‹ Traitâe pratique des accouchemens (volume 2)Chapitre 10 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les causes qui déterminent l'accouchement sont une de ces questions ardues que les physiologistes ont longtemps discutées, et sur lesquelles néanmoins les opinions ne sont point encore définitivement arrêtées.

Les anciens et plusieurs modernes voyant , après la rupture de la poche des eaux , la tête du fœtus s'appuyer sur l'orifice de l'utérus , s'y engager à chaque douleur, et finir par traverser la filière du bassin et des organes de la génération , durent naturellement penser que le foetus était l'agent de son expulsion. Partant de ce principe , ils ont dû chercher en lui les causes qui le déterminaient à agir et à rompre les liens par lesquels il était uni à sa mère. L'antiquité était persuadée que le défaut de nourriture suffisante occasionnait

un sentiment incommode qui le sollicitait à s'agiter pour aller chercher ailleurs des aliments. D'autres ont attribué ses mouvements , ses efforts, à la nécessité où il était de se soustraire à une température trop élevée, et au pressentiment instinctif du besoin de respirer , de se rafraîchir. Quelques uns les ont rapportés à la gêne qu'il éprouve dans un espace désormais trop étroit. D'autres enfin les ont fait dépendre de l'impression désagréable que causent le méconium sur les intestins, l'urine sur la vessie, l'acrimonie des eaux de l'amnios sur la peau, etc. Sans nous arrêter à discuter chacune de ces opinions en particulier, il nous suffira de faire observer que les anciens étant partis d'un principe faux , les conséquences qu'ils en ont déduites ont été erronées aussi. En effet, il est bien démontré aujourd'hui que le fœtus est passif, ou à peu près, dans l'accomplissement de la fonction qui nous occupe, car une femme accouche aussi bien d'un fœtus mort que d'un enfant vivant. C'est donc en dehors du fœtus qu'il faut chercher la puissance qui détermine l'accouchement et les causes qui la mettent en jeu. Tous les physiologistes reconnaissent aujourd'hui que la puissance principale, nécessaire, indispensable, qui détermine l'accouchement , réside dans l'utérus même , et que les causes capables de mettre en jeu l'action de ce viscère sont les véritables causes efficientes de l'accouchement; mais tous ne sont pas également d'accord sur la nature des causes qui amènent cette action.

Suivant les uns, l'accouchement a lieu quand il ne

reste plus dans l'utérus aucune fibre susceptible de se

développer, quand les différentes séries de celles qui

constituent l'organe se sont étendues successivement,

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en procédant de son fond vers son orifice. Petit , qui est l'auteur de cette hypothèse, considérait le col utérin comme un réservoir, ou , pour nous servir de ses expressions , comme un magasin dans lequel la nature a mis en réserve la quantité de fibres musculaires dont elle a besoin pour fournir, par leur développement, pendant tout le cours de la gestation , à l'expansion du viscère, qui marche d'un pas égal avec l'accroissement du fœtus.

D'autres ont dit, avec Levret et Baudelocque, que les fibres du corps de l'utérus, fixées, comme autant d'anses, sur les différens points des cercles formés par celles du col, tiraillent ces dernières, en se raccourcissant , de manière à les forcer de s'étendre les unes après les autres; que l'accouchement a lieu quand la prépondérance qui appartenait d'abord aux fibres du col vient à passer du côté de celles du corps , et qu'il est ainsi la conséquence de la cessation d'une sorte de lutte entre ces deux puissances antagonistes, de l'une à l'autre desquelles se transmet graduellement la supériorité d'action, après un certain laps de temps, durant lequel elles se sont fait pour ainsi dire équilibre.

?hous croyons que ces deux théories, auxquelles toutes les autres peuvent être ramenées comme à des types fondamentaux, n'ont fait que reculer la solution du problème. Il est certain que quand les fibres du col utérin cèdent plus tôt qu'elles ne doivent le faire , comme on le constate souvent par le toucher chez les femmes molles et lymphatiques , le terme de la grossesse est avancé, et il y a accouchement prématuré. Mais, dans la majeure partie des cas, cette explication ne saurait trouver place ; car , dans les avortemens à deux, trois

ou quatre mois, les contractions utérines ont lieu, bien que le col n'ait point encore cédé.

Ainsi , en dernière analyse , nous ne connaissons pas mieux la cause déterminante des. contractions de l'utérus que celle des mouvemens de systole du cœur. La seule chose bien établie aujourd'hui , c'est que l'expulsion du produit de la conception doit être rapportée à ces contractions , qu'elles en sont la vraie cause efficiente, sinon l'unique, du moins la principale. Elles peuvent même suffire à elles seules pour déterminer la sortie du fœtus. Tous les jours , en effet , on voit accoucher des femmes pusillanimes, qui, craignant la douleur, abandonnent l'utérus à ses propres forces. Ou en a vu d'autres accoucher malgré une procidence complète delà matrice, ou pendant un accès d'hystérie, d'épilepsie, dans un état comateux, dans celui de mort apparente, même après la mort réelle. Or, dans les deux premières circonstances, aucun muscle du corps ne saurait coopérer à la fonction, et , dans les autres, l'action du cerveau étant suspendue ou anéantie, il est de toute évidence que l'accouchement n'a pu se faire que sous l'influence des seuls efforts de l'utérus. 11 n'y a pas d'autre cause agissante , du moins chez la grande majorité des femmes , jusqu'à ce que la dilatation du col soit accomplie, et même jusqu'à ce que le fœtus soit plongé dans l'excavation pelvienne. Plus tard, à la vérité, quand l'orifice est suffisamment élargi, (t qu'il s'agit de chasser le fœtus à travers l'étroit et solide canal qui doit lui livrer passage, l'utérus appelle généralement à son secours toutes les autres puissances musculaires du corps, qui y contribuent, les unes d'une manière directe , comme le diaphragme et les muscles

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abdominaux, en resserrant le ventre; les autres d'une manière indirecte, comme les muscles du thorax et ceux des membres, en consolidant les points d'appui dont les larges expansions musculaires de l'abdomen ont besoin pour que leurs efforts soient efficaces. Mais, quelque influence qu'exercent ces causes, elles ne jouent qu'un rôle secondaire, et n'agissent que comme auxiliaire de l'utérus.

Quaud les fibres utérines se contractent, elles se raccourcissent en tous sens, de manière à diminuer l'épaisseur des parois du viscère, à en comprimer les vaisseaux et les nerfs , ou au moins à resserrer toutes les parties qui entrent dans sa composition. De là se déduisent des conséquences pratiques fort importantes pour expliquer soit les douleurs qui se manifestent pendant l'accouchement , soit la suspension des hémorrhagies qui surviennent quelquefois. D'un autre côté , en se rapprochant et se raccourcissant , les fibres de l'utérus diminuent la capacité du viscère, et par suite exercent une compression sur son contenu. Or celui-ci, pressé de toutes parts, doit tendre à s'échapper par le lieu qui lui offre le moins de résistance; ce lieu est ordinairement l'orifice utérin. Ainsi, dans l'ordre naturel , les fibres utérines, par cela seul qu'elles se raccourcissent en tous sens , doivent de toute nécessité amener l'expulsion de l'œuf, dont le volume est constamment proportionné au degré d'amplitude qu'elles avaient acquis.

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