ORGANES
§ 164. La prépondérance de la génération se manifeste enfin par une fonction qui se rapporte directement à celle-là , et qui appartient d'une manière exclusive à la femme 7 la
Menstruation.
(1) Ackermann , Infantis androgyni historia, p. 68.
(2) Haller, Elem. physiol., t. VII , P. II, p. 163.
1° Les phénomènes essentiels de la menstruation consistent en ce que les parties génitales externes , même le clitoris , deviennent un peu turgescentes, et en ce que la matrice se distend par le bas ou descend, de manière qu'on peut en sentir la partie inférieure à une hauteur moins considérable dans le bassin. Ses vaisseaux augmentent de volume, elle-même se gonfle , et devient plus rouge à sa face interne ; son orifice s'arrondit , le pourtour de cette ouverture se ramollit , et la lèvre postérieure s'allonge. Plus la fonction génitale est excitée, mieux aussi ces phénomènes se dessinent. La congestion dont les vaisseaux pelviens sont le siège amène de la douleur et des tiraillemens dans les lombes , le sacrum et le bassin , un sentiment de lassitude dans les cuisses , de la chaleur aux parties génitales , quelquefois un accroissement de sécrétion , parfois même une ardeur douloureuse pendant l'émission de l'urine, et une tension également douloureuse du bas-ventre. La tuméfaction simultanée des mamelles annonce que l'activité se trouve exaltée dans le système génital tout entier.
2° Dans l'état normal , il n'y a que des mouvemens fébriles faibles et à peine sensibles ; mais il s'en développe de plus prononcés dans le cas d'exaltation de la sensibilité , de pléthore sanguine ou de quelqu'une de ces dispositions individuelles dont la cause est obscure , et qu'on appelle idiosyncrasies. Alors le pouls devient plus vite et plus fort, ou inégal et intermittent ; le sang se porte à la tête, le visage rougit , la céphalalgie se déclare : la peau change aussi de couleur, la transpiration*prend une autre odeur, et quelquefois il se manifeste une petite éruption cutanée. Un cercle bleu se dessine autour des yeux , les traits du visage changent jusqu'à un certain point , l'œil perd son éclat , et les cheveux bouclent moins. L'appétit diminue , la sensibilité se pervertit ou s'exalte , de manière que les impressions agissent avec plus de force. La femme qui a ses règles est portée à la colère , à la mauvaise humeur, à la mélancolie , au sommeil , au repos. Elle a plus de disposition aux spasmes, et le magnétisme animal exerce une plus puissante influence sur elle. Tous ces phénomènes, qui sont peu prononcés et même insensibles chez les femmes bien portantes et robustes, annoncent que
CARACTÈRE SEXUEt IMMÉDIAT. 2 85
les systèmes sanguin et nerveux prennent part à ce qui se passe dans l'économie.
§ 165. L'affection générale diminue, ou perd le caractère d'excitation , d'effervescence , et prend celui de la faiblesse , quoique l'exaltation de l'impressionnabilité persiste , lorsque l'hémorrhagie par les parties génitales extérieures s'établit et augmente. Cette hémorrhagie a sa source dans la membrane muqueuse du vagin , mais principalement de la matrice.
1° On a vu quelquefois , dans les cas de renversement ou de prolapsus de la matrice, le sang s'échapper par gouttes de ce viscère (1).
2° J. Hunter a vu des cadavres de femmes mortes pendant la menstruation , dans lesquels le sang continuait encore à sortir de la matrice. La surface interne de ce viscère a été trouvée plus rouge qu'à l'ordinaire (2) , ou même garnie d'aspérités, de villosités (3).
3° Un épanchement de sang dans la matrice a été observé après la suppression de l'écoulement.
4° Les lochies , qui sont analogues à la menstruation , viennent évidemment de la matrice. Il en est de même de l'hémorrhagie dans les fausses couches.
5° Les vaisseaux de la matrice sont plus nombreux et plus amples que ceux du vagin ; ils laissent plus aisément suinter la partie la plus ténue des liquides qu'on injecte dans leur intérieur.
6° Mais le vagin peut aussi ou prendre part à l'hémorrhagie , ou y suppléer lorsque la matrice ne donne pas de sang. Le premier cas est possible , à cause de la continuité des deux organes et de leurs vaisseaux , et parce qu'il y a manifestement congestion dans le vagin. Le second est prouvé par les exemples de femmes enceintes qui n'ont pas cessé d'être réglées , quoique la matrice soit généralement close pendant
(1) Haller , loe. cit., V. II, p. 149. — Osiandev, Handbuchder Entlindunysknnst , 1. 1 , p. 470.
(2) Maygiiev , dans le Dict. des se. niéd., t. XXXII , p. 391.
(3) Jœrg , Gnmdlinien su einer allyemeinen Physiologie des Menschen, p. 177.
la grossesse , et chez lesquelles on a vu le sang provenir du vagin (1).
7° Il paraît oiseux de rechercher si le sang coule des artères ou des veines (2) ; car, en tout cas , ce liquide provient des ramifications les plus déliées , ou des vaisseaux capillaires , qui tiennent le milieu entre les artères et les veines , et les unissent ensemble, sans appartenir ni aux uns ni aux autres. Le sang que ces capillaires laissent échapper est celui qu'apportent les artères , parce que ce liquide y marche de dedans en dehors; mais, comme les capillaires se ramifient et s'anastomosent à Tinfini , le liquide ne s'en écoule qu'après avoir séjourné quelque temps dans leur intérieur et être devenu plus veineux. Lorsque c'est au voisinage du point où ils se continuent avec les racines des veines que les capillaires saignent , la seule différence consiste en ce que le sang artériel a séjourné un peu plus long-temps dans leur intérieur.
