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II. Sexualité individuelle

§ 156. La Sexualité individuelle , ou la répartition desparties génitales sur des individus différens ne commence à se mani fester, dans le règne végétal, que chez les plantes polygames, qui constituent la vingt-troisième classe du système Linnéen; mais elle y est encore mêlée avec l'hermaphrodisme : l'individu porte des fleurs mâles ou femelles , et en même temps des ifleurs hermaphrodites. Chez les plantes dioïques, qui forment la vingt-deuxième classe du système de Linné, la sexualité individuelle est plus prononcée ; mais , d'un côté , elle est incomplète encore , parce qu'elle se borne aux organes génitaux , qu'elle ne s'exprime point dans toutes les particularités de la configuration et des phénomènes vitaux , et que l'hermaphrodisme s'y trouve fréquemment associé; d'un autre côté , les espèces qui l'offrent sont peu nombreuses , plusieurs appartiennent à la série des plantes monocolylédones , et aucune ne porte le cachet de l'organisation végétale la plus parfaite. Dans le règne animal , au contraire , la sexualité individuelle n'est développée que d'une manière passagère et incomplète chez les êtres placés aux échelons inférieurs; parmi les Entozoaires , chez les Nématoïdes et les Acanthocéphales ; parmi les Mollusques , chez les Gastéropodes pectinibranches et les Céphalopodes. Elle devient permanente dans les classes des Insectes, des Arachnides, des Crustacés, et dans toutes les classes de Vertébrés. Chez l'homme enfin, elle se développe de la manière laplus complète, et c'est là seulement que nous apprenons à la connaître dans toute sa portée, ce qui nous obligera, dans les considérations suivantes , à prendre principalement l'organisation humaine pour point de départ. Mais quand une différence sexuelle bien prononcée se manifeste chez un

(l)/jw,1833,p. 670.

individu, elle ne demeure pas bornée aux seuls organes de la génération , et s'étend aussi plus ou moins au reste de l'organisme ; la vie entière prend un caractère sexuel , c'est-àdire que l'essence ou la nature propre apparaît sous deux formes correspondantes aux rapports de sexualité.

Mais le caractère sexuel est ou immédiat et relatif à la gé nération (§ 159), ou médiat et général (§ 176).

A. Caractère sexuel de la génération.

§ 157. Le Caractère sexuel immédiat^ ou le Caractère sexuel de la génération , consiste dans la direction spéciale que la vie de l'individu acquiert par rapport à la génération. C'est dans la manière diverse dont l'ensemble de l'organisme prend part à l'œuvre de la reproduction , que la pénétration de la sexualité dans ce même organisme s'exprime de la manière la plus explicite , et qu'il faut par conséquent chercher les fondemens du caractère sexuel.

L'être monogène , celui qui engendre à lui seul , est toujours femelle (§40-44). Dans ladigénie, la part qui revient à chaque sexe est fort inégale. L'homme ne coopère à l'œuvre de la procréation que dans l'acte de la fécondation; hors de là, il vit davantage pour lui-même, poursuit son propre but, est plus libre et plus indépendant comme individu, forme par conséquent un antagonisme plus prononcé avec son espèce. La femme , au contraire , a commencé la génération avant la fécondation, et elle la continue après, dans la sémination, l'incubation , la parturition , l'allaitement ; la génération est donc la fonction qui prédomine en elle , la direction principale de sa vie , celle qui pénètre le plus dans ses autres fonctions ; elle est profondément enracinée dans sa nature, et ne fait qu'un avec son essence ^par elle, la femme tient plus intimement à l'espèce, et se rapproche davantage du tout. La génération détermine les premières directions de l'âme de la femme , et l'occupe continuellement ; il n'y a que la virago qui ait peu de goût pour les enfans , qui ne se complaise pas aux conversations roulant sur l'amour , la grossesse , l'enfantement. L'aptitude à engendrer se manifeste plus tôt chez la femme que chez l'homme , elle s'y accompagne plus souvent d'orages , et elle y

produit une plus grande révolution dans l'organisme entier. Le célibat nuit davantage à la femme ; il occasione fréquemment l'aménorrhée , le squirrhe , le cancer et une mort prématurée; il y a moins de santé dans les couvens de femmes que dans ceux d'hommes. La fécondation et la grossesse agissent comme fortifians chez la femme , et les mères de nombreux enfans sont en général les mieux portantes, celles qui vivent le plus long-temps; la femme stérile estplus malheureuse que l'homme qui n'a point de progéniture.^ ,,

1. expression du caractère sexuel immédiat bans la structure des j organes;

