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CHAPITRE II

IDIOTIE MORALEi

(folie morale, moral insanity)

Il y a des individus qui, bien qu'ils aient été élevés au milieu d'un peuple très civilisé et qu'ils aient eu facilement l'occasion de bénéficier des bienfaits de la civilisation et de l'éducation, ne sont pourtant pas arrivés, ainsi que l'homme normal civilisé, à acquérir des conceptions éthiques (y compris les principes religieux et esthétiques) à s'en servir pour se former des notions et des jugements moraux et à les utiliser comme motifs et contre-motifs dans leurs actions.

Un cerveau qui est privé de cette faculté intégrante chez les hommes civilisés au niveau du développement moderne, est un cerveau inférieur ab origine dans sa constitution, défectueux. Cette opinion est puissamment appuyée par le fait que tous les efïorts d'éducation, déployés par l'école et la famille, pas plus que la triste expérience acquise plus tard dans la vie par un individu organisé de cette façon, ne sont capables d'exercer la moindre influence salutaire sur sa conduite et ses sentiments éthiques.

C'est que la cause est de nature organique et qu'il faut, pour ces états de défectuosité congénitaux, la chercher habituellement dans l'hérédité parmi et surtout dans l'aliénation , l'ivrognerie et l'épilepsie de l'ascendance.

En face de ces cas congénitaux d'idiotie morale, cas analogues à l'idiotie intellectuelle, on observe des états semblables chez des individus qui auparavant jouissaient complètement de leurs sens au point de vue éthique et chez lesquels par conséquent la défectuosité est acquise.

La défectuosité est alors occasionnée par des causes graves ou par des

' Grohmann, AVw^e's Zeifschr., 1819, p. 162. — Prichard, T réalise on insanltu. 1842. — Morel, Traité des dégénérescences, 1857. — Le même, Traité des mat. ment., p. 401, 540. — Solbrig, Verbrechen und Wahnsinn, Munich. 1867. — V. KrafTt, Friedreichs Blàfter, 1871 (avec liltéralure complète). — Le même, Verhreclien mut WaJinsinn, Allg. deutsche Strafrechtsztg., 1872. — Stolz. Allg. Zeitschr. f. Psych., 33. fasc. 5 et 6. — Livi, Rivista sperionent., 1876, fasc. 5 à 6. — Tamassia, Ibid., 1877, p. 550. — Gauster, ^^'ien. med. Klinik, llJe année, n° 4.

processus de dégénérescence du cerveau, soit par les phénomènes prodromiques, soit par les phénomènes accessoires de ces influences ou de ces processus.

Les conditions étiologiques de la défectuosité morale acquise sont les altérations anatomiques et fonctionnelles du cerveau telles que les produisent les lésions graves de la tête, les apoplexies, l'involution sénile du cerveau, la démence paralytique, l'ivrognerie, les névroses constitutionnelles graves (épilepsie, hystérie).

La folie morale atteint le noyau le plus central de l'individualité, ses rapports émotifs, éthiques et moraux. Comme elle laisse presque intacte la marche et la forme des conceptions, la formation des jugements intellectuels sur l'utile et le préjudiciable, elle rend possible la critique et les conclusions logiques, fait qui masque pour les profanes le défaut de tous les jugements moraux et de tous les sentiments éthiques et qui fait paraître l'aliéné cliniquement sinon éthiquement comme un homme immoral et même criminel.

Ainsi que le démontre Stoltz (op. cit.), Régiomontanus a déjà en lo31 exprimé l'idée qu'il y a des hommes méchants et immoraux qui ne tiennent pas leur méchanceté d'eux-mêmes, que pourtant les juges livrent au gibet. Ce que l'observateur des sciences naturelles du xvi'" siècle avait attribué à l'influence des astres (naître dans le signe de Vénusj, notre époque cherche à l'expliquer par les conditions anormales de l'organisation individuelle.

