‹ Traitâe pratique des accouchemens (volume 2)Chapitre 29 sur 88 · CONVULSIONS · texte numérisé non relu

CONVULSIONS

Dans le langage ordinaire, on appelle convulsions toute contraction brusque, irrégulière, involontaire, des différens muscles du corps, quels que soient d'ailleurs les causes qui les déterminent, l'âge et le sexe de l'individu qui les éprouve. Sous cette large acception, le terme de convulsions ne fait qu'exprimer un symptôme plus ou moins grave , plus ou moins important à noter, mais qui appartient à une foule d'affections différentes, à la désignation d'aucune il ne saurait servir. Ici nous l'emploierons pour exprimer un état spécial, particulier aux femmes grosses, et qui se manifeste pendant tout le temps qu'elles se trouvent sous l'influence des modifications qu'apportent en elles la conception et ses suites.

Quand la femme est atteinte de convulsions, elle éprouve des mouvemens brusques, irréguliers, désordonnés , des muscles de tout le corps , et plus particulièrement de ceux qui sont soumis à l'empire de la volonté, bien que les muscles creux contenus dans les cavités splancbniques n'y demeurent pas toujours étrangers. Quelquefois on voit des convulsions partielles qui affectent seulement un organe, une partie du corps, un ou plusieurs membres. Dans d'autres cas, les con-

DES ACCOUCHEMENS ARTIFICIELS. 19l

vulsions sont générales et affectent la presque totalité des organes. Nous disons la presque totalité, car si tous les organes étaient pris à la fois, la femme pourrait succomber instantanément.

Différens noms ont été donnés aux convulsions des femmes en couches. Quelques auteurs les ont appelées tout simplement convulsions; d'autres les ont nommées èclampsie, apoplexie des femmes en couches , convulsions laiteuses, convulsions épileptiques. Enfin on a imaginé pour elles autant de dénominations diverses qu'il y a de symptômes prédominans. Ainsi on a admis des convulsions apoplectiques, hystériques, cataleptiques, cholériques, etc. Ce qu'il importe de savoir, c'est que les convulsions qui surviennent pendant le travail de l'accouchement ont un caractère spécial, propre à les faire distinguer de toutes celles qui ont lieu hors de la grossesse. Certainement les symptômes qui se manifestent pendant cet état ont de l'analogie avec ceux de l'épilepsie, de l'apoplexie, de l'hystérie; mais ils n'en portent pas moins un cachet spécial , oui ne permet de les confondre avec aucun autre.

Les causes des convulsions sont nombreuses. Celles qu'on nomme prédisposantes se rapportent à la constitution de la femme, et surtout à la modification particulière que l'état de grossesse imprime à toute son organisation, notamment à son système nerveux. En général, les femmes fortes, pléthoriques, à fibre musculaire sèche y et médiocrement pourvues d'embonpoint , y sont plus prédisposées que les femmes faibles et lymphatiques, surtout si -elles sont primipares et qu'elles conçoivent dans un âge avancé , comme à trentecinq ou quarante ans. Nous né prétendons pas cepen-

dant que les femmes qui se trouvent clans d'autres conditions en soient toujours exemptes, mais elles y sont moins sujettes. A ces causes, il faut ajouter l'impression subite de l'air froid, le séjour dans un endroit dont l'air est trop chaud ou vicié, tout ce qui est capable de surexciter le cerveau, comme la fréquentation des bals, des spectacles, etc. 11 en est aussi qui tiennent aux circonstances spéciales dans lesquelles la femme se trouve placée , ou à celles qui accompagnent le travail. On conçoit, en effet, que les douleurs de l'enfantement peuvent suffire pour exalter la sensibilité et déterminer des convulsions. J'ai observé que les femmes les plus exposées à cet accident étaient celles qui avaient éprouvé de grands chagrins pendant leur grossesse, ou qui avaient été obligées de recourir à mille artifices pour soustraire aux regards les conséquences d'une liaison illicite. On a fait jouer un grand rôle à la distension des libres utérines, et l'on a dit que la prédisposition aux convulsions croissait en raison directe de cette distension. Le fait est vrai, et nous l'avons vérifié à l'hospice de la Maternité. Il survient plus de convulsions chez les femmes qui portent plusieurs enfans que chez celles qui n'en ont conçu qu'un seul. Cependant il est digne de remarque qu'une accumulation d'eau dans l'utérus , qu'une hydropisie utérine ne provoque pas aussi souvent des convulsions qu'une grossesse multiple. On a aussi attribué les convulsions aux irritations gastriques, intestinales, et, passant en revue la plupart des organes , on a trouvé dans chacun d'eux des causes capables d'y prédisposer. Mais nous croyons que la cause essentielle tient à l'état particulier dans lequel le cerveau se trouve pen-

