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Traité clinique des maladies de la moelle épinière

Il y a plus de dix ans, j'ai pu dire ^ « que le monde médical n'avait jamais montré qu'il prît un bien grand intérêt aux maladies de la moelle êpinière »; mais aujourd'hui il n'en est plus de même. En effet, peu de branches de la pathologie ont, autant que les maladies spinales, attiré l'attention des cliniciens et des praticiens. De nombreux travaux publiés comme àl'envi par des auteurs allemands, français, anglais, ont fait réaliser des progrès dans tous les sens sur ce terrain naguère si ingrat. Les maladies de la moelle nesontplus, Dieu merci, enveloppées actuellement dans cette pénombre mystique qui jadis en éloignait l'étudiant et le médecin : cette région de la pathologie est aujourd'hui bien explorée, bien connue et bien cultivée, et nous pouvons affirmer que de toutes les maladies nerveuses, celles de la moelle sont en ce moment les mieux connues : celles du cerveau et des nerfs ne reposent pas, à coup sûr, sur une aussi large base de connaissances anatomiques et physiologiques, et leur étude clinique est loin d'être aussi précise.

Il n'y a pas très longtemps, il est vrai, les notions acquises sur les maladies spinales étaient beaucoup moins avancées que celles qu'on possédait sur les affections du cerveau et des nerfs ; mais depuis, ces dernières ont été l'objet de beaucoup moins de travaux, et la plupart des progrès qu'a réalisés leur histoire sont dus à la pathologie de la moelle.

Tous ces progrès reconnaissent pour cause les perfectionnements apportés aux méthodes anatomo-pathologiques et histologiques, et il est très heureux qu'ils aient porté principalement sur ce qui a trait à la moelle, car les affections médullaires sont les plus fréquentes, celles qui sollicitent presque journellement l'attention et l'intervention du médecin. Disons aussi que le diagnostic et le traitement, quelques lacunes qu'ils offrent encore, ont cependant réalisé, eux aussi, de grands progrès depuis ces dernières années.

Les découvertes faites coup sur coup et rapidement dans le domaine des maladies de la moelle sont disséminées dans de nombreuses publications périodiques, aussi, jusqu'ici, sont -elles restées peu accessibles au plus grand nombre de nos confrères. Ceux mêmes d'entre eux qui suivent avec le plus d'intérêt les progrès de la science conviendront qu'il leur est difficile de se rendre compte du point où en sont arrivées nos connaissances et quels en sont les desiderata. De plus, il règne un certain désaccord relativement à la nature et même à la terminologie des affections spinales, aussi n'est-il pas toujours possible de bien se rendre compte de la réalité des succès thérapeutiques qui sont signalés, ni de les contrôler.

Dans ces conditions, j'ai pensé que la jiublication d'un traité général des

1 Die graue Degeneralion der hinteren Kuckenmarksstrànge. Berlin, 186;î, P. 1.

vt PREFACE DE L'AUTEUR

affections de la moelle épinière répondrait à un besoin réel des étudiants aussi bien que des praticiens, et j'ai entrepris cette tâche sans me dissimuler de quelles difficultés elle était entourée.

Jusqu'à présent, il n'existe qu'un seul traité complet des maladies de la moelle, celui de P. Ollivier, d' Angers ', dont la troisième édition parut à Paris en 1837. C'est une œuvre justement célèbre, donnant une idée très exacte de l'état delà science à l'époque de son auteur, et aujourd'hui encore elle est une mine féconde pour quiconque veut se livrer à l'étude des affections spi nales. Depuis 1837, il n'a plus paru aucun traité complet des maladies de la moelle épinière. Quelqus-unes de ces maladies ont été étudiées et décrites à fond, notamment dans les traités généraux des affections du système nerveux ou d'électrothérapie ; mais dans aucun des ouvrages récents sur ces sujets, les auteurs n'ont eu en vue une description méthodique, complète des maladies médullaires. Leurs travaux ont servi tout à la fois à préparer le pré'-ent traité et à rendre notre tâche plus laborieuse. Nous nous sommes efforcé de retracer un tableau aussi fidèle que possible de l'état actuel de la scie: ce et nous avons dû chercher à ne négliger aucun document sérieux. Néanmoins, s'il existe par-ci par-là des omissions, nous prions le lecteur de nous les pardonner en considération des difficultés sans nombre dont était hérissé le travail que nous avons entrepris.

En tenant à faire une œuvre consciencieuse, nous sommes arrivé à écrire un livre un peu étendu.

Nos connaissances sont trop vastes pour tenir sur quelques feuilles d'impression, et elles ne sont pas encore assez solidement assises pour pouvoir être résumées en quelques propositions et en quelques aphorismes. Une étude approfondie d'un point même restreint de la pathologie, dans le genre de celles que la période classique de la médecine française a produites en si grand nombre, ne pouvait manquer d'avoir une certaine étendue.

Quoique la date de la publication de mon livre remonte à plus de trois ans, j'ai accepté avec empressement l'offre de MM. J.-B. Baillière de faire traduire mon ouvrage en français, d'autant plus que malgré l'apparition de plusieurs études sur le même sujet d'une date plus récente, mon point de vue sur la question n'a pas été modifié.

Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour remercier sincèrement mes distingués confrères, MM, Eugène Richard et Charles Viry, du zèle et du soin qu'ils ont mis à faire connaître mon ouvrage au public français, sous une forme aussi heureuse et répondant aussi bien à mes intentions.

Berlin, mai 1879. g LeyDEN.

(i) En 1822, pour o essayer de répondre an progrramme puLlié par la Société de Médecine de Marseille », Ollivier (d'Angers) (it paraître un premier Mémoire sur les maladies de la moelle épinière. Trois ans plus tari il ré-dita ce Mé. noire enrichi de nombrcns.es additions, et cet ouvraf^e intitulé : Traité de la moelle i\>inière et de S's maladie^-, 2" édition, obtint une niéflaille de 1.500 francs au concours des prix Monthyoa. en 1827. ICnfin, la 'S' édition, du Traité des maladies de !a moelle épinière '^oTta la date de 183T.

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