En Allemagne, Grohmann (1819; est problablement le premier qui ait admis une dégénérescence éthique de cause organique et il l'a désignée sous le nom d'insanité morale congénitale ou idiotie morale. Une première tentative de description clinique et de délimitation de la maladie a été faite par Prichard (1892). C'est Morel qui a donné la signification étiologique de cet état morbide comme état dégénératif généralement héréditaire. Les recherches cliniques de Brierre, Falret, Solbrig et autres ont complété nos connaissances sur la folie morale.

En essayant d'esquisser en quelques traits les signes cliniques de cet état de défectuosité particulier, nous noterons comme un phénomène frappant et qui donne à la maladie son caractère général, une insensibilité morale plus ou moins grande, une absence de jugements moraux et de notions éthiques à la place desquels régnent les jugements de l'utile et du nuisible formulés par des opérations de logique pure. Sans doute les prescriptions des lois de la morale peuvent être apprises par cœur et reproduites mnémoniquement, mais si jamais elles pénètrent dans la conscience, elles ne sont pas annotées par des sentiments et encore moins par des émotions; elles restent comme des conceptions pétrifiées, mortes, un poids inutile pour la conscience de l'individu défectueux qui n'en sait tirer ni des motifs ni des contre-motifs pour ses actes.

Avec cette « dyschromatopsie morale », cette « aliénation des sentiments altruistes » (Schiile) la civilisation, l'ordre moral et public n'apparaissent que comme une barrière gênante pour les sentiments et les

efforts égoïstes, ce qui amène fatalement à la négation et même à la violation des droits d'autrui.

Sans intérêt pour tout ce qui est noble et beau, apathiques pour tous les mouvements du cœur, ces misérables déshérités paraissent étranges par leur absence d'amour filial et d'affection pour leurs parents, par l'absence de tous les instincts sociaux et sociables, par leur froideur de cœur, par leur indifférence pour le sort de leurs plus proches parents, par leur manque d'intérêt pour toutes les questions de la vie sociale. Naturellement ils ne sont point sensibles à l'appréciation morale ni au blâme d'autrui; ils n'ont aucune émotion de scrupule ou de repentir. Ils ne comprennent pas les convenances; la loi n'a pour eux que la signification d'une ordonnance de police et le crime le plus grave leur paraît, à leur point de vue particulier et inférieur, comme apparaît à l'homme en pleine possession de son sens moral, une simple infraction à un arrêt de police. S'ils entrent en conflit avec un individu ou avec la société, leur simple froideur de cœur et leur négation font alors place à la haine, à l'envie, à la rancune et, étant donné leur idiotie morale, leur brutalité et leur absence d'égards ne connaissent plus de limites.

Cette défectuosité éthique chez ces individus à organisation inférieure les rend à la longue incapables de se maintenir dans la société et en fait des candidats pour les maisons de correction, les prisons ou les asiles d'aliénés. Ils n'arrivent dans ces lieux de détention qu'après avoir été, enfants, par leur paresse, leurs habitudes de mensonge et leur vilenie, la terreur de leurs parents et des instituteurs; jeunes gens, par leur penchant au vagabondage, à la dissipation, aux excès, aux vols, la honte des familles, la plaie des communes et des autorités, pour devenir ensuite la croix des maisons d'aliénés et les incorrigibles des prisons.

A côté de cette absence des sentiments éthiques altruistes qui fatalement engendre chez eux l'égoïsme, on trouve comme trouble émotif une grande irritabilité émotive qui, jointe au manque de sens moral, entraîne aux plus grandes brutalités et aux cruautés et favorise même l'explosion des émotions pathologiques.

