EXPRESSION DU CARACTERE SEXUEL DANS LES FONCTIONS
§ 177. Examinons maintenant les fonctions l'une après l'autre.
a. Expression du caractère sexuel dans les fonctions plastiques .
Nous placerons en première ligne la digestion.
1° La digestion en général est plus puissante chez l'homme, et son appareil a plus de capacité. Dans la femme , les ma choires sont un peu comprimées et paraboliques, tandis qu'elles sont plus en arc chez l'homme ; la cavité orale est plus étroite et moins haute, la bouche plus petite , l'estomac plus resserré, le foie moins volumineux , la sécrétion biliaire moins abondante.
2° L'appareil digestif a une irritabilité plus faible.
Déjà, chez quelques Insectes, les mandibules des mâles sont plus développées (3), et, dans la classe des Mammifères, le
(1) Froriep , Notizen , t. XXXIX , p. 183.
(2) Burdach , Anatomische Untcrsuchungen , p. 30 et 44.
(3) Meckel , Traité général d'anat. comp. , t. I , p. 303.
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volume plus considérable des muscles masticateurs élargit la tête des mâles de certaines espèces , par exemple les Chats, les Loups, les Renards, les Lynx, les Chevreuils, tandis que le crâne des femelles est plus étroit et leur museau plus effilé. La branche montante de la mâchoire inférieure est plus étroite , moins élevée et plus oblique chez la femme ; les muscles qui servent à la mastication y trouvent des points d'attache moins étendus , ils sont par conséquent plus faibles , et la mastication s'exécute avec moins d'énergie. Les dents sont plus petites ; les dernières molaires, ou dents de sagesse, manquent fréquemment, ou du moins percent plus tard que chez l'homme ; les dents de la seconde pousse paraissent également à une époque plus reculée , et celles de lait se conservent , proportion gardée , bien plus fréquemment. On a également remarqué , dans l'espèce du Narwal , que la sortie des dents avait lieu plus tard chez la femelle que chez le mâle.
L'estomac de la femme a des parois moins épaisses , et la force musculaire de l'intestin est moins considérable , ce qui rend les déjections alvines plus rares, la constipation plus fréquente etïrplus facile à supporter , les maladies qui tiennent à la faiblesse musculaire des organes digestifs plus communes. Mais, en revanche, le canal intestinal possède un nombre plus considérable de vaisseaux lymphatiques , le mésentère qui les soutient est plus large , et l'énergie plus grande de l'absorption rend les selles plus sèches. Comme l'estomac est plus petit et que les vaisseaux lymphatiques sont plus actifs , la femme est plus facile à rassasier , et il suffit d'une petite quantité d'alimens pour la nourrir. La faim est un besoin moins impérieux chez elle. L'observation a partout confirmé [que , dans les hôpitaux et les prisons , il faut à peu près un cinquième de moins d'alimens pour les femmes que pour les hommes ; nous possédons aussi un grand nombre d'exemples de femmes qui, en pleine connaissance, et soit par l'effet d'un désordre du système nerveux , soit seulement dans quelque vue particulière , par pur caprice , ou pour exciter l'attention , sont demeurées des mois entiers sans faire usage d'aucun aliment , ou du moms , si elles en imposaient à cet
égard, sans prendre autre chose qu'une très-faible quantité de nourriture, tandis qu'on n'a jamais vu d'homme supporter une abstinence semblable. Comme la force musculaire de l'appareil digestif est plus considérable chez ce dernier, il éprouve aussi un besoin plus vif d'alimens , et en général la partie animale de la digestion prédomine chez lui. Chez la femme, au contraire , c'est à l'activité des lymphatiques et par conséquent à la partie végétative de la digestion qu'appartient la prédominance , aussi le besoin des alimens est-il plus modéré et plus facile à satisfaire ; la femme est plus frugale et plus disposée à s'arrêter dans ses repas lorsque la satiété commence à se faire sentir, tandis que l'homme ne trouve fréquemment les bornes de son appétit que dans l'épuisement des plats qui couvrent sa table. L'abstinence coûte moins à la femme , et c'est un bonheur pour elle de se l'imposerai l'insu de tout le monde , afin de pourvoir plus abondamment aux besoins de son époux et de ses enfans. Comme elle prend moins de nourriture et digère plus vite , ses repas lui chargent moins l'estomac , ne diminuent pas son activité et n'influent point sur son humeur. De toutes ces circonstances résultent pour elle une certaine délicatesse et une jouissance plus entière de sa liberté. L'homme est plus dépendant du besoin de nourriture , et se laisse plus facilement entraîner à l'intempérance par la gourmandise ; les nombreux exemples de polyphagie que nous connaissons ont tous été offerts par des hommes ; les excès de table ne se concilient point avec la nature de la femme , tandis que , chez l'homme , ils ne sont point absolument incompatibles avec certaines vertus de son sexe.
