DURÉE DE INACTION DES ORGANES GÉNITAUX
vite ne fait qu'un avec l'organe chargé d'accomplir la fonction (§ 52) , la formation des œufs se répète au même endroit; après qu'ils ont quitté le lieu qui les avait vus naître , d'autres se reproduisent dans le même espace. La durée plus ou moins longue des intervalles ne constitue point une différence essentielle ; par exemple , chez les Insectes qui engendrent plusieurs fois , l'ovaire reste vide pendant des mois entiers , avant de recommencer à former des œufs ; mais , chez ceux qui n'engendrent qu'une seule fois dans le cours de leur vie , l'extrémité en cul-de-sac produit la substance reproductive , et à mesure que celle-ci avance dans le canal , il se forme dans le même espace de nouvelle matière destinée à d'autres œufs.
2. Le testicule reste constamment au degré que l'ovaire occupe dans la plus inférieure de ses formes seulement, et cela surtout chez les animaux dont la faculté procréatrice se rattache à des périodes déterminées , de manière qu'il ne sécrète rien hors de l'époque du rut, et qu'il ne reprend ses fonctions qu'à l'approche de ce moment. L'homme est le seul être chez lequel il n'y ait point ainsi d'interruptions déterminées ; mais, en qualité d'organe sécréteur, le testicule, après chaque émission de sperme , en reproduit de nouveau dans le même espace.
§ 146. 1° A un degré mitoyen, où l'ovaire tantôt a une cavité distincte de l'endroit où s'accomplit sa fonction (§§57, 58) , tantôt n'a point de cavité commune , mais manque aussi d'oviductes (§ 60) , ce n'est point la formation d'œufs au même endroit , mais bien la production de laboratoires qui semble se répéter. Ici il n'y a point de cellules déterminées et permanentes dans la paroi ; mais les cellules s'y forment peu à peu , se développent simultanément avec les œufs produits par elle , et paraissent s'oblitérer après l'expulsion de ceuxci , en sorte qu'il faut que de nouvelles cellules se développent à la génération suivante.
2° Sous leur forme la plus parfaite (§ 61) , au contraire , les ovaires ne produisent qu'une seule fois. Dès le commencement de la vie , il se forme un nombre déterminé de cellules , qui n'augmentent plus en quantité , et qui ne font que se développer peu à peu , jusqu'à ce qu'elles ne puissent plus em-
DURÉE DE t'ACTION DES ORGANES GENITAUX. 247
brasser leur produit , arrivé lui-même à maturité , après quoi elles se flétrissent irrévocablement. Chacune d'elles ne peut non plus former qu'un seul œuf pendant tout le cours de la vie. La vésicule d'un ovaire complet existe donc dès l'origine ; elle ne sert qu'une seule fois à la génération , pendant la durée entière de la vie , et elle consume toute la force qui lui est inhérente pour former un individu. Dès lors le nombre des vésicules originairement produites indique le plus grand nombre de fruits qui puissent être engendrés. Ainsi, par exemple , on a compté deux cents vésicules dans les jeunes Larus ridibundus , trois cents dans le Vanneau , et cinq cents dans la Poule ; il y en a seize à vingt-quatre ordinairement dans la Brebis, et quinze à trente chez la femme.
§ 147. L'ovaire creux , dans lequel s'effectue une formation répétée et périodique (§ 145) , sert de point de réunion et de réservoir à plusieurs œufs, qui, généralement parlant, se développent d'une manière simultanée , et sont expulsés ensemble, la plupart du temps en grand nombre. Au contraire , dans l'ovaire plein et muni d'un oviducte (§146, 2°), les vésicules et les œufs se développent plus isolément les uns des autres , et se succèdent à de plus longs intervalles ; il n'y a qu'un œuf produit et pondu à la fois, ou bien le nombre de ces œufs ne dépasse pas vingt, La force génératrice qui ne s'exerce ainsi qu'à produire simultanément un petit nombre de fruits , agit, non point périodiquement et avec des interruptions, comme dans le premier cas , mais d'une manière continue , c'est-à-dire que, quand une vésicule se flétrit, une autre mûrit , une troisième approche de la maturité , etc. Cependant cette différence est purement relative. En effet :
1° Chez tous les animaux qui vident d'un seul coup leurs ovaires creux et pondent à la fois un grand nombre d'œufs , ceux-ci sont inégaux en volume et en développement dans les ovaires ; les plus anciens paraissent ne pouvoir acquérir qu'un certain degré de développement, et s'y arrêter jusqu'à ce que les plus jeunes, arrivés au même point, sortent avec eux. Cette inégalité a lieu chez les Insectes (1) , ceux même
(1) Hegetschweiler , loc. cit., p. 17.