Sur le terrain intellectuel le malade paraît sain aux yeux de celui qui considère comme décisifs la forme logique des opérations de la pensée, la réflexion, les actes méthodiques. L'absence des idées délirantes et des hallucinations dans le tableau de la maladie a été également relevé par Prichard. Malgré cette absence, ce qui est plus, en dépit même de toute la ruse et de l'énergie déployées quand il s'agit de réaliser leurs efforts immoraux, ces dégénérés sont tout de même des débiles intellectuels, des improductifs, incapables de suivre une véritable carrière, de déployer une activité systématique; ils ont une aptitude défectueuse pour l'instruction, ne voyant les choses que par un côté, bizarres dans leurs idées et d'un jugement très borné. Chez ces êtres atrophiés au point de vue moral, la défectuosité intellectuelle ne manque jamais. Beaucoup d'entre eux sont précisément des imbéciles. Non seulement ils ne comprennent pas le caractère immoral de leurs faits et gestes, mais ils ne sont pas capables

de reconnaître combien leur conduite est positivement absurde et préjudiciable à leurs propres intérêts. Malgré toutes les preuves de ruse instinctive qu'ils donnent, ils étonnent par le fait qu'ils négligent en môme temps les règles les plus élémentaires de la prudence en commettant des actes criminels. Ces hommes défectueux ne sont pas seulement irraisonnables, mais ils manquent aussi de sens pratique. Leurs travaux intellectuels les plus élevés sont toujours défectueux, même quand ils possèdent à peu près ce qu'on appelle vulgairement la raison. Ils n'ont pas certaines idées fondamentales et les correctifs, ainsi que la faculté de reconnaître le but et la signification de la vie. Ce fait se manifeste aussi dans les affaires d'argent. Ils connaissent la valeur de l'argent comme monnaie, mais non pas sa valeur et son importance dans les intérêts matériels et sociaux. Ils le gaspillent et le dépensent en friandises comme des enfants. De ces défauts résulte fatalement le manque d'efforts vers un but déterminé.

Sur le terrain des conceptions, il faut relever, outre l'incapacité de se former des conceptions éthiques et de les associer pour en composer des notions et des jugements moraux, le manque d'exactitude dans la reproduction des conceptions.

Du côté des efforts, la défectuosité éthique et intellectuelle se montre dans l'incapacité complète à se conduire et à se contrôler soi-même. En général, ces dégénérés se distinguent par leur mollesse et leur paresse intellectuelle qui n'est vaincue que lorsqu'il s'agit de satisfaire leurs désirs immoraux et criminels. Ils sont des flâneurs nés et des débiles moraux. Le vagabondage, la mendicité et le vol sont leurs occupations favorites ; le travail leur fait horreur.

Déjà l'acte libre est, par suite du manque ou de l'inexcitabilitédes conceptions morales, tombé chez eux au niveau des actes arbitraires mais non pas libres moralement, et à leurs yeux atteints de cécité morale les commandements les plus élevés de la loi morale et de la justice ne sont que des prescriptions de police inutiles et incomprises. A cet état de choses s'ajoute encore très fréquemment le fait que des impulsions organiques spontanées et mises directement en mouvement par l'anomalie du cerveau les poussent à des actes soit simplement bizarres, soit immoraux et criminels.

Ils ont encore d'autres stigmates de dégénérescence psychique : le caractère impulsif et assez souvent le retour périodique (vagabondage, vol, excès alcooliques et sexuels). Comme des instincts naturels sont la cause des actes, ces instincts peuvent encore revêtir un cachet de perversité. Tel est le cas notamment pour l'instinct génital dont les perversions se rencontrent habituellement sur la base de la folie morale.

Comme il s'agit ici d'états de dégénérescence individuels, les phénomènes cliniques sont excessivement variés et se dérobent à une différenciation détaillée.

Suivant l'intensité du trouble, on peut distinguer une imbécillité et une idiotie morales, comme dans les états d'imbécillité et d'idiotie intellectuelles. ^

Au point de vue de la pratique, on peut établir une difïérence entre l'idiot moral qui est passif, apathique, et celui qui est actif et excitable.

La folie morale est essentiellement une infirmité stationnaire. Les phénomènes de la puberté, les excès alcooliques et sexuels peuvent l'aggraver et réveiller les impulsions perverses.

Ces idiots moraux sont très prédisposés aux psychopathies sous l'influence des causes occasionnelles. Notamment la privation de la liberté suffit pour provoquer intercurremment une véritable aliénation mentale.

