TESTICULES RUDIMEHTAIRES
§ 68. 1° Nous avons vu qu'à un certain échelon de l'empire des êtres organisés , la force inhérente à la féminité suffit pour former des corpuscules reproducteurs et conserver l'espèce
(1) hoc. cit., p. 26.
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( § 43, 44). Il n'implique pas contradiction d'admettre qu'entre le degré où l'ovaire engendre immédiatement des œufs et celui où il ne peut y parvenir qu'avec le concours du produit d'un testicule , en existe un antre intermédiaire où l'ovaire lui-même forme non seulement l'embryotrophe ., mais encore le sperme fécondant , où par conséquent l'organe femelle , qui renferme en lui-même la force inhérente à la masculinité , dans les cas de monogénie , produit aussi la substance masculine sans organe mâle. Chez quelques Vers, les Aphrodites par exemple , un suc lactescent , et chez plusieurs Acéphales , tels que les Mytilus, les Anodonta , etc., un liquide jaunâtre ou blanchâtre , qui existe, conjointement avec les œufs , dans les ovaires , est regardé comme étant du sperme. Cavolini prétend qu'il y a aussi du sperme renfermé dans la membrane de l'ovaire des Perches et du Labrus channa. Cependant ces conjectures ne reposent point sur des faits précis, si l'on excepte l'existence desCercaires, qui ne paraît point être encore, par elle-même , une preuve suffisante (§ 84). La propagation peut être ici le résultat d'une génération solitaire, et l'hypothèse précédente n'a pas beaucoup de probabilités en sa faveur ; car il serait bien difficile qu'un suc produit dans le même organe que les œufs eût un caractère assez différent du leur pour pouvoir exercer sur eux une influence fécondante , en vertu de l'antagonisme qu'il établirait. Mais nous reviendrons plus loin sur ce point.
29 Comme on peut concevoir du sperme sans testicules , de même aussi il y a peut être des testicules sans sperme. La nature ne s'élevant que par gradation d'un produit à un autre , il est possible qu'au point marquant la transition entre des êtres privés', de. sexe et ceux qui jen sont Jpourvus , elle crée, en même temps que les organes femelles , d'autres organes qui aient seulement la forme des testicules , sans en remplir la fonction , qui possèdent la seule apparence , mais non l'essence du sexe masculin. Ce serait en quelque sorte un premier essai de sa part pour produire une forme supérieure , ou bien encore ce serait le rudiment d'un degré plus élevé d'organisation qui apparaîtrait chez un être inférieur. Ainsi on rencontre , dans beaucoup de plantes cryptogames , des or-
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ganes qui , semblables en cela à des parties constituantes de fleurs, ont une contexture particulière, sans produire de fruits , et ressemblent en partie aux organes floraux mâles , sans cependant contenir de pollen , ni opérer de fécondation. Ce sont les paraphyses et autres formations analogues. On trouve souvent de ces filamens entre les sporocystes des Hyménomycètes. Dans les Fucus, ils forment la couche qui enveloppe les spores , et favorisent leur développement. Dans certaines Fougères, on les trouve entre les ovaires, ou les organes appelés capsules , sous l'apparence d'utricules formés de fibres spirales et contenant de l'air. Dans quelques Hépatiques, ils entourent les sporanges sous la forme de globules pédicules, qui contiennent une substance mucilagineuse et granuleuse. Les Mousses ont , indépendamment de paraphyses articulées , des corps claviformes , ou de fausses anthères , représentant des utricules pleins d'une masse muqueuse et granulée , et l'on remarque que les Mousses dans lesquelles ces fausses anthères sont voisines des sporanges, demeurent stériles, tandis que celles dans lesquelles ces deux sortes d'organes sont éloignés les uns des autres , ont la faculté de se propager (1). Dans certains Rhizospermes , tels que les Marsilea et Azolla , les anthères sont encore fort équivoques, il en est de même chez plusieurs Naïades, où les enveloppes florales manquent , et où les organes qui semblent appartenir au sexe masculin sont fort éloignés de ceux du sexe féminin , et renferment des filamens confervoïdes , etc. Si l'aiguillon qu'on a vu chez une Filaire, ou si les tentacules qui garnissent la bouche des Hamulaires (2) devaient être considérés comme des organes de génération , sans qu'on pût démontrer de testicules, nous aurions ici quelque chose d'analogue dans le règne animal.
En disant que ce sont là des essais de la nature, des rudimens d'une organisation plus parfaite chez des êtres inférieurs, nous n'employons qu'un langage allégorique, dans la seule
(1) Sprengel , Anleitung zur Kenntniss der Gezvœchse , t. II , p. 75. — Nées , Handbuch der Botanik , t. II , p. 239.
(2) Rudolphi , Entosoorum historiq naturalisa t. J, p. 285.