnins d'une profession qui passent à l'hôpital y seraient reconnus, on ne posséderait pas encore les éléments d'une statistique de morbidité par industrie, car il faudrait en outre connaître, pour le comparer au nombre des malades, le nombre des ouvriers valides de la profession, habitant dans le ressort de l'hôpital. Et ce n'est pas seulement par profession, mais par spécialités, qu'il faudrait établir ces statistiques hospitalières et professionnelles, car il arrive qu'une profession comprend des subdivisions nombreuses, qui comportent des degrés de salubrité ou d'insalubrité très différents.

On ne peut même rien inférer avec certitude de l'augmentation ou de la diminution, d'une année à l'autre, du total des cas de saturnisme ou de ceux qui se rapportent à telle ou telle profession. Ces variations peuvent être dues, au moins en parlie, à la variation de la proportion des ouvriers qui se font soigner chez eux ; à la variation de la population et du nombre absolu des ouvriers ressortissant aux hôpitaux considérés quand ils sont malades ; à la variation du nombre annuel des immigrants provinciaux, plus ou moins résistants ; à la variation de la proportion des alcooliques, des syphilitiques, des dégénérés, des déprimés, des surmenés, etc.

Les observations qui précèdent peuvent s'appliquer à toutes les statistiques hospitalières, aussi bien qu'à celle des saturnins. Comme tous les documents statistiques, ceux-ci peuvent rendre des services

à condition d'être utilisés avec les précautions convenables ; mais ces services seront toujours plus limités que ceux qu'on peut attendre du groupe des statistiques suivantes.

LES STATISTIQUES DÉMOGRAPHIQUES. — Comme nous l'avons rappelé, c'est dans les œuvres classiques des maîtres de l'hygiène que le législateur a été chercher la liste des mesures prophylactiques opposables aux insalubrités d'ordre général qui existent dans les ateliers ; ces mesures concernent la propreté des locaux, le renouvellement de l'air respirable, l'évacuation des poussières, des gaz et des vapeurs toxiques, l'interdiction de manger dans les ateliers, le port de vêtements de travail et l'obligation d'installer des vestiaires et lavabos pour assurer la propreté individuelle.

Si ces mesuresétaient rigoureusement et universellement observées, elles produiraient une amélioration extraordinaire de la santé des travailleurs. En ce qui concerne la prévention de la tuberculose notamment, elles réaliseraient la plus grande partie de ce qu'on peut attendre actuellement de l'hygiène, et il suffirait de leur adjoindre un très petit nombre de mesures particulières aux industries les plus dangereuses pour assainir également celles-ci.

Malheureusement, cette observation effective du règlement du 29 novembre 1904 n'a pu encore être obtenue que dans les grandes usines et dans la plupart des établissements de moyenne importance.

Les patrons de cette catégorie sont relativement peu nombreux et et peuvent dépenser l'argent nécessaire; de plus, le règlement qu'on leur demande d'appliquer n'exige en somme rien autre que les précautions déjà adoptées de leur propre mouvement par les industriels les plus riches et les plus généreux. En outre, dans la plupart des cas, l'inspecteur du travail peut démontrer au patron que l'assainissement demandé paye ses frais : soit en facilitant le recrutement du personnel sans augmentation de salaire, malgré la concurrence d'autres industries déjà assainies ; soit en augmentant la quantité ou en améliorant la qualité de l'ouvrage produit par l'ouvrier mis à l'aise ; soit en recueillant des poussières ou déchefs d'une valeur notable. On trouvera aux chapitres qui concernent Y assainissement du travail plusieurs exemples de ce genre.

Dans ces conditions, les chefs d'industrie ont cédé, et le progrès réalisé dans cette catégorie d'établissements est considérable. Mais, pour des raisons opposées, la résistance de la foule des petits patrons n'a pu être sérieusement entamée.

