I. Sexualité partielle
A. Hermaphrodisme normal.
§150. DansT 'Hermaphrodisme , l'antagonisme 'sexuel est purement partiel ou local , et borné à certains organes du même organisme , chaque individu ressemble aux autres , et l'espèce ne s'est point encore partagée en individus différens.
(1) Addition d'E. Meyer.
L'existence de cet état de choses est incertaine et peu vraîr semblable chez quelques animaux , qui ne possèdent point la faculté de s'accoupler , mais chez lesquels les parties femelles ont des connexions avec des organes dont on ignore les fonctions, quoiqu'on ait conjecturé que ce sont des testicules, en prenant pour point de départ la supposition qu'il doit toujours y avoir des testicules. Ainsi Ehrenberg (1) pense que , chez quelques Rotifères , les conduits déférens se terminent en une vésicule contractile , qui s'abouche dans le cloaque , avec les oviductes , et que, chez les Infusoires polygastriques, où les spores sont disséminées par tout le corps , et où l'on trouve des vésicules contractiles d'où partent des canaux rayonnans , une masse de couleur foncée , qui occupe le milieu du corps , est peut-être un testicule. Les testicules des Holothuries sont, d'après Délie Chiaje , de petits cœcums, ou, suivant Tiedemann, des vésicules blanches et pyriformes, qui s'ouvrent dans l'ovicanal , mais souvent aussi, à ce qu'assure Jœger(2), dans l'estomac. Chez les Cirripèdes, il y a, de chaque côté de l'intestin , un conduit blanc et serpentant , qui aboutit au même réservoir que l'ovicanal , et qu'on regarde comme un testicule (3). Dans les Lepas , les oviductes se continuent, dit-on , avec les testicules , après quoi ils offrent un prolongement en forme de trompe , pour rémission des œufs (4) ; mais , selon Wagner (5) , les canaux déférens des Anatifes se réunissent en un pénis séparé de l'orifice des oviductes. On trouve , chez quelques Aplysies , un organe glanduleux et rougeâtre, qui est formé d'une substance grenue et peu serrée, occupe le côté du corps opposé au foie et à l'ovaire, et s'ouvre vis-à-vis de l'oviducte et de l'anus (6). Parmi les Gastéropodes , les Cyclobranches ont une substance glanduleuse qui est unie avec l'ovaire , et les Scutibranches une masse glanduleuse ayant des connexions avec le foie. Dans la Nereis
(1) Organisation der Infusionsthierchen , t. I, p. 51.
(2) Viss. de Holothuriis , p. 38.
(3) Cuvier , Anat. conip., t. Y, p. 184.
(4) Carus , Traité d'anat. comp., t. IT, p. 375.
(5) Millier , Archiv fuer Anatomie , t. I , p. 467.
(6) Carus , dans Reil , Archiv fuer die Physiologie , t. II , p. 571.
conchilega, on remarque quatre petites vésicules sur le côté de l'ovaire (1). Les femelles du Cypris incongruens , qui se propagent sans accouplement en été, ont, indépendamment des ovaires, des corps oblongs, frangés, foncés en couleur, qui ressemblent à des testicules, et sont renfermés dans une large membrane cylindrique , et de longs vaisseaux décrivant des circonvolutions circulaires , qui ont de l'analogie avec les canaux déférens , mais sont privés de toute connexion avec les corps analogues aux testicules (2).
Mais aussi long-temps qu'on ne regardera ces organes comme des testicules qu'en raison de leur situation ou de leur apparence, et que cette conjecture ne sera point appuyée sur des observations plus positives, on devra la rejeter , et croire plutôt que les corps dont il s'agit sont des organes femelles accessoires (§103). Puisque, là même où la propagation s'opère par accouplement , l'ovaire, dans sa forme inférieure, ressemble aux testicules ( § 85 ) , nous devons présumer que , chez les animaux monogènes , les organes femelles accessoires peuvent avoir une forme analogue à celle des organes maies, d'autant mieux que la forme d'organes copulateurs mâles se retrouve aussi , sans testicules , avec des sporanges ou des ovaires ( § 68, 2° ).
Nous partageons l'hermaphrodisme en deux variétés , suivant qu'il résulte de la simple approche ( § 151 ) ou de la réunion ( § 152-154 ) des organes propres aux deux sexes.
§ 151. \] Hermaphrodisme par approche est la simple coexistence des organes des deux sexes dans un même individu, de sorte que , chez les animaux , ces organes s'ouvrent à l'extérieur par deux orifices séparés l'un de l'autre.
1° Il prédomine surtout dans le règne végétal ; car on l'observe non seulement chez la majorité des plantes , maïs encore d'une manière spéciale dans celles qui ont l'organisation la plus parfaite , les dicotylédones. A un degré moins élevé,
(1) Pallas , Misccllanea zoologica , p. 137.
(2) Ramdohr , dans Magasin fuer die neuesten Entdeckungen , t. II s pag. 90.
l'ovaire et l'anthère existent bien sur un seul et même individu , mais sont répartis dans des fleurs différentes , c'est-àdire que les plantes sont diclines ; c'est ce qui constitue la monoécie, vingt-unième classe du système' de Linné. L'hermaphrodisme monocline est plus parfait ; il consiste en ce que les deux sexes sont réunis non seulement sur le même individu , mais encore dans la même fleur , et caractérise vingt classes du système linnéen , dont les dix-neuf premières appartiennent plus spécialement ici , tandis que la vingtième, ou la Gynandrie , dans laquelle les parties mâles et femelles sont soudées ensemble , fait le passage à l'hermaphrodisme par réunion ( § 153 ) , sans cependant s'y ranger complètement. La fécondation sexuelle est moins nécessaire dans l'hermaphrodisme dicline, c'est-à-dire dans la monoécie, où la monogénie peut plutôt avoir lieu que dans l'hermaphrodisme monocline. Dans celui-ci, où la sexualité est , à proprement parler , moins développée , la digénie correspond davantage à l'essence de la plante, et la monogénie est plus rare et plus difficile.