3° Tous les forts excitans des organes digestifs conviennent mieux à l'homme , dont l'irritabilité plus grande exige aussi des stimulations plus énergique^. Chez la femme , au contraire , c'est la sensibilité qui prédomine dans ces organes , de sorte qu'ils s'accommodent mieux d'une nourriture plus légère et d' excitans moins forts. Ici l'instinct parle aussi haut que l'organisation. En effet :
a. L'homme se rapproche des animaux carnassiers et la femme des herbivores. Les dents qui servent à déchirer la viande, les canines, sont plus fortes chez l'homme. Elles ont
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surtout beaucoup de volume dans l'Eléphant , l'Hippopotame et le Cochon mâles ; elles sont petites dans le Cheval , mais plus petites encore dans la Jument , qui même en est presque toujours 'privée. Bechstein (1) prétend que les jumens qui ont des crochets , sont souvent stériles.
De même, chez la femme, l'estomac est plus allongé et l'intestin plus long que chez l'homme et les animaux carnassiers. L'homme est poussé davantage , par son instinct , vers la nourriture animale , qui le rend plus robuste , mais aussi plus grossier et 'plus ^farouche. La femme reste plus fidèle à sa nature , en ce qu'elle préfère les alimens tirés du règne végétal , et , parmrceux du règne animal , le lait , que les animaux offrent d'eux-mêmes comme un' superflu de leur nutrition.
b. L'homme éprouve le besoin des épices et des liqueurs spiritueuses , comme moyens de ranimer , après de fatigans travaux, son irritabilité puissante, mais obtuse, et de redonner du ton à sa fibre , de la vigueur au sentiment de sa propre existence. La femme a moins besoin de ces stimulans, elle en éprouve peu le désir, et , quand elle en abuse , elle perd les caractères de son sexe-, le plus hideux de tous les spectacles est celui d'une femme plongée dans les excès de l'ivrognerie. § 478. Le ventre , comparé à la poitrine , est plus long chez la femme (§ 158) , les vertèbres lombaires sont plus hautes , et par cela même la taille est plus élancée. Ainsi , les Chèvres, les Chattes , les femelles des Chevreuils et des Renards, etc., ont la poitrine plus étroite, et le ventre plus long, plus effilé. La cavité pectorale de la femme offre les différences suivantes :
1" Les côtes sont plus minces , plus plates et plus courtes. 2° Elles s'éloignent davantage de la colonne vertébrale en arrière , et se reportent ensuite plus brusquement en avant , de sorte qu'elles sont plus fortement arquées à leur partie postérieure. Il suit de là que la colonne vertébrale fait plus de saillie dans la cavité thoracique , et que les apophyses épineuses ,loin d'être saillantes au dos , y occupent le fond d'une gouttière.
(4) Gemeinnuctsiije Naturycschichte Deutschlands , t. I, p. 253.
