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IV. — Pronostic de l'hérédité

Une question excessivement délicate et à laquelle on ne doit répondre qu'avec réserve et par des faits concrets, est celle du pronostic de l'hérédité 3.

Le point principal réside évidemment dans la pathogénie de la psychose dont on craint de voir l'influence se transmettre par hérédité.

Si cette psychose a une origine constitutionnelle, plus ou moins dégénérative, et un caractère également dégénératif , il y a grand danger qu'elle soit transmise aux enfants; si, au contraire, la psychose a été acquise accidentellement et s'il n'y a aucune prédisposition, si, en outre, elle est bénigne et a guéri sans laisser aucune défectuosité, il n'est guère probable alors que la descendance soit atteinte par transmission héréditaire. Cette transmission est cependant possible si le descendant a été procréé au moment où la psychose existait chez le générateur.

' lierlz, Allr/. Zel/.fchr. f. l'sijd,., 25, p. 410, 26, p. 337 et 736. — Ilagen, Stulist. Viilersuchuiif/en., p. 23.Ô.

2 Allf/. Zeitschr. f. l'sych., 31, p. .b67. — Le même, Irreufreand, 1877, 6. — ^asse, Ibid., i877, 3.

' Hagen, Slutist. i'jilersuchunr/en, p. 208 et 2t3

Pour la possibilité ou la probabilité de l'action héréditaire de la tare ou de la maladie de l'ascendant sur les descendants, il faut tenir compte de ce qui suit.

Le cas le plus mauvais est celui où le père et la mère sont tarés, où ils étaient déjà tarés psychiquement avant la procréation de leur descendant, et quand le trouble psychique des générateurs est de nature dégénérative. Ici on peut s'attendre presque avec certitude avoir la maladie éclater sous une forme quelconque chez le descendant. Seulement la loi de l'atavisme peut intervenir et le sauver, quand les ancêtres avaient une constitution intacte.

Si seul le père ou seule la mère sont tarés ou malades, tout dépendra de l'ascendant auquel le descendant aura emprunté sa constitution physique.

Dans une savante étude anthropologique, Richarz [Allgem. Zeitschr. fiir Psijch., 30, p. 658) a abordé de plus près cette question. Il prend comme point de départ le fait que le sexe n'est pas une qualité que les parents peuvent léguer, mais que c'est une forme d'existence basée sur le degré d'organisation de l'individu procréé, de sorte que le degré supérieur est représenté par le sexe masculin, l'inférieur parle sexe féminin. Le centre de gravité du processus delà génération réside dans l'organisme maternel. L'influence du sperme ne consiste que dans l'activité motrice pour le développement qui est inhérent au germe, en même temps dans la communication des particularités qualitatives du générateur masculin, mais sans influencer le sexe. Plus la faculté générative sera grande chez la mère, plus sûrement le nouveau-né sera un garçon, et ce sera d'autant plus sûrement un garçon qui ressemblera à sa mère que l'influence qualitative paternelle sera moins grande. La ressemblance se base moins sur les traits de la figure et la conformation du corps que sur la couleur de la peau, des cheveux et de l'iris, ce qui, au point de vue de la différenciation des races, est beaucoup plus important Huxley, Virchow). Le cas le plus favorable semble être l'hérédité croisée de ces particularités somatiques (le fils tenant de sa mère, la fille de son père); il y a déjà une légère dégénérescence quand dans la transmission héréditaire il n'y a pas croisement au point de vue sexuel; mais ce que Richarz. d'accord avecMorel hérédité morbide progressive), considère comme nettement dégénératif et souvent comme la seule explication de la folie dans une famille jusque-là indemne, c'est le cas où le descendant ne ressemble à aucun de ses générateurs.

Tous les observateurs (Esquirol, Baillarger, Jung, et d'autres) s'accordent d'ailleurs sur ce point que l'aliénation mentale de la mère' est beaucoup plus dangereuse pour la descendance que celle du père. Cela correspond à cette loi de la nature, qui existe aussi pour les animaux, que le sexe féminin qui joue le rôle prédominant dans la génération, lègue plus facilement à la descendance que le sexe masculin. Par la même raison et ainsi que Richarz l'explique, la fille, étant de sexe inférieur, hérite plutôt

* Jung (AUfj. Zeitschr. f. Psych.) trouve que la folie est léguée (au moins pour un tiers) plus fréquemment par la mère que par le père.

des maladies des parents que le fils, ce qui explique que la statistique montre la folie à base héréditaire de 6 p. 100 plus fréquente chez les femmes que chez les hommes (Jung .

Jung a dit avec insistance combien la ressemblance physique est importante pour la question de l'hérédité et il a formulé la thèse suivante : si le descendant hérite de l'habitus somatique d'un ascendant taré, il en hérite aussi la constitution psychique, et, si l'ascendant tombe malade, il y a de grandes probabilités pour que le descendant devienne fou à peu près au même âge et sous l'influence de causes occasionnelles approximativement semblables.

Richarz, se plaçant à son point de vue, établit l'échelle de probabilité suivante pour la transmission par hérédité des maladies psychiques :

I. Mère atteinte : 1, fille ressemblant à sa mère; 2, fils ressemblant à sa mère; 3, fils ressemblant à sou père; 4, fille ressemblant à son père.

II. Père atteint : 1, fils qui ressemble à son père; "2, fille qui ressemble au père ; 3, fille qui ressemble à la mère ; 4, fils qui ressemble à la mère.

Une fille qui ressemble à sa mère malade a donc le plus de prédispositions.

Le moins prédisposé est le fils qui ressemble à sa mère saine quand le père est atteint.

La dissemblance complète avec les types somatiques des générateurs est un signe de dégénérescence.

La signification très profonde et très sérieuse de ces problèmes de pronostic pour la dégénérescence des individus comme pour celle des peuples mérite d'être prise en considération.

Les individus atteints d'une tare héréditaire nerveuse de même que les personnes ayant une prédisposition à la tuberculose devraient s'abstenir de faire des enfants. Malheureusement, il existe précisément chez la plupart d'entre eux une accentuation de l'instinct génital, et la nature a pris soin que ces plaies de l'humanité dont la folie absorbe 1/300 et la tuberculose 1/320 des forces totales de l'humanité (Tigges), augmentent plutôt qu'elles ne décroissent, en dépit de toutes les observations scientifiques.

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