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IV. — Troubles de la volonté

La sphère de la volonté présente chez l'aliéné beaucoup de phénomènes anormaux qui résultent forcément d'états d'esprit et d'émotions morbides, d'anomalies de la conception, du mode de développement et de la nature de la représentation.

Tout dabord il convient de rappeler ce fait frappant que souvent les aliénés parlent raisonnablement ou du moins ne laissent apparaître aucune idée délirante et commettent pourtant les actes les plus insensés qu'ils savent ensuite défendre avec beaucoup d'esprit et beaucoup de subtilité.

La fréquence de ces cas a amené à créer des types de maladies à part qu'on a désignés sous le nom de folie raisonnante ^

Voici l'explication de ce phénomène étrange. 11 n'y a, c'est vrai, aucun délire, mais le processus de la représentation est troublé dans sa forme. Il peut être tellement accéléré qu'il ne soit pas possible de faire une réflexion quelconque sur la représentation qui pousse à l'acte concret.

Tel est le cas chez le maniaque. Une conception quelconque se transforme en acte immédiatement et sans que des représentations de contraste aient examiné et approuvé le motif ; cet acte doit alors forcément avoir un caractère d'étourderie et de précipitation. Après coup, le malade est parfaitement capable d'excuser cet acte qu'il juge lui-même comme un contresens et de l'attribuer, sans se justifier, à un motif raisonnable qu'il n'est jamais embarrassé de trouver, étant donnée l'acuité morbide de ses conceptions. Dans d'autres cas, l'acte insensé est la conséquence d'une représentation obsédante dont la transformation en acte n'a pas pu être empêchée par le malade ; ou bien le malade se trouve dans un état d'émotion grâce auquel la représentation ne peut pas lui arriver clairement ou du moins être soumise à la réflexion (mouvement réflexe psychique, action impulsive).

Dans les cas où les actes insensés sont commis sans trouble de l'intelligence, cette dernière n'est restée intacte qu'en apparence. Il y a des idées

' Voir -.Discussion de la Société méd. psi/ch. dans les Annales méd. psijch., 1866, maijuillet. — Campagne, Traité de la manie raisonnante, 1868. — Brierre, De la folie raisonnante, Paris, 1867.' L^renfreund, 1866, 7. — Schùle, Manuel, p. 75.

TROUBLES DES FONCTIONS CEREBRALES DANS LE DÉLIRE li3

délirantes, ce sont elles d'ailleurs qui sont les mobiles des actes insensés, mais le malade sait dissimuler et cacher ces idées. C'est précisémeut pour cette raison que la nature des tendances et des actes d'un malade est importante au point de vue diagnostique, car elle peut fournir les autres éléments de la maladie.

Les profanes trouvent surprenant que des aliénés soient capables d'agir avec ruse et préméditation, mais ce phénomène s'explique par la circonstance que le mécanisme logique des jugements et des conclusions reste à la disposition du malade tant qu'il ne s'est pas produit une dissolution générale des fonctions psychiques (hébétement, imbécillité).

La volonté peut présenter chez l'aliéné deux genres de modifications morbides : elle peut être diminuée et même anéantie ou bien augmentée jusqu'à la licence.

1° La faiblesse de volonté se rencontre chez l'imbécile et chez le mélancolique.

Chez le premier, cette diminution de la volonté est la triste conséquence de la perte de tous les intérêts intellectuels et éthiques, de l'indifférence morale et de la réduction des perceptions sensitives. Le malade, dans ces cas, comme par exemple dans l'imbécillité apathique, peut arriver à une perte complète des conceptions. Alors forcément la volonté trouve sa fin. Il ne reste que les fonctions de la vie animale ; ces dernières peuvent se limiter à la satisfaction de l'instinct de nutrition (aboulie).

L'absence de volonté chez le mélancolique (anénergie), bien que sou attitude passive puisse extérieurement ressembler complètement à celle de l'imbécile, a une cause tout à fait différente.

