PREMIÈRE CLASSE
DES DÉPLACEMENS DE l'uTe'rUS,
Elle comprend les déplacemens qui se font à l'extérieur du bassin , c'est-à-dire en dehors de la cavité pelvienne et au-dessus du détroit abdominal.
ARTICLE V
HERNIES DE l'utÉrUS.
281. D'après ce que nous avons dit delà situation de l'utérus, on pourrait croire qu'il ne peut jamais se porter hors du bassin , pour faire hernie à travers les parois abdominales. On conçoit cependant , qu'entraîné par des organes voisins, il puisse les accompagner dans leurs déplacemens; mais il est difficile d'expliquer comment l'utérus seul peut faire hernie à travers l'anneau inguinal; les faits de cette nature sont excessivement rares.
190 TRAITÉ DES ACCOUCHEMEKS.
282, Chopart dit(l) avoir trouvé , chez une femme de cinquante ans. la matrice sortie presque en tolalité avec ses annexes par l'anneau inguinal du coté gauche. Lallemand a consiçjné- dans les Mémoires de la Société médicale d'émtdation (2) , l'observation d'une blanchisseuse morte à la Salpêtrière, à l'âge de soixanteet-onze ans, qui, depuis vingt-et-un ans, portait une hernie inguinale droite. A l'ouverture du corps, on .trouva, dans un çac herniaire très épais, la tolalité de l'utérus avec la trompe et l'ovaire du côté droit, l'autre ovaire et sa trompe étaient appliqués contre la partie externe de l'anneau. Le vagin, entraîné par la matrice, affectait une légère obliquité, et comprimait contre le pubis la vessie urinaire , dont la capat^té parut moins grande que de coutume. La partie supérieure de ce canal et le museau de tanche , qu'elle embrasse, avaient également franchi l'anneau.
Le même auteur a encore rapporté, dans les Bulletins de la Faculté demédecine: 3 i, un autre exemple de hernie crurale de l'utérus, observé aussi sur une blanchisseuse, âgée de quatre-vingt-deux ans,* qui mourut en 1815, dans le même hôpital. Chez cette femme, dont la hernie existait depuis quarante ans, l'utérus, accompagné des ovaires, des trompes, d'une partie même du vagin, d'une portion de l'épiploon et de deux kystes, ou peutêtre de deux hydatides, s'était échappé de l'abdomen , en passant au-dessous de l'arcade crurale du côté droit.
283. D'après ces faits, il est bien démontré que l'utérus, dans l'état de vacuité, peut faire hernie à travers
(Ij Tra'ilé des mafaclles c!iir:.r«iralcs ; tom. II, pa^. "Oo. Paiis, au iv. (si) Troisième anuée^ page 32S, in-8», Paris, an viii. (5) Tom. V, pag. i et suir.
HERNIES DE l'uTKRUS. 191 ♦
les .ouvertures naturelles des parois abdominales. Quoique la stérilité doive être la suite ordinaire d'un déplacement aussi considérable, cependant nous dirons qu'elle n'^n est pas toujours la conséquence inévitable. Michel Doring rapporte, d'après Sennert (1) , l'histoire d'Ur- r
sule, femme de Martin Opitz , tqnnelier , qui, aidant son «|
mari à courber une branche verte pour en faire un |
cerceau, la laissa échapper ; la branche vint frapper |
l'aine gauche de cette femme. Au bout de quelque temps il survint une tumeur d'abord peu considérable, mais qui augmenta peu à peu de volume; cinq ou six mois après, on y sentait distinctement les mouvemens d'un enfant. La grossesse fit des progrès ; arrivée à son [.terme, la femme ne put accoucher naturellement; il [fallut recourir à l'hystérotomie; on fît l'extraction d'un ■enfant vivant. La mère ne survécut que vingt-cinq jours. Doring ajoute : « L'ay veu cet enfant âgé de deux ans, en la présente année 1612. Il étoit assés fort, mais un peu petit pour son âge et assés délié. 11 auoit au droit de l'vn des yeux , tout au haut du front , une certaine cicatrice , qui lui venoit assurément d'une petite playe que l'on luy auoit fait en la section cœsarienne. »
284. Le même Doring , dans une seconde lettre à Fa- % i brice de Hilden (2), rapporte cet autre fait : u 11 y avoit une pauvre femme à Niesse (ville assez célèbre en Sdésie), qui cohabita quinze ans avec son mari, et eu eut neuf enfants : il arriva au premier accouchement qu'elle fut abandonnée de la sage-femme et des autres, à cause de sa grande impatience et humeur chagrine , en sorte
(i) Observations chirurgicaks dp G. Fabri de Ililden; obs. C, pag. 486, Genève, 1C79.
(2) Observations chirurgicales â« G. Fabri de Hilden. Observ.CI, pag. I8B.
, i92 TRAITA DES ACCOUCHEMENS.