§ 158. De là vient aussi que la région des organes génitaux, la région hypogastrique et pubienne , est plus développée , et que toutes les dimensions en sont plus considérables , proportionnellement à celles de l'épigastre et de Ja poitrine , chez la femme que chez l'homme. En^ effet, "cette région est plus longue , et une plus grande distance sépare les pubis de l'ombilic. Elle est plus large aussi; car, tandis que les hypochondres sont plus serrés , et que le diaphragme , le foie , la rate , l'estomac , l'intestin grêle , occupent moins d'espace , la cavité pelvienne est plus spacieuse et les hanches ont plus de largeur. Elle est plus épaisse ; car la paroi antérieure est plus bombée, et le bas- ventre fait une saillie plus prononcée , plus arrondie. La ligne qui s'étend du milieu du sternum à la symphyse pubienne est parallèle à l'axe . longitudinal d u corps chez la femme , tandis qu'elle converge vers cet axe chez l'homme (1). Si la cavité abdominale est d'un pouce et demi environ {plus haute ( § 178 )] chez ;la femme que chez l'homme , suivant la remarque de Delisle (2) , ce phénomène tient principalement à la plus grande ampleur de la région hypogastrique (depuis l'ombilic jusqu'à la base du tronc ) ; car la région épigastrique ( depuis le bord inférieur de la cage thoracique jusqu'à l'ombilic) est plus courte que chez l'homme (3).

(4) Ackermann , Infantis androgyni historia, p. 63.

(2) Froriep , Notizen , t. XL , p. 312.

(3) Meckel , Manuel d'anatomie , t. III , p. 719.

Ainsi , chez la femme , la région pelvienne devient prédominante , et les organes génitaux internes occupent le milieu du corps entier , tant dans la direction de haut en bas , que dans celle d'avant en arrière (1). La conservation de l'espèce s'exprime aussi matériellement comme point central de l'organisme féminin. Le contour du corps de la femme forme un ovale allongé , dont la plus grande largeur correspond aux hanches , la grosse extrémité circonscrit la tête , et l'autre les pieds. Chez l'homme, au contraire, le contour du tronc représente un carré régulier , ou un cône , dont la base répond aux épaules , de sorte que le tronc va en se rétrécissant de son extrémité supérieure à son extrémité inférieure (2). La même chose s'observe chez les animaux ; ainsi , le Taureau , par exemple , se distingue par une poitrine plus large et un bas-ventre plus étroit.

§ 159. Chez l'homme , le bassin est plus subordonné ; il est étroit, resserré et destiné à former en dedans une paroi solide pour des organes de pure éjection , ?à fournir en dehors des points d'attache aux organes d'un mouvement volontaire énergique. Voilà pourquoi la dimension en longueur y prédomine ; il constitue une cavité plus allongée , conique , comprimée sur les côtés , rétrécie par le bas , et ressemble proportionnellement davantage à un tube , tandis qu'il a plus de largeur chez les gynandres , et , suivant Mojon (3) , chez les eunuques aussi. Le bassin de la femme est organisé pour une vie plus intérieure ; il est plus approprié à servir de réservoir, et à renfermer en lui-même un point central de la plasticité. En outre , il estplus déployé ; tout en lui est plus écarté , tous les diamètres sont plus grands , l'ensemble est plus spacieux. Mais il est surtout plus développé en largeur , et plus resserré dans le sens de la longueur ; le diamètre horizontal est plus grand , le contour plus circulaire , et la forme totale plus rapprochée de celle d'une sphère. Il exprime même, dans la masse solide qui le constitue, sa destination, qui est de recevoir, de porter et de mettre au monde. En effet, ses os sont plus minces,

(1) Hallev , Elem. phi/s., t. VII, P. II , p. 46.

(2) Autenrielh , dans Reil, Archiv , 1. 1 , p. 5.

(3) Mémoires sur les effets de la castration. Montpellier , 1804 , p. 13.

plus délicats; ils offrent des creux moins profonds et des saillies moins prononcées ; mais ils sont unis ensemble par des liga— meas plus serrés et plus forts, par des cartilages plus grands, plus larges et plus épais (4).

Chez les animaux , le bassin présente à peine des différences sexuelles appréciables. En général , il est plus allongé , plus tubiforme et plus étroit que dans l'espèce humaine , mais en même temps moins clos par des parois osseuses situées en face l'une de l'autre, les pubis se trouvant vis-à-vis, non pas du sacrum, mais des os mobiles de la queue. Par conséquent, il ressemble plus à une gouttière qu'aune cavité osseuse.

