AUTRES POISONS
Opium. — Ce que l'abus de l'alcool en détraquant les nerfs et en menant à la dégénérescence psychique produit en Occident, l'abus de l'opium le produit chez les Orientaux et les Chinoise
Le cannabis indica haschich produit aussi des délires et des troubles mentaux.
Des troubles psychiques rares et plutôt accidentels résultent de la consommation de la jusqaiamc, de la ciguë, du datura stramonimn , de la belladone-, des champignons rénéneu.r.
Lors de remploi eu médecine de Vatropine^, on a aussi observé des troubles psychiques. Ainsi Michéa, en prescrivant longtemps l'atropine aux épileptiques auxquels il donnait des doses allant jusqu'à 1 centigramme, a constaté de l'abrutissement intellectuel, de l'apathie, un langage hésitant, de la difficulté à prononcer certains mots, une légère titubation, de la maladresse des mains, une légère anesthésie.
Kowalevv^sky a observé une psychose due à l'atropine (folie hallucinatoire ) chez un individu atteint d'une maladie des yeux et auquel ou avait fait une instillation d'atropine. Après l'emploi d'une grosse dose, le malade a vu des rayons lumineux, des animaux, un peuple en foule. Sur son corps rampaient des insectes. Le malade était tout entier à ses hallucinations. A la suite se manifestèrent les symptômes ordinaires de l'empoisonnement par l'atropine. La guérison eut lieu au bout de dix jours grâce au traitement par la morphine.
Les observations d'autres spécialistes de même que les miennes nous apprennent que la cocaine qu'on emploie à notre époque pour faire abandonner l'usage de la morphine et aussi comme tonique, peut provoquer des troubles psychiques délire hallucinatoirej quand on s'en sert pendant longtemps et à des doses dépassant une certaine mesure 0,3 par jour *.
' Morel, Traité des //éf/énéresceixces, Paris, \Sbl.
2 Voir le livre de l'auteur intitulé : Tninsitor. Sturungeii des Selbslbeiruss/seins, p. 40 et suivantes.
^ Michéa, Gaz. des hùpil., 1861. — Kowalewsky, Alhjein. Zeilschr. f. l's/jch., 3G, p. 431.
■• Schmit etRank, Derl. Klin. Woclienschr., iSSo, 37. — Obersteiner, Wiener med. Presse. 1885, 40.
Il se développe un véritable marasme physique et intellectuel. Souvent il se produit alors épisodiquement des délires nettement toxiques qui pour la plupart consistent en hallncinations visuelles et auditives et présentant beaucoup d'analogies avec celles de l'alcoolisme délire de persécution, jalousie morbide, visions de petits animaux, etc.)- Je n'ai jamais vu de délire d'abstinence, comme on en voit parfois chez les morphiniques, bien que, ordinairement, je cesse brusquement la cocaïne.
On possède des observations analogues en ce qui concerne Yaci.de salicylique ' . Un homme de vingt-cinq ans est atteint de pleurésie ; il prend chaque jour 9 grammes de salicylate de soude ; au bout de quelques jours il se produit un délire hallucinatoire d'abord gai et ensuite de nature terrifiante. Le malade voit un échafaud, entend son arrêt de mort, sent des personnes qui se couchent sur lui. D'où : peur, dépression, angoisse de la mort. Après cessation du salicylate de soude, les hallucinations disparaissent au bout de huit jours, mais pendant plusieurs semaines encore il reste une légère anxiété et de l'apathie.
On a vu souvent des troubles psychiques se produire pendant le traitement par Viodofonne.
Ces psychoses iodoformiques- doivent être considérées comme des délires toxiques. Les principaux symptômes sont : Fémotivité, l'incohérence des hallucinations terrifiantes allant jusqu'au délire furieux.
Durée de plusieurs jours et même de plusieurs semaines. Dans la plupart des cas, guérison rapide après cessation du traitement iodoformique; parfois mort par paralysie de l'oblongata. Au point de vue du diagnostic l'odeur iodoformique de l'haleine et la recherche des sels d'iode dans l'urine ont une grande importance.
Les troubles psychiques causés par le seir/le ergoté^, qui se manifestent quelquefois d'une manière épidémique, sont connus depuis longtemps.