8° Il paraît être tout aussi peu important de rechercher si la menstruation mérite qu'on lui donne le nom de sécrétion (3). En appelant sécrétion la formation d'un liquide particulier et différent du sang , cette question se résoudrait par la négative ; mais la réponse deviendrait affirmative en considérant la sécrétion comme la transsudation normale d'un liquide hors des parois du système vasculaire.
9° Généralement parlant , la menstruation dure à peu près cinq jours ; le premier jour, l'écoulement est faible , intermittent et séreux ; le second , il est plus fort , et le sang plus pur j le troisième , il est dans toute sa force , continu , et composé de sang pur ; au quatrième > il diminue , et au cinquième , il redevient séreux , puis cesse peu à peu. La quantité moyenne de liquide qui sort pendant ce laps de temps , s'élève à environ cinq ou six onces. Il y a ensuite un intervalle de repos , qui dure ordinairement vingt-trois jours.
§ 166. Comme la menstruation s'annonce par des phénomènes locaux et généraux , de même nous devons la rapporter à deux causes.
(1) Haller, loc. cit, P. II, p. 147.
(2) Ibid., p. 151.
(3) Walther, Physiologie des Mensclien, % 630.
La cause générale tient évidemment à ce que la formation du sang est assez abondante, dans le corps de la femme, pour amener toutes les quatres semaines un excès de ce liquide , dont l'expulsion devient un besoin. Car,
1° Après la menstruation, la femme jouit d'une pleine santé et du libre exercice de toutes ses forces , et son corps a le même poids que quelque temps auparavant (1). Mais , pour qu'après avoir éprouvé une perte quelconque le corps conserve encore sa force et sa masse normales , il faut que ce qu'il a perdu n'ait été qu'un excédant de cette masse , et si la perte arrive sans cause extérieure , il faut qu'elle tienne à ce que la force et la masse s'étaient accumulées en excès.
2° La menstruation est plus abondante lorsque le sang se produit en grande quantité , comme chez les femmes qui observent un régime de vie succulent et ne se fatiguent point. Elle Test moins quand le sang vient à manquer par l'effet de la frugalité, du besoin , de longues maladies , de saignées fréquentes, etc.
3° La suppression des règles détermine des symptômes de pléthore sanguine , des congestions vers d'autres organes , et des hémorrhagies.
4° La menstruation augmente toutes les fois que le cours du sang est accéléré par des boissons spiritueuses , le mouvement , la chaleur, des affections excitantes de l'âme, la fièvre. Elle est diminuée par les alimens acides et rafraîchissans , les substances astringentes , les passions déprimantes , etc.
Mais d'où dépend cette exubérance du sang ? Freind (2) l'attribuait à ce que , la transpiration étant plus faible , il y a moins de sang consommé. Mais nous croyons en trouver bien plutôt la cause dans cette circonstance que la force plastique en général, et par conséquent aussi la formation du sang, ont beaucoupplus d'énergie chez la femme que chez l'homme, puisque l'accroissement et la diminution de la menstruation sont en raison directe de la plasticité et par suite aussi de la transpiration. En effet,
(t) Freind , Emmenologia, p. 14.
(2) Loc.cit,,?. 18.
288 CARACTÈRE SEXUEE IMMÉDIAT.
5° Là où la masse et la force sont employées au mouvement et à la nutrition des muscles , la plasticité peut moins se déployer dans d'autres directions; là, au contraire , où la force musculaire est peu exercée , il se produit plus facilement un excès de masse liquide. Maintenant les règles sont plus abondantes chez les femmes oisives que chez les femmes laborieuses , chez celles d'une constitution débile que chez celles qui jouissent d'une santé robuste , chez les citadines que chez les villageoises. Elles diminuent beaucoup, même dans les climats chauds, par l'effet de l'endurcissement et des efforts musculaires.
6° La chaleur extérieure , si favorable à l'activité plastique en général, l'est également à la menstruation. Les règles sont fort peu abondantes chez les femmes des Lapons , des Samoièdes et des Groënlandais. On estime leur quantité à trois onces dans les contrées boréales de notre zone tempérée , à cinq ou six dans les moyennes, à douze dans les méridionales , et à vingt dans les régions intertropicales. Cependant on assure qu'elles ne s'élèvent ordinairement qu'à trois onces dans les îles de l'Archipel grec, où la chaleur est tempérée par la mer.
§ 167. Mais , pour que la menstruation soit une fonction particulière , il faut qu'avec cette cause générale coïncide une cause locale. Or celle-ci est la direction spécifique de la plasticité féminine vers les organes génitaux.