dant le travail , état de gêne et de congestion la plupart du temps. Nous avons vu des femmes chez lesquelles l'infiltration des membres avait précédé les convulsions. Nous en avons soigné une chez laquelle les phénomènes convulsifs se dessinaient chaque jour de plus en plus. Des revers de fortune lui a"aient occasionné un profond chagrin. Vers le sixième ou septième mois de la grossesse, l'œdème commença à s'emparer des membres abdominaux, puis gagna les parties supérieures; il survint une distension des organes de la génération et de la partie inférieure du ventre; enfin, les membres pectoraux se tuméfièrent, de sorte qu'au huitième mois l'infiltration avait gagné tout le haut du tronc. Cette femme se plaignait de maux de tête, qui allaient toujours en augmentant. Un jour, vers quatre heures de l'après-midi, elle fut prise tout-à-coup de cécité et de mouvemens nerveux. Nous ne la vîmes que sur les onze heures du soir„Le médecin ordinaire, n'ayant pu la saigner à cause de ces infiltrations, lui avait administré sans succès des antispasmodiques. A minuit, les aceidens convulsifs se manifestèrent; nous reconnûmes la nécessité de pratiquer une saignée , dût-on faire une grande incision au bras. En conséquence, nous appliquâmes une ligature bien serrée, nous fîmes une large ouverture à la veine, et nous retirâmes au moins deux livres de sang. Les convulsions cessèrent, mais la connaissance ne revint qu'au bout d'une heure ou deux, et la vue n'était point encore rétablie. Des sangsues appliquées derrière les oreilles rendirent l'amélioration plus prononcée; la cécité persista néanmoins pendant douze heures. La femme se rétablit, et accoucha bientôt, mais l'enfant mourut.

Tantôt les convulsions sont précédées de signes précurseurs, et tantôt elles arrivent pour ainsi dire à l'improviste. Ordinairement, lorsqu'elles sont précédées de signes précurseurs, la femme accuse un engourdissement des membres et des douleurs de tête; quelquefois elle éprouve une sensation particulière, semblable à celle qui accompagne le début de l'épilepsie. Mais le plus souvent les convulsions surviennent dune manière inopinée, parfois même si brusque, que la femme s'en trouve surgrise au milieu d'une phrase, qu'elle achève après l'accès, sans conserver le moindre souvenir de ce qui s'est passé. Nous donnions un jour des soins à une femme de la Suisse , forte et pléthorique ; le travail marchait avec régularité ; au moment où la tête du fœtus allait exécuter son mouvement de rotation , nous l'engageâmes à faire valoir ses douleurs; mais, voyant que la tête ne se plongeait pas , à cause d'une obliquité de l'utérus , nous l'invitâmes à se tourner sur le côté gauche ; pendant ce mouvement , elle fut prise d'un épouvantable accès de convulsions. Sur-le-champ nous pratiquâmes une large saignée du bras, puis nous terminâmes l'accouchement par l'application du forceps. L'enfant fut amené vivant, et la femme se rétablit. Ainsi, sans cause appréciable, il éclata chez cette femme un accès de convulsions semblable à ces attaques d'apoplexie qui viennent foudroyer certains individus. Quelquefois cependant on est prévenu par des convulsions partielles. Lorsqu'on se trouve auprès d'une femme en travail, il ne faut jamais perdre de vue ses traits; l'inspection de son visage suffit pour dénoter l'approche des convulsions, comme il fait découvrir lés hémorrhagies utérines. Ainsi, dans certains cas, l'accès général est pré-

