II. — Causes physiques
AFFECTIONS CEREBRALES
Méningite. — L'aliénation mentale est l'expression des troubles de la nutrition de l'écorce cérébrale, troubles qui peuvent aller jusqu'à la dégénérescence.
La connexité anatomique et fonctionnelle qui existe entre les vaisseaux sanguins de la pie-mère et l'écorce cérébrale, explique le fait que les hyperhémies et les modifications histologiques de la pie-mère peuvent produire des troubles de la nutrition dans l'écorce cérébrale et par là des troubles psychiques.
' Voir Frankl-Hoclnvart, Jahrb f. Psychiatrie, IX, fasc. 1 et 2 (avec citations des ouvrages jusqu'en 1889).
2 Finkelnburg, Allf/. Zeitschr. f. Psi/ch., 18. — Lasègue et Falret, La folie à deux ou la folie communiquée. Ann. méd. ps/jch.. 1877, nov. — Nasse, Allg. Zeilschr. f. Psych.,28, p. 591. — Cramer, Ibid., 29, p. 218. — Witkowsky, Ibid., 3.5, p. 491, Ueber Veitstanz des Mittelalters und ûber psych. Infektion. — Lelimann, Arch. fuer Psych., XIV.
' 11 faut ranger dans celte catéi^orie les épidémies de folie dans les couvents, la folie de la persécution en Suède, l'épidémie hystéro-démonopathique de Morzine, l'épidémie liystéropalhique récemment décrite par SeeligmtiUer dans VAlUj. Zeitschr. f. Psych., 33.
Tel est le cas dans la méningite quand elle prend une forme chronique et que par ses exsudats elle provoque des troubles de nutrition et des phénomènes d'irritation dans l'écorce cérébrale (démence et fureur intercurrente).
La méningite tuberculeuse prend souvent chez les adultes une forme subaiguë et présente l'aspect d'une psychose presque sans fièvre. La pachyméningite interne hémorragique* peut aussi faire éclater des troubles psychiques (démence primaire progressive avec ataxie générale, parésie et états d'agitation furieuse intercurrents, accès épileptiques et apoplectiques).
Maladies en foyer du cerveau. — Les changements anatomiques qui forment la base de la maladie psychique, sont diffus et non localisés.
Les maladies cérébrales en foyer, si elles n'affectent pas l'écorce, peuvent se produire sans amener aucun trouble psychique. Mais souvent cette complication a lieu, soit parce qu'elles sont multiples (sclérose, apoplexies capillaires, etc.), soit parce que par pression, excitation, dégénérescence secondaire du vaisseau, œdème, etc., elles produisent des troubles de la circulation et de la nutrition dans l'écorce cérébrale, ou qu'elles atrophient la zone cérébrale atteinte y compris la zone corticale.
Le tableau clinique est, dans ces cas, celui d'une imbécillité progressive avec atrophie et agitation périodique passagère causée par des irritations et des troubles de la circulation qui se produisent de temps en temps.
Comme maladies de ce genre il faut citer : l'apoplexie cérébrale ^ l'athérome des artères cérébrales avec foyers de ramollissement encéphaliques ■\ la sclérose cérébrale multiple*, les tumeurs % les cysticerques et les échinocoques^
Un groupe important au point de vue étiologique, est formé par les cas
' Huguenin, Ziemssen's Handb., XI, p. 342.
* Rochoux, Recherches sur Vencéphale. II peut s'agir de grands foyers apoplectiques isolés ou d'embolies ou d'hémorragies miliaires multiples. (Uiniquement il y a imbécillité progressive avec des atrophies du foyer. Il y a d'une manière interrcurente des étals d'agitation psychique, des délires, des hallucinations, de la peur, des accès épileptiques. Parfois il se produit une guérison du foyer apoplectique avec atrophie consécutive du cerveau et débilité psychique stationnaire.
^ Voir Démence sénile. {Pathologie spéc.)