1° La vitalité et la plasticité plus grandes dont jouissent ces organes font que la menstruation s opère alors même qu'il ne peut point s'établir de pléthore sanguine générale , comme dans les cas de mauvaise nourriture , de faiblesse , de maladies. Une perte de sang par la saignée, par l'hémoptysie, etc., quoique suffisante pour faire disparaître la pléthore générale, n'apporte aucun trouble dans la menstruation , non plus que tout* autre dérangement considérable de la circulation du sang. Beauchêne a observé une fille hystérique "qui passa quinze jours dans un sommeil voisin de la mort , et qui eut ses règles pendant ce laps de temps. Il en est ici comme d'autres hémorrhagies ; quoiqu'au fond elles dépendent d'une surabondance et d'un mouvement trop fort du sang , cependant
CARACTÈRE SEXUEL iMMîtoïAÎ. S8()
elles ont pour cause essentielle l'état d'excitation de l'organe qui en est le siège , de sorte qu1 elles peuvent se renouveler même lorsque le sujet n'a presque plus de sang et se tient dans un repos parfait. De même aussi, la menstruation peut se supprimer dans un cas de véritable pléthore sanguine, et devoir son rétablissement à une saignée , lorsque h pléthore est accompagnée d'inertie de la vie du sang et d'inaction des organes génitaux. En pareil cas, comme l'a déjà fait remarquer Testa , la saignée produit un effet salutaire , non pas parce qu'elle soustrait une certaine quantité de sang à l'économie , maisjparce qu'elle stimule l'activité vitale de la matrice.
2° La menstruation est accrue par tout ce qui exalte l'activité vitale dans les organes pelviens , par les bains de pieds , les vapeurs chaudes dirigées sur le bas-ventre , l'aloès et autres substances analogues , qui exercent une stimulation spéciale sur les vaisseaux sanguins du bas-ventre. C'est surtout l'excitation des organes génitaux qui l'augmente ; les règles sont plus abondantes chez les femmes voluptueuses que chez celles qui vivent dans la chasteté; chez celles qui agacent sans cesse leur sensibilité par la fréquentation des théâtres, la lecture des romans , la danse et le dévergondage en paroles ou en actions , que chez celles dont la conduite est réglée par les lois de la morale. L'acte vénérien augmente l'écoulement menstruel ; aussi est-il immodéré chez la plupart des filles publiques (*), où fort souvent il donne lieu à des chutes et des renversemens de matrice (1). Si les règles sont irrégulières, une grossesse les régularise ,< en exaltant l'activité vitale de la matrice. Maygrier a même observé une femme qui n'était menstruée que pendant la grossesse (2).
3° La menstruation est une direction particulière que la vie plastique affecte dans ses rapports d'antagonisme avec d'autres directions. Les femmes grasses sont moins abondamment réglées que celles qui ont peu d'embonpoint , et quand une femme perd ses règles d'une manière normale , elle devient plus corpulente et plus grasse. Fournier a connu une jeune
C) Parent Duchâtelet , De la prostitution , Paris 1836 , t. I, p. 24S.
(1) Dict. des se. méd., t. XXXII , p. 388.
(2) Ibid., p. 377 et 386.
29O CARACTÈRE SEXUEE IMMEDIAT.
fille qui avait été vaccinée pendant la première menstruation ; tant que l'écoulement dura , le vaccin demeura sans effet ; mais, aussitôt qu'il eut cessé, la vaccine suivit sa marche régulière (1).
4° La menstruation a , dans ses phénomènes , quelque analogie avec la grossesse et la parturition , état durant lesquels l'activité vitale de la matrice se trouve également accrue.
§ 168. Si les causes de la menstruation sont véritablement celles dont nous venons de tracer l'exposition ( § 166 , 167), il faut encore certaines circonstances qui fassent que l'exaltation de l'activité plastique, dans l'organisme en général et la matrice en particulier, se manifeste précisément par cette héïïiorrhagie. De ces circonstances déterminantes , les unes sont locales (§ 169) et les autres générales.
La circonstance déterminante générale consiste en Ce que la formation du sang chargé de carbone l'emporte sur celle du sang chargé d'azote et d'oxygène, c'est-à-dire en ce que l'activité de la chylification surpasse celle de la respiration , ou , pour tout exprimer d'un seul mot , en ce que les poumons sont proportionnellement peu volumineux. Quand la petitesse de l'organe pulmonaire s'oppose à ce que le sang exhale assez d'acide carbonique et absorbe une suffisante quantité d'oxygène et d'azote, il faut qu'un autre organe soit chargé de suppléer le poumon. C'est ainsi que la matrice , remplissant la fonction de la menstruation , peut être considérée en quelque sorte comme un poumon accessoire, ainsi que l'avait déjà fait Testa. Lavagna a montré (2) que le principal caractère du sang menstruel consiste en ce qu'il contient moins de fibrine , par conséquent aussi moins d'azote , et davantage de carbone.
En effet :
1° Cet observateur n'a pu en séparer de fibrine.
2° Le sang menstruel , de même que celui de l'embryon et des animaux inférieurs , est dépourvu de la coagulabilité qui se rattache à la présence de la fibrine. Voilà pourquoi , lorsque les circonstances ne lui permettent pas d'arriver au dehors , il
{l)Ibid„ t. IV, p. 493.
(2) Meckel, Deutsche s Archiv , t. IV, p. 151,
CARACTÈRE SEXUEE IMMÉDIAT. 2Q 1
reste liquide pendant des années entières, et distend par exemple l'hymen imperforé au point de lui faire prendre l'apparence d'une vésicule (1). Voilà pourquoi les taches qu'il laisse sur le linge sont plus faciles à enlever que les autres taches de sang-, parce qu'il contient une plus grande abondance de cruor, de matière colorante pure et non fixée par de la fibrine.