Parmi les onze cas décrits récemment par Siemens, il y en avait dix ayant le caractère de la stupeur, un présentait le tableau de l'incohérence hallucinatoire toxique aiguë 'marche rapide, nombreuses hallucinations de nature terrifiante). Les cas de stupeur étaient caractérisés par une grande hébétude du sensorium et par une apathie générale des fonctions intellectuelles, avec crampes épileptiformes.
En même temps il y avait de la cachexie, suppression des menstrues, disparition du réflexe du genou, souvent aussi ataxie des extrémités et des syllabes. Comme prodromes de la stupeur on a trouvé souvent des troubles sensoriels, de l'angoisse précordiale, de l'excitation délirante furieuse avec amnésie. Sur onze cas, neuf guérisons et deux décès. La thérapeutique consista en diète fortifiante, vin lourd et bains chauds.
On a souvent observé que la consommation exagérée du tabac'', de
' Obersteiner, Wiener KUnik, 1886. février. — ^Vagner, Wien.Klin. Wochenschr., 1888, 38. - Citalions des ouvrages spéciaux, Zeitschr. f. Psych., 40, fasc. 3, p. 436. ^ Siemens. Arch. f. Psychiat., XI, fasc. 1 et 2. — Tuczek, /ètV/., XIII, fasc. 1. ^ Wichter, Arch. f. Psych., X. fdiSC. i (Citations). — Laskievicz, Psych. Cenfralkl., 1878. p. 107. — Cléinens, Deutsche Klbilk, 1872, n'"' 27, 28. — Stucgocki, Thèse de Paris, 1867.
môme qu'elle provoque des maladies nerveuses (angine de poitrine, neurasthénie, amblyopie), peut aussi produire des maladies mentales (surtout de la paralysie).
Richter a trouvé des douleurs de tôte, de l'irritation spinale, de l'aniblyopie, de l'angine de poitrine en connexité avec des anomalies de l'état d'esprit. On a cherclié la pathogéuie dans le trouble de la nutrition centrale (anémie) par l'eiïet de la nicotine qui resserre les vaisseaux (excitation du centre des nerfs vasculaires dans la moelle allongée) et dans les troubles trophiques directs.
Le pronostic est favorable dans le cas d'abstinence; la thérapeutique consiste en iodure de potassium, hydrothérapie et électrothérapie.
Parmi les mntih'es végétales il faut encore mentionner le mais qui, frelaté ou pris comme nourriture exclusive (haute Italie), produit souvent les phénomènes de la folie dite pellagreuse ' (mélancolie avec impulsions au suicide, délire d'inanition, états de faiblesse psychique, etc.).
On a vu naître aussi des troubles psychiques par abus du chbrofonne^, troubles qui sont probablement produits par la paralysie vaso-motrice et par la diminution de l'activité du cœur et de la pression du sang que provoque le chloroforme. On observe des délires et même des formes graves durables et dégénératives (manie périodique, moral insanity).
L'abus du chloraP exerce d'une manière analogue une action nuisible sur la vie psychique, probablement par trouble de la nutrition, diminution de l'énergie cardiaque et de l'énergie du centre vasculaire.
Certains individus présentent une immunité étonnante contre ce poison. Mais chez beaucoup l'usage continu du chloral renrl l'esprit morose, amène une dépression et un abrutissement intellectuels. A plusieurs reprises on a, en supprimant la dose habituelle d'hydrate de chloral, vu éclore des délires hallucinatoires ayant les allures du delirium tremens.
J'ai noté des phénomènes tout à fait analogues dans l'abus de la paraldéhyde.
Chez un individu qui en consommait quotidiennement 35 grammes, il y eut du tremblement, diminution de la mémoire et de la vivacité intellectuelle.
Il y eut des symptômes analogues dans un second cas où la consommalion quotidienne pendant un an environ allait à 40 grammes. Lorsqu'on supprima la paraldéhyde, il se produisit un état rappelant le delirium tremens. qui dura à peu près cinq jours et se compliqua d'un accès épileptique grave.
' i[orel. Traité des- dégéiieresc, p. 1.d7. — Lombroso, Kllnische BeUnif/e zur Psi/rliiafrip. édition allemande par Fraenkel. — Cazenave, Vl'nion ynéd., 1851, 9b, 104. et Monifeur des hôpit., 1857, 10. — Billod, Annal, méd. psijcli., 1859, p. 161. — TeiUeu.x, Ibid., 1866, p. 177
- ^Vebster, Insanihj from chlovoforni. Jouvn. of psychol. met/., 1850, avril. — Fleischel, Wiener med. Wochenschr., 1852, n° 15. — Bôhm, Zienissen's Handb., XV, p. 139. — Bûchner (chez Iluxeman, l. c, p 682). — Merie, Med. Times, 1855, nov. — Schiile, Handb., p. 358. — Svetlin, Wiener med. Presse, 1882, 47, 48. — Uelim, Zeilschr. f. Psych., 42, lasc. 5,p. 256.