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3° Dans le reste de leur étendue , les côtes sont moins courbées et plus tordues sur elles-mêmes , de sorte qu'en décrivant un arc pour gagner la parlie antérieure du corps , elles s'inclinent davantage de haut en bas , ce qui fait que le bord inférieur du corps du sternum correspond à la hauteur du bord inférieur de la quatrième côte (de la cinquième chez l'homme).
4° Le sternum est plus court ; son extrémité inférieure est placée à la hauteur de la septième vertèbre dorsale (de la onzième , chez l'homme ) ; par conséquent la sixième côte ne se fixe pas , comme chez l'homme , au bord latéral , mais à l'extrémité inférieure du corps du sternum. Mojon assure que le sternum est plus court aussi chez les eunuques (1).
5° Le diaphragme de la femme est plus petit et situé plus haut; sa partie antérieure s'insère au cartilage de la sixième côte (de la septième , chez l'homme).
6° Le diamètre horizontal de la cavité thoracique est moins étendu , parce que les côtes sont plus courtes (1°) et plus torses (3°). Le diamètre correspondant à la ligne médiane a surtout moins d'étendue, parce que la colonne vertébrale fait plus de saillie à l'intérieur , ou se rapproche davantage du sternum (2u). Tandis que la poitrine a une voussure plus prononcée en arrière (2°) , elle est plus aplatie en devanl (3°). Le plan de la cavité pectorale est égal à celui du bassin , au lieu qu'il le dépasse chez l'homme.
7° le diamètre longitudinal est également plus court chez la femme , à cause de la brièveté du sternum (4°), et parce que le diaphragme s'élève davantage (5°).
8° Les poumons sont plus petits , comme aussi les fosses nasales , le larynx et la trachée- artère sont plus étroits. Par une suite nécessaire , la respiration est plus faible , et la consommation de l'oxygène atmosphérique moins considérable ; si donc on peut comparer la respiration à la combustion , celle-ci n'est qu'une incandescence calme et tranquille chez la femme , tandis que c'est une flamme pétillante chez l'homme. De là vient que la femme a la faculté de rester plus long- Ci) Sur les effets de la castration dans le corps humain , p. 13.
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temps dans des lieux renfermés , tandis que l'homme cherche par instinct le grand air , et qu'il éprouve en général plus vivement le besoin de respirer. Cette différence se manifeste déjà au moment de la naissance ; car il a été remarqué par Carus que les fœtus mâles sont plus sujets à l'asphyxie lorsqu'ils viennent au monde , et qu'on a plus de peine à les tirer de cet état de mort apparente (1). La cyanose est beaucoup plus rare chez la femme que chez l'homme, l'hémoptysie présente aussi moins de danger chez elle , et la mène moins fréquemment à la phlhisie pulmonaire.
On remarque , [en outre , une différence entre les proportions de la partie supérieure et de la partie inférieure du thorax (9°, 10% 11°).
9° La poignée du sternum de l'homme est plus courte ; sa longueur est à celle du corps de l'os * '. 1 ! 1,50, chez la femme , '. I 1 '. 1,20 chez l'homme.
10° Les côtes inférieures sont beaucoup plus courtes chez la femme, de sorte que les hypochondres , presque exclusivement formés par les parties tendineuses des muscles , ont plus de mollesse et d'extensibilité. Le creux de l'estomac, situé plus haut, à cause de la brièveté du sternum, est également plus mou , parce qu'il n'a pour limites que les cartilages plus allongés des côtes, tandis que, chez l'homme , la portion osseuse des côtes , qui est plus longue , s'en rapproche davantage.
llû Celles des côtes supérieures qui se portent horizontalement au sternum , sont principalement destinées aux mouvemens inspiratoires ; celles dont la partie antérieure remonte pour aller gagner cet os , contribuent d'une manière plus spéciale aux mouvemens expiratoires (3). Or, comme les côtes de la femme s'abaissent davantage (3°) , la sixième déjà commence à monter pour aller rejoindre le sternum, tandis que c'est la septième seulement chez l'homme. La portion de la cage thoracique consacrée à l'inspiration est donc plus petite
(1) Lekrluch der Gyncecoloyie , t. I, p. 43.'