cédé de mouvemens convwlsifs qui affectent l'un des côtés de la face; le plus souvent c'est le muscle canin qui entre le premier en convulsion; parfois il survient un clignotement des paupières, ou un mouvement désordonné de l'œil , qui roule dans son orbite; ou bien des convulsions s'emparent de L'un des membres. Mais, le plus communément, tout le corps est pris à la fois d'une manière subite, et l'on observe alors des soubresauts, des torsions de membres, ressemblant à ce qui a lieu dans les accès d'épilepsie ou d'hystérie. Pendant ces convulsions , la respiration est gênée, courte, stertoreuse; les muscles delà poitrine ne pouvant dilater cette cavité , l'hématose se fait mal ; presque toujours il y a constrietion de la gorge, expuition de matières, et salivation écumeuse , comme dans l'épilepsie. Si l'on n'a pas eu la précaution de dégager la langue d'entre les dents , elle peut être mordue d'une manière plus ou moins grave , et la salive est alors teinte de sang. Dans la majeure partie des cas, le pouls est accéléré, dur, concentré; quelquefois il est petit. La face n'est pas tuméfiée, comme dans l'apoplexie proprement dite; elle est plutôt pâle qu'injectée au début de l'accès; niais, au bout de quelque temps, des marbrures se dessinent, et certaines parties du visage se couvrent de plaques bleuâtres. Quand la femme éprouve des douleurs expulsives, qui donnent lieu à une excitation générale, la face est fort colorée , mais ce n'est qu'après un certain laps de temps qu'on voit survenir les marbrures.

La durée des convulsions varie à l'infini Tantôt elles cessent instantanément, tantôt elles se prolongent trois , quatre, cinq, dix minutes, ou un quart d'heure j

rarement durent-elles davantage, car il ne faut pas, comme on le fait souvent, les confondre avec l'état comateux qui y succède. Nous avons vu des femmes rester trois ou quatre jours en proie à des convulsions; mais celles-ci n'étaient pas continues; elles se suspendaient de demi-heure en demi-heure, pour revenir ensuite.

Le mode de terminaison n'offre pas moins de variétés que la durée. Il arrive souvent qu'une femme éprouve un accès de convulsions, soit pendant le cours de la grossesse, soit durant le travail ou immédiatement après, et que l'accident disparaît de lui-même. Quelquefois aussi les convulsions, après s'être succédé à des intervalles assez rapprochés , cessent entièrement; mais ce cas est rare. Chez certaines femmes , qu'elles soient ou non traitées, il survient des lésions plus ou moins profondes des sens. On a vu succéder aux convulsions une cécité momentanée ou une paralysie plus ou moins étendue. Nous avons soigné une femme qui, accouchée depuis une quinzaine de jours, était restée sans connaissance, hémiplégique et muette; malgré tous les secours qu'on lui prodigua, elle traîna une existence misérable , et, au bout de huit mois, elle finit par succomber. La mort ne se fait pas toujours attendre si long-temps ; elle arrive quelquefois d'une manière subite.

Le plus ordinairement on ne découvre, à l'ouverture des corps, aucune lésion appréciable, aucune trace d'injection ou d'altération de tissus. Cependant, lorsque la femme succombe pendant le premier accès , on trouve quelquefois les vaisseaux du cerveau distendus par le sang, la substance de ce viscère sablée, injectée,

et ses cavités remplies d'une sérosité plus ou moins abondante.

Le pronostic doit porter et sur le fœtus et sur la mère. Il n'y a pas pour le fœtus de cause de mort plus fréquente que les convulsions qui surviennent pendant le cours de la grossesse. Son existence peut également être compromise quand ces convulsions éclatent vers la fin de la gestation ou durant le travail. Mais, toutes choses égales d'ailleurs, l'accident est moins grave lorsqu'il se manifeste à une époque déjà avancée du travail , où l'on peut, intervenir d'une manière utile. Quant à la mère , bien du vague existe dans les auteurs relativement à la question de savoir quels dangers elle peut courir durant les accès qui surviennent lorsque le travail a commencé; on a cru ne pouvoir mieux faire que de dresser des relevés statistiques. Les uns ont dit qu'il périssait les deux tiers des femmes, d'autres la moitié , ou même seulement le quart. Suivant nous, il y a des distinctions fondamentales à établir sous le point de vue du pronostic; caria gravité des convulsions varie suivant qu'elles sont ou non accompagnées de la perte de connaissance. En général , nous avons vu se rétablir les femmes chez lesquelles il ne survenait pas d'état comateux , quelque multipliés d'ailleurs qu'eussent été les accès; mais, dans le cas inverse, on doit s'estimer heureux de ne perdre que la moitié ou le tiers des malades. Néanmoins il y a des circonstances qui renversent tous les calculs de probabilités. Dans certaines années, nous avons perdu, M. Girardin et moi, presque toutes nos malades à l'hospice de la Maternité; tandis que, dans d'autres années , la mortalité n'a pas dépassé une ou deux sur

dix. II y a donc impossibilité d'établir aucune règle générale par rapport au pronostic. Toutefois, il est d'autant plus grave, qu'un laps de temps plus long s'écoule avant le retour à la connaissance; car c'est là l'annonce d'un trouble considérable dans le système cérébro-spinal: aussi Mauriceau vouait-il à une mort inévitable les femmes qui éprouvent des convulsions avec perte de connaissance pendant la durée du travail.