3° Plus un produit animal est riche en azote , plus aussi il a de tendance à se putréfier ; aussi la couenne du sang , qui doit naissance à la fibrine , est-elle de toutes les parties constituantes de ce liquide , celle qui se putréfie le plus vite ; aussi le sang de l'embryon , qui est pauvre en fibrine , pourrit-il moins que celui des adultes. Le sang menstruel retenu par l'occlusion du vagin n'entre pas non plus en putréfaction , et Osiandernous apprend qu'on peut le conserver pendant plusieurs années dans des vases hermétiquement bouchés sans qu'il se décompose. La seule circonstance dans laquelle il se putréfie d'une manière rapide , c'est lorsqu'il est demeuré quelque temps en contact avec l'air atmosphérique , et que par conséquent il a subi des modifications analogues à celles qui dépendent de la respiration. (
4° La surabondance du carbone fait que ce sang ressemble davantage au sang veineux , analogie qui se décèle par sa couleur purpurine foncée.
5° Une perte de sang veineux est généralement moins débilitante qu'une perte de sang artériel ; mais les écoulemens considérables de sang menstruel se font surtout remarquer par le peu d'inconvénient proportionnel qu'ils entraînent , tandis que la perte de sang coagulable qui a lieu dans un état inflammatoire de la matrice est suivie d'une grande faiblesse.
§ 169. Maintenant si la matrice complète les fonctions des poumons , et si elle remplit cet office d'une manière spéciale , par une hémorrhagie, il faut en chercher la cause dans le mode particulier d'organisation du viscère , qui devient ainsi la circonstance déterminante locale.
1° Le tissu de la matrice de la femme est érectile , c'est-àdire formé en grande partie d'un lacis de vaisseaux sanguins
(1) Yoiglel ,' Handbiich der pathvtogïschm /hniomie , t. III, p. 430,
S92 CARACTÈRE SEXUEE IMMEDIAT.
qui sont susceptibles d'une dilatation considérable , propriété en vertu de laquelle tantôt ils admettent une plus grande quantitédesang, quiles gonfle, et tantôt ils s'en débarrassent. Mais ce tissu érectile se trouve annexé ici à une membrane muqueuse , qui est fort mince , et sous ce point de vue la matrice a quelque analogie avec les poumons , celui de tous les organes formés par une membrane muqueuse qui reçoit le plus de sang. Lorsque les règles se suppriment, d'autres points de l'organe cutané donnent lieu à des hémorrhagies qui les remplacent ; le plus souvent c'est par les membranes muqueuses du système respiratoire ( du nez et des poumons ) que ces écoulemens supplémentaires ont lieu ; mais il s'en fait aussi par celles du système digestif ( gencives , palais , glandes salivaires , estot mac, anus) ou du système urinaire , même par les replis cutanés analogues aux membranes muqueuses qui tapissent les organes sensoriels ( conjonctive, conduit auditif), ou par la peau extérieure , et le plus fréquemment alors par les mamelles, quelquefois^aussijpar l'ombilic ou les doigts (1).
2° Les artères de la matrice ressemblent déjà plus que les autres à des veines parle peu d'épaisseur de leurs parois, et sous ce point de vue elles sont analogues aux artères pulmonaires. Comme , par cela même , elles ont moins que d'autres artères la prédominance sur les veines, elles ne peuvent point chasser si rapidement le sang dans ces dernières; ce liquide s'accumule donc dans leur intérieur et dans les vaisseaux capillaires (§ 469, 7°), acquiert le caractère veineux par l'effet du séjour qu'il y fait ( § 168), les distend, et peut enfin s'échapper à travers leurs parois peu épaisses. Si les hémorrhagies en général ne sont pas très-fréquentes chez l'homme , parce que la différence est plus grande entre la densité de ses artères et celle de ses veines , que par conséquent les premières chassent plus aisément le sang dans les secondes, cette règle s'applique principalement aux organes génitaux. Le diamètre plus considérable de l'aorte descendante chez la femme , l'abondance des ramifications vasculaires dans la ma-
(1) Freind , Emmenologia , p. 69. — Haller , loc. cit., t. VIL P. II, P> 156. —yoigtel, loc. rit , t. III, p. 460.
CARACTÈRE SEXUÏÎL IMMEDIAT. 2Q0
Irice, et l'absence des valvules dans ces veines, sont autant de circonstances favorables à la menstruation. Le mouvement de haut en bas, conforme aux lois de la pesanteur, que la station droite imprime au sang , est aussi une circonstance mécanique dont on doit tenir compte; car l'abondance du flux menstruel et ses accidens augmentent chez les femmes qui restent long-temps debout, et ils diminuent par l'effet du repos horizontal.