(2) Ackermann, Infantis androgy?ii historia, p. 64.
(3) Autemïeth , dans Reil , Archiv , t. II , p. 6.
chez la femme , et cela d'autant plus que sa partie supérieure est fort étendue.
42° Chez l'homme , le diaphragme, qui est plus grand, contribue davantage à l'inspiration, et la poitrine se dilate plus dans le sens de haut en bas > par conséquent à sa base et au moyen du diaphragme. Chez la femme , les muscles qui agissent le plus sont ceux de la périphérie , dont l'effet est d'élargir la poitrine dans le sens horizontal , parce que les côtes sont plus mobiles et plus torses ; aussi les seins s'élèvent et s'abaissent-ils davantage pendant la respiration.
§ 179. La femme a moins besoin de nourriture (§ 177, 2° ) et d'air ( § 178, 8° ) , c'est-à-dire de substances étrangères à son corps , de sorte qu'elle est moins dépendante des choses du dehors. Cependant l'hématose est très-productive chez elle; aussi remarque-t-on qu'elle est sujette à des hémorrhagies plus fréquentes et plus fortes , même habituelles , qu'elle supporte mieux une perte considérable de sang , et qu'elle répare cette perte bien plus vite que ne le fait l'homme. Tous ces effets tiennent à ce que les vaisseaux efférens , les lymphatiques et les veines , ont plus d'activité et procurent ainsi une assimilation plus abondante. Mais comme la femme supporte plus long-temps la privation de substances extérieures, il faut qu'elle soit douée également d'une facilité de réassimilation plus énergique , c'est-à-dire d'une activité qui ramène la masse des diverses parties de son propre corps à la forme générale , et reporte les substances ainsi acquises dans le torrent du sang , par le moyen des lymphatiques et des veines , de manière que , dans cette circulation de la matière , les transformations de substances demeurent en quelque sorte intérieures , et que le corps entier maintient par là son homogénéité. Tout cela se rapporte donc à ce que, dans la sphère plastique des femmes , la direction de dehors en dedans prédomine sur l'autre , l'association des substances sur leur disgrégation , tla formation du sang sur la décomposition , tandis que , chez l'homme , la direction de dedans en dehors , les rapports avec le monde extérieur , la décomposition de tout ce qui a reçu forme , et le besoin de substance nouvelle et étrangère, ont un caractère d'énergie plus prononcé. Au reste,
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le sang des femmes contient , suivant Lecanu , plus d'eau et d'albumine , et moins des autres principes solides, que celui des hommes. Fœdisch (1) estime que la proportion , calculée en millièmes , serait à peu près la suivante :
Chez l'homme. Chez la femme.
Fer 9 S
Fibrine 28 25
Cruor 140 129
Albumine 91 96
Eau 732 742
§ 180. Le système vasculaire de la femme offre plusieurs particularités.
1° Le cœur est plus petit.
2° Les parois des artères ont moins d'épaisseur et de cohésion , de sorte qu'à cet égard aussi leur prépondérance sur les veines est moins considérable que chez l'homme. Suivant Clifton Wintringham , la densité de l'aorte ascendante d'une femelle d'animal était à celle du mâle '.'A ! 1,238, et quand la densité de la veine était à celle de l'artère l'A'. 1,166 dans une femelle, elle était '.'A' 1,238 dans le mâle ; la différence était plus grande entre les artères des deux sexes qu'entre leurs veines , puisque l'aorte de la femelle était 'à celle du mâle ; *1 ; 1,014, et la veine cave de la première à celle de la seconde '.'A 11,006 (2).