2° L'hermaphrodisme se rencontre chez les Trématodes et les Cestoïdes, parmi lesEntozoaires. Dans la plupart des Trématodes , les canaux déférens, après leur sortie des conduits testiculaires en forme de touffes , se prolongent en un pénis, tandis que l'ovicanal a son orifice particulier auprès d'eux. Dans le Bistoma hepaticum, l'ovaire forme la couche périphérique aux deux bords du corps entier , il est disposé en grappe , et se compose de petits grains globuleux , transparens, qui paraissent résulter eux-mêmes d'un amas de corpuscules plus petits; mais le testicule est un assemblage de canaux entortillés ; l'ovicanal et le canal déférent aboutissent à la surface séparément l'un de l'autre , le premier plus en arrière et à gauche , le second ,plus en devant et à droite; mais l'ovicanal reçoit auparavant le conduit excréteur commun de plusieurs vésicules qui sécrètent un liquide lactescent (1). Dans le Bistoma lanceolatum , les trois testicules grenus occupent la ligne médiane , et les deux ovaires en
(1) Mehlis, Ohs. mutt, de distomate , p. 25-32.
grappe sont placés sur les bords latéraux du corps (1). Dans les Vers cestoïdes, chacun des anneaux postérieurs est hermaphrodite ; car il renferme tant un ovaire simple, vésiculeux, ou ramifié et en grappe , qu'un testicule vésiculeux ; le canal déférent se prolonge en une verge , près de laquelle on aperçoit l'orifice de l'oviducte (2).
2° Parmi les Annélides, les Abranches sont hermaphrodites, et ont également des orifices distincts pour les organes génitaux des deux sexes. Chez la Sangsue , les oviductes des deux ovaires, dans lesquels Brandt a rencontré les germes des œufs, se réunissent en une vésicule , qu'on a appelée matrice , et qui se continue avec l'ovicanal aboutissant au dehors ; les conduits déférens de neuf paires de testicules globuleux , consistant en un canal enroulé sur lui-même , se prolongent en deux dilatations vésiculeuses , appelées vésicules séminales , qui se réunissent elles-mêmes en un conduit , dont le prolongement forme un pénis situé à quelques anneaux du corps au devant de l'ovicanal. Treviranus (3) regarde les testicules comme des ovaires , les vésicules séminales comme des testicules, et la verge comme un oviducte ( comp. § 272 ). Dans les Naïdes, suivant Dugès (4), les deux canaux déférens se renflent chacun en une poche transparente , et s'ouvrent des deux côtés du onzième anneau du corps ; les orifices des oviductes sont situés en arrière , au douzième anneau. Dans la Planaria tremelliformis, les conduits déférens et les oviductes se renflent en une vésicule particulière , qui s'ouvre à l'extérieur.
4° De même aussi ,[ chez quelques Mollusques , les canaux excréteurs des deux organes génitaux séparés l'un de l'autre aboutissent , sans se réunir ensemble , aux parties génitales externes , qui sont également plus ou moins séparées (5). Ici l'on reconnaît bien distinctement le testicule et l'ovaire. L'ovaire de la Bulla aperta est situé dans la substance du foie , et
(1) llid,, p. 28-35.
(2) Rudolphi , Entozoorum hist. nat., t. I , p. 299.
(3) Zeitschrift fucr die Physiologie , t. IV, p. 160.
(4) Annales des se. naturelles., 1828.
(5) V. PI. VI , première forme.
forme une grappe conique ; le testicule , long et en forme d'utricule, se contourne autour du foie par en bas. Dans la Thethys leporina, l'ovaire est intimement uni avec le foie, et consiste en un grand nombre de lobes d'un rouge brunâtre ; le testicule, situé plus en devant et en haut , est arrondi , lisse et de structure rayonné e : l'oviducte est beaucoup plus court que le canal déférent , et , en passant au devant du testicule , il s'applique sur lui (1). Dans le Pleur ohranchus tuherculatus, l'ovaire est en grappe et adhérent au foie ; le testicule est une glande arrondie, de structure rayonnée ; l'oviducte est long et passe au devant du testicule , auquel il s'attache , mais de manière cependant qu'on parvient sans peine à l'en séparer (2).
Nous trouvons donc ici des caractères certains , propres à faire reconnaître les organes génitaux lorsqu'ils sont fondus ensemble, savoir :
a. L'ovaire est plus rapproché que le testicule de l'extrémité postérieure du corps.
b. Il est intimement uni avec le foie.
c. Il a la forme d'une grappe , c'est-à-dire que sa surface estlobuleuse , tandis que le testicule a une texture tubuleuse et glanduleuse et une surface plus lisse.
d. L'oviducte est plus long que le canal déférent.
e. Il s'attache au testicule en passant devant lui.
Ces caractères nous paraissent d'autant plus certains , que les trois premiers s'accordent parfaitement avec les formes qu'on rencontre chez d'autres animaux.
§ 152. L1 Hermaphrodisme par réunion des deux organes génitaux présente différens degrés , suivant que les organes ont seulement leurs orifices dans une cavité commune (I) , ou que l'oviducte et le canal déférent se réunissent en un seul conduit ( II ) , ou enfin qu'un de ces canaux pénètre dans l'autre organe génital ( § 153 ).