A côté des émotions et des états d'alcoolisme pathologiques on constate souvent dans la moral insanity des psychoses périodiques comme complications ; j'ai même rencontré des cas de paranoïa.

La folie morale étant une infirmité congénitale, le pronostic est sans espoir. Mais il faut remarquer que les symptômes de la folie morale de l'enfance ou de la jeunesse peuvent se développer en connexité avec une épilepsie ou un trauma capitis ^ et disparaître du moment que cette cause est supprimée. Le pronostic de ces cas acquis et symptomatiques n'est donc pas absolument mauvais.

Le diagnostic de ces états, très important surtout in foro, a pour mission de ramener les anomalies cliniques à une organisation défectueuse et congénitale du cerveau. Il est indispensable que cette indication soit remplie. La monstruosité d'une existence psychique, la preuve de la défectuosité morale ne suffisent pas. Elles peuvent être aussi bien le résultat d'une mauvaise éducation que d'une organisation défectueuse. Ici les critériums psychologiques généraux ne servent pas à grand'chose. L'examen doit être rigoureusement clinique dans ce cas, et il est utile de laisser tout d'abord de côté le diagnostic spécial et d'établir le diagnostic général de l'existence d'une anomalie cérébrale.

Sont décisifs pour la folie morale :

1° Les parents aliénés, ivrognes, épileptiques ;

2° Les signes de dégénérescence anatomiques et fonctionnels, en tenant particulièrement compte des conditions de la vie sexuelle, la base organique la plus importante pour le développement du sens moral ;

3" Les symptômes qui indiquent un état morbide des fonctions vasomotrices (intolérance pour l'alcool, etc.) et motrices (spécialement les symptômes épileptoïdes si fréquents dans ce cas i.

Le diagnostic général d'une maladie cérébrale, une fois basé sur ces critériums, le diagnostic spécial doit faire valoir la précocité anormale de l'atrophie éthique se manifestant à une époque où il ne pouvait nullement être question de l'influence du mauvais exemple et souvent même en dépit des conditions extérieures les plus favorables (efforts positifs d'une bonne éducation). La preuve de l'existence d'une cause organique est

1 Ainsi ^Vigand {On the duality of m'uid) cite le cas d'un garçon qu'un instituteur avait frappé avec une règle sur la tête. Il s'ensuivit une transformation complète des sentiments moraux du malade. On le trépana à l'endroit de la lésion et où existait une légère pression crânienne ; on enleva une esquille osseuse qui pressait sur le cerveau et après cette opération l'enfant reprit son ancien caractère. /

encore renforcée par le fait que le malade est absolument incorrigible.

La défectuosité morale est encore mise en lumière par la preuve de la débilité intellectuelle, de Témotivité morbide, de l'inexactitude dans la reproduction des images mentales; enfin, par le caractère impulsif et souvent même périodique des actes, caractère pervers aussi, c'est-à-dire basé sur la perversion des instincts et des sentiments naturels.

En présence de ces états de défectuosité morale, la thérapeutique n'a aucun espoir de produire un effet, à moins qu'il ne s'agisse d'états acquis par l'épilepsie, la masturbation, les trauma capitis. Ces t sauvages » de la civilisation ont besoin d'être, gardés dans un asile d'aliénés afin de les protéger eux-mêmes en même temps que la société. Dans les cas d'idiotie morale à forme passive et torpide, un dressage psychique appliqué pendant des années dans les établissements peut élever ces hommes défectueux parfois à une indépendance relative dans la conduite de la vie et leur donner la faculté de gagner leur existence en dehors de l'établissement.

Observation CIV. Folie morale. — F..., trente-cinq ans, non mariée, servante, est née d'un père excentrique et agité. La mère est inconnue. Un frère est affligé d'une aliénation mentale périodique, un second frère est un original.