D'abord la moindre dépense est très lourde pour eux, ou leur paraît telle : ensuite il est difficile de transformer les vieilles bicoques que la plupart habitent et dont ils sont seulement locataires. L'insalubrité des ateliers voisins est équivalente, et ils n'ont aucune concurrence à craindre de ce chef pour le recrutement de leur personnel. L'ouvrier est surveillé étroitement et entraîné par le patron lui-même

qui travaille auprès de lui, aussi donne-t-il déjà son plein comme production et comme qualité ; d'autre part, la quantité de matière travaillée est trop minime pour que le patron puisse utiliser avantageusement les déchets récupérés. Enfin les établissements de cette catégorie sont trop nombreux pour que l'inspecteurpuisse les harceler efficacement, et, ne pouvant les atteindre tous, il a scrupule à n'en frapper que quelques-uns.

Si Ton se demande pourquoi le gouvernement n'entreprend pas une vigoureuse action judiciaire contre l'ensemble des délinquants, il est permis de penser que c'est parce qu'il sent que personne ne le soutiendrait jusqu'au bout dans cette lutte, ni les ouvriers dont il prendrait la défense en troublant leurs habitudes, ni les juges, ni l'opinion publique, ni même l'unanimité des hygiénistes ! Car l'hygiène industrielle nous enseigne bien que les prescriptions violées ont pour but de protéger la santé des ouvriers contre telle ou telle insalubrité qui s'est produite et peut se produire dans telle ou telle circonstance, mais quant à la fréquence ou à la gravité du péril que court de ce chef une population ouvrière déterminée, voilà ce qu'il faudrait alléguer, pour justifier des mesures coercitives et voilà ce qu'en réalité personne ne peut établir avec précision.

En somme, on peut dire que jusqu'ici les maladies professionnelles ont été parfaitement étudiées au point de vue qualitatif, mais qu'au point de vue quantitatif leur étude reste à faire, et c'est seulement aux statistiques démographiques que cette étude peut être demandée, c'est-à-dire à des statistiques de morbidité et de mortalité professionnelles à base étendue et à longue durée, observant un nombre considérable d'années de vie et portant sur des groupes professionnels bien définis, dont les maladies ou les décès sont enregistrés avec précision et exactitude.

Les sociétés de secours mutuels. — Les sociétés de secours mutuels sont assez nombreuses dans notre pays (1), et toutes dressent une statistique de leurs cas et jours de maladie pour le ministère de l'Intérieur ; mais la plupart ne s'inquiètent pas de la classification des invalidités par maladies causales ni par groupes d'âges, et celles qui les classent ne font pas ressortir les maladies spéciales à la profession, de sorte qu'elles ne peuvent fournir presque aucun renseignement sur la morbidité due aux conditions du travail.

Or, en dehors des intéressants tableaux de mortalité professionnelle qui ont été dressés pendant sept ans (1893-1899) et publiés à V Annuaire statistique de la ville de Paris (*2), il n'existe rien ou presque rien en France dans l'ordre d'idées qui nous occupe.

(1) On trouvera au chapitre VI quelques renseignements sur les sociétés de secours muluels dans notre pays. On verra qu'en y joignant le personnel des chemins de 1er et des mines, les mutualistes sont au nombre de plus de 2 500 000.

(2) Voy. p. 16 et 58.

Le recensement professionnel. — La statistique détaillée des professions, base de toutes les autres, a été faite pour la première fois en 1896, puis renouvelée en 1901. Ce recensement professionnel est un travail de haute valeur, qui a été poursuivi dans d'excellentes conditions d'exactitude et de méthode et qui peut nous fournir un point d'appui précieux, mais seulement un point d'appui.

Les registres de l'état civil. — En France, l'état civil enregistre tous les décès avec indication de la cause et de la profession ; mais nous ne croyons pas faire injure aux employés des mairies ni aux médecins de l'état civil en disant qu'ils s'inquiètent rarement de rédiger leurs inscriptions avec une exactitude rigoureuse. C'est dire que, même si on dépouillait les registres de l'état civil de la France pour quelques années en vue de classer les décès par professions et par causes, le vague des désignations, aussi bien pour les professions que pour les causes, rendrait difficile la tâche de faire rentrer les unes ou les autres dans une classification précise et rationnelle.