^ Rehm,. Irc/î. f. Psych., X.VII, fasc. 1 (citations d'ouvrages}. — Voir Grahammer, Friedreic/is Bill ter, 1887, fasc. 1.
Les efiets nuisibles produits par l'abus de V absinthe ' et des huiles éthérées de cette catégorie occasionnent des délires toxiques graves, semblables à ceux des alcooliques, avec des idées de persécution et de l'agitation furieuse; ils ont été déjà étudiés à plusieurs reprises par les médecins français.
Gauthier (i'^iw/é- clinique sur l'absinthisme chronicpie, Paris, '188^),aobservé dans les cas d'abus continu d'absinthe : irritabilité, changement de caractère, faiblesse psychique, délires avec hallucinations surtout visuelles et auditives, ayant un caractère encore plus terrifiant que dans l'alcoolisme chronique; en outre tremor, crises épileptiques, surtout lors d'accès répétés, baisse rapide de la puissance sexuelle, hyperesthésie et douleurs rhumatismales pendant la nuit, rarement des anesthésies.
Poisons métalliques^. — Chez les ouvriers qui manient beaucoup le plomb et le mercure, il se peut qu'à côté des phénomènes plus ou moins somatiques de l'empoisonnement chronique, la sphère psychique soit souvent aussi atteinte. Les prédispositions individuelles, le genre de vie, les causes affaiblissantes, comme les excès alcooliques et sexuels, sont ici importants comme causes accessoires.
Psychoses saturnines^. — On les rencontre assez souvent chez les peintres eu bâtiment et les mineurs tantôt avec tantôt sans autres phénomènes d'intoxication saturnine. Bartens cite comme prodromes : amaigrissement, troubles gastriques, teint terreux, bords des gencives couleur d'ardoise. Il y a en même temps des troubles sensoriels (vertiges, maux de tête, tintements d'oreilles, troubles du sommeil, dépression psychique, sentiment d'oppression, irritabilité allant jusqu'au délire élémentaire de persécution, par moments hallucinations terrifiantes.
Des accès épileptiques, des paralysies, des convulsions, des tremblements peuvent constituer les prodromes de la maladie.
Il y a aussi des cas aigus de délire hallucinatoire transitoire (folie saturnine, manie saturnine transitoire, — Wunderlich) qui se produit spontanément ou qui succède à une stupeur prodromique hallucinatoire. A l'apogée de la maladie il y a des accès de fureur avec excitation cérébrale et insomnie. Dans la plupart des cas la durée ne dépasse pas quelques jours. Dans les cas favorables la terminaison se fait par un profond sommeil ou par stupeur; dans d'autres il se produit une évolution vers l'incohérence chronique ou une issue fatale avec phénomènes épileptiques et comateux.
Les psychoses saturnines chroniques sont des formes de la folie toxique hallucinatoire ou des types morbides qui se rapprochent de très près de la paralysie.
' Motet, Considérations sur Valcoolisme, Paris, 18o9. — Legrand du Saulle, La Folie, p. 540.
- Falk, Wirchow's Handb., Il, p. 21i. — Naunyn, Ziemssen's Handb., p. 278.
^Bôltger et Gellhorn, Zeitschr. f. Psijch., 26. p. 224. — Bartens, Ibid., 37. — "Ullricb, Ibid., 39, p. 240. — Snell, Ibid., 41, p. 400. — Devouges, Ann. méd. psychoL, 1150, p. 5"21. — Régis, Ibid., 1880., sept. — Monakow, Arch. f. Psych., fasc. 2.
