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COMITÉ CONSULTATIF D'HYGIENE PUBLIQUE DE FRANCE

Hygiène industrielle et professionnelle.

Fabrication et manipulation du plomb.

M. le Dr Brouardel, rapporteur.

(Séance du 28 août 1882.)

M. le ministre du Commerce a soumis à l'examen du Comité consultatif d'hygiène publique deux rapports lus au Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine par M. Armand Gautier, l'un sur l'empoisonnement saturnin à Paris, l'autre sur la fabrication de la céruse et du minium à Clichy. Ce dernier rapport est suivi d'une instruction relative aux précau-

tions à prendre dans les usines, ateliers, chantiers, etc., où Ton se livre soit à la fabrication, soit à la manipulation du plomb et de ses divers composés. Cette instruction, rédigée par M. A.Gautier, rapporteur au nom d'une commission composée de MM. Hillairet, Ollivier, Villeneuve, Cloetz Desains, a été approuvée par le Conseil d'hygiène.

Votre commission partage en tous points les opinions émises dans ces deux rapports sur les dangers que présentent les industries clans lesquelles les ouvriers manient le plomb et ses divers composés ; elle donne donc sans réserve son approbation aux recommandations faites par les membres du Conseil d'hygiène.

Elle désire que les prescriptions et les recommandations inscrites dans l'instruction rédigée par ce conseil soient rendues obligatoires pour toute la France. Mais, avant de présenter ce vœu à M. le ministre du Commerce, le Comité a pensé qu'il y avait lieu de distinguer, dans l'instruction adoptée par le Conseil d'hygiène, les prescriptions que l'on peut rendre obligatoires et les recommandations que l'on peut adresser aux patrons et aux ouvriers, mais qu'il serait difficile de soumettre aune sanction pénale.

C'est en se plaçant à ce point de vue que le Comité a l'honneur de proposer à M. le ministre l'adoption du règlement suivant :

Règlement relatif aux précautions à prendre dans les usines, ateliers, chantiers, etc., où on se livre soit à la fabrication, soit à la manipulation du plomb et de ses divers composés.

Article premier. — Ces usines ou ateliers seront disposés de façon à ce qu'ils soient facilement ventilés, balayés, lavés à grande eau dans toutes leurs parties.

Art. 2. — Les opérations de l'écaillage, de l'épluchage et de l'écrasage de la céruse et du massicot seront faites sous l'eau ou sur des matières sortant de l'eau et ruisselantes.

Art. 3. — Les broyages et blutages de la céruse, du massicot et du minium seront faits dans des appareils clos à parois de tôle rivée.

Art. 4. — Les raclages, cassages, broyages, moutures, brossage de ces substances seront opérés mécaniquement.

Art. 5. — Les manipulations directes avec jet à la pelle, les transports en chariots ou brouettes ouverts sont interdits pour les matières sèches.

Art. 6. — Les fours à calcination ne peuvent être construits dans les ateliers qu'à la condition que des dispositions spéciales assureront l'entraînement au dehors de toute poussière ou fumée plombique.

Art. 7. — Toutes les semaines, les charpentes, murs, planchers des ateliers seront lavés à grande eau pour enlever toutes les parcelles toxiques.

Art. 8. — Un tuyau de conduite alimentant des robinets en nombre suffisant sera établi à la sortie des ateliers, de façon que les ouvriers puissent sans difficulté procéder aux soins de propreté, chaque fois qu'ils doivent cesser leur travail.

Art. 9. — Aucun repas ne pourra être pris dans l'intérieur de l'usine.

Art. 10. — Un registre spécial sera tenu par le médecin indiquant tous les huit jours l'état de santé de chaque ouvrier, son origine, ses précédents pathologiques, ses occupations antérieures dans la fabrique, la nature de son travail actuel.

Art. 11. — Tous les patrons ou chefs d'usine, d'ateliers, de chantiers, où

Ton manie le plomb et ses composés feront afficher le présent règlement dans leurs ateliers.

Conseils aux patrons et ouvriers qui manient le plomb ou ses composés. — Le plomb et ses nombreux composés solubles ou insolubles sont vénéneux, même par leur simple contact avec la peau, mais surtout lorsqu'on respire ou avale les poussières qui contiennent ce métal; les patrons et ouvriers doivent donc, dans un intérêt commun, prévenir tout dégagement de composés plombiques à l'état de poussière et éviter tout contact direct inutile avec le plomb et ses préparations.

L'emploi de l'huile dans la fabrication de la céruse diminue d'une façon très efficace les inconvénients constatés dans la fabrication de la céruse à sec ou à l'eau.

Les ouvriers doivent se laver la figure, les narires, la bouche, se frotter les mains, les avant-bras, les sillons des ongles avec du sable ou de l'argile avant chaque repas pour ne pas avaler des sels de plomb en même temps que leur nourriture.

Dans le même but, ils doivent changer de vêtements en quittant l'atelier et ne jamais prendre leur repas avec leurs vêtements de travail. Les bains sulfureux ou savonneux pris toutes les semaines sont fort utiles.

L'alimentation des ouvriers qui manient le plomb doit être substantielle.

Tout excès alcoolique est pour l'ouvrier de ces fabriques particulièrement dangereux. Il suffit à provoquer ou à faire reparaître des accidents plombiques.

Dès le début d'un accident, l'ouvrier doit s'adresser au médecin. Celui-ci mettra au repos temporaire tout ouvrier chez lequel il trouvera soit le liséré bleu des gencives, l'acidité de l'haleine, la colique sèche ou tout autre symptôme d'origine saturnine.

Si ces accidents se reproduisent ou s'il y a déjà paralysie des extrémités de l'avant-bras, le médecin devra prononcer le renvoi définitif de l'ouvrier incapable, sans danger, de reprendre son travail.

On ne saurait conseiller l'usage banal de l'iodure de potassium comme préservatif; ce médicament ne doit être pris que sur le conseil du médecin, seul juge de l'opportunité de son emploi.

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