Ici il peut exister une volonté virtuelle très vive, mais ses manifestations sont devenues impossibles par suite d'arrêts divers. Ces entraves peuvent trouver leur cause :

a). Dans la conviction qu'il est impossible d'atteindre ce qu'on désire. La volonté est un désir conscient dans lequel on se représente comme accessible l'objet désiré. Le mélancolique, par suite de la diminution de sa confiance en lui-même, et du changement de son état général (faiblesse i, n'a plus de confiance dans sa puissance à réaliser ses désirs et il cesse de vouloir.

p). Dans un sentiment de déplaisir. Le mouvement psychique nécessaire à l'acte s'accompagne de douleur psychique, de sentiments de déplaisir. Voilà pourquoi le malade renonce au mouvement comme l'individu qui a des douleurs physiques, par exemple une névralgie, évite instinctivement de provoquer des mouvements dans la région douloureuse.

y). Dans des arrêts particuliers au mécanisme psychique. La transformation des conceptions en actes moteurs est devenue plus difficile et l'on peut envisager cette difficulté comme un point d'entrave dans l'arc réflexe psychique ou comme un arrêt réflexe accentué. Alors la représentation n'est pas assez puissante pour pouvoir agir comme stimulus du mouvement. Le malade, chez qui on voit d'ailleurs combien est pénible cet arrêt dans la décharge de la tension psychique, essaie avec beaucoup de peine à

faire le mouvement désiré, mais il ne réussit pas ou ne réussit qu'imparfaitement à le mettre à exécution. Dans les états d'émotion violente (exagération du pouvoir d'excitation des représentations), il devient temporairement libre d'exécuter des mouvements; alors il est dans ses actes peut-être plus impétueux que le fou furieux.

5). Dans des troubles d'association. Parfois l'absence de volonté du mélancolique n'est autre chose que de l'indécisiou amenée par des représentations contradictoires qui sans cesse entravent et troublent la représentation qui mène aux actes. Le malade tiraillé par l'effet tantôt accru, tantôt diminué des différentes représentations qui se contredisent, ne peut pas arriver à prendre un parti et reste plongé dans le doute et dans une hésitation continuelle.

e). Enfin il y a des cas où la volonté est simplement troublée par des idées délirantes ou par des hallucinations. Ainsi, par exemple, un malade reste debout à la même place sans bouger, parce qu'il croit que ses jambes sont en verre ou en bois, ou parce qu'il se croit au bord d'un précipice, ou parce que des voix lui ont interdit de bouger ou de parler, faute de quoi il serait perdu.

2° L'augmentation et f accentuation sans limite de la volonté (hyperboulie, Emminghaus) se rencontrent dans les états maniaques. Les causes en doivent être cherchées :

a). Dans la confiance en soi-même exagérée d'une façon morbide, et sans cesse entretenue par le sentiment que les capacités physiques et intellectuelles sont augmentées et qu'on peut arriver à tout.

^). Dans la suppression de toutes les représentations, d'entrave, de coordination et de contrôle, telles que les idées d'utilité, de but, idées qui, avec le calme d'esprit et avec la vitesse moyenne des représentations, sont toujours à la disposition de l'homme normal et dominent ses désirs.

y). Dans la variation des représentations qui sont augmentées d'une façon pathologique et dont l'association a été facilitée. Il y a abondance de mobiles de mouvements, contrairement à la monotonie des conceptions et à la paresse des associations du mélancolique. En outre, ces représentations sont très fortement accentuées par des sentiments.

o). La transformation des représentations en impulsions motrices est aussi devenue plus facile, comme on en juge par la facilité et la promptitude énormes avec lesquelles l'appareil moteur réagit aux causes de mouvements.

Ce phénomène pathologique peut être considéré comme une dissolution facilitée des représentations, comme une augmentation de la faculté réceptive de l'organe psychique ; mais on peut aussi se figurer que cette augmentation de Tirritabilité réflexe ne se produit que parce que le pouvoir d'arrêt du réflexe sur certains centres psychomoteurs se trouve diminué ou même supprimé par des influences supérieures au service des processus de la réflexion et de la raison ; par analogie, la moelle épinière se trouve soumise au pouvoir d'arrêt du cerveau et il se

produit une accentuation de l'irritabilité réflexe quand cette influence est diminuée par le sommeil ou par des états pathologiques cérébraux.

Par suite de ce trouble de la volonté, les actes du maniaque paraissent irréfléchis, choquants, ineptes, étourdis.

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