‹ Traitâe pratique des accouchemens (volume 2)Chapitre 43 sur 88 · DU LEVIER · texte numérisé non relu

DU LEVIER

De grandes discussions se sont élevées, vers la fin du siècle dernier, au sujet de la découverte du levier. Les uns ont cru voir la première idée de cette invention dans l'espèce de curette dont Celse dit qu'on se servait de son temps pour extraire les pierres de la vessie. D'autres la font remonter moins loin , et l'attribuent à Mauriceau, qui , en effet, employait, sans doute d'après l'exemple de Paré, une sorte de crochet mousse, à peu près semblable à la curette des lithotomistes,

pour tirer la tête de l'utérus, api-ès la décollation du fœtus, il en est enfin q:ii la rapportent aux frères Chamberlain , que plus généralement néanmoins on regarde comme les inventeurs du forceps.

Quoi qu'il en soit, c'est en Hollande que le levier commença à devenir célèbre , et si tant d'obscurité enveloppe son histoire, il faut en accuser le génie mercantile j tout-puissant sur les hommes de cette nation , même de ceux qui s'adonnaient aux professions les plus libérales. Il paraît que la totalité , ou peut-être seulement la moitié du secret des Chamberlain, fut acquise par Roonhuysen , Yclsen et Bockelmann, et que le secret passa ensuite entre les mains de Bruyn , à la mort duquel il fut acheté par Vischer et Van de Poil, qui le rendirent public. Mais l'instrument, qui avait fait un si grand bruit tant que le mystère l'environnait, sembla très défectueux dès qu'il ,se montra au grand jour. C'était une lame d'acier, longue de dix pouces , sur dix de large , droite à sa partie moyenne , dans une étendue de trois pouces , 'et offrant une légère courbure a chacune de ses deux extrémités, de sorte qu'elle représentait assez bien le joug dont on se sert en certains pays pour accoupler les bœufs. Afin qu'elle fût moins glissante, on la garnissait, du côté des concavités, d'une couche d'emplâtre diapalme, par dessus laquelle on cousait une peau de chien mince et fort douce.

Dès que le levier fut devenu public, on s'empressa de le perfectionner. Plaatmann, Boom, Titsingh, Morand , Bruns , Fleurant , Pean , Rechberger, Goubelly, Baudelocque, Van Wy, Herbiniaux , Dease , Sims, Lowder,. Aitken, Stark , Zeller, Trye , Dennisson ,

Lœffler, Siebold, Maygrier , Pôle, etc., l'ont plus ou moins modifié, tantôt en se contentant de changer la forme et la matière de l'extrémité qui sert de manche , tantôt en le courbant davantage, en l'allongeant, en le fenêtrant , en le rendant susceptible de varier ses courbures au moyen d'une vis de rappel. Aujourd'hui, ce n'est pins qu'une des branches du forceps ordinaire, très allongée, dépourvue d'entablure , peu courbée, à oreille largement fenêtrée, et à manche d'ébène , quelquefois brisée sur sa longueur, pour la rendre susceptible de se plier et plus portative. Le levier actuel n'a donc pas la moindre ressemblance avec celui de Roonhuysen.

Les inventeurs ou du moins les premiers prôneurs du levier le disaient destiné à être appliqué sur l'occiput du fœtus dans le cas d'enclavement : Potentiel agit in os occipitis était leur adage. Ils l'introduisaient vers le sacrum de la mère, assez loin pour que sa courbure embrassât le front du fœtus, puis le ramenaient sur l'occiput situé derrière les pubis, en passant parle côté du bassin où ils trouvaient le moins d'obstacle. Or, cette manœuvre ne serait possible que dans l'enclavement bipariétal , seul cas qui permette de glisser un instrument entre l'occiput et le cercle pelvien. Il est donc probable qu'originairement, malgré les assertions des auteurs, on n'employait le levier que quand la tête, descendue dans l'excavation du bassin, ne pouvait surmonter la résistance des parties externes, et qu'on y avait recours alors, soit pour lui faire exécuter un mouvement de rotation, soit pour ramener l'occiput sous la symphyse, ou bien encore qu'on l'appliquait lorsque, les forces de la femme étant épuisées , les con-

tractions utérines n'avaient plus lieu. En tout cas , ce que l'on appelait enclavement ne pouvait être l'accident qui porte aujourd'hui ce nom ; ce n'était qu'un simple arrêt de la tête au passage; autrement, vu la rareté du véritable enclavement, Bruvn n'aurait pu désenclaver huit cents têtes dans l'espace de quarantedeux ans, comme il prétendait l'avoir fait.

Les partisans du levier ne tardèrent pas à reconnaître que , pour rendre cet instrument applicable à tous les cas, il fallait en modifier la manœuvre.

Camper voulait qu'on le portât, le long du front, de la tempe ou de l'occiput jusqu'à l'angle inférieur de la mâchoire , qu'alors on élevât l'extrémité extérieure de la spatule, et qu'on pesât sur son milieu, en même temps qu'on tirait la tête à soi. Mais, en agissant ainsi, on irait contre les vues de la nature ; car si la tête n'était point encore plongée dans l'excavation pelvienne, et surtout si elle était arrêtée au détroit abdominal , on pourrait la défléchir et la détourner de la voie qu'elle doit suivre. Cette manœuvre ne serait possible que dans le cas où la tête , ayant franchi le détroit abdominal, aurait été arrêtée par la résistance du périnée ; on pourrait alors favoriser par là son mouvement d'extension.

D'autres, comme Titsingh et Herbiniaux , conseillaient d'appliquer le levier sur l'apophyse mastoïde. En se comportant de cette manière , on ne parviendrait tout au plus qu'à faire dévier la tête et à la renverser sur le coté opposé , ce qui ne serait point, à beaucoup près , un avantage.

Somme totale, on n'attache aujourd'hui que bien peu d'importance au levier, et cet instrument pour-

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rait être banni de la pratique sans le moindre inconvénient. Il serait néanmoins susceptible d'offrir quelque utilité lorsque la tête , plongée dans l'excavation, se dévie et ne peut exécuter son mouvement de rotation; placé sur sa partie latérale , il pourrait alors servir quelquefois mieux que les doigts pour ramener l'occiput sous la symphyse pubienne. De même, dans les présentations de la face, si, au début du travail, on voidait tenter de redresser la tête, des tractions exercées par le levier sur l'occiput, en même temps que la main repousserait le menton , pourraient conduire au but en certaines circonstances. Mais, dans ces divers cas, Tune des branches du forceps suffirait , sans qu'il fût nécessaire de recourir à un instrument spécial.

ARTICLE IV

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