^ 0\.lo,Deufsches Archiv.,X, p. 550.— Leube, Ibid., VIII. p. 1. - Sehiile, /è(VZ., VII, VIII. Dans ce cas, débilité psychique constante, se déclarant très tôt avec caractère enfantin et pleurnicheur ; au cours de la maladie, souvent profonde mélancolie intercurrente avec tsdium vitae, parfois aussi délires de persécution et de grandeur; idiotie terminale.
>■ Ladame, Symptomatik iind Diagnostik der Hirngeschwi/lsfe, 1865. — Obernier, Ziemssens Handb., XI, p. 195. — Nohtnagel, Topische Diagnostik der Hirnkrankheiten, 1879. — Wernicke, Lehrb. der Hirnkrankheiten. Ici démence progressive avec paralysie générale et phénomènes en foyer (paralysies, convulsions). Folie furieuse intercurrente possible. La tumeur peut aussi avoir l'aspect clinique d'une forme diffuse de la démence paralytique [Gaz. des Hôpitaux, 1857).
• SneW, Allg. Zeitschrf. Psych., IS. — Knoch, Ibid., 21. — Meschede, 26, 30.— Wendt, 25. Le siège préféré du cysticerque est l'écorce cérébrale, celui des échinocoques est le ventricule. Ici démence progressive avec accès intercurrents apoplectiques et épileptiques. — Otto, ZeitscJir. f. Psych,, 41, p. 111.
dus aux lésions de la tête K Dans la pathogénie de cette « folie traumatique », les processus chroniques méningitiques et encéphaliques jouent certainement un rôle considérable. Ce sont tantôt les suites directes de l'irritation produite par le trauma, tantôt des inflammations propagées par une lésion circonscrite de la boîte crânienne, des méninges ou du cerveau (foyers apoplectiques, abcès du cerveau), tantôt des fluxions sans cesse réitérées du cerveau profondément troublé dans son tonus vasculaire, qui provoquent ces changements.
Les psychoses qui se produisent alors ont toutes le caractère d'une psychose idiopathique grave ; elles sont souvent compliquées de troubles moteurs, vaso-moteurs, et sont sensitifs et généralement de pronostic défavorable.
Elles suivent le trauma, ou bien elles ne se déclarent qu'après des semaines, des mois et même des années.
Dans le premier cas, aux phénomènes de la commotion s'ajoutent les symptômes d'une excitation cérébrale (maux de tête, vertiges, sentiment d'angoisse, hallucinations, pupilles étroites, grincements des dents), avec troubles moteurs (troubles de la coordination, paralysies circonscrites) et sensitifs (hyperesthésie cutanée et sensorielle) qui bientôt disparaissent tout en laissant subsister les troubles moteurs, et avec le retour périodique des états d'excitation (peur, hallucinations) font place à une diminution considérable des fonctions psychiques.
Dans quelques cas il y aguérison (Huguenin, Wille), mais ordinairement il reste une démence (péri-encéphalo- méningite chronique) avec une grande irritabilité pouvant même aller jusqu'aux stades extrêmes de la décadence psychique.
Quand l'aliénation mentale ne complique pas immédiatement les symptômes du trauma capitis, la connexité entre les deux états est établie par un stade plus ou moins long d'excitation cérébrale comme expression du trouble cortical diffus (processus périencéphaliques, calcification des cellules ganglionnaires, ecchymoses du glias, infiltration des cellules de Durand-Fardel, etc.) et qui est provoquée par les extravasats en voie de transformation, par les kystes, par l'irritation des esquilles osseuses, etc. ; ou bien le trouble cortical est provoqué par des congestions souvent réitérées et auxquelles le cerveau affaibli par le trauma est particulièrement prédisposé.