Bartens a observé six cas de folie. Il y avait des hallucinations en quantité (hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût), du délire de persécution terrifiant, trouble grave d'intelligence au point de ne plus se rendre compte de la situation et de l'entourage, accès d'angoisse avec tentatives de suicide. En même temps baisse rapide de la nutrition et troubles moteurs. Il n'y eut guérison que dans un seul cas. Les psychoses saturnines pseudo-paralytiques commencent d'une façon aiguë avec des malaises sensoriels (maux de tête, abasourdissement), de l'insomnie, de l'angoisse précordiale, des hallucinations visuelles terrifiantes, délire de persécution et d'empoisonnement, de sorte que cet état (ivresse du plomb, Bail) ressemble à s"y méprendre à certaines phases aiguës de l'alcoolisme chronique. Après une durée plus ou moins longue de ces phénomènes d'excitation aigus, il se développe une démence, des troubles paralytiques, du marasme; mais dans les cas avec terminaison heureuse (sur dix cas que Régis cite d'après des documents français, il y aurait eu huit guérisons), ces symptômes disparaissent au bout de quelques mois.
Les indications pour le diagnostic différentiel entre la paralysie saturnine et la paralysie ordinaire, sont fournies par l'étiologie, par la teinte terreuse de la peau et de la figure, la coloration ardoisée des gencives, les phénomènes toxiques aigus, l'arrivée rapide de la maladie à son apogée, le trouble particulier de l'intelligence qui ne présente point le léger désordre de conscience du paralytique, mais qui paraît plutôt une entrave intellectuelle qu'une défectuosité, un trouble d'ensemble des phénomènes sensoriels plutôt qu'une perte générale des fonctions corticales allant jusqu'à perdre la conscience des notions de temps et d'espace.
Observation IV. Paralysie saturnine progressive. — Roschker, quarante-un ans, célibataire, pas de prédisposition héréditaire, autrefois sain, menant une vie très sobre, n"a jamais eu de lésions à la tête, n'a pas eu la syphilis non plus. Il a depuis des années un emploi très fatiguant comme broyeur de blanc de céruse dans une fabrique de wagons.
Depuis deu.x ans, son sommeil est troublé, il a des malaises cardiaques et une constipation tenace. Au commencement du mois de septembre 1880, il devint distrait, oublieux; il ne pouvait souvent trouver le terme propre et balbutiait par moments.
Il maigrissait à vue d'œil, son teint devenait terreux; il se sentait de plus en plus faible. Depuis le 12 octobre il était devenu incapable de travailler à cause de la baisse rapide de ses forces physiques et intellectuelles.
Le 26 octobre il se plaignit d'avoir des ténèbres devant les yeux, d'être pris de vertige, d'une vive douleur de tête dans la région frontale, de sentir ses mains comme glacées au point de ne pouvoir rien tenir. Il devenait somnolent, laissait tomber sa cuillère de sa main, couler le manger de sa bouche : on le fit mettre au lit. Il ne dormait pas et se frottait sans cesse le front.
Le 27, on le transporta à l'hôpital. Il était légèrement soporeux. Température : 38°, 5. Pas de paralysie. Le 28, il devint agité, tempêtant parce qu'on lui donnait trop peu à manger, ne reconnaissant pas son entourage; il voyait des brigands, se disait volé et voyait des figures noires, menaçantes.
Le 29, on l'amène à la clinique psychiatrique pour délire inquiet.
Le malade est délirant, présente du délire de persécution vague; incohérence grave. Pas de phénomènes de paralysie des extrémités, pas de troubles de la sensibilité. Température : 38°, 7. Pouls : 76, lent; tension des artères.
Pupilles peu dilatées, réagissent; mine fatiguée, démente; figure un peu congestionnée. Quand la congestion cesse, le teint devient terreux. Les muscles des lèvres sont parésiés. Fort tremblement des lèvres, de la langue et des mains; dents entourées d'un liséré gingival ardoisé. La parole est un peu balbutiante, avec pauvreté de mots, avec aphasie et ataxie labiale bien caractérisées.
Le malade s'imagine être dans une cave; il prend le garde-malade pour un ébéniste, cherche du bois, se remue comme en somnolence, toujours en geignant, déchire le linge. Démarche raide, un peu chancelante. Réflexes des genoux normaux.
Le 2 novembre on donne au malade 1 gramme d'iodure de potassium et des bains. Température normale. Aucun symptôme végétatif. La conscience s'éclaircit un peu, il fait remarquer lui-même qu'il a eu la tête un peu malade. La démarche est encore un peu incertaine; cette incertitude n'augmente point quand on lui bande les yeux.
La force musculaire est conservée partout. L'examen électrique fait constater un état normal. Au cours du mois de novembre, le malade est calme et se rend compte de son état. Tous les processus intellectuels s'accomplissent lentement et difficilement. La démarche devient plus assurée, l'aphasie disparaît; il a meilleure mine; le liséré ardoisé des gencives diminue.