<ju'elle accoucha sans aucune assistance : et quoy qu'elle reconnut bien qu'il luy étoit demeuré quelque incommodité dans le ventre, néantmoins elle âcoucha de liuit enfants de suite , heureusement et naturellement : Mais un peu après cette incommodité qui luy étoit restée après le premier âcouchement , elle sentit à diverse fois que quelque chose vouloit sortir hors du "ventre vers i'aine gauche , qui étoit assés grosse : étant donc en pêne, elle en parla premièrement à sou mari, et par après à des autres femmes , qui luy conseillèrent d'attendre le secours de Dieu, mais cependant la tumeur augmenta de iour en iour, de sorte qu'elle ressembloit à vne vessie de bœuf pleine de vent, et vint à vne telle grosseur qu'elle décendait jusqu'aux genoux : on reconnut après par des autres indices qu'il y avoit vn enfant viuant dedans : cependant elle enduroit de grandes douleurs, soit qu'elle fut assise ou couchée, étant obligée de remuer ce sac de côté et d'autre pour se soulager : or le temps de son âcouchement étant proche, le conseil de la ville en prit soin à cause de sa pauvreté, et la mit entre les mains de médecins, chirurgiens et habiles sages-femmes, qui, après une meure délibération, virent qu'il n'y auoit point d'apparence d'attendre vn âcouchement naturel , et qu'on ne pouuoit sauuer la mère et l'enfant que par l'ouuerture de cette tumeur : on fit entendre à cette pauure femme cette délibération , à laquelle elle se soumit volontiers, et après l'auoir mis en bonne disposition , on fit dissection de cette tumeur , de laquelle on tira auec beaucoup de pêne l'enfant assez bien portant , lequel mourut demi an après, et la mère trois jours après la section , ayant v enduré de grandes douleurs. »
HERNIES DE l'uTÉRUS. 103
285. L'utérus distendu par le produit de la conception peut-il faire hernie? Quoique Sponius (1) et Ruysch en aient cité des exemples, nous ne pouvons considérer les faits rapportés par ces auteurs comme devant être classés parmi les hernies proprement dites, ils nous semblent constituer de véritables éventrations, dues sans doute à un écartement de la ligne blanche, ■puisqu'il a suffi de soulever la tumeur 'pour la réduire, et que, sans autre secours, l'accouchement s'est termine par les voies naturelles.
286. Causes. Les causes prédisjjbsantes des hernies de l'utérus sont le relâchement des ligamens de cet organe, ce^ des ouvertures naturelles du bas-ventre , l'affaiblissement, la contusion de la ligne blanche ou des muscles abdominaux. Les causes efficientes, tons les efforts violens , l'existence d'une hernie ancienne.
287. Signes. Ils sont les suivans : ordinairement ces hernies ont lieu vers les parties les plus déclives de l'abdomen ; elles se montrent sous la forme d'une tumeur dure, plus ou moins volumineuse, piriforme, à pédicule rétréci vers les anneaux ou le ventre. Cette tumeur, selon l'état sain ou morbide de l'utérus, est peu sensible ou douloureuse. Dans tous les cas, une pression un peu forte détermine une sensation pénible, quelquefois même la défaillance. Onpourraitla confondre avec unehefiiie épiploïque ou intestinale; mais on la distinguera facilement à sa plus grande dureté. En pratiquant le toucher, on trouvera le vagin allongé, rétréci, dévié dans le sens de la tumeur : quand la hernie est complète , le museau de tanche disparaît , ou ses lèvres sont seulement enga^
Cl) Voyea Morgagni, epid, 43, § H,
194 TEAITÉ DES ACCOUCHEMENS.
gëes dans rouverlui'e qui lui livre passage. Dans le cas de coiiceptioa, l'augmentation progressive de la tumeur, en rapport avec le développement de l'utérus aux diverses époques de la grossesse , les mouvemens du fœtus vers le quatrième ou cinquième mois , les signes stéthoscopiques^ ne laissent aucun doute sur sa nature.
288. Pronostic. Si la hernie est simple, si elle a lieu hors l'époque de la fécondité , le pronostic est en général peu grave; il l'est davantage si elle est compliquée par la présente d'une portion de la vessie , d'épiploon, d'intestin, s'il y a des adhérences, s'il y a menace d'étranglement, si la femme est apte à con^voir; il est excessivement grave si la femme a conçu , et si en même temps la hernie est irréductible.
289. Traitement. Il consiste : 1° à réduire la hernie lorsque cela est possible, et à la maintenir réduite ; 2° à l'opérer s'il y a étranglement ; 3° à pratiquer l'hystérotomie, si, la femme étant enceinte, l'enfant ne peut être expulsé par les voies naturelles. En conséquence, il faut chercher à réduire la tumeur en donnant à la malade une position convenable, en exerçant le taxis avec modération. Lorsqu'on est parvenu à la faire rentrer, il faut la maintenir au moyen d'un brayer. Quand la réduction est impossible à cause des adhérences, du volume de la tumeur , ou pour tout autre motif, il faut se borner à la soutenir avec une serviette, un bandage, un suspensoir, ou tout autre moyen approprié, à moins que des accidens d'étranglement ne viennent à se manifester ; car alors on devrait l'opérer comme on le ferait pour toute autre hernie. Si , malgré ce déplacement, la femme avait conçu, il faudrait se hâter de