MS DIFFÉRENCE t$S SEXES.
qui ne pondent qu'une seule fois en leur vie , les Crustacés (1), les Poissons, par exemple, les Raies, les Squales, les Chimères (2) et les Truites (3) ; les Urodèles (4) , enfin les Anoures. Elle ne devient moins frappante que quand la surface vivante d'où part la formation des œufs aune très grande étendue et commence cette formation sur un grand nombre de points à la fois , par exemple chez la plupart des Poissons osseux, tels que les Brochets, les Carpes, etc.
2° Pendant qu'un certain nombre d'œufs se développent chez ces animaux, qui pondent plusieurs fois dans le cours de leur vie , il s'en forme déjà de nouveaux destinés , quand ceux-là sont mûrs et ont été amenés au dehors , à constituer la portée prochaine. Ainsi Rœsel (5) a distingué , dans de jeunes Écrevisses , outre des œufs mûrs , d'autres œufs non encore développés, qui appartenaient à la seconde , ou peut être même à la troisième portée , tandis que , chez des individus plus avancés en âge , tous les œufs étaient d'égale grosseur au commencement de la ponte. Si cette observation peut inspirer quelque défiance, il est plus certain que , chez les Poissons (6), les Urodèles (7) et les Anoures (8) , des œufs non à maturité restent dans l'ovaire , après la ponte , pour l'année suivante. Cependant il y a encore quelques différences à cet égard; car les ovaires produisent proportionnellement d'une manière plus continue, et les œufs produits ne sont pas pondus en aussi grand nombre à la fois chez les Urodèles que chez les Anoures.
§ 148. Il reste encore à savoir si, à un certain degré d'organisation , la force procréatrice sexuelle est assujettie à des
(1) Rœsel, Insektenbelustigungen , t. III , p. 333. (2)'Cuvier, Anat. comp., t. V, p. 61.
(3) Carus, Traité d'anat. comp., t. II, p. 396.
(4) Rathke, Beitrœge zur Geschichte der Thierwelt , 1. 1, p. 29.
(5) Insektenbelustigungen , t. III , p. 333.
(6) Rathke, loc. cit., t. II, p. 478.
C7)Ibid., t. I, p. 29.
(.8) Annales des se. nat. , t. II, p. 104.
variations, de manière que le même individu qui aujourd'hui appartient à un sexe , prenne dans un autre temps le caractère et l'essence de l'autre sexe ; c'est-à-dire si , indépendamment de l'hermaphrodisme qui se rattache à l'espace ( § 149 ), il y en a un aussi qui tienne au temps.
1° On trouve évidemment chez les végétaux quelque chose qui se rapproche de .celte disposition. La plupart des plantes phanérogames sont effectivement homogames, c'est-à-dire qu'elles possèdent simultanément les deux organes sexuels en plein et entier développement. Mais plusieurs d'entre elles sont dichogames , c'est-à-dire que leurs fleurs ont un hermaphrodisme incomplet , les deux parties génitales se développant l'une après l'autre , de manière que d'abord ces végétaux appartiennent en réalité à l'un des sexes , et ne font,que porter en eux le germe de [la force inhérente à l'autre , tandis que plus tard ils montrent celui-ci dans son plein développement, l'activité de l'autre s'étant éleinte. Ici donc la fécondation ne peut point s'opérer dans une seule et même fleur ; elle n'est possible que par le concours de deux fleurs d'âges différens. Chez les dichogames androgynes , YEpilohinm angustifolium par exemple , le stigmate est petit et clos , sur un point éloigné , pendant que les anthères se développent-, plus tard, lorsque celles-ci n'ont plus de pollen, le
stigmate s'ouvre dans l'endroit précis où elles étaient auparavant. Dans les dichogames gynandres , par exemple YEuphorbia cyparissias , les stigmates paraissent d'abord , s'élèvent en ligne droite , s'écartent les uns des autres , sortent de la fleur, montés sur le pistil qui s'accroît , et finissent par s'incliner en dehors -, après quoi , on voit les étamines se montrer , et les anthères prennent alors la place que les stigmates occupaient auparavant (1).