La statistique sanitaire des villes de France. — En somme, on peut dire qu'en France et en dehors de Paris la statistique professionnelle n'existe pas. Nous n'avons pour le reste de la France que la statistique sanitaire générale des villes de France publiée par le ministre de l'Intérieur. Cette statistique paraît mensuellement pour les villes de 30 000 habitants et au-dessus et annuellement pour celles-là et pour les autres, c'est-à-dire au total pour 615 villes de 5 000 habitants et au-dessus et pour 97 chefs-lieux d'arrondissement de moins de 5000 habitants. Pour toutes ces localités, on a le classement des décès sous 24 causes et sous 5 groupes d'âges (moins d'un an, de un an à dix-neuf, vingt ans à trente-neuf, quarante ans à cinquante-neuf, soixante ans et au-dessus). En outre, pour 71 villes de 30 000 habitants et au-dessus, on a la répartition dans chacun des groupes d'âge des décès classés sous 35 causes suivant une nomenclature arrêtée en 1900 par une commission internationale dans laquelle 26 États étaient représentés. C'est là un monument statistique du plus grand intérêt, mais où l'élément professionnel n'intervient aucunement : par conséquent, nous n'en pouvons rien faire pour l'objet qui nous occupe.

La statistique municipale de la ville de Paris. — La ville de Paris possède un service de statistique municipale dirigé par le Dr Jacques Bertillon, qui publie chaque année un important annuaire statistique. Pendant sept ans (1), de 1893 à 1899, cet annuaire a fourni

(1) Une réduction dans le personnel a rendu impossible de continuer cetteenquête, malgré son grand intérêt social.

16 LLCLERC DE PULLIGNY ET BOULIN

HYG. INDUSTRIELLE

des tableaux de décès par groupes d'âges et par causes dans vingtquatre professions.

Les groupes d'âges étaient :

De vingt à trente-neuf ans ;

De quarante à cinquante-neuf ans :

De soixante ans et plus.

Les causes distinguées étaient les suivantes :

Phtisie pulmonaire.

Autres tuberculoses.

Cancer.

Alcoolisme.

Méningite.

Maladies organiques du cœur

Apoplexie.

Ramollissement.

Paralysie.

Maladies des organes respiratoires.

Obstructions intestinales. Hernies.

Cirrhose du foie.

Néphrite et mal de Rright.

Suicides.

Autres morts violentes.

Autres causes de décès.

Toutes causes réunies.

Les professions distinguées étaient les suivantes :

Soie, tissus mélangés, passementerie, dentelles, etc.

Machines, mécaniciens, forgerons, taillandiers, etc.

Tourneurs sur métaux, etc.

Chaudronniers, étameurs, ferblantiers, etc.

Tanneurs, etc.

Serruriers.

Menuisiers, etc.

Maçons, tailleurs de pierre, etc.

Couvreurs, plombiers, etc.

Peintres, vitriers, etc.

Ébénistes, etc.

Tailleurs, etc.

Cordonniers et bottiers.

Coiffeurs.

Boulangers.

Imprimeurs.

Charretiers, etc.

Cochers de fiacre et d'omnibus de

louage, etc.

Chemins de fer.

Postes et télégraphes.

Épiciers, etc.

Fruits et légumes, etc.

Bouchers, etc.

Médecins et dentistes.

Pour connaître le détail des professions embrassées par ces rubriques, il faut se reporter au Dictionnaire des professions et à la nomenclature qui se trouve aux pages 81 et 99 du volume intitulé Résultats statistiques du dénombrement de 1 891 à Parts (1).

A Paide des tableaux de décès publiés par Y Annuaire statistique, appuyés des résultats du recensement parisien de 1886 et des mouvementsde Tétat civil à Paris de 1885 à 1889, le D1* Bertillon a publié, dans Y Annuaire statistique de 1 889, une importante étude sur la morbidité et la mortalité par profession à Paris (2). On y trouve une table de morbidité (la seconde qui ait été calculée en France) et une table de mortalité par profession (la première qui ait été calculée en

(1) Publications de la préfecture de la Seine, 1 vol. gr. in-8 de 849 pages, Paris,

(2) Il existe un tirage à part de cet intéressant travail (1 brochure in-8 de 55 pages). Paris, 1891, Imprimerie municipale.

France). On y compare les résultats obtenus à Paris avec les trois tables similaires calculées en Angleterre et en Suisse (1).

Dans Y Annuaire de la ville de Paris de 1 895, M. Bertillon a publié de nouveaux tableaux mis à jour, en tenant compte des résultats du recensement de Paris en 1891 et des mouvements de l'état civil en 1905.