La malade est venue au monde faible; enfant, elle était maladive, tressaillait de tout son corps aux émotions. Elle était mal douée, indocile, méchante, entêtée, très irritable, diflicile à vivre, gourmande, inconstante, ne persévérant dans aucun travail, grossière, sans cœur, ne songeant qu'à la satisfaction de ses caprices. Elle a été réglée à l'âge de dix-sept ans sans aucun malaise. A l'âge de dix-neuf ans, après la mort de ses parents, elle fut obligée de chercher une place comme domestique. Elle ne restait longtemps nulle part; ordinairement on la remerciait après un court laps de temps, car elle était paresseuse, menteuse, acharnée. après les hommes et très adonnée à la prostitution. Toutes les tentatives de son honorable famille pour la ramener dans une bonne voie restèrent infructueuses. Elle dépensait en friandises et en amusements l'argent et les vêtements que ses frères et ses sœurs lui faisaient parvenir; elle en faisait autant avec ce qu'elle gagnait soit en travaillant soit par la prostitution. Les sentiments de respect pour elle-même et de dévouement pour ses excellentes sœurs, lui étaient absolument étrangers. Ce n'est que quand elle n'avait plus rien qu'elle allait trouver ses frères et sœurs pour les mettre à contribution. Par suite de sa conduite dissolue elle avait souvent des atïaires avec la police, car elle offensait les mœurs publiques et ne se souciait nullement des règlements de police. Elle ne trouvait rien de choquant dans sa conduite déshonorante.

Quand finalement elle ne trouva plus de maison où se placer, elle fut recueillie par ses sœurs. Bientôt elle se rendait impossible dans cette famille honorable à cause de sa malpropreté sans bornes, de sa négligence, de sa paresse, de ses mauvaises mœurs, de sa brutalité, de son gaspillage insensé. Elle se promenait en vêtements déchirés, sans être débarbouillée, jetait sans faire attention des allumettes enflammées sur le plancher, ne se gênait pas pour se mettre le soir devant la porte et raccoler des hommes. Finalement les membres de sa famille reconnurent qu'il y avait là une organisation malheureuse et ils se sont éloignés d'elle.

F... traîna alors dans les bordels borgnes et de bas étage, dans les guinguettes et dans les refuges des gens sans domicile, jusqu'à ce qu"un jour elle fût ramassée

par la police. Elle entra alors dans un emportement de colère pathologique, se démena, se mit à rager, de sorte qu'il fallut l'amener à Thôpital pour la soumettre à l'observation des aliénistes.

Là elle posa pour l'innocence outragée, se révolta contre le règlement de la maison; elle cherchait à exciter à la révolte les autres malades, était, par suite de sa grande irritabilité, constamment en proie à des émotions furieuses qai avaient toujours pour sujet son affaire avec la police. Cette dernière lui est hostile, ne fait que lui chercher chicane alors qu'elle ne fait aucun mal à personne. Elle ne se rendait nullement compte de ses défectuosités morales, d'où impossibilité de se conduire elle-même dans la vie. Toutes les contrariétés qu'elle avait dû subir par suite de son genre de vie étaient pour elle le fait de la méchanceté des autres.

La malade est de taille moyenne, d'une laideur répugnante, avec des traits grossiers et sensuels. La dégradation morale, la vilenie, la frivolité sont pour ainsi dire empreintes sur son front qui est étroit, plat; la racine du nez est enfoncée profondément, les os du nez sont larges, plats. Contracture mimique des muscles du coin gauche de la bouche.

La malade est lourde dans ses mouvements, traîne les savates en marchant, ne prenant pas la peine de lever convenablement les pieds. Pour un rien elle se met à se quereller avec son entourage, entre ensuite dans des émotions furieuses qui par leur intensité et leur durée dépassent de beaucoup la mesure physiologique. L'exactitude de reproduction est chez elle défectueuse, la version qu'elle donne des faits passés est inexacte même quand elle n'a aucun intérêt à présenter les choses sous un meilleur jour. Elle est intraitable, grossière jusqu'à la brutalité, fainéante ; elle cherche à détourner les autres du travail, se démène en dérangeant tout, en vociférant et en guettant les hommes; elle réclame sa mise en liberté, mais elle ne sait pas comment elle vivra quand elle sera dehors. Elle a été envoj'ée dans un hospice d'aliénés.