Au mois de décembre, amélioration des fonctions psychiques; l'ataxie labiale et la parésie de la lèvre droite persistent toujours. Le malade se rend compte de sa maladie.
Le 13 décembre, le malade chez qui on continue le traitement par l'iodure de potassium est renvoyé aux soins de sa famille.
L'amélioration progresse encore au début. Le malade est calme, rangé, capable de faire de petits ouvrages à la maison. On lui donne irrégulièrement de l'iodure de potassium et finalement on ne lui en donne plus du tout.
Lors de l'été 1881 il y a exacerbation. Le malade est devenu oublieux, il a perdu les notions des mouvements les plus simples; il est redevenu inquiet pendant la nuit; il a eu, il y a deux mois, des accès d'angoisse avec l'idée hypocondriaque qu'il est tout raide, qu'il périt, qu'il reste enfoncé dans la glace. A l'occasion de ces accès, il avait des hallucinations terrifiantes de la vue et entendait un tintamarre terrible. Au mois d'août le malade fut troublé complètement; il se promenait sans conscience nette, était souvent pris de peur, se plaignait que son corps s'était tout h fait ramolli. Le langage était devenu traînant, balbutiant.
Le 23 novembre 1881, il fut de nouveau reçu à l'asile.
Il a conscience du temps et des lieux; il se souvient de son séjour de l'année passée à l'asile, il reconnaît qu'il est malade et croit que sa maladie provient du plomb qui s'est concentré dans sa tête. C'est pour cela qu'il est devenu fou et qu'il a vu des hommes noirs. Son cerveau, dit-il, est maintenant toujours chaud, il est tout à fait « tamisé ». Grande faiblesse psychique; tous les efforts psychiques lui sont devenus très difficiles et ceux d'ordre supérieur à peine possibles, mais sa démence n'est pas la démence ordinaire du paralytique; il s'agit plutôt d'un ensemble de symptômes aphasiques (amnésie, aphasie ataxique, surdité des mots), d'une cécité d'âme qu'on peut constater nettement.
Le 17 janvier 1882, le malade est interné à l'asile des aliénés. La déchéance physique et intellectuelle se prononce de plus en plus, l'incertitude de la parole, sa
démarche lourde, un peu nonchalante, par moments les accès congestifs avec agitation psychique qui se manifeste par des hurlements et lui fait déchirer les objets, ne permettent guère de distinguer dans son dernier stade le malade d'un paralytique ordinaire; mais il est à remarquer qu'au mois de mai encore, à l'occasion de la visite d'un médecin qu'il n'avait pas revu depuis neuf mois, il l'a reconnu et à cette époque il avait encore conscience du temps et des lieux.
Au mois de juin, le malade fut pris de symptômes de phtisie pulmonaire; il est mort le 24 août 1882. Autopsie : leptoméningite diffuse chronique; hématome de la dui'e-mère; œdème et atrophie cérébrale; hydrocéphalie interne; encéphalite des corps striés; tuberculose pulmonaii'e.
Psychoses mercarielles. — Naunyn décrit comme symptômes de l'empoisonnement mercuriel chronique* du système nerveux central, une grande irritabilité psychique pour les impressions extérieures, une timidité extraordinaire, embarras, anxiété, insomnie avec tendance aux hallucinations (éréthisme mercuriel), simultanément avec les phénomènes de mercurialisme (anémie, catarrhe intestinal et stomacal, salivation, tremor). Ces états peuvent donner lieu au développement de la manie, de la mélancolie et de la faiblesse psychique.
Bromisme -. — L'usage continu de fortes doses quotidiennes de sels de brome, dépassant 6 grammes, peut, vers la troisième semaine, amener une intoxication bromique.