3o Le système vasculaire de la femme est plus faible et plus irritable , la circulation plus rapide , le pouls plus fréquent , plus mou , moins fort , plus variable et plus facile à accélérer. Le pouls des eunuques est plus petit et plus faible que celui des hommes.
§ 481. Parmi les sécrétions , celle de la graisse prédomine chez la femme , parce qu'elle produit une substance qui reste dans l'économie , s'applique également aux besoins de toutes ses parties, et supplée jusqu'à un certain point le défaut de nourriture. Cette prédominance paraît dépendre de ce que le sang contient plus de carbone , la respiration étant plus
1 (1) De morbosa sanguinis temperatione , p. 10. (2) Haller , Elem. physiol., t. VII , P. II, p. 161.
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faible , surtout proportionnellement à la digestion. L'abondance de la graisse rend les contours de la forme extérieure plus moelleux. L'eunuque est plus gras que les hommes n'ont coutume de l'être , et la virago est plus maigre et plus sèche que la femme. Chez l'homme, la décomposition et la sécrétion excrémentitielte sont plus considérables 5 il rejette plus de mucosités par la bouche et le nez , et l'urine se forme chez lui en plus grande abondance. La femme sécrète moins d'urine, et elle est moins fréquemment atteinte de maladies des voies urinaires ; elle a une vessie moins spacieuse , et cependant elle peut retenir plus long-temps son urine , probablement parce que ce liquide est résorbé en plus grande quantité chez elle.
§ 182. La peau , organe délimitateur qui marque l'individualité , est moins développée chez la femme , plus fine, plus molle , plus lisse , plus blanche et plus translucide ; les veines percent davantage à travers son tissu , et ses vaisseaux capillaires contiennent moins de sang. Chez l'homme, elle est plus dure , plus tendue , plus solide ; les eunuques et les hommes efféminés j ont la peau plus molle et plus lisse. La transpiration exhale une odeur plus forte -, qu'on ne remarque point chez les eunuques. Le développement plus considérable de la. peau et l'abondance plus grande de substances combustibles et réfringentes chez les animaux mâles s'expriment par des couleurs plus variées , plus foncées , plus éclatantes , et plus tranchées. On peut s'en convaincre chez beaucoup d'Insectes, les Lépidoptères surtout. Le même phénomène a lieu aussi chez certains Poissons ; le mâle est plus coloré et plus brillant dans le Cyprinus tinca (1) et le Syngnathics papacinus ; dans le Labrus viridis , le mâle est d'un vert éclatant , et la femelle d'un vert brun ; dans le Lut j anus melops, le premier est rouge et l'autre brunâtre (2); le mâle du Cottus scorpius a le ventre rouge et la femelle l'a blanc ; dans le Gobias niger, le mâle porte une bande bleuâtre sur les nageoires ventrales et anale, qui sont incolores chez la fe-
(d) Bloch, OEkonomischc Naturgeschichte clcr Fische , t. I, p. 107. (2) Meckel , Traité gén. d'anat. coiup. , t. I , p. 353.