Le traitement doit nécessairement varier suivant les circonstances particulières où se trouve la femme. Quand les convulsions se manifestent pendant le cours de la grossesse, à une époque où rien n'annonce que le travail soit prochain , on devra se borner à l'emploi des moyens généraux. Lorsqu'au contraire elles surviennent vers la fin de la grossesse, et surtout pendant la durée du travail , on doit terminer l'accouchement aussitôt qu'il y a possibilité de le faire. Mais on n'est pas toujours maître de procéder dès que les convulsions se déclarent ; il faut auparavant placer la femme dans des conditions telles, qu'il puisse y avoir des chances de succès pour elle et pour l'enfant, ce qui oblige de combattre les convulsions par toutes sortes de moyens. Les principaux peuvent être rapportés aux antiphlogistiques, aux caïmans, aux narcotiques, aux révulsifs et aux dérivatifs.

Suivant nous, les antiphlogistiques sont les moyens par excellence, ceux qu'on doit mettre en usage de prime-abord; car les convulsions affectent spécialement les femmes fortes et pléthoriques. Parmi ces moyens, la saignée occupe le premier rang. De grandes discussions se sont établies pour savoir quelle veine

il convient d'ouvrir en pareil cas. Pendant un certain temps on a préféré la jugulaire* I! est bien certain que cette saignée doit avoir plus d'effet que les autres, en ce qu'étant plus rapprochée du siège de la congestion, elle diminue plus directement la masse du sang dans l'organe affecté. Cependant elle est loin de réunir les avantages qu'au premier aperçu elle semblerait promettre; car elle oblige à établir, avant et après, une compression qui ne peut manquer de nuire en gênant le retour du sang des parties supérieures au cœur, sans compter les graves accidens auxquels expose l'introduction de l'air dans le vaisseau. Une autre considération encore doit engager à la rejeter entièrement : c'est qu'il faut ici avoir égard au moral de la femme; or, supposons que celle-ci revienne à elle après avoir subi une saignée de la jugulaire; on ne pourra dissimuler qu'on lui a fait une opération pendant son état de convulsions; elle croira s'être trouvée dans un cas très grave, et la seule frayeur du danger passé pourra suffire pour rappeler les accidens.

Dès la plus haute antiquité , on a eu recours à la saignée du pied. Hippocrate et Galien la conseillaient; Mauriceau la préférait à celle du bras, et, quand elle ne réussissait pas, il attribuait l'insuccès à ce qu'elle n'avait point été assez abondante. Evrat l'affectionnait aussi beaucoup, et en obtenait des succès inespérés. Cependant il n'est pas toujours facile de la pratiquer. Si la femme éprouve des mouvemens convulsifs très forts, si elle se trouve dans un état de roideur, il pourra être impraticable de lui plonger le pied dans l'eau chaude pour déterminer le gonflement de la veine saphène. De plus, chez les personnes infiltrées ou grasses, cette

200 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEJVS.

veine est recouverte d'une couche épaisse de tissus qui empêchent d'arriver jusqu à elle. Ajoutons que quand on saigne du pied, on n'est jamais sûr de la quantité de sang qu'on retire; quelquefois le sang coule mal, soit qu'on ait manqué le vaisseau,* soit que l'état convulsif s'étende jusqu'à lui , question que nous n'avons pas encore pu résoudre. Un jour, que nous étions auprès d'une jeune fille en travail, elle fut prise de convulsions à la nouvelle inopinée que le père de son enfant ne voulait point le reconnaître ; nous ouvrîmes successivement les deux veines saphènes sans obtenir de sang, et nous fûmes obligé de pratiquer une saignée du bras; mais nous avions négligé de panser les petites plaies des jambes , et notre surprise ne fut pas médiocre d'en voir jaillir le sang. Nous ne pûmes expliquer ce phénomène qu'en admettant que le spasme s'était étendu jusqu'au* veines, ou que les contractions des muscles plantaires et des muscles profonds de la jambe avaient mis obstacle au passage du sang à travers les vaisseaux. Néanmoins , quand les circonstances permettent de recourir à la saignée du pied , il ne faut pas craindre de le faire.