§ 170. La menstruation , comme expression d'une activité vitale exaltée , ne peut point être continuelle ; elle ne peut avoir lieu que par intervalles. Mais la vie entière et notamment la vie plastique sont assujetties à un ordre déterminé quant au retour 4c leurs phénomènes , c'est-à-dire à une périodicité. La menstruation est aussi dans ce cas ; vient-elle à se supprimer , les symptômes , les congestions , les hémorrhagies par d'autres organes paraissent à la période fixe , et cessent après qu'elle est passée , quand bien même il ne serait point sorti de sang , à peu près comme la faim et le besoin de l'exonération se dissipent quand on laisse s'écouler l'heure à laquelle on avait l'habitude d'y satisfaire. Mais la menstruation a une période de vingt-huit jours , comme la lune. Evidemment cet astre n'exerce pas une influence immédiate , en vertu de laquelle, ainsi que le prétendait encore Testa, elle atténuerait les humeurs, les dilaterait et les fournirait d'une plus grande quantité de lumière et de calorique ; car alors il faudrait que toutes les femmes eussent leurs règles à une phase déterminée de la lune , tandis qu'il n'y a pas de jour du mois où il ne s'en trouve quelqu'une chez laquelle coulent les menstrues. Chez les femmes dont la menstruation dure six à huit jours, et revient au bout de vingt-trois , la période est aussi celle d'un mois solaire , de sorte que , pendant toute l'année , elle coïncide avec des phases différentes du satellite de la terre. Osiander a bien prétendu qu'il y a , généralement parlant , plus de femmes réglées pendant la nouvelle lune , et que les menstrues apparaissent alors surtout chez les jeunes , affectant de préférence la pleine lune pour leur manifestation chez celles qui sont avancées en âge (1) ; mais cette observation n'est
(1) Lac. cit. , 1. 1 , p. 268.
point assez générale, et quand même elle le serait, il s'ensuivrait que le périgée etl'apogée de lalune auraient les mêmes effets. Tout ce que nous pouvons faire, par conséquent, c'est de reconnaître qu'en général il y a , entre la périodicité de l'organisme humain et celle de la lune , un certain rapport , qui se manifeste encore dans d'autres phénomènes.
§ 171. Les effets de la menstruation sont ou prochains ou éloignés ('§ 172).
Les effets prochains sont locaux , et se rapportent à la fonction sexuelle.
1° Gomme la menstruation consiste en une exaltation de l'activité des organes génitaux, elle apparaît aussi comme signe et condition de la faculté génératrice chez4|a femme. Elle et cette faculté sont, généralement parlant, en jPaison, directe l'une de l'autre , et c'est toujours par l'effet d'une exception à la règle qu'une femme qui n'a point ses règles jouit de la fécondité. De même aussi celles dont les menstrues coulent abondamment , mais sans sortir néanmoins des bornes de la santé, sont plus fécondes que les autres. Sans doute la menstruation est bien plutôt effet que cause de la faculté génératrice , puisqu'elle n'est que la manifestation d'une activité vitale dans des organes dont la fonction ne consiste qu'à pro créer ; mais , dans la vie , tout effet quelconque réagit sur sa cause , et chaque force ne se maintient qu'au moyen de ses manifestations. Ainsi la faculté génératrice de la femme est entretenue par la menstruation , attendu que celle-ci excite périodiquement la vitalité des organes génitaux , et comme les vaisseaux des ovaires entrent aussi en turgescence pendant qu'elle s'accomplit, on peut la considérer, avec Schweighœuser (1) , comme une maturation périodique de la substance destinée à produire le fruit.
%° En diminuant d'une manière active la masse accumulée du sang, la menstruation accroît la réceptivité des organes génitaux. Ceux-ci , après avoir perdu leur exubérance de masse, deviennent plus vivans et plus aptes à ressentir les impressions destinées à agir spécifiquement sur eux. C'est un fait partout reconnu que l'époque à laquelle les femmes conçoivent le plus
(1) Sur quelques points de physiologie relatifs au fœtus, p. 2. j
CARACTÈRE SEXUEE IMMÉDIAT. 2q5
facilement coïncide avec celle qui succède immédiatement à la menstruation.
3° Chez la plupart des femmes, la menstruation cesse pendant tout le cours de la grossesse. Il est rare que les règles paraissent dans les premiers mois , et plus rare encore qu'elles coulent dans les derniers.
On ne les observe pas non plus d'ordinaire pendant la durée de l'allaitement.
Comme elles sont suppléées d'une manière normale par la gestation et par la lactation , il faut aussi qu'une certaine analogie règne entre elles et ces fonctions , et qu'elles servent à leur préparer la voie.
D'abord, il saute aux yeux que cette analogie porte sur la substance , et que le sang qui s'écoulait de mois en mois avant la grossesse et l'allaitement sert de nourriture au fœtus et à l'enfant pendant ces deux époques. La présence de cette nourriture dépend donc de ce que la substance apte à la fournir est évacuée en d'autres temps , et sous ce rapport la menstruation se montre à nous comme un moyen d'accomplir la gestation et la lactation. D'après cette manière de voir, elle diminuerait dans la même proportion que s'accroît la consommation du sang employé à former et alimenter le fruit. C'est , en effet, ce qu'on observe dans certains cas où les règles coulent comme à l'ordinaire durant le premier mois de la grossesse , diminuent pendant le second , deviennent moins abondantes encore au troisième et au quatrième , et cessent ensuite tout-à-fait. Mais ce phénomène n'est pas commun'; la règle veut que les menstrues cessent de couler dès le premier mois7 quoiqu'alors la nouvelle [formation n'ait encore qu'un trèspetit volume , et qu'il soit difficile que sa consommation suffise pour dissiper la pléthore sanguine qu'occasione la rétention des menstrues.
D'un autre côté, il se consomme, durant les derniers temps de la grossesse et pendant l'allaitement , beaucoup plus de substance alibile que ne le comporte la masse de sang menstruel qui aurait pu être évacuée pendant une égale période de temps. Freind admet bien (1) qu'il y a équilibre; mais,
(1) hoc. cit., p, 8.