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melle (1). (Le ventre du mâle est rose dans le Cottus anostomusy et pourpré ou d'un rouge de feu, dans le Gasterosteus pungitius i tandis que celui des femelles est blanc) (2). Les mâles brillent des plus vives couleurs chez quelques espèces de Sauriens et de Batraciens. Ce phénomène n'est dans aucune classe plus répandu et plus prononcé que dans celle des Oiseaux ; parmi les Passereaux , chez l'Ortolan , dont le mâle a la tête et le cou d'un vert olivâtre, tandis que ces parties sont plus cendrées dans les femelles; parmi les Grimpeurs, chez les Pics ; parmi les Palmipèdes , chez le Mergus mer ganser , dont la tête et le cou sont d'un vert foncé chatoyant dans le mâle et d'un brun rouge dans la femelle ; chez le Mergus alhellus, dont la huppe est d'un vert noirâtre et blanche et le dos noir dans le mâle , tandis que ces deux parties sont brunes dans la femelle ; parmi les Echassiers , chez la Grue , dont le derrière de la tête est d'un cendré foncé dans le mâle et d'un gris pâle dans la femelle ; chez le Butor , dont le bec est noirâtre en dessus et vert de mer en dessous dans le mâle, brun foncé en dessus et jaunâtre en dessous dans la femelle; chez la Bécassine, dont la femelle est d'une teinte plus claire et plus pâle ; parmi les Gallinacés , chez lesquels la différence saute aux yeux dans l'espèce du Coq domestique et dans celle du Paon ; dans le Coq de bruyère le mâle a la tête et le cou gris , la poitrine d'un vert foncé brillant , et ces parties sont d'un rouge brun chez la femelle ; dans le petit Tétras le cou et la poitrine sont d'un bleu brillant chez le mâle et d'un rouge brun chez la femelle , qui a le reste du corps d'un brun foncé , tandis qu'il est de couleur de rouille chez le mâle ; dans le Faisan , le mâle est brillant et chamarré , il a le cou et le ventre verts , la poitrine rouge et jaune , au lieu que la femelle est brune , avec des taches plus foncées et noires ; dans le Coracias garrula, le mâle est d'un vert chatoyant, la femelle d'un gris brunâtre ; dans la Perdrix, le mâle porte un plastron châtain sur la poitrine et les plumes de sa queue sont d'un rouge foncé; dans YOtis tetrax, il a une. bande
(1) Rathke, Beitrœge zur Geschichte der Thierwelt , t. II, p. 206.
(2) Addition de Rathke.
CARACTÈRE SEXUEL MÉDIAT. 3l5
blanche autour du cou ; dans le Tetrao rufus , ses couleurs sont plus foncées, etc. Parmi les Mammifères , les mâles des espèces surtout qui vivent à l'état sauvage , comme le Blaireau, le Lynx, etc., ont des couleurs plus vives. L'inverse paraît n'avoir lieu que dans le règne végétal, où l'on remarque que les plantes diclines ont leurs fleurs femelles teintes de couleurs plus foncées et plus variées (1) , peut-être en raison de la tendance à la monogénie.
§ 183. Le développement des différentes formations et excroissances qui se rattachent à la peau , suit pas à pas celui de l'organe cutané lui-même.
I. Telles sont d'abord les crêtes , ou les appendices cutanés susceptibles d'entrer en turgescence , et dont la plupart se rattachent aux organes de la respiration.
1° Les crêtes sont plus fortes chez le mâle que chez la femelle. Celle du Coq domestique est droite et grande, celle de la Poule , pendante et petite , celle du Chapon , maigre et peu développée. Le Dindon a une grande crête , qui se gonfle lorsque l'animal éprouve quelque passion. Les Pigeons mâles se rengorgent plus que les femelles. Dans la Perdrix , le Tetrao lagopus , le Coracias garrula , etc., le mâle a autour des yeux une peau plus développée, verruqueuse et d'un rouge foncé.
2° Les mâles seuls ont , dans le Faisan , des lambeaux de peau rouge autour des yeux , dans le Vultur gryphus et le Gasoar , une crête sur la tête , dans le Galîus furcatus , une crête sur le bec , dans le Tringa pugnax , un tissu spongieux et verruqueux sur les côtés de la face , etc. Parmi les Mammifères, le mâle du Phoca cristata porte sur le nez une crête qui pend sur le côté de la bouche.
II. Les poils et les plumes sont plus développés chez les mâles.
3° La huppe qui garnit le sommet de la tête dans les Mergus mer ganser et alhellus , Upupa epops , ! Podiceps cristatus , Anas rufina et fuligula , Corvus glandarius , Colymhus cristatus , Platalea leucorodia , et plusieurs espèces (JCArdea,
(1) Henschel. Von der Sexualitœt der Pftansen , p. 353.