§ 160. Quant à ce qui concerne le grand bassin , les os innommés de la femme sont plus développés , plus larges , plus aplatis et pourvus de tubérosités moins fortes ; chez l'homme, et surtout chez les animaux , ils sont plus allongés et plus étroits. Eu égard à la direction de bas en haut , ou à partir du petit bassin, nous remarquons que, chez l'homme, les os innommés sont plus redressés , puisqu'ils font un angle de soixante degrés avec l'horizon , tandis que, chez la femme, ils sont plus obliques et ne s'élèvent que sous un angle de quarante sept degrés. La direction d'arrière en avant , ou à partir du sacrum , présente aussi une différence correspondante ; les os innommés décrivent ence sens un arc plus petitchezl'homme, et plus grand chez la femme ; la longueur est de huit pouces neuf lignes chez le premier , et de neuf pouces deux lignes chez la seconde. Ainsi , pendant que les os innominés de l'homme sont plus resserrés vers le haut et courbés sur euxmêmes , ceux de la femme ont leurs bords supérieurs plus écartés l'un de l'autre, en sorte que les hanches sont plus larges , font plus de saillie , et présentent une surface plus étendue pour l'attache des muscles, qui les rendent plus arrondies et plus bombées : de là vient qu'ici le diamètre transversal du bassin s'élève jusqu'à neuf ou dix pouces. Ajoutons encore que , chez la femme , les os innominés sont plus rejetés en arrière , et ne s'étendent pas aussi loin en devant , d'où il suit que le grand bassin présente à sa partie

(1) Siebold , Handbuch der Frauensimmorkrankheiten > p. 12 et 14.

j280 CARACTÈRE SEXUEL IMMÉDIAT.

antérieure une paroi osseuse moins étendue. Aussi le bord postérieur et perpendiculaire , celui qui s'étend [de l'épine postérieure et supérieure à l'inférieure , s'élève-t-il à deux pouces chez la femme , tandis qu'il n'a qu'un pouce et huit lignes chez l'homme ; l'antérieur , ou celui qui s'étend de l'épine antérieure et supérieure à l'inférieure, a un pouce et dix lignes seulement chez la femme , et deux pouces trois lignes chez l'homme ; en même temps, les deux épines antérieures et supérieures sont plus éloignées l'une de l'autre chez la femme que chez l'homme.

§ 161. Le petit bassin de la femme présente plusieurs particularités.

1° Le promontoire est moins saillant , c'est-à-dire que les vertèbres lombaires et le sacrum forment ensemble un angle moins aigu.

2° Le sacrum est plus court ; sa longueur , mesurée en suivant la courbure, est à celle du corps entier 1 154 : 1000, tandis que, chez l'homme, le rapport est de 68 '. 1000 (1). Le sacrum des animaux est plus long encore. Cet os , en outre, est plus large chez la femme que chez l'homme et les animaux, de manière qu'il donne plus de largeur à la région sacrée en général. Il est plus fortement courbé dans le sens de sa longueur, attendu qu'à partir même de la dernière vertèbre lombaire , il s'infléchit fortement en arrière , tandis que , chez l'homme et les animaux , il descend plus en ligne droite. Mais , dans le sens de sa largeur , il est plus plane que chez l'homme.

3° Les os coccygiens sont plus grêles et 'plus mobiles , les parties bombées des surfaces articulaires ayant plus de saillie, et les enfoncemens correspondans moins de profondeur. En même temps leur extrémité inférieure se ' porte moins en avant, ou dans l'intérieur du bassin.

4° L'ischion descend moins bas et est plus perpendiculaire chez la femme, plus oblique, au contraire, de^dehors en dedans, chez l'homme. Aussi l'épine sciatique de la femme se diriget-elle moins en dedans , et la tubérosité sciatique davantage en dehors , ce qui fait qu'un plus grand intervalle sépare les

(1) Autemieth , loc. cit., p. 75.

CARACTÈRE SEXUEL IMMEDIAT. sSl

deux tubérosités l'une de l'autre. La partie antérieure de l'ischion se porte en dehors et en devant de la ligne perpendiculaire chez la femme , en dedans et en arrière de cette même ligne chez l'homme (1). Dans la femme aussi , l'échancrure située entre la tubérosité sciatique et la cavité cotyloïde, pour le tendon du muscle obturateur interne, est plus étroite. Chez les Mammifères , les os ischions , plus larges , sont plus rapprochés encore l'un de l'autre que chez l'homme.

5° Le pubis de la femme est plus étroit; sa portion horizontale est plus allongée et ne forme point un lit aussi large que chez l'homme pour les vaisseaux qui marchent sur son bord supérieur ; sa portion descendante est tournée davantage en dehors et en devant.

