‹ Traité clinique de psychiatrieChapitre 48 sur 138 · I. — Causes psychiques i · texte numérisé non relu

I. — Causes psychiques i

Saus doute les émotions peuvent donner naissance à la folie, de même qu'elles sont les causes occasionnelles de l'hystérie, de l'épilepsie, de la chorée, de la paralysie, de l'aphasie, et qu'elles peuvent tuer ^ par paralysie brusque du cœur et de la respiration; d'autre part, elles peuvent aussi occasionnellement amener la guérison des maladies psychiques, des atrophies de la volonté, des états d'aphasie, etc. L'action puissante des émotions sur les centres vaso-moteurs et moteurs est un fait constaté; et c'est ce qui explique la puissance de ces mouvements psychiques.

Mais de là il y a encore loin à l'aliénation mentale. L'opinion des profanes, notamment des auteurs dramatiques et des romanciers, qui font naître la folie des passions et des émotions violentes, a le défaut de ne voir qu'une seule face des choses. Il y a des cas, c'est vrai, où une affection violente, habituellement la terreur ^ provoque presque immédiatement l'aliénation mentale (stupeur, démence primaire, folie furieuse). Mais, comme dans les cas d'épilepsie analogues, il existe toujours une forte prédisposition névropathique (ordinairement héréditaire) ou une excitabilité du cerveau temporairement accentuée (menstrues, puerpéralité). L'élément psychique agit comme un choc, trouble l'innervation vaso-motrice (spasme, atrophie), et par suite la circulation et la nutrition du cerveau.

Ordinairement l'élément psychique émotif qui a une importance étiologique n'est pas suivi immédiatement de la psychose ; il faut, pour que cette dernière se produise, un espace de temps plus ou moins long pendant lequel l'individu atteint paraît, il est vrai, ressaisir son équilibre psychique; mais, en revanche, il devient maladif, dépérit, souffre de troubles

1 Obersteiner, Vieiieljahrsschr. f. l'.syclt., 1867. p. 17L — Schûle, Ilandb., p. 248. — Védie, Ann.méd. psych. 1874, janvier. — Morel, Traité des mal. ment., p. 218.

2 Hoffmann, Lehrb. d. r/er.Med., 2'= édition, p. 693. — Schauenstein,.U«5c/iA-rt's Handb. d. ger. Med., p. 809.

' Binswanger, Charité-Annalen, 1881, VI, p. 401. — Fritsch. Jalirb. f. Psych., Il, fasc. 1.

de la digestion, de la menstruation, d'anémie, d'insomnie, de tuberculose. Les intermédiaires entre la cause et l'efïet sont précisément ces troubles de la nutrition qui, finalement, entraînent dans leur sphère d'action l'organe psychique.

La prédisposition somatique ou psychique antérieure favorise l'explosion ; cependant, l'influence de l'élément psychique qui mine la constitution peut produire la maladie mentale sans qu'il y ait prédisposition I^réalable.

Cela est d'autant plus facilement réalisable que la cause psychique agit d'une façon chronique (chagrins de famille).

Même quand une seule émotion ne mène qu'après des semaines ou des mois à l'aliénation mentale, il existe généralement une prédisposition, ou bien le choc émotif est si brusque et si intense que le groupe des représentations émotives provoque des névralgies (Schiile) ou devient une représentation obsédante et prend un caractère fixe. L'expérience nous apprend que ce sont presque exclusivement les émotions déprimantes (décès, perte de la fortune, graves atteintes à l'honneur, etc.) qui mènent à la folie.

Les causes diffèrent suivant les sexes et l'individualité. Chez la femme, c'est une atteinte brutale à l'honneur sexuel' (viols) ou l'action lente mais d'autant plus troublante d'un amour malheureux, des malheurs conjugaux, de la jalousie, de la perte des enfants ; chez l'homme, ce sont les efforts qui restent stériles, les vocations forcées, l'amour-propre blessé, les ruines financières qui font sentir leur influence.

Souvent les mauvais traitements corporels et, à notre époque, les accidents de chemin de fer provoquent des maladies psychiques (névrose traumatique).

Parfois les influences mécaniques ettraumatiques jouent un rôle étiologique, mais ordinairement c'est le choc psychique combiné avec l'atteinte physique qui exerce une action décisive. La pathogénie est psychique par suite de l'émotion douloureuse produite par les mauvais traitements ; à son tour cette émotion peut être entretenue par la douleur d'une blessure, la crainte des conséquences possibles, par le sentiment qu'on est lésé dans son honneur, par l'influence émotionnante des' dépositions devant les juges, etc. (mélancolie, dépression hypocondriaque, hystérie, etc.); oubien l'origine peut être motrice par suite de la crampe vasculaire du de l'atrophie vasculaire produites par la terreur (stupeur, démence primaire, mélancolie atonita, folie furieuse aiguë).

Les cas dus à des causes purement psychiques sont ceux qui se manifestent après un stuprum. (Compulser le^)JanuiH depsychopathologie médicolégale de Y aLUteur, troisième édition, pages 409-412, et le chapitre Folie transitoire de ce traité.)

Les hallucinations transitoires et les délires avec hallucinations effrayantes qu'on observe chez certains malades après l'opération de la

, ' Voir Krafft, Vœrleljahrss-chr. f. MecL. N. F., XXI, fasc. J, p. 60.

cataracte ou d'autres opératious sur les yeux', ou même quand ils ferment simplement les yeux ou se trouvent dans une chambre obscure, sont probablement le résultat essentiel de l'épouvante.

D'après mes observations, il s'agit, dans ce cas, d'imbéciles d'une émotivité anormale ou d'individus épuisés par le senium, l'alcool ou des influences débilitantes.

Parmi les causes psychiques de l'aliénation mentale, il faut aussi compter la transmission de la maladie par imitation (contagion) -, comme les cas d'hystérie, d'hypocondrie produits par la contagion, cas bien connus dans la pathologie nerveuse.

Dans ces cas % il y a toujours une forte prédisposition, soit héréditaire, soit par l'homogénéité des conditions sociales (famine, agitation religieuse ou politique), mais il est possible aussi, comme l'a constaté Nasse, que les fatigues qu'on éprouve à soigner les aliénés, surtout des parents agités, brisent les forces physiques et intellectuelles.

Si la prédisposition manque, la fréquentation des aliénés, quand elle a un but scientifique ou humanitaire, n'a guère d'influence préjudiciable sur la santé de l'esprit. En effet, les employés des asiles d'aliénés sont rarement atteints d'aliénation mentale et, quand le cas se présente, la maladie se déclare dans des conditions qui sont bien en dehors de la sphère de leur métier ; il est vrai cependant que la profession d'aliéniste ou de gardemalade présente des dangers pour la santé psychique des personnes tarées.

Page 1