La statistique des décès en Angleterre. — En Angleterre, les décès sont inscrits depuis longtemps avec mention des causes et des professions.

L'Angleterre et le pays de Galles sont partagés en 11 divisions. Chacune de celles-ci réunit un certain nombre de comtés, au nombre de 45 en tout, et chaque comté est partagé en districts d'état civil (Regislration districts), au nombre de 29 pour Londres et de 631 au total pour l'ensemble du pays.

En préparant le recensement de 1891 , le Dr Ogle, chef du service de la statistique anglaise, se proposa d'établir l'influence de certaines professions sur la santé et la longévité de ceux qui les exercent, et il résolut d'asseoir cette détermination sur une base statistique plus étendue qu'aucune de celles dont on eût disposé jusqu'alors.

A cet effet, on releva, sur les 631 registres des districts et pour les années 1890, 1891 et 1892, tous les décès des sujets masculins de plus de quinze ans, au nombre de plus de 500 000, et, par comparaison avec les chiffres de population du dernier recensement, on établit les taux de mortalité de 100 groupes de professions par catégories d'âge (15 à 20 ans, 20 à 25, 25 à 35, 35 à 45, 45 à 55, 55 à 65, 65 et au-dessus) et pour 24 causes de décès, savoir :

Influenza.

Alcoolisme.

Fièvre rhumatismale.

Goutte.

Cancer.

Phtisie (tuberculose pulmonaire).

Diabète.

Maladies du système nerveux.

Maladies valvulaires du cœur.

Anévrysme.

Autres maladies du système circulatoire. Bronchite.

Pneumonie.

Pleurésie.

Autres maladies du système respiratoire.

Hernie.

Maladies du foie.

Autres maladies du système de la digestion.

Maladie de Bright.

Autres maladies du système urinaire.

Saturnisme.

Accidents.

Suicide.

Autres causes.

Cet intéressant travail a été publié en 1897 (2).

(1) Nous avons reproduit les plus importantes de ces tables aux pages 59 et suivantes.

(2) Decennial supplément to the 55*1» annual report of the Begistrar gênerai, part II, by John Tatham M. A.M.D. Eyre et Spottiswoode, édit. à Londres.

Pour montrer quelle importance le service central attache à l'obtention de libellés précis dans l'inscription des causes de décès, nous indiquerons que ce service a adressé vingt-deux mille lettres à des médecins certificateurs dans la période décennale 1881-1890 pour leur demander de compléter ou d'expliquer des inscriptions insuffisamment claires. C'est ainsi que sur 4000 « péritonites » attribuées a des femmes en âge d'enfanter on a reconnu, dans plus de 1000 cas, qu'il s'agissait de

Traité d'hygiène. VII. — 2

18 LECLERC I)E PULLIGNT ET BOULIN. — HYG. LNDUSTRIELLE.

Là statistique anglaise des maladies professionnelles obligatoirement déclarées. — En outre de cette utile statistique de mortalité dont nous examinerons plus loin les résultats ipages 29 et suivantes), l'Angleterre a commencé depuis 1901 à dresser une statistique spéciale de la morbidité et de la mortalité des professions exposées à des intoxications industrielles.

Depuis VActde 1895 sur les fabriqués et ateliers, qui a été refondu le 17 août 1901 (1) et porte maintenant cette date, tout médecin qui soigne un malade atteint du charbon ou intoxiqué par le plomb, le phosphore, l'arsenic ouïe mercure doit, sous peine d'amende, en faire la déclaration à l'inspecteur des fabriques, s'il pense que la maladie a une origine professionnelle.

De même tout patron est tenu de prévenir à la fois le médecin certificateur du district et l'inspecteur du travail, si une des maladies énumérées ci-dessus se déclare dans son personnel.

Au reçu de cette déclaration, le médecin doit visiter le lieu de travail et le malade, comme en cas d'accident, et adresser un rapport à l'inspecteur.

lièvre puerpérale. C'est encore à des suites de couche qu'après enquête on a attribué 700 décès sur 3 000 inscrits comme a pyémie, empoisonnements du sang » ; une centaine sur 272 inscrits comme « hémorragie » ; la moitié sur 244 inscrits comme métrites ». De même, sur 3 066 enquêtes relatives à des « hydropisies », on trouva 51, lièvres scarlatines, 1662 affections du cœur, 641 maladies du rein et 333 autres maladies définies. Pour les 379 décès restants, on ne put pas déterminer la cause de l'hydropisie.