Observation CV. Folie morale avec symptômes épilepto'ides après trauma capitis. — L. . ., vingt-trois ans, célibataire, journalier, d'une famille sans tare, s'était normalement développé jusqu'à l'âge de trois ans. A cette époque il tomba de la hauteur d'un étage, reçut une violente commotion cérébrale sans aucune lésion extérieure. A partir de ce moment son caractère devint grincheux, irritable, et à des intervalles de plusieurs semaines ou de plusieurs mois il avait des accès de délire hallucinatoire qui étaient précédés par un violent mal de tète et qui duraient plusieurs heures. Le sujet du délire était terrifiant; le malade se débattait désespérément contre des fantômes. Il se réveillait ensuite comme d"un profond sommeil et ignorait ce qui s'était passé.

Par intervalles il souffrait souvent de mal de tête; il avait aussi des accès de vertige, mais jamais d"accès classiques d'épilepsie. Il ne faisait aucun progrès à l'école; il était paresseux, menteur, méchant, sans cœur, irritable, entêté. A partir de la treizième année les accès de vertige et de délire disparaissaient. Le malade montra une irritabilité croissante, se livra à une vie dissolue, ne pouvant se tenir nulle part ; il devenait apprenti maçon, mousse, journalier, ne s'accordait avec personne et fut à plusieurs reprises condamné pour rixes et bagarres. Dans ses emportements il était tout à fait pathologique, perdait les sens, et se lançait le couteau à la main contre les gens de son entourage. En 1870, il entra au régiment pour faire son service militaire. Il s"y montra intraitable, indiscipliné, s'attira punition sur punition, et un jour qu'un supérieur lui faisait des observations, il entra en rage, mordit la main de son supérieur et menaça de le poignarder. On l'envoya à l'hôpital et de là à la maison de correction; il fut ensuite repris par sa famille, mais

dès le lendemain de son retour il se prit de querelle avec son père, lui lança un vasde nuit, menaça de le poignarder ainsi que son frère et mordit à la main son père qui voulait le calmer. Une enquête judiciaire fut ouverte contre lui; on le déclara irresponsable et on le transporta à l'asile d'aliénés (1871). Là il se montra paresseux, intraitable, excessivement porté à la colère, privé de tout sens moral, incapable de se diriger lui-même. Il jetait partout la zizanie, ne se pliait à aucun règlement et quand il fallait lui appliquer l'isolement et les autres mesures disciplinaires, il réagissait par des emportements furieux dans lesquels il rageait, démolissait, menaçait de tuer; une fois il mit le feu à son lit. A plusieurs reprises sa famille le reprit, mais, aussitôt rendu aux siens, il se livrait de nouveau au vagabondage, au vol, à la mendicité, faisait des excès alcooliques, et, comme il supportait mal les spiritueux, il était toujours ramené par la police à l'asile à cause de ses émotions pathologiques d'ivresse et de colère, de ses menaces dangereuses, etc. Il disait lui-même qu'il vaudrait mieux pour lui ne plus être de ce monde, car il ne peut pas se retenir et aussitôt qu'il boit c'en est fait de lui. Le 1^'' avril 1875 il s'évada avec beaucoup d'adresse, traîna ensuite, vagabondant et volant; mais quelques semaines après il fut de nouveau arrêté. Après avoir purgé sa peine, il se livra de nouveau aux excès alcooliques qui le ramenèrent à l'asile d'aliénés de son département. En route il fit de concert avec un autre malade une tentative pour assassiner le gardien qui l'escortait. Le malade ne présente pas de signes de dégénérescence, mais ses traits sont brutaux, grossiers, sensuels; les deux moitiés du visage ont une innervation inégale. Pendant la longue période d'observation à l'asile on n"a trouvé, sauf une émotivité s'accentuant périodiquement et des accès de violents maux de tête, aucun phénomène indiquant la névrose épileptique ancienne. Malgré toute sa ruse et sa méchanceté, il paraissait défectueux intellectuellement, bien que son imbécillité fût peu prononcée.

Préface v

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