SPHÈRE MÉDIANE DES ORGANES SEXUELS FEMELLES
6° Dans la série qui vient d'être examinée (l°-5°), la portion qui produit et celle qui joue le rôle d'organe évacuateur vont toujours en se détachant de plus en plus l'une de l'autre. Leur séparation réelle a lieu chez les animaux supérieurs. Ici l'oviducte n'est plus continu avec l'ovaire; il s'en est détaché , et il commence par une ouverture en forme d'entonnoir , c'est-à-dire qu'il a la forme d'une trompe. C'est là l'expression de l'antagonisme le plus prononcé entre la sphère interne et la sphère médiane du système génital. D'abord l'ovaire ne laisse à l'oviducte d'autre fonction que celle d'entraîner son produit (§ 58) ; mais plus tard il lui abandonne en outre le soin de conserver ce même produit (§ 59). Cette séparation ne s'observe que chez les animaux vertébrés ; les Raies , les Squales et les Chimères sont les seuls Poissons chez lesquels elle se rencontre ; mais elle a lieu chez tous les Reptiles , Oiseaux et Mammifères , sans exception.
Tout en reconnaissant que la séparation se rattache au plus haut degré de développement , à celui qui fait jouir enfin l'ovaire d'une existence libre et indépendante, il nous reste à savoir quelles sont les conséquences qu'elle entraîne pour la vie des organes génitaux. Car, chaque disposition organique ayant des résultats qui lui sont propres , eu égard à la vie , qui en est le but final , nous sommes fondés à rechercher l'utilité que peut avoir celle dont il est question. Mais ici l'analogie nous abandonne , et nous ne trouvons rien de semblable dans d'autres organes. A la vérité , on pourrait jusqu'à un certain point la comparer à la séparation du larynx et de la cavité nasale , ou à celle de la glande lacrymale et des conduits lacrymaux ; mais , dans ces deux cas , entre les organes séparés s'en trouvent d'autres qui sont en conflit d'action et de réaction avec eux , tandis qu'il n'y en a point entre l'ovaire et l'oviducte. Partout où cette séparation existe, on ne voit que la digénie , l'accouplement. La digénie repose sur une séparation des organes coagissans , telle qu'on n'en observe de semblable dans aucun autre système. Ces organes sont répartis sur des individus différens, chez lesquels ils reposent, et n'acquièrent une vie plus active que dans certains momens ; mais leur activité plastique proprement dite ne se
manifeste que pendant l'union des individus. Peut-être l'ovaire et l'oviducte ne sont-ils séparés l'un de l'autre qu'afin que , dans les momens où ils entrent mutuellement en relation , une influence organique qui leur est étrangère à toute autre époque , exalte d'autant plus vivement leur vitalité. Chez les derniers des animaux qui se rangent ici , cette relation mutuelle n'est mise en jeu que par les œufs ; l'oviducte est fort éloigné de l'ovaire dans les Grenouilles , et il ne paraît pas pouvoir s'en rapprocher dans les E.aies , non plus que dans les Squales. Les Oiseaux et les Mammifères sont les seuls'chez lesquels le rapport mutuel des deux organes devienne plus intime au moment de la génération. Que l'accouplement ait lieu chez des animaux invertébrés sans que cette séparation existe ', ce n'est point là une circonstance qui renverse notre conjecture ; car d'un côté, on observe parfois aussi la monogénie chez ceux même qui sont le plus évidemment pourvus de sexes , l'Abeille , par exemple ; d'un autre côté , la sexualité acquiert toute sa portée , et l'accouplement sa pleine et entière importance, chez les êtres placés aux échelons supérieurs du règne animal.
§ 95. Sous le rapport de sa configuration générale, nous voyons l'oviducte , tantôt homogène , c'est-à-dire sans distinction essentielle et profonde de parties subordonnées (§ 96) , tantôt hétérogène , c'est-à-dire constituant un système de parties bien distinctes les unes des autres (§ 107).
A. Ovichicte homogène.
La première de ces deux formes principales se retrouve partout où l'oviducte est continu avec l'organe producteur (§ 96, 97) ; on la rencontre chez les derniers animaux de la catégorie supérieure , dans laquelle l'oviducte est séparé de l'ovaire (§ 99).