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I. — Anesthésies

Elles peuvent avoir une cause psychique, la suppression de la perception dans l'organe psychique, ou une cause organique, la destruction des voies conductrices de l'appareil sensoriel périphérique.

Ordinairement il s'agit de troubles de la perception tandis que les voies conductrices restent intactes.

1" Anesthésies des organes des sens. — Nous avons déjà parlé de l'anesthésie psychique due à l'absence de la sensation qui doit accompagner toute impression sensitive. Les sensations de plaisir et de déplaisir peuvent être perverties chez les hystériques (idiosyncrasies). Il faut encore faire mention de la suppression de la sensation elle-même. Ordinairement c'est un trouble de la perception, causé par la suppression du processus psychique du phénomène de la sensation (absence de conscience, manque d'attention), comme dans la stupeur, la manie, l'imbécillité, les

' Snell, Allg. Zeltschr. f. Psych., 10, fasc. 2. — Tigges, IbicL, 36, fasc. 2 et 3. — Smoler, Prager Vierteljahrsschr., 1865, 87 Bd , p. 76.

états de rêve pathologiques, etc. Il est plas rare que ce trouble ait une cause organique, due notamment à la destruction des centres corticaux et des voies conductrices ou à la dégénérescence des appareils sensoriels (amblyopie, amaurose comme expression de processus rétiniens dont la connexité pathologique avec l'aliénation mentale doit être recherchée dans les affections vaso-motrices et sympathiques ; anosmie par dégénérescence des ganglions olfactifs, comme on l'a plusieurs fois constaté chez les paralytiques).

2° Anesthésies de la sensibilité cutanée et musculaire. — Les premières peuvent concerner les sensations de la douleur, du toucher, de la température. Dans la plupart des cas elles ont une cause psychique; souvent elles sont un phénomène partiel d'une névrose hystérique, plus rarement elles sont provoquées par une maladie dégénératrice de la moelle épinière (démence paralytique) ou par des affections localisées de l'écorce cérébrale.

La suppression de la sensibilité à la douleur a une grande importance dans l'aliénation mentale. Généralement l'analgésie est amenée psychiquement parce que l'organe psychique cesse d'être excitable. On trouve des analogies dans la vie physiologique : le soldat qui au milieu du combat ne s'aperçoit pas de la blessure qu'il vient de recevoir, le martyr qui dans l'extase divine ne sent ni les blessures ni les tortures.

L'importance clinique de l'analgésie dans la folie est très grande, car c'est grâce à elle que les malades peuvent se faire des mutilations graves et préméditées, commettre des suicides horribles ou provoquer des accidents involontaires fils se brûlent eux-mêmes).

Ainsi il y a des aliénés qui se sont crucifiés, qui se sont émasculés euxmêmes, se sont fait déchirer en morceaux par des chevaux attelés.

L'insensibilité au froid a, dans la plupart des cas, une cause psychique et se rencontre chez les maniaques et les imbéciles, c'est ce qui fait que ces malades se promènent sans vêtements. Dans la plupart des cas cependant on rencontre, notamment chez les anémiques, un besoin de chaleur plus prononcé.

C'est le changement de la sensibilité musculaire, dans la plupart des cas la diminution de cette sensibilité, qui est cause que certaines malades ont la sensation d'un changement dans leur pesanteur, qu'ils sont d'une légèreté anormale, que leur corps ou leurs membres ont un volume anormal.

Si la sensibilité cutanée et musculaire est supprimée simultanément, les malades ont la sensation que la partie atteinte de leur corps leur manque; si l'anesthésie est générale, la conscience de la personnalité peut être complètement éteinte, le malade peut s'imaginer qu'il est mort.

3° Anesthésies de la perception générale. — On les a encore peu étudiées et il faut pour la plupart les ramener à un élément psychique, à un trouble de la conscience. Il faut ranger dans cette catégorie l'absence du sentiment de la faim, de la soif, de la lassitude physique (manie), l'absence du sentiment qu'on est malade même dans les maladies intercurrentes graves (typhus ambulatoire, pneumonie, etc.).

Ces anesthésies sont probablement aussi la cause de certaines idées délirantes nihilisto-hypocondriaques, comme l'idée de la consomption .ou de l'absence d'organes intérieurs (démence paralytique, sénile, etc.).

On n'a pas encore assez examiné ni suffisamment étudié les plaintes si fréquentes des aliénés, notamment des mélancoliques qui se plaignent d'états de vacuité, de creux, de pression, de pression de la tête par un cercle de fer, du dessèchement de leur cerveau, d'avoir de l'air, de l'eau dans le cerveau, etc. Il y aurait encore à ce sujet des études minutieuses à faire.

Certaines de ces sensations exprimées en partie directement, en partie sous forme allégorique, peuvent se ramener à des anomalies de la sensibilité de l'enveloppe crânienne externe (sentiment de l'arrêt des pensées dans les paralysies des nerfs occipitaux) ou peut-être des nerfs récurrents trijumeaux; d'autres sont des perceptions générales troublées qui ont leur cause dans le processus anatomique qui est la base de la psychose.

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