2° Il serait possible que les animaux femelles qui se propagent pendant plusieurs générations par voie de monogénie , et parmi lesquels on ne voit paraître des mâles qu'à une certaine époque de l'année (Aphis, Cypris, etc.), ac-
(1) C.-C. Sprengel , Das entdeckte Gehcimniss im Baue und dcr Befruchtung dcr Blumen , p. 17.
quissent alors la nature masculine. Mais, d'un côté, on n'a fait aucune observation qui confirme cette vue , et de l'autre il est plus vraisemblable que les mâles sont engendrés comme tels, car nous savons que plusieurs Insectes pondent des oeufs mâles et des œufs femelles en différens temps.
3° Baster a vu qu'une Moule commune répandait , au mois d'avril , une liqueur blanche , contenant des animalcules infusoires, et qu'au mois de mai elle mettait au monde de jeunes Moules (1). Ici donc l'organe générateur aurait été d'abord un testicule, et se serait ensuite converti en un ovaire. Mais, comme nous avons reconnu précédemment que l'ovaire se développe d'abord et que le testicule vient plus tard (§91, 1°) , le fait observé par Baster doit être interprété autrement. Pallas (2) a trouvé , dans le Lumhricus echiurus , deux paires de vésicules qui contenaient des œufs en novembre , et qui , au mois de décembre , étaient remplies d'un liquide lactescent. Il n'aperçut que des œufs dans de petits individus d'Aphrodite aculeata (3) , tandis que les gros lui offrirent en outre une liqueur laiteuse ; mais les œufs et le liquide étaient à nu dans la cavité commune du corps , sans connexion avec aucun organe, et sans conduits excréteurs particuliers. Ces œufs étaient incontestablement de simples spores ; mais il n'est pas prouvé que le liquide lactescent fût du sperme , attendu que les produits des deux organes génitaux se ressemblent beaucoup chez les animaux inférieurs ( § 90 , 2° ) , et nous avons vu que l'existence même de Cercaires n'est point une circonstance suffisante pour démontrer le caractère spermatique d'une liqueur (§84, 2°).
4° On trouve toujours des ovaires dans les vers Cestoïdes ; mais les organes mâles ne s'y rencontrent que quelquefois (4). Ici il n'y a point conversion d'un sexe dans l'autre , mais bien plutôt hermaphrodisme, dans lequel seulement les organes femelles se développent avant les mâles.
5° L'embryon mâle des animaux supérieurs et cle l'homme
(1) Treviranus , Biologie , t. III ,"p. 259.
(2) Miscellanea zooloyica , p. 150.
(3) Ibid.,y. 90.
(4) Rudolphi, Entozoorum hist. nat., t. I , p. 315.
DIFFERENCE DES SEXES. 25l
offre évidemment des formes femelles dans le principe ; mais nous prouverons plus tard ( § 451 ) , en exposant l'histoire de la formation du fœtus , qu'il ne s'agit là que d'une ressemblance extérieure, annonçant le commencement du développement du sexe , et tenant à l'essence de la sexualité féminine , et qu'il n'est nullement question d'un embryon femelle devenant embryon mâle.
6° Nous verrons aussi dans la suite que si , par les progrès de l'âge , le sexe féminin se rapproche du caractère propre au sexe masculin, on ne peut point non plus considérer ce phénomène comme une transition réelle d'un sexe à l'autre.
En comparant tous les phénomènes qui se rapportent à l'objet dont nous traitons , on voit que la conversion des sexes l'un dans l'autre n'est prouvée nulle part chez les animaux , et que l'admettre c'est supposer une chose invraisemblable, puisque tout annonce que la différence sexuelle ressort de la constitution la plus intime de la vie individuelle (§ 155, 7°). Quant aux plantes , comme elles n'ont point de véritable individualité , elles se trouvent aussi dans d'autres conditions à cet égard.