3l6 CARACTÈRE SEXUEL MEDIAT.
est plus grande chez les mâles que chez les femelles. Dans le mâle de YAmpelis garrulus , les rémiges postérieures se terminent par un prolongement en forme de palette, qui ressemble à du parchemin, et dans celui du Gallus Sonnerati, les moyennes et petites tectrices des ailes sont terminées par une palette cartilagineuse. Le mâle du Coracias garrula a les rectrices extérieures plus longues et noires à l'extrémité ; les moyennes sont arquées dans XAnas anser , longues et droites dans les Arias acuta et glacialis , d'une longueur considérable dans le Phasianus argus. Parmi les Mammifères, le Bouc a une barbe plus longue et plus forte que celle de la Chèvre. Les femelles des Mammifères , par exemple , les Brebis, les Chèvres, etc., ont en général le poil plus fin et plus soyeux. De même les cheveux de la femme sont plus fins : ils sont plus grossiers et plus cassans chez la virago.
4° Il n est pas moins commun de rencontrer des poils et des plumes appartenant d'une manière spéciale aux mâles des animaux. Le Dindon et le Paon portent à la queue des plumes particulières , éclatantes , variées en couleur et susceptibles de se redresser , de se déployer en manière d'éventail. Le Coq domestique en a également de longues sur les côtés de la queue. Il en est de même chez les mâles de l'oiseau de Paradis et du petit Tétras, où elles sont placées en forme d'arcs et donnent à la queue l'apparence d'un lis. Le mâle de XAnas galericulata a les plumes de ses ailes redressées. Dans celui du Colymbus cristatus , un bouquet de plumes descend de la joue et de la gorge. Celui de YOtis houbara a une cravate de plumes chamarrées. Un bouquet de poils raides se voit à la face antérieure du cou chez le Dindon , et l'Outarde mâle a une bandelette de plumes plus grêles que les autres, qui s'étendent en manière de barbe depuis le bee jusqu'au dessous des yeux. On trouve une crinière dans le mâle du Phoca jubata ; cette crinière s'étend depuis le milieu du cou jusqu'aux épaules dans l'Élan mâle ; elle couvre la tête et la nuque chez le Lion. Dans le Bouquetin, il n'y a que le mâle qui ait une barbe. La femme n'a de poils que sur la tête, sous les aisselles et au pubis ; chez l'homme, ils s'étendent des tempes au menton, des aisselles à la poitrine , de la région
pubienne à l'ombilic et au périnée. La barbe se rattache à la faculté génitale chez l'homme; elle commence à paraître vers l'âge de la puberté , se développe en raison directe de l'énergie des facultés procréatrices, manque chez les hommes efféminés et les gynandres , se réduit presque à rien ou même ne se manifeste pas chez les eunuques , et croît au contraire chez la virago. C'est pourquoi , dans tous les temps, elle a fait l'orgueil de l'homme , et on l'a traitée comme une chose fort importante , honorable , sacrée. Moïse avait défendu à son peuple de se raser : couper la barbe à quelqu'un était , chez les Indiens, la punition de crimes graves, et chez les peuples de la Germanie , un irréparable affront. Le Romain sacrifiait ordinairement sa première barbe à Jupiter Capitolin , et l'Osmanli jure par sa barbe , dont le soin l'occupe pendant une grande partie de la journée. Il a fallu l'exemple des rois en France pour déterminer les courtisans d'abord , et ensuite toute l'Europe civilisée , à quitter la barbe , et la plus périlleuse de toutes les innovations du Grand-Turc fut de vouloir assimiler ses soldats aux troupes européennes jusqu'au point de leur mettre le menton à nu. Il n'est pas rare que de la barbe pousse aux femmes dont les règles se sont supprimées , ou qui ont atteint l'âge du retour (1). Au reste les poils sont , en général , dans le sexe féminin , plus rares , plus fins , plus mous , plus flexibles et plus lisses (2).