2gG CARACTÈRE SEXUEL IMMEDIAT.
pour cela , il est obligé d'évaluer la quantité du sang menstruel à vingt onces. Or elle ne s'élève ordinairement qu'à cinq, ce qui fait trois livres et deux onces en dix mois , tandis que le foetus formé pendant ce laps de temps représente , avec ses enveloppes et ses liquides , un poids d'environ dix livres. Nous devons reconnaître qu'il y a de plus ici un rapport dynamique , et admettre que la gestation et la lactation suppriment la menstruation parce qu'elles attirent à elle la force consacrée en d'autres momens à cette fonction, qui leur prépare la voie parce qu'elle tient en haleine la force plastique nécessaire à leur accomplissement. En un mot , nous devons dire qu'il y a ici un antagonisme d'action.
4° La force et la substance plastiques prennent leur direction vers le fœtus et l'enfant, pendant la grossesse et l'allaitement, tandis que , dans la menstruation et la parturition , elles se dirigent uniquement au dehors. Ces deux dernières fonctions sont donc encore plus affines l'une de l'autre. Voilà pourquoi nous apercevons de l'analogie entre elles , sous le rapport de leurs phénomènes, dans l'abaissement delà matrice, dans l'accroissement de la vitalité et de l'activité sécrétoire du vagin, et dans lhémorrhagie ; voilà pourquoi nous remarquons une certaine dépendance entre l'époque de la parturition et le type de la période menstruelle. La menstruation est donc le prototype de la parturition , et, quand nous en réunissons toutes les circonstances sous un même point de vue ( 1° à 4° ), nous pouvons nous convaincre qu'elle est le prototype et comme l'intermédiaire de l'œuvre entière de la procréation chez la femme. La génération domine tellement chez la femme que , hors de la grossesse et de la lactation , celle-ci tombe dans un état voisin de la maladie , qui ne cesse que par la mise enjeu d'une activité analogue à cette fonction , et semblable à un commencement de monogénie. La femme 'porte en elle-même une telle surabondance de force plastique tendant à la conservation de l'espèce humaine , que quand cette force ne peut point atteindre son but proprement dit, elle est obligée de s'épandre pour ainsi dire en une excrétion particulière , qui lui facilite cependant les moyens d'arriver à ce but. La formation de la substance vitale, du sang, est si abondante ici, que quand
cette substance ne peut point être employée à la conservation de l'espèce , elle sort de son cercle et détermine la seule hémorrhagie'qui soit normale.
§ 172. Mais les e/feta éloignés de la menstruation font qu'elle est aussi d'une haute importance pour la femme considérée comme individu , et qu'elle a des connexions intimes avec tout l'ensemble de sa vie , de manière qu'il n'y a point de fonction dans laquelle sa suppression ne porte le trouble , pas de maladie qui ne puisse provenir de là.
1° L'expérience ne nous autorise point , il est vrai , à admettre qu'il s'opère un commencement de décomposition dans le sang menstruel, qu'il s'y développe une âcreté putride, comme le prétendait Stedmann par exemple (1) , et que la masse du sang a besoin d'être purifiée par l'expulsion du sang menstruel , afin d'acquérir les qualités nécessaires à la formation du fruit et au maintien de la vie de la femme , ainsi que le pensait Stadlin (2). Mais nous n'en devons pas moins considérer la menstruation, et avec elle l'œuvre tout entière de la génération chez la femme , comme un besoin de l'organisme individuel , attendu que c'est un moyen de suppléer au trop peu d'activité des poumons, et de diminuer l'excès de carbone dans le sang ( § 178 ) , ainsi que l'ont reconnu Testa , Osiander , Autenrieth et autres. Cette vérité est confirmée surtout par les phénomènes de la chlorose , qui partout dépend d'un défaut de développement de la faculté procréatrice , mais principalement de la menstruation , à l'âge de la puberté. Il résulte des recherches de Fœdisch (3), que la quantité; de fibrine et de fer, par conséquent de cruor, a diminué, et celle de l'eau augmenté, dans le sang des chlorotiques. Le développement incomplet de la fibre musculaire , l'accumulation d'un liquide séreux et d'une substance d'un blanc jaunâtre, visqueuse, demi-coagulée, dans le tissu cellulaire de la peau , la bouffissure et la consistance pâteuse de toute la masse du corps, qui en sont le résultat, la pâleur particulière et presque cadavéreuse , la teinte jaune
(1) Pkysioloijischo Versuclie , p. 50-54.
(,2) Arcliiv der Medicin. Aarau , 1816 , cah. I, p. 146.
(3) Diss, de morhosu samjuinis temperatione , p. 16.
â()3 CARACTÈRE SEXUEL IMMÉDIAT.
verdâtre du visage , la couleur bleuâtre des lèvres , le brun jaunâtre des paupières , qui pendent comme des sacs , annoncent un excès de carbone. La souffrance du système vasculaire se dénote par un pouls petit et faible , par un moindre dégagement de chaleur et par des palpitations de cœur fréquentes; l'asthme et l'oppression de poitrine décèlent le trouble de la respiration ; l'état anormal de la digestion se manifeste par des goûts bizarres, la suracidité du suc stomacal et intestinal et l'irrégularité des évacuations ; la faiblesse musculaire se trahit par le peu d'énergie , la paresse et la lassitude , surtout dans les cuisses ; le désordre de la sensibilité s'exprime par la disposition aux spasmes , la mélancolie , la timidité , la misanthropie et l'indifférence ; des traces de tendance à déployer l'activité génératrice se signalent par un sentiment de pesanteur et des douleurs tiraillantes dans les reins, pendant que les désirs vénériens manquent ou dégénèrent en écarts contre nature. L'hydropisie ou la phthisie pulmonaire finit par amener la mort dans cette maladie.