( Un parallèle entre les deux sexes , chez les végétaux , ne peut réussir, en effet , qu'autant que nous nous gardons bien de juger Ces êtres d'après l'organisation animale ; car si l'animal est essentiellement individu , la plante est essentiellement non-individu -, c'est une succession et une métamorphose d'organes primaires homogènes , qui n'acquièrent leur détermination spéciale qu'en raison de la place que le hasard, en partie du moins, leur assigne dans la série totale. Si, en outre , la différence sexuelle , prise dans l'acception tant propre que figurée du mot , constitue la fleur de l'organisation végétale tout entière, tandis qu'elle n'occupe qu'un rang subalterne dans l'organisation animale, ces oppositions générales des deux règnes doivent nécessairement aussi se faire sentir dans toute la sphère de la sexualité ; et quoiqu'il ne nous soit pas permis de rien préjuger à cet égard , puisque le véritable naturaliste ne suppose que la vérité de la nature elle-même , nous devons cependant nous attendre à rencontrer des conditions inverses , des organisations qui ne se correspondent
qu'en apparence , et désignent dans l'un des règnes un degré inférieur, dans l'autre un degré supérieur de développement, enfin des organisations qui semblent différentes et néanmoins sont réellement analogues. Ceci posé , examinons les points les plus importans du parallèle entre les deux sexes chez la plante.
1° Dans aucune plante , même parmi celles qui occupent le plus haut échelon de la série végétale , l'antagonisme des sexes n'est lié primordialement à des organes déterminés; mais l'organe primaire général ', que Gœthe appelle la feuille , s'élève , par l'effet de sa métamorphose normale , ici au rang d'organe mâle , là au rang d'organe femelle , et le même organe qui est devenu , par exemple , étamine , aurait pu , dans une période antérieure , être sollicité à devenir pistil , et vice versa. Ce n'est point là une hypothèse , c'est un fait constaté par des observations nombreuses et par des expériences variées à l'infini.
2° Lorsque la métamorphose suit son cours sans que rien la trouble , chaque branche d'une plante supérieure se termine par les deux organes sexuels, c'est-à-dire par une fleur hermaphrodite parfaite , et cela de telle sorte que le pistil occupe le lieu le plus élevé et les étamines celui qui précède immédiatement. Les plantes qu'on appelle diclines ne doivent point être considérées comme plus parfaites et en quelque
sorte plus rapprochées des animaux que les végétaux hermaphrodites. Elles ne forment point un groupe à part , car la monoécie , la dioécie et la polygamie sont les moins naturelles du système de Linné , qui, tout entier, l'est lui-même si. peu ; les plantes qui s'y rangent apparaissent isolément, souvent même d'une manière inconstante , à tous les degrés du règne végétal, et doivent être regardées, sinon toutes, du moins pour la plupart, comme des plantes mutilées, puisqu'en général elles présentent un rudiment du sexe qui leur manque, dans le lieu où légitimement ce sexe aurait du exister. 'On ne connaît que deux exceptions apparentes à cette situation légitime ou normale des organes sexuels, savoir :
a. Dans les plantes dites épigynes , telles que les Synanthérées , les Ombellifères , etc. Leurs étamines semblent reposer sur le pistil, mais en réalité elles sont situées , comme toutes
les étamines , autour de cet organe et au dessous de lui ; seulement elles le dépassent en longueur , et sont tantôt plus , tantôt moins soudées avec lui.
b. Dans certaines plantes monoïques , Y Arum par exemple , dont les fleurs , tant mâles que femelles , sont tellement serrées les unes contre les autres, qu'on les a souvent prises pour une seule fleur. Ici les fleurs femelles sont manifestement placées plus bas que les mâles ; mais la loi dont nous nous occupons ne concerne que la situation des organes génitaux réunis dans une seule et même fleur.
3° Cette loi explique , au moins en partie , la différence suivante des sexes ; la fermeture des pistils qui terminent complètement le rameau , et qui , la plupart du temps soudés intimement les uns avec les autres , n'ouvrent leur sein qu'à la maturité du fruit ; l'écartement et la large expansion des étamines, du cercle desquels les pistils ne sortent que plus tard.
4° Nous pouvons ordinairement distinguer trois parties dans les feuilles de la tige , qui sont les précurseurs des organes génitaux ; la lame , le pétiole ou support de la lame , et la gaine , ou base plus large et enroulée du pétiole , fqui unit feuille à feuille , et qui , en se prolongeant vers le bas jusqu'à l'internœud , contribue à former la tige. De ces trois parties, la lame apparaît comme anthère dans l'étamine , et le pétiole comme filet , mais la gaîne manque. Dans le pistil , au contraire , la lame devient stigmate , le pétiole style , et la gaîne ovaire. Dans l'un et l'autre cas , le pétiole n'est point une chose essentielle ; il manque souvent tout-à-fait , sans préjudice pour la sexualité. Par conséquent, les portions de la feuille qui se développent de préférence dans les deux sexes, sont les parties opposées de cette même feuille , puisque la lame devient l'anthère dans l'étamine , et la gaîne l'ovaire dans le pistil.
