CHAPITRE III
381. Pour compléter ce qui est relatif aux organes de lafemine qui concourent à racconiplissement des fonctions de reproduction, nous devons parler des mamelles ; car sous plusieurs points de vue , elles peuvent être regardées comme une dépendance des organes de la génération, et sont de plus chargées de fonctions spéciales^ celles de pourvoir à l'alimentation du nouvel être.
Les mamelles sont des organes glanduleux, hémisphériques , situés à la partie supérieure , antérieure et latérale de la poitrine, et destinés par la nature à la sécrétion du lait. Cette position des mamelles est un des caractères distinctifs de l'espèce humaine ; chez la plupart des animaux ^ elles occupent la région abdominale.
Au nombre de deux chez la femme^, elles sont en général en proportion double de celui des petits chez les femelles animales.
Leur volume présente de grandes variétés. Très petites dans l'enfance et dans le sexe masculin , elles prennent chez la femme , à l'époque de la puberté , un développement qui est en rapport avec celui des organes de la génération. Leur volume augmente encore d'une manière remarquable avec la grossesse et pendant la lactation. Elles s'affaissent ordinairement lorsque le fœtus périt dans le sein maternel. Après le temps critique, elles diminuent peu à peu, et s'atropliient presque en-
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tièrement. Elles ne sont pas toujours eu rapport avec la stature, la force et même la bonne constitution du sujet. Il n'est pas rare de voir des femmes grêles , phtliisiques , avec des mamelles fort grosses. Les personnes grasses, lymphatiques, les ont ordinairement très volumineuses. Dans l'appréciation de ces organes , il ne faut pas confondre la glande elle-même avec le tissu adipeux qui l'entoure. La mamelle droite est souvent plus volumineuse que la gauche.
382. Considérées anatoraiquement , les mamelles se composent de la peau , du mamelon et de l'auréole , de la cjlande mammaire, du tissu cellulaire, de conduits laiteux, de vaisseaux et de nerfs.
La peau qui recouvre les mamelles , remarquable par sa finesse, laisse apercevoir le trajet des veines superficielles ; elle est unie , blanche , et ne présente aucune ride chez les jeunes filles.
Mamelon. Du milieu de la mamelle s'élève une petite saillie , qu'on appelle la papille ou le mamelon. Cette saiUie , rouge ou brune , plus ou moins grande , cylindrique, coDoïde , couverte d'une peau fine, mais rugueuse, comme crevassée à son sommet, est susceptible d'érection. Elle est quelquefois déprimée , ou tellement courte, que les lèvres de l'enfant ne peuvent l'embrasser. A son centre , on voit plusieurs dépressions, dans lesquelles yiennent s'ouvrir les conduits laiteux ou galactopbores. Autour du mamelon existe une auréole, espèce de disque coloré, d'un pouce environ de diamètre. Sa couleur est rosée dans la jeunesse et chez les blondes, d'une couleur foncée chez les brunes et chez la plupart des femmes qui ont eu des enfans; d'un noire très intense chez les négresses. Sa surface offre un aspect rugue ux
dû à une mullituJe de foiliculcs sébacés, qui sécrèlciit un fluide propre à lubrëfier le mamelon et à en empêcher les gerçures lors de l'allaitement.
' Glande mammaire. Débarrassée du tissu graisseux, la glande mammaire est aplatie, assez étendue en largeur et plus épaisse au centre qu'à la circonférence. Elle est formée d'une multitude de petits lobes de couleur blanchâtre, d'apparence pulpeuse. Sa surface extérieure est inégale et creusée d'aréoles; la disposition granuleuse, propre au tissu des glandes, ne s'y montre pas d'une manière sensible, mais elle devient plus évidente pendant la lactation. A cette époque, la glande se divise en lobules, composés de grains glanduleux agglomérés. M. Cruveilhier, qui les a examinés, leur a trouvé une cavité centrale, de laquelle il put exprimer une matière vermiforme, qui n'était que du caséum coagulé.
Deux autres tissus entrent encore dans la composition de la glande. L'un , de nature fibreuse, après l'avoir enveloppée complètement, envoie dans son intérieur des prolongemens qui séparent et réunissent les lobes. Il est à remarquer que les loges qu'il forme ne communiquent pas entre elles, ce qui explique la fréquence et la succession des abcès dans les seins. L'autre tissu graisseux occupe les aréoles que présente la surface externe de la mamelle et que séparent les lamelles fibreuses. Ce tissu peut prendre un grand développement, la mamelle subit alors une transformation qui pourrait la faire confondre avec un lipome.
Lorsqu'on dissèque la mamelle d'une femme morte pendant la lactation, on voit le lait s'échapper d'une multitude de points , qui sont les ouvertures des vaisseaux
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lactifères ou galactophores. Ces vaisseaux ont deux of* (.1res de racines , les uns dans les divers grains de la glande, les autres, suivant Mu ller^ dans le tissu graisseux environnant, ce qui expliquerait comment M. Donné* a trouvé des globules de pus dans le lait d'une nourrice, avant qu'on ait reconnu à l'extérieur l'existence d'une collection purulente. Ces conduits convergent de la circonférence vers le centre. Arrivés au niveau de l'aréole^ ils forment des espèces d'ampoules au nombre de buit, de quinze et quelquefois de vingt ; ils se réunissent pour former le mamelon. Après s'être beaucoup rétrécis, ils se terminent au sommet par autant d'ouvertures. Leur intérieur serait tapissé , d'après Bicliat, par une membrane muqueuse ; on n'y a point trouvé de valvules.