La saignée du bras a surtout été préconisée par Baudelocque, soit comme moyen prophylactique, soit comme moyen curatif. Mais convient-il de saigner modérément, sauf à y revenir? Les opinions sont partagées à cet égard. Evrat recommandait de tirer largement du sang, et Alphonse Leroy considérait la saignée comme l'ancre de salut de la femme. En effet, jamais les femmes ne sent plus qu'en ce moment dans des conditions favorables pour la supporter. Cependant il faut en tout une mesure, et faire couler le sang en trop

DES ACCOTJCHEMENS ARTIFICIELS. 201

grande abondance pourrait rendre impossible l'établissement d'une réaction salutaire. Le mieux est de faire une première saignée copieuse, et, si l'on n'obtient pas un succès complet , on en pratique d'autres moins fortes, à des intervalles plus ou moins rapprochés, en prenant toujours l'état du pouls pour guide.

Les émissions sanguines locales ne conviennent qu'autant que les convulsions ont succédé à une hémorrhagie abondante, ou quand, surtout chez une femme lymphatique , l'état comateux persiste pendant l'intervalle des accès, bien qu'on ait usé assez largement de la saignée proprement dite. Il peut alors y avoir de l'avantage à poser des sangsues aux apophyses mastoïdes, et peut-être aussi autour des malléoles.

Outre les saignées , on a préconisé les bains. Ils sont tout à la fois antispasmodiques et antiphlogistiques; c'est donc le cas de les employer. Nous croyons que les bains tièdes, d'une température plutôt fraîche que chaude, sont ceux qui méritent la préférence; car les bains chauds exposeraient à augmenter la congestion vers la tête , et les convulsions. Mais il ne faut jamais recourir à ce moyen qu'après avoir pratiqué une ou plusieurs saignées. Quand la femme sera dans le bain , on pourra retirer un grand avantage des affusions ou plutôt des lotions sur la tête et la figure, avec une éponge imbibée d'eau froide sortant du puits. Nous préférons ces lotions à l'application de la glace sur la tête, qui expose à une réaction trop vive si on ne la prolonge pas assez long-temps , ou , dans le cas contraire , est susceptible de faire tomber la femme dans un état de collapsus dont on aurait ensuite de la peine à la tirer. 11 est bien difficile de saisir le juste milieu

202 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEIYS.

entre ces deux extrêmes; l'habitude seule de voir des malades apprend à conir ? e la limite en-deçà de laquelle on doit s'arrêter. On peut retirer de bons effets de l'emploi simultané des bains et delà saignée dans les convulsions qui surviennent pendant le cours de la grossesse et durant le travail, surtout à son début; cependant l'indication est alors moins pressante.

On a beaucoup vanté, dans les convulsions, les antispasmodiques, les caïmans, les narcotiques. Ces moyens peuvent offrir de l'utilité quand on les emploie à titre de prophylactiques; mais, une fois les convulsions établies, ils ne sauraient atteindre le but. Si les médecins qui les ont conseillés avaient assisté à leur administration, ils se seraient convaincus que, dans l'immense majorité des cas, il y a impossibilité de faire avaler une seule goutte de liquide aux malades. Quand les convulsions ont lieu, elles envahissent non seulement les muscles soumis à l'empire de la volonté, mais encore ceux qui ferment l'orifice de l'arrière-gorge; la déglutition ne peut donc point s'exécuter, et si la glotte n'était pas close, il pourrait arriver qu'une certaine quantité de liquide ,, s'introduisant dans le larynx, déterminât des suffocations capables d'ajouter encore à l'intensité des mouvemens convulsifs*.

Si nous proscrivons les narcotiques et les caïmans à l'intérieur, nous les recommandons à l'extérieur, pour prévenir les convulsions. C'est surtout dans ce cas qu'il convient de porter à l'orifice du col utérin les préparations d'opium, de jusquiame et de belladone dont nous avons parlé ailleurs.

Les révulsifs, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ont eu une grande vogue. Au rang des premiers, on a placé

les bains de pieds sinapisés. Mais 1 état convulsif s'oppose souvent à ce qu'on les emploie, et la rigidité des membres est souvent portée si loin , qu'on les briserait plutôt que de les l'aire fléchir. Si les circonstances permettaient d'y recourir, no>;s ne doutons pas qu'ils ne pussent présenter certains avantages.