Si maintenant nous reportons nos regards sur les premiers organes de la plante, nous apercevrons un léger indice delà tension sexuelle dans chaque feuille. La base de la feuille est la partie productive ou femelle , celle de laquelle seule poussent de nouvelles feuilles, de nouveaux yeux, carie Bryophyllum oalycinum, qui fait exception à cette règle, est près-
254 DIFFFÉEENCE DES SEXES.
que la seule plante qui se trouve dans ce cas. La lame de la feuille, au contraire, jouit toujours d'une plus grande liberté de développement, qui seulement ne porte que sur elle-même. Plus la feuille est élevée sur la tige , plus aussi le développement de la lame y devient prédominant. Avec la fleur paraît un peu de vacillation. Les sépales du calice sont presque entièrement gaîne de feuille , quelquefois , par exemple dans la rose , avec un rudiment de lame. La corolle est presque entièrement lame ; elle prépare immédiatement les étamines. Dans l'étamine , la lame acquiert son plus haut degré de développement. Mais aussitôt surgit l'antagonisme, qui ne devient possible qu'alors ; dans le pistil , la base de la feuille arrive au plus haut terme de son développement. Le pistil est une feuille tout-à-fait femelle , comme l'étamine une feuille toutà-fait mâle , tandis qu'auparavant le pressentiment de la masculinité et celui de la féminité sommeillaient en quelque sorte , réunis dans chaque feuille. Mais avant que l'antagonisme pût se prononcer td'une manière complète , il fallait que la productivité de la base de la feuille s'éteignît peu à peu dans la transition à la fleur; il fallait qu'une feuille tout- à-fait mâle précédât, pour qu'une feuille tout-à-fait femelle pût enfin suivre. Il serait digne peut-être des physiologistes de rechercher s'il n'y a point encore là quelque grande Opposition entre les natures végétale et animale , s'il n'est pas
possible que, chez l'animal , deux membres parfaitement correspondans de la formation acquièrent la nature mâle dans l'un des individus et la nature femelle dans l'autre.
5° Une autre différence ressort immédiatement de celle qui précède. L'antagonisme d'une sphère génitale interne et d'une sphère génitale externe , qui , chez l'animal , appartient aux deux sexes , se borne dans la plante au sexe féminin , et y prend en même temps la forme d'antagonisme de base (ovaire) et de lame (stigmate) de feuille. Dans l'étamine, il n'y a que la lame de la feuille , ou l'anthère , qui soit essentielle. Quoique les utricules polliniques rappellent le pénis des animaux, cependant le pollen en général, comme le testicule , se forme profondément dans l'intérieur de l'anthère. Les utricules polliniques ne constituent point non plus un organe particulier ;
ce sont de simples dilatations de la membrane pollinique interne , qui ne s'établissent que pendant l'acte générateur. La formation animale ne pourrait point être plus faiblement indiquée.
6° Si nous voulons poursuivre le parallèle , il nous faut maintenant mettre en regard le pollen et les œufs , l'anthère et l'ovaire , quoique , comme nous l'avons vu , leur origine soit fort différente, puisqu'ils proviennent de la lame et de la base de la feuille. L'anthère forme son pollen et l'ovaire ses œufs dans des cavités complètement closes , et telles que la plante n'en offre point d'autres analogues qui servent de laboratoire à la formation de nouveaux organes. Le pollen et les œufss'é chappent plus tard , au moyen d'une déchirure , pour jouir , chacun à sa manière , et pendant un laps de temps plus ou moins long , d'une existence et d'une action indépendantes. Tous deux se recherchent en quelque sorte ; le pollen cherche les œufs , après sa sortie de l'anthère , car il fait saillir ses utricules à travers les points les plus faibles de sa membrane externe et les plonge dans le stigmate ; les œufs cherchent le pollen , même avant de pouvoir se détacher, car le sommet de leur noyau qui fait saillie à travers le micropyle,se tourne du côté où il doit rencontrer les utricules polliniques.