Sous la désignation de 2 946 '* tumeurs », on trouva, après enquête, 1 426 cancers, 92 .maladies vénériennes, 36 tuberculoses, 103 maladies de l'utérus et 952 autres causes définies : l'incertitude surlanaturedela tumeur n'a persisté que pour 337 cas.

(1) Voici,, d'après Y Annuaire de la législation du travail, l'article 73 de cette loi, qui règle la déclaration ob.igatoire des maladies professionnelles. Cet article est presque identique à l'article 29 de la loi de 1895 (art. 73) :

§ 1. Les médecins qui soignent ou qui sont appelés auprès d'un malade qu'ils présument atteint d'empoisonnement par le plomb, le phosphore, l'arsenic ou le mercure, ou anthrax, contractés dans une fabrique ou dans un atelier, devront (sauf dans le cas où la déclaration imposée par le présent alinéa aura été envoyée) faire parvenir à l'inspecteur en chef des fabriques, au Home Office, à Londres, une déclaration contenant le nom et l'adresse postale complète du malade ainsi que la maladie dont ce dernier est atteint de l'avis du médecin; ils auront droit, pour chaque déclaration envoyée en vertu du présent article, à une rémunération de 2 shillings 6 pence (3 fr. 15), qui sera payée comme partie des dépenses encourues par le secrétaire d'État dans l'application de la présente loi.

§ 2. Tout médecin requis, aux termes du présent article, d'envoyer une déclaration, qui néglige de la faire immédiatement, sera passible d'une amende de 4 shillings au maximum (5 francsj.

§ 3. Une déclaration écrite de chaque cas d'empoisonnement par le plomb, le phosphore, l'arsenic ou le mercure survenu dans une fabrique ou un atelier devra être immédiatement envoyée à l'inspecteur et au médecin certificateur du district ; les dispositions de la présente loi relatives aux accidents seront applicables, dans Chacun de ces cas, de la même manière que s'il s'agissait d'un accident prévu dans ces dispositions. , ' "

§ 4. Le secrétaire d'État peut, par ordonnance spéciale, étendre les dispositions du , présent article à toute autre maladie survenant dans 1-e s fabriques ou ateliers ; il' s'ensuivra que le présent article et les dispositions y rappelées seront applicables. ; ; .

Toutes ces déclarations sont centralisées au Home Office entre les mains du médecin inspecteur des fabriques [médical inspecter of factories), actuellement le distingué D' Legge, et servent à établir une statistique qui est publiée dans le rapport annuel de l'inspecteur en chef des fabriques (1).

La statistique de l'assurance obligatoire contre la maladie en Allemagne. — En Allemagne et en Autriche, les principales statistiques où puisse puiser l'hygiéniste sont celles des caisses de maladies qui ont été organisées dans ces deux pays respectivement par les lois des / 5 juin 1883 et 30 mars 1888. Nous expliquerons le fonctionnement de ces lois dans le chapitre VI consacré à la réparation des maladies professionnelles.

Bornons-nous à dire ici que l'affiliation à ces caisses est obligatoire pour tous les ouvriers des deux pays et qu'elles indemnisent non seulement les maladies professionnelles, mais toutes les maladies, quelles qu'elles soient, qui imposent aux travailleurs une incapacité de travail.

Pour montrer le parti qu'on peut tirer de ces statistiques, nous reproduisons aux pages 64 et suivantes les tableaux qu'en a extraits le Dr Sommerfeld dans son excellent Traité des maladies professionnelles (2).

Le grand tableau I se rapporte aux cas de maladie ayant entraîné une incapacité de travail chez les affiliés des caisses de maladie de Berlin en 1889, 1890 et 1891.

Les cas sont fournis pour 74 caisses de maladies appartenant à des professions ou groupes déterminés (caisses locales, caisses d'usines et caisses de corporations), groupant 853 429 affiliés, dont 648 619 hommes et 204810 femmes, avec 258680 jours de maladie pour l'ensemble.