2° Le besoin de la menstruation repose encore sur ce que la génération en général est la direction prédominante de la vie chez la femme , et que la menstruation est la manifestation de la faculté procréatrice tendant à son but. C'est une compensation de la grossesse qui n'a pas lieu , une dérivation de la force plastique qui tend à se manifester. Par conséquent , elle assure la liberté de la femme , et empêche que celle-ci ne soit soumise à la nécessité, que l'amour ne dégénère choe elle en désirs purement animaux.
§ 173. D'après tout cela on voit que la menstruation est normale. Il n'y a donc pas le moindre fondement dans l'opinion qui la représente comme une maladie héréditaire , que Nadow et Hagewisch attribuaient à la civilisation , Russel au défaut de modération dans le manger et au genre de vie sédentaire , ou Moscati à la station droite.
1° Quant nous considérons l'intime connexion de cette fonction avec la vie de la femme , telle qu'elle ressort des faits exposés précédemment , nous sommes forcés de reconnaître qu'elle est normale et primordiale.
2° Autant le sentiment de bien-être et la santé florissante
qui ont lieu immédiatement après la menstruation ont peu de ressemblance avec une guérison, autant aussi la chlorose diffère de l'état de santé.
3° Les plus anciennes annales de l'espèce humaine, les livres de^Moïse , parlent de la menstruation comme d'une chose conforme à la nature; le simple bon sens paraît l'avoir toujours considérée ainsi , car aucune tradition , aucun mythe ne fait mention de son apparition éventuelle.
4° On la trouve aujourd'hui chez tous les peuples de la terre, même les plus sauvages et les plus nécessiteux , où elle ne peut avoir pour cause ni un genre de vie sédentaire et la débauche , ni le défaut de satisfaire l'instinct sexuel à temps. Ceux qui prétendaient que les Groënlandaises , les Lapones, etc., sont exemptes de la menstruation, ont débité une fable.
§ 174. On a voulu comparer la menstruation à la chaleur des femelles d'animaux. Assurément il y a analogie entre elles eu égard aux phénomènes généraux de l'exaltation périodique des . organes génitaux, et sous ce point de vue que toutes deux déterminent un état voisin de l'inflammation et provoquent un épanchement de liquide. Aussi les anciens attribuaient-ils déjà la menstruation aux Singes , aux Yaches , aux Jumens , aux Chiennes, aux Baleines, etc. , parce qu'ils avaient observé les phénomènes du rut (1). On a même remarqué que le rut revient d'une manière régulière sous le type quadri-septenaire chez les Singes et les Vaches (2). Maïs les deux états diffèrent absolument l'un de l'autre , quant à leur essence et à leur signification.
1° Les femelles d'animaux en chaleur ne rendent ordinairement que des mucosités mêlées de sang , et non point du sang, si ce n'est chez les Singes, qui sont très-lascifs.
2° Cette sécrétion et l'inflammation d'où elle dépend ont leur siège à la périphérie des organes génitaux , dans le vagin , et surtout dans le vestibule ; elles sont donc l'expression d'une tendance à la réaction des deux sexes, à la copulation.
(1) Haller , loc. cit., t. VIL P. II, p. 437.
(2) Meckel et Kahleis , dans Dcutsches Archiv, t. VIII , p. 433-436.
Jamais on ne voit un gonflement inflammatoire s'emparer des grandes lèvres et du vestibule chez les femmes qui ont leurs règles ; loin de là même , la menstruation a son siège proprement dit dans l'intérieur des organes génitaux , dans la matrice , ce qui annonce que sa direction tend plutôt vers la grossesse et vers la parturition que vers la copulation.
3° Pendant la menstruation il n'y a point désir de l'acte vénérien, par conséquent point cette exaltation de toutes les forces qui caractérise l'état des femelles en chaleur. Bien au contraire , on ne saurait méconnaître alors une certaine détente et un peu de lassitude , même chez les femmes qui jouissent de la meilleure santé. Au lieu que les parties génitales femelles enflammées , tuméfiées et baignées d'un mucus sanguinolent allument et exaltent les désirs du mâle , l'homme est éloigné par son instinct de la femme dont les règles coulent. C'est ce que prouve la croyance dominante dans tous les temps et chez tous les peuples, que le sang menstruel est impur, que son voisinage porte préjudice à tout ce qui vit, tue les vers-àsoie , nuit à la végétation des plantes , corrompt les semences, fait tourner la bière , aigrit le lait , etc. Il ne s'agit point là d'un dégoût amené par le raffinement des mœurs, mais d'un véritable et pur penchant naturel ; car les peuples les plus grossiers et les plus malpropres , les Hottentots , presque tous les JNegres, etc., obligent les femmes qui ont leurs menstrues à quitter la société et à se retirer dans la solitude. On a vu aussi des hommes qui avaient eu commerce avec de telles femmes contracter , comme par infection , un état inflammatoire du pénis, qui ressemblait à une gonorrhée commençante, et s'accompagnait d'une légère éruption. L'union des sexes pendant la menstruation est donc , sous tous les rapports , un acte contraire au vœu de la nature.