Cet empoisonnement produit une baisse de l'énergie du cœur (effet de la potasse?) et de l'écorce cérébrale. Les symptômes de l'intoxication par le brome sont au début : faiblesse musculaire, tremblements, disparition des réflexes du palais et du larynx. Alors se manifeste la stupeur qui peut aller jusqu'à la démence la plus profonde (perception profondément troublée par l'inexcitabilité des centres corticaux). Le tableau clinique qui peut avoir beaucoup de ressemblance avec les états avancés de la démence paralytique, est complété par l'aphasie amnestique, un langage balbutiant, une démarche titubante, une parésie générale avec conservation de la sensibilité cutanée, par une figure abrutie, une baisse du tonus musculaire, une teinte pâle et cachectique, une diminution considérable du poids du corps, un pouls rare et irrégulier, de la faiblesse cardiaque, des troubles gastriques, la fétidité de l'haleine, lenduit fuligineux des lèvres et de la langue. Hameau et Falret ont observé des décès causés par la paralysie du cœur ou par la paralysie des centres nerveux. Quand on supprime Tusage du brome, les symptômes disparaissent au bout de huit à quinze jours. La diète fortifiante, les boissons spiritueuses, les injections de strychnine ont un effet favorable. Les enfants supportent le brome relativement mieux que les adultes, les femmes moins bien que les hommes.
' Naunyn, Zlemsseti's Handb., p. 306. — Falk, WirchoiD's Handb., 2, p. 135.
2 Bôhm, Zieinssen-s Handb., t. XV, p. 22. — Lûbden, Zeitschr. f. Psych., 31, fasc. 3, — Butticher, Ibid., 35. — Voisin, Truilé de la paralysie générale, p. 298, Irrenfreund. 1880, 5, 6, 7.
2tt PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE GENERALES DE LA FOLIE
Gaz toxiques. — Dans cette catégorie rentre Toxyde de carbone i qui, ainsi que les expériences et les décès nous l'apprennent, provoque une liyperhémie cérébrale allant jusqu'à l'apoplexie et au ramollissement. Eulenberg a observé de la manie transitoire comme conséquence de lintoxication par l'oxyde de carbone; Simon a observé de Fencépbalomalacie, qui parfois ne se déclarait que quelques semaines après, précédée par des maux de tète et des vertiges.
Moreau prétend avoir constaté une intoxication cbronique par l'oxyde de carbone cliez les boulangers, les cuisiniers, etc., intoxication qui parfois, pendant des années, se manifeste par de l'hypérémie cérébrale maux de tète, pression aux tempes, tintements d"oreille, manque d'appétit, faiblesse musculaire et, selon lui, crée la prédisposition grâce à laquelle des causes minimes (notamment l'ivresse) amènent l'éclosion de la maladie proprement dite délire vague de persécution avec illusions auditives et visuelles : — pbosphènes, anges, saints. — plus rarement délire d'empoisonnement avec hallucinations olfactives désagréables). Reste encore à savoir si ces états morbides doivent être mis uniquement sur le compte du gaz oxyde carbonique ou si ce ne sont plutôt les troubles caloriques joints à l'ivrognerie qui interviennent pour une grande part.
Sulfure de carbone ~. — L'inspiration de cette substance très employée dans les fabriques de caoutchouc, a produit un cas de trouble psychique, d'après Delpech, et deux cas d'après Voisin.
Les symptômes étaient : maux de tête, surdité, vertige, hallucinations visuelles et auditives, fourmillements et douleur pongitive dans les extrémités, dépression mélancolique suivie de manie avec hyperesthésie psychique générale et insomnie.
Intoxications autochtones . — Pour être complet il faudrait encore rappeler le fait que les intoxications peuvent être amenées par les produits de décomposition de la mutation intraorganique, par la rétention de ces produits dans l'organisme ; ainsi la rétention des urines produit de l'urémie (somnolence, coma, accès épileptiquesavec état post-épileptique psychique); des états d'excitation avec coma consécutif se produisent dans le diabète : on a essayé de les attribuer à l'acétonémie ; la dépression psychique se montre aussi à la suite de la cholémie (ictères).
Un phénomène bien curieux c'est la cachexie strumpriva-^. c'est-à-dire l'anémie profonde, la cachexie et la torpeur intellectuelles qu'on observe à la suite de l'extirpation des glandes thyro'ides, surtout chez les individus très jeunes. La suppression des glandes thyro'ides dont la fonction consisterait à transformer les produits de la mutation intraorganiques et à les rendre inoffensifs. serait la cause de ces phénomènes.
* Hirt, Krankheiten der Arbelfer. 1873, p. 32. — Eulenburg, Die Lehre von den schcidllchen Gasen, p. 41 et 121.— Simon, Arch. f. Psych., I, p. 263. — iloreau, Des troubles intellectuels dus à l'intoxication lente par le gaz oxyde de carbone. Paris, 1876.
- Voisin, Jnn. méd. psych., 1884, mai.
^ Wagner, Wiener med. Bldtter, 1884.