Quant aux vésicatoires , quelques personnes , madame Lâcha pelle entre autres, ont remarqué qu'au lieu de produire de bous effets, ils entraînaient des inconvémens. Nous les avons vu souvent appliquer, à riiospice de la Maternité, soit aux cuisses, soit au cou, lorsque les saignées ne réussissaient pas, et nous n'avons pas observé qu'ils, exerçassent une influence avantageuse sur les convulsions.

Les sétons à la nuque sont un moyen trop énergique; ils ne pourraient qu'exaspérer encore davantage la sensibilité, qui, dans les convulsions, est déjà portée bien au-delà ce son rhythme ordinaire. D'ailleurs ce n'est pas une chose agréable pour les femmes que de conserver des cicatrices à la peau.

A tous ces moyens nous préférons les dérivatifs portés sur le canal intestinal, lorsque toutefois l'état de cet organe n'en contre-indique pas l'emploi. On peut alors administrer des lavemens préparés avec le séné ou des sels purgatifs , comme le sulfate de potasse , celui de soude, etc.

Les Anglais accordent une grande confiance aux laxatifs, et surtout au calomélas. Dans ces derniers temps, nous y avons eu recours, de concert avec MM. Paul Dubois et Girardin; mais il nous serait impossible de dire positivement si la cessation des convulsions fut due aux évacuations alvines , d'abord parce

204 TRAITÉ DES ACCOTJCHEMENS.

que ces moyens n'ont pas été employés seuls, et ensuite parce que nous avons guéri un grand nombre de malades sans faire usage du calomélas. Toutes les (ois que les saignées, plus ou moins répétées, suivant la force du sujet , les dérivatifs administrés par la voie du canal intestinal, les bains tièdes , les lotions froides sur la figuré5 et les boissons tempérantes, ne réussissant pas, nous avons voulu tenter d'autres moyens plus actifs, nous n'en avons pas moins vu les femmes succomber. Nous ne dirons rien du musc, du castoréum et d'autres médicamens usités en pareil cas cbez les Anglais, parce que nous n'avons point d'opinion arrêtée à leur égard : seulement nous pensons que, dans les cas désespérés, il vaudrait encore mieux expérimenter un moyen douteux que de rester spectateur oisif.

Il estime mesure que nécessitent plus ou moins impérieusement les convulsions, c'est la terminaison de l'accouchement. Mais pour cela il faut que le col utérin soit suffisamment dilaté ou dilatable, et qu'il permette d'introduire la main afin d'extraire l'enfant par le moyen de la version ou du forceps , ce qui n'a pas toujours lieu. On doit donc chercher à placer la femme dans des conditions avantageuses pour que l'accouchement puisse se faire avec les chances de succès pour elle et l'enfant. Quand il faut agir sur le col de l'utérus, si la rigidité de cet organe s'y oppose, on peut tirer un grand secours des applications narcotiques locales. Le conseil a été donné de rompre les membranes, afin d'opérer la déplétion de l'utérus , et pour diminuer la compression que cet organe exerce sur l'aorte, compression qui gène la circulation. Ce moyen semble bon en théorie. Il ne doit cependant pas être employé in-

DES ACC0UC1IEMENS ARTIFICIELS. 205

considérément ; car si l'on se bâte de rompre les membranes avant que le col soit dilaté ou dilatable, on force bien l'utérus à revenir sur lui-même, on détermine des contractions énergiques, mais on se prive d'une ressource qui pourra devenir indispensable pour terminer l'accouchement. 11 ne faut donc recourir à cette rupture que quand la dilatation est assez avancée pour permettre à la tête de s'engager, c'est-à-dire quand elle a dépassé le diamètre d'une pièce de cinq francs.

On a signalé, parmi les causes qui nécessitent quelquefois l'intervention de l'accoucheur, le resserrement spasmodique du col utérin sur le col du fœtus. Nous n'avons jamais observé cette particularité; sans nier qu'elle puisse se présenter, nous croyons qu'elle doit être fort rare, surtout après que la tête a franchi l'ouverture de la matrice. Baudelocque en cite un exemple. Les contractions étaient si violentes dans ce cas , que, bien qu'on eût écrasé la tête avec le forceps , on éprouva cependant de grandes difficultés pour vaincre la résistance que le col opposait à sa sortie, et qu'on fut obligé de retourner le fœtus pour aller chercher les pieds. Ces contractions spasmodiques appartiennent plutôt à l'orifice interne qu'a l'orifice externe du col, et elles se manifestent surtout quand on a été obligé de recourir à l'accouchement forcé , comme dans le cas de perte utérine ou autres accidens analogues.

ARTICLE ,V

Page 1