Comme symptômes de ce stade prodromique dans la sphère psychique, il existe d'abord une irritabilité très accentuée, un changement du caractère dans le mauvais sens, un penchant au vagabondage et aux excès, ce qui hâte l'explosion de la maladie. Dans les cas qui donnent lieu au développement ultérieur de la démence paralytique, les phénomènes prodromiques consistent en symptômes d'épuisement cérébral (faiblesse de la
' Voir KrafTt, Ueber die durch Gehirnerschutterunçi und Kopfcodetzunçj hervorgerufeneii jjsychischen Krankheiten. Erlangen, 1868 (citations des ouvrages). — Guder, Die Geistessturungen nach Kopfverletzungen, léna, 1868 (précieuse monographie clinique et médico-légale; citations des ouvrages modernes).
mémoire, apathie de l'esprit). A côté de ces symptômes psychiques, il y a souvent des maux de tète, du vertige, des plaintes confuses, une difficulté à penser, des hyperesthésies optiques et acoustiques, des congestions spontanées ou se produisant pour des raisons insignifiantes, avec accentuation nette de tous les symptômes d'irritation cérébrale.
Les psychoses que l'on observe alors ofïrent un tableau clinique semblable à celui de la démence paralytique, ou bien ce sont des manies furieuses à explosion subite, avec fluxions violentes, retour périodique ou souvent rechutes fréquentes, ayant pour dénouement la démence avec irritabilité violente, ou encore des folies épileptiques (très souvent cicatrices calleuses et adhérence des méninges avec le crâne).
Le trauma capitis peut encore avoir une certaine conséquence par ce fait, que bien qu'il ne provoque pas une véritable maladie mentale, il fait pour toujours du cerveau un locus minoris resistentiae et crée par là une prédisposition aux maladies mentales occasionnelles. Nous n'avons pas encore établi clairement à quoi tient l'influence débilitante du trauma ; il atteint d'abord l'innervation des vaisseaux et diminue la force de résistance des vaso-moteurs. Cette prédisposition, acquise par un ictus traumatique, se manifeste habituellement par une tendance aux fluxions, par l'intolérance pour les alcools et la chaleur, souvent aussi par une fatigue facile de l'esprit, et par une grande irritabilité d'humeur. Ordinairement les phénomènes occasionnels (émotions, potus, troubles causés par la chaleur) qui diminuent l'innervation vaso-motrice, amènent alors la psychose. Cette dernière peut évoluer sous différentes formes (manie, délire des persécutions, mélancolie, paralysie générale).
Là encore on peut toujours reconnaitre plus ou moins nettement le caractère d'une psychose idiopathique et, à côté des symptômes psychiques, il y a notamment des phénomènes de congestion, des maux de tête, du vertige.
Aux cas d'aliénation causés par les traumatismes de la tète il faut ajouter ceux où l'extension lente d'une excitation inflammatoire du rocher ' (otite interne) aux méninges et au cerveau provoque des troubles psychiques. Ici aussi il s'agit de maladies idiopathiques graves qui pour la plupart mènent à la mort (manies).
Des phénomènes caloriques - (insolation, chaleur rayonnante des foyers de chauffage) peuvent causer aussi des maladies mentales (délire aigu, démence progressive avec grande irritabilité et agitation anxieuse intercurrente, démence paralytique). La cause dans ces cas est probablement l'hyperhémie produite par les 'phénomènes caloriques, hyperhémie qui,
' Jacobi, Die Tobsucht, p. 652. — L. Meyer, Deutsche 'Kl'uiik, {18.55. — Schûle, Handb., p. 270 (cas très intéressant de paralysie classique guérie à la suite de la production d'un écoulement de l'oreille, épais, purulent et fétide). Cas de thrombose du sinus. Alh/. Zeitschr. f. Psych., 22, p. 444.
' Skae, Edinb. med. Journ., 1865, fév. — Passauer, Vieiieljahrsschr. f. ger. Med., N. F. VI, fasc. 2. — Bartens, Alh/. Zeitsch. f. Psych., 47, fasc. 3. — Arndt, ^^"u•chow's Archiv., 64. — Victor, Zeitschr. f. Psych., 40, p. 55.
à son tour, amène des processus inflammatoires dans le cerveau 'œdème trouble précurseur de l'encéphalite parenchymateuse. — Arndt, Wirchow's Archk) et les méninges i pachy et leptoméningite . Les prodromes de la folie causée par la chaleur sont des phénomènes d'hyperhémie cérébrale (mal de tête, lourdeur et pression à la tète, irritabilité, paresse intellectuelle et incapacité pour le travail intellectuel, insomnie y.