7° Cette analogie des œufs et des grains polliniques devient plus sensible si nous nous rappelons les spores , c'est-àdire les œufs des plantes auxquelles manque encore le pollen. De même que les grains polliniques , les spores se forment généralement quatre à quatre dans une cellule mère commune , qui se déchire ensuite et souvent disparaît en totalité , pendant que les spores elles-mêmes se détachent les uns des autres. De même que les grains polliniques , elles sont formées , fréquemment au moins , d'une double membrane et d'un contenu liquide et grenu. De même que les grains polliniques font saillir leurs utricules , de même aussi les spores, lorsqu'elles commencent à germer, s'étendent enfilamens confervoïdes, c'est-à-dire en utricules celluleux, parfaitement semblables aux utricules du pollen. Ainsi, sous un grand nombre de points de vue , les spores se rapprochent manifestement plus du pollen que des œufs des plantes supérieures.
Mais les spores germent, ce qui n'arrive point au pollen. Ce sont donc de véritables œufs sous la forme du pollen. Ainsi les œufs et le pollen des plantes supérieures paraissent cacher l'analogie la plus profonde sous les formes les plus différentes , entre lesquelles les spores servent pour ainsi dire d'intermédiaires.
8° L'inverse a lieu pour les ateliers du pollen et des œufs , l'anthère et l'ovaire. Les sacs des anthères sont évidemment situés dans l'intérieur d'une lame de feuille , et le tissu cellulaire au sein duquel s'engendre le pollen correspond au parenchyme d'une feuille charnue. Au contraire, la cavité de l'ovaire n'est point située dans l'intérieur de la base d'une feuille. Elle résulte, comme on l'a vu précédemment, de ce que les bords de la feuille s'inclinent en dedans l'un vers l'autre et se soudent ensemble. Les œufs eux-mêmes ne se forment point non plus dans le parenchyme de la feuille, mais sur ses bords rapprochés et réunis.
9° Un coup d'œil jeté sur les plantes inférieures nous procure également de nouvelles lumières à ce sujet. Les spores, semblables encore au pollen en cela , se forment dans le parenchyme des plantes mêmes. L'ovaire des plantes supérieures est la seule cavité complètement close de l'organisme végétal , qui , à l'instar des principales cavités du corps , chez les animaux supérieurs, se forme d'une lame, par la réunion de ses bords.
10° De tout ce qui précède , il paraît ressortir clairement que l'hermaphrodisme est le plus haut degré auquel la plante puisse atteindre , que cette plante, dans sa métamorphose , doit se préparer par la production d'un organe purement mâle à en produire un purement femelle , et que , dans la monogénie, les formes des organes de propagation doivent se rapprocher davantage des organes purement mâles des végétaux supérieurs que de leurs organes purement femelles , parce que ce sont les premiers qui font le passage à ceux-ci.
11° J'ai passé avec intention sous silence la proposition si souvent reproduite, que la plante renouvelle ses organesgénitaux à chaque acte de génération. Cette assertion n'a de sens raisonnable qu'en admettant la fausse supposition que la plante
constitue, comme l'animal, un individu, et elle tombe d'ellemême avec cette hypothèse. S'il existe une analogie quelconque qui permette d'appliquer l'idée de l'individualité animale à la plante, chez laquelle tout est succession , ce que j'aurais beaucoup de peine à accorder , tout au plus pourrait-on hasarder d'attribuer une certaine individualité au rameau chargé de la fleur par laquelle il se termine lui-même ou était destiné à se terminer. Mais , semblable à la plupart des animaux inférieurs, ce rameau ne vit pas au-delà d'une période de procréation , et il ne renouvelle jamais ses organes génitaux ; *1 pousse de nouveaux rameaux , et ceux-ci se créent euxmêmes leurs propres organes générateurs. Que les nouvelles pousses viennent à être accidentellement détachées du tronc maternel avant la floraison, et que, plantées en terre, elles arrivent à y développer seules leurs fleurs , personne ne verra là un renouvellement des organes génitaux pour un nouvel acte de génération d'un même individu ; du hasard seul il dépend que l'individu prétendu divisible subisse ou non une pareille division, et par conséquent le fait en lui-même est indifférent pour la science )(1).
ARTICLE II
Des Rapports c/ui sont relatifs à V espace.
§ 149. Sous le point de vue des Rapports qui ont trait à l'espace , les organes des deux sexes sont ou réunis dans un même individu ou répartis chez des individus différens. La première disposition produit l'hermaphrodisme ( § 150 ) , et l'autre la sexualité individuelle ( § 156 ).