§ 162. De cette conformation des os de la femme résultent les particularités suivantes :

1° Comme le sacrum est placé de haut en bas et d'avant en arrière , il faut que l'anneau formé par les os pelviens qui partent de ses côtés descende obliquement en avant , ou présente une inclinaison , de manière que le bord supérieur de la symphyse pubienne se trouve à trois pouces au dessous du promontoire , d'où il suit que le bassin est plus ouvert en avant et en haut que chez l'homme. % < \

2° Le détroit supérieur du petit bassin forme donc , dans la direction d'avant en arrière , un plan oblique plus rapproché de la perpendiculaire chez la femme que chez l'homme. La ligne circulaire qui marque ce détroit, est plus prononcée que chez l'homme , parce que les os coxaux s'écartent davantage de la direction perpendiculaire. Le diamètre antéropostérieur est de quatre pouces , l'oblique de quatre pouces et demi , et le transverse de cinq pouces.

3° L'excavation du petit bassin est élargie de tous les côtés dans la direction horizontale. Le diamètre transversal , à cause de l'éloignement des os ischions, s'élève à quatre pouces, et son rapport à celui de l'homme est de 123 \ 100 (2) ; l'antéropostérieur est porté à quatre pouces et demi par la courbure

(i)iW.,p. 87.

(2)itac*.,p.74.

du sacrum , et son rapport à celui de l'homme est de 108 1 100 ; enfin l'oblique a quatre pouces et demi de long. En même temps , les ouvertures latérales , c'est-à-dire les trous ovales en devant et les échancrures sciatiques en arrière , sont plus grandes chez la femme , parce que les os pubis et ischions sont plus étroits. Dans l'homme et chez les Mammifères , ces ouvertures sont plus petites. De plus , la paroi antérieure a dix-huit lignes de hauteur et elle est bombée , tandis que la postérieure est haute de quatre pouces et demi et excavée ; l'axe du bassin décrit donc une forte courbure , tandis qu'il est moins courbé chez l'homme, et ne l'est point du tout chez les Mammifères.

4° Le détroit inférieur du bassin est plus large (chez la femme ; le diamètre antéro-postérieur , qui est plus long , a quatre pouces trois lignes , et le diamètre transverse quatre pouces. L'arcade pubienne de l'homme est plus étroite et plus aiguë ; elle forme un angle de soixante-dix à quatre-vingts degrés : celle de la femme est plus large , plus arrondie ; elle à proprement la forme d'un arc, et décrit un angle de quatrevingts à quatre-vingt-dix degrés, de sorte que le détroit inférieur du bassin est plus ouvert en devant.

§ 163. Le bassin entier, laboratoire de la génération, étant plus développé chez la femme , les parties qui s'y rattachent le sont également.

1° Les muscles des lombes et du siège sont plus prononcés que chez l'homme ; les fesses sont d'autant plus rebondies , que le bassin aussi est plus incliné (§ 162 , 1°) et le sacrum plus courbé. Chez les femmes des Bochismans , peuple placé au dernier échelon de l'organisation humaine , ce renflement dégénère en un coussin graisseux , qui ressemble aux fesses nues des Papions et du Mandrill , mais qui est beaucoup plus volumineux , et sur lequel les femmes se tiennent la plupart du temps accroupies. A chaque mouvement du corps, il tremble comme de la gelée ; on a pu se convaincre à Paris , par la dissection , qu'il devait naissance à des couches énormes d'une graisse presque liquide, amassées sous les muscles fessiers (1).

(1) Vhey , Hist. nat. du genre humain , 1. 1, p. 241.

2° Les nerfs du plexus pelvien sont près d'une fois aussi gros chez la femme que chez l'homme. Les branches qui vont des plexus mésentériques supérieur et inférieur aux organes génitaux, sont également beaucoup plus volumineuses (1).

3° L'aorte descendante est plus grosse et augmente davantage de capacité en descendant, que chez l'homme (2). Les artères iliaques sont plus volumineuses ; elles ont un plus grand nombre de branches, et amènent une plus grande quantité de sang aux organes pelviens. Mais elles établissent aussi un conflit plus actif ou plus vivant entre le sang et ces organes. En général , effectivement , le sang est plus isolé dans les gros troncs artériels , à cause de l'épaisseur et de la densité plus grande des parois ; mais ses rapports avec les organes deviennent plus intimes dans les ramifications , qui ont des parois plus minces et moins serrées. Or l'aorte descendante diminue plus de densité chez la femme que chez l'homme. On a trouvé que , sous ce point de vue , celle de la Brebis était à celle du Bélier :

Dans le voisinage du cœur I ' 1014 ! 1027

Dans l'aorte ascendante l '. 1000 ! 1033

Au sommet de l'aorte descendante 1 11000 '. 1108 Au dessus des artères rénales î '. 1000 '. 1238

Au dessus des artères iliaques l '. 1000 '. 1272

L'abondance plus grande du sang, et l'intimité plus prononcée de ses rapports avec les organes pelviens de la femme , doivent donc faire de ces organes le foyer d'une vitalité plus énergique et d'une activité plastique plus développée ; aussi les inflammations et les productions anormales y sont-elles bien plus fréquentes que chez l'homme.

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