4° La menstruation est la propriété exclusive de la femme, parce que c'est chez la femme que la réaction entre la mère et le fruit arrive au plus haut degré d'intimité , et qu'en conséquence la '^matrice acquiert son plus parfait développement ( § 106, 1° ). Mais cette organisation de la matrice est en même temps la cause locale de la menstruation ( § 167 ) ; celle-ci doit donc manquer partout où l'on ne rencontre pas l'autre.
CARACTÈRE SEXUEL IMMÉDIAT. Soi
Comme les animaux n'ont point une matrice à parois aussi épaisses , spongieuses et riches en vaisseaux , comme la menstruation n'existe pas chez eux , ils ne sont sujets ni à ces hé~ morrhagies consécutives au détachement du placenta, ni à ces avortemens si fréquens qu'on observe chez la femme. La station droite peut contribuer aussi un peu à la menstruation ; ainsi la position des Singes , qui se rapproche de cette station , semble avoir pour résultat que , quand leurs femelles entrent en chaleur, elles éprouvent un écoulement plus chargé de sang. L'incubation étant plus imparfaite chez la femelle d'animal qui porte, celle-ci n'a pas besoin non plus d'une aussi grande quantité de masse et de force en réserve que la femme. Au reste , on remarque , chez les animaux , qu'ils deviennent plus voraces après la fécondation , et qu'ils suppléent ainsi la substance que la femme acquiert en quelque sorte par la rétention des règles.
Nous ajouterons seulement comme chose remarquable qu'Oken (1) a réuni ensemble ces deux opinions fausses et contradictoires (§ 173, 4.74 ). Il assure que les premières générations de l'espèce humaine ont été exemptes de la menstruation 5 la femme, après le développement de l'instinct générateur, était sujette, comme les femelles en chaleur, à un gonflement des parties génitales ; mais ce penchant n'ayant point été satisfait sur-le-champ , la répétition de l'afflux du sang a tellement distendu et affaibli les vaisseaux, que le sang dut finir par s'échapper, transsudation dont les autres femmes ont hérité , comme de toutes leurs qualités et infirmités ; l'animal, au contraire , satisfait de suite son penchant , et quand il en est empêché , il meurt plutôt d'une inflammation quelconque que d'arriver à être pris d'hémorrhagie.
§ 175. Nous avons enfin à demander si l'homme n'offre pas quelque chose qui ait jusqu'à un certain point de l'analogie avec la menstruation.
1° Sanctorius a observé que les hommes en santé qui mènent une vie régulière et simple, augmentent chaque mois d'une à deux livres , qu'alors ils deviennent moroses , paresseux ,
(1) Die Zewjung , p. 201-204.
lents , et qu'après une crise qui a lieu soit par des urines troubles ou pins copieuses , soit par une transpiration plus abondante , ils reprennent leur ancien poids , et recouvrent les forces dont ils jouissaient auparavant. Nous aurions donc ici une analogie éloignée avec les phénomènes généraux de la menstruation.
2° Sous le rapport de l'effet local, les pollutions, qui débarrassent l'homme de la substance plastique non mise en œuvre , peuvent être comparées à la menstruation. Elles cessent par la copulation, comme les règles par la grossesse, et de cette manière encore s'exprime le rôle différent des deux sexes; car l'homme doit féconder et la femme former le fruit.
3° Quant à ce qui concerne les phénomènes hémorrhagiques , on peut jusqu'à un certain point citer ici les hémorrhoïdes, qui se voient plus fréquemment chez l'homme que chez la femme. Elles sont surtout provoquées par le genre de vie sédentaire , qui entre plus dans la destinée de la femme que dans celle de l'homme ( § 490, 3° ); elles se voient aussi de préférence chez les hommes efféminés, et suivant Mojon chez les eunuques ; la plupart du temps enfin elles affectent le type mensuel. Mais elles sont maladives, et ont leur siège dans des organes destinés à la conservation de l'individu. Fournier a observé une rare anomalie chez un homme qui , depuis l'âge de puberté , et après les premiers actes vénériens auxquels il s'était livré , éprouvait régulièrement des retours de coliques, suivies pendant trois jours d'un écoulement de sang par l'urètre (1).
Mais la menstruation est tellement inhérente à la nature de la femme, qu'elle persiste même alors que la sexualité s'efface en partie ; la femme qui tient de l'homme a bien presque toujours des règles peu abondantes , mais jamais elle n'en est entièrement exempte.
(1) Dict. des'sc. méd., t. IV, p. 192.
CARACTÈRE SEXUEE MÉDIAT. 5o3
B. Caractère sexuel médiat.
§ 176. NOUS appelons Caractère sexuel médiat ou général les modifications que la différence des sexes produit tant dans des fonctions qui n'ont pas de rapport direct avec la génération , que dans l'habitude du corps et la vie en général. Il consiste donc en ce que la sexualité se manifeste aussi en dehors de la sphère génitale, pénètre la vie entière, et acquiert par cela même son plus haut degré. D'après cette définition, on conçoit que les êtres organisés inférieurs en soient totalement dépourvus , et que , quand il commence à paraître , il n'ait point encore de physionomie déterminée , ou ne corresponde pas encore à la signification particulière des sexes. Ainsi , par exemple , chez les plantes dioïques , les individus mâles et femelles diffèrent à peine les uns des autres , si ce n'est par la fleur. Là seulement où la vie intérieure acquiert plus de puissance , elle s'annonce par un extérieur qui soit en harmonie avec elle, et la forme devient l'expression d'une idée, ou, en d'autres termes, prend une valeur symbolique.