Pour chaque caisse, les cas sont distribués entre les 15 groupes de maladies qui suivent :

Maladies infectieuses.

Saturnisme chronique.

Affections parasitaires (trichinose, gale, aphtes, helminthiase, etc.).

Influences extérieures (brûlures, congélations, chutes, coups, blessures, etc.).

Troubles du développement et de la nutrition (difformités, scrofulose, épuisement, sénilité, gangrène, cancer, anémie, hydropisie, diabète, goutte, etc.).

Maladies de la peau et des muscles.

Maladies des os et des articulations, y compris le rhumatisme chronique.

Rhumatisme seul.

Maladies du système vasculaire.

Maladies du système nerveux et des organes des sens.

Maladies des organes respiratoires.

Maladies des organes digestifs.

Maladies des voies génito-urinaires.

Maladies des organes génitauxde la femme y compris les accouchements et les fausses couches.

Maladies indéterminées ou non renseignées.

(1) Le premier rapport du Dr Legge réunit les renseignements relatifs aux années 1901, 1-902, 1903. -

(2) Traité des maladies professionnelles, par le Dr Théodore Sommerfeld, médecin à Gharlottenbourg, traduction française, 1 vol. in-8 de 478 pages ; Bruxelles, 1901, Alfred Castahme, éditeur.

Pour chaque caisse, pour chaque maladie et pour chaque sexe, le tableau donne : 1° le nombre absolu des cas de maladie; 2° la proportion pour 100 de ce nombre au nombre total des cas de toutes les maladies réunies pour cette caisse ; 3° la proportion pour 100 de ce nombre au nombre des affiliés.

A la suite de ce premier tableau s'en trouve un autre (tableau II a) indiquant pour 83 caisses et pour chaque sexe la morbidité, la mortalité et la durée moyenne des cas de maladie de 1889 à 1895.

Puis vient un tableau II 6, donnant la liste de ces 83 caisses classées d'après le degré de morbidité calculé sur 100 affiliés, puis un tableau Ile classant ces 83 caisses d'après la durée de chaque cas de maladie, ayant entraîné une incapacité de travail.

On trouve aussi un tableau synoptique II d indiquant pour 12 groupes principaux d'industries le nombre des affiliés aux caisses, le nombre de cas et le nombre de jours de maladie, le nombre de décès, la morbidité pour 100, la mortalité pour 100 et la durée moyenne des cas de maladie; puis un tableau III a indiquant pour 31 professions importantes le nombre d'affiliés aux caisses locales, le nombre de décès par tuberculose pulmonaire et le nombre de décès par toutes les affections respiratoires ensemble, y compris la tuberculose, ces nombres de décès étant rapportés d'abord à 100 affiliés et ensuite à 100 décès.

Enfin un tableau III b classant les diverses professions d'après la fréquence de la tuberculose pulmonaire comme cause de mortalité sur 100 décès.

Le rapport du professeur Kaup au Congrès de l'association internationale pour la protection légale des travailleurs de Bâle, en 1904, comprend aussi d'intéressants renseignements empruntés à la statistique des hôpitaux de Vienne et à celle des caisses de maladie d'Autriche (1).

CE QUE DOIT ÊTRE UNE STATISTIQUE DE MORBIDITÉ. — Les faits à inscrire. — Pour qu'une statistique de morbidité puisse fournir des renseignements utiles sur l'insalubrité relative des divers professions, il faut qu'elle satisfasse à certaines conditions.

D'après Sommerfeld (2), elle devra enregistrer toutes les maladies du groupe professionnel considéré, quelles qu'elles soient, que ces maladies soient en relation avec la profession ou non, à condition qu'elles aient produit une incapacité de travail.

On enregistrera à part les incapacités dues à des accidents, et on n'inscrira pas les indispositions légères n'ayant donné lieu

(1) Rapport publié au Bull, de Vlnspection du travail, 1904, nos 5 et 6, page 405.

(2) Sommerfeld, Traité des maladies professionnelles.

à aucune incapacité, même si elles ont motivé des soins médicaux. Pour les inscriptions, Sommerfeld conseille l'emploi de la formule suivante :

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