Les artères des mamelles sont fournies par la mammaire interne , les intercostales , les thoraciques , et en particulier, par la mammaire externe.
Les veines portent le nom des artères qu'elles accompagnent; quelques unes sont superficielles, forment des cercles autour de l'auréole, et se font remarquer sous la peau par une teinte bleuâtre.
Les mamelles ont une quantité considérable de vaisseaux lymphatiques qui se dirigent tous vers les ganglions de l'aisselle.
Les nerfs tirent leur origine des intercostaux et des branches thoraciques du plexus brachial.
383. Développement. Vers le troisième mois de la vie intra-utérine , on voit apparaître les mamelles. Leur volume, au moment de la naissance, est plus considérable qu'aux périodes suivantes. C'est à l'époque de la puberlé qu'elles acquièrent les proporlious qu'elles doivent conserve)-pendant un certain nombre d'années, ce qui concourt ù
établir une différence remarquable entre les deux sexes. 11 est assez fréquent de voir, à cba(|ae époque menstruelle^ les mamelles devenir le siège d'une turgescence momentanée, qui disparaît avec la cause qui l'a produite.
384. Usages. Les mamelles ont pour usage spécial de sécréter un fluide blanc, connu sous le nom de lait., et de le transmettre à l'enfant nouveau-né , auquel il doit servir de nourriture.
385. Anomalies. I-.e nombre des mamelles peut varier. Les exemples de mamelles multiples sont rares dans l'espèce humaine ; cependant Bartholin (I), Borellus, ont cité des exemples de femmes qui en avaient trois. On trouve dans Cabrol et dans les Ephéniérides des curieux de la nature des exemples de quatre. Mais ces prétendues glandes surnuméraires ne sont le plus souvent que des masses de tissus adipeux, surmontées d'un simple mamelon. Georges Hannaeus (2) parle d'une femme dont le sein gauche était garni de cinq mamelons, qui avaient chacun son aréole, et de chacun des- (juels le lait jaillissait à la fois lorsque Tun d'eux se trouvait excité.
D'autres fois l'une des mamelles manque. Le docteur Louisier (3) dit n'en avoir trouvé qu'une sur une dame, dont la fille offrait la même conformation. Marandel a présenté à la Société anatomique (4) une pièce constatant l'absence congénitale et absolue de l'une des mamelles.
(1) Laco cit. Anatomia reformata, page 209.
(2) Percy. Mémoire sur les farrimes inuUi marnes. Journal de médecine , par Roux , Corvisart et Boyer. Tom. IX , p. 381.
(3) Thèse in-8° n" SS. 12 novembre an x , p. 0
{i) Bulletin.'; de la Faciittède médicine. Tom. I. 180G, p 219 I. 20
Le mamelon est quelquefois si petit, si aplati, ou tellement rentrant, que l'enfant ne peut le saisir, et que la femme est hors d'état de pouvoir allaiter. D'autres fois il peut manquer accidentellement. La peau qui le recouvre est, dans quelques cas, douée d'une si grande sensibilité et si mince , qu'elle devient le siège de gerçures, de crevasses , d'érythêmes, de dartres qui rendent l'allaitement douloureux et difficile, ou tout-à-fait impossible.
La sécrétion du lait offre des anomalies aussi nombreuses et non moins variées. Ainsi, nous l'avons vue si abondante dans quelques cas , que la santé des femmes en a été atfectée. D'autres fois, elle a manqué complètement pendant la grossesse, et, ce qui est plus rare, après l'accouchement.
On l'a vue s'établir avant la période de la fécondité, pendant sa durée, et long-temps après sa cessation, sans que la conception l'ait précédée. Baudelocque rapporte (1) l'observation d'une petite fille de huit ans, qui, s'étant fait téter par un enfant que sa mère allaitait, put le nourrir elle-même pendant un mois, temps que la mère employait à guérir des gerçures qu'elle avait aux mamelons.
On lit dans le Recueil des causes célèbres (2) qu'une jeune négresse, après deux jours de succion, remplaça, sur un vaisseau , une nourrice qui était restée à terre.
On trouve (3) dans les Transactions philosophiques, n. 455, l'exemple d'une femme de 65 ans , qui put al-
(1) Traite de l'art des accouclwmens, t. I , p. 188.
(2) Volume X, page 452.
(3) Transactions philosophiques, n. iHo.
laiter son petit-fils, qu'elle avait d'abord fait téter pour le distraire de ses douleurs.
Enfin, on a vu la sécrétion du lait s'établir chez l'homme. Alexandre Bénédictus en rapporte un fait fort curieux (1). M. de Humboldt dit (2) avoir vu dans le village d'Arerius un laboureur qui avait nourri son fils de son lait.
Les mamelles peuvent être le siège d'une multitude de maladies, de transformations organiques , qu'il n'est pas de notre sujet d'examiner ici.
(1) Anat. cnrp, human. lib- III , c. iv. p. SOO-
(2) Voyage aux régions éguinoxiales du Nouveau Continent , l. III, p. b3.