‹ Traité clinique des maladies de la moelle épinièreChapitre 12 sur 108 · K.WELOI'PES DE L.V MOELLE · texte numérisé non relu

K.WELOI'PES DE L.V MOELLE

La moelle est entourée d'organes que l'on appelle ses enveloppes et que nous diviserons pour l'étude ou enveloppes osseuses et enveloppes membraneuses.

§ 1 . L'enveloppe osseuse de la moelle est constituée par la colonne vertébrale. Il n'entre pas dans notre plan d'exposer l'anatomie détaillée des vertèbres. Cependant les maladies de ces dernières ont une influence si directe sur la moelle épinière que nous sommes forcé de nous y arrêter un instant, d'autant plus que l'état de la colonne vertébrale peut fournir des renseignements précieux sur la santé ou la maladie de la moelle. Nous ne ferons pas non plus l'anatomie des articulations des vertèbres entre elles. La colonne vertébrale est formée par la réunion des diverses vertèbres, depuis la première cervicale Jusqu'aux premières verte bres sacrées et coccygiennes. Les vertèbres qui ne sont unies que par du cartihve et des ligaments (syndesmose et syncliondrose) et qui peuvent être isolées par la section de ces deux tissus, s'appellent vertèbres vraies, en opposition avec les fausses vertèbres, qui sont représentées par les différentes pièces intimement Leyden. Moelle épinière. 1

2 ANATOMIE NORMALE DE LA MOELLE [païhol.

soudées du sacrum, auxquelles viennent se réunir les diverses pièces du coccyx reliées entre elles par synchondi^ose. Le nombre des vertèbres vraies chez l'homme est de 24, dont 7 cervicales, 12 dorsales et 5 lombaires. Les vertèbres fausses sont au nombre de 5 pour le sacrum, de 4 pour le coccjx. Les exceptions à cette règle sont tellement rares, surtout pour les régions cervicale et dorsale, que nous pouvons les passer sous silence sans aucun inconvénient.

La colonne vertébrale n'est pas une tige droite ; elle présente au contraire plusieurs courbures, dont deux dirigées en arrière et deux en avant. La portion supérieure de la région cervicale et la portion inférieure de la région lombaire sont à convexité antérieure, la portion moyenne de la région dorsale et toute la région sacro-coccygienne sont à convexité postérieure. Dans l'attitude habituelle du tronc, la 6" et la 7e vertèbres cervicales proéminent le plus en arrière, la quatrième et la cinquième lombaire le plus en avant. Outre ces courbures, presque tous les individus en présentent d'autres latérales moins prononcées ; la région dorsale, en particulier, en même temps qu'elle est incurvée en avant, est inclinée un peu vers la droite, par suite de la prédominance d'action des muscles de ce côté. Toutes ces courbures, aussi bien les antéro -postérieures que les latérales, sont sujettes à toute espèce de variations individuelles dont il faut tenir compte, et qui sont dues non -seulement à la disposition congénitale de ces organes, mais aussi à l'habitude, à l'éducation et à la profession. Chez beaucoup d'individus la courbure dorsale est très peu prononcée, chez d'autres au contraire, surtout chez les ouvriers et les vieillards, elle est très forte, sans qu'on puisse pour cela la considérer comme pathologique. Peut-être plus grande encore est la diversité des incurvations latérales, lesquelles peuvent affecter les degrés les plus variés d'intensité jusqu'au point où elles constituent la scoliose. Il n'est pas indifférent d'attirer l'attention sur ces variétés individuelles, car il faut en tenir compte dans l'analyse des cas cliniques. Ainsi il arrive souvent à la région dorsale qu'une apophyse épineuse n'est pas placée directement sur la même ligne que l'apophyse située au dessus ou au-dessous, sans qu'on puisse pour cela conclure à une scoliose ou encore moins à un déplacement. Il en est de même pour les courbures dont la concavité regarde en avant, qui peuvent être très prononcées et qu'il faut se garder de confondre avec des gibbosités pathologiques.

Les courbures de la colonne vertébrale nous fournissent aussi des points de repère pour la détermination topographique de ses diverses parties sur le vivant. îl est évidemment très important dans les diverses affections de la (îolonne et de la moelle de pouvoir rigoureusement préciser la vertèbre au niveau de laquelle on constate une difformité, de la douleur, de l'hyperesthésie, etc. Cette détermination n'est pas facile, surtout à la région dorsale. On a pour s'orienter : 1» la 7° cervicale, dont l'apoph^'se épineuse proémine le plus fortement en arrière (Vertèbre proéminente) ; 2° le sommet de la convexité de la colonne dorsale en arrière lequel correspond à l'espace situé entre la 6'' et la 7" dorsale; S'^ l'articulation des dernières côtes avec la 12e dorsale. C'est en partant de ces points de repère qu'il faut déterminer par la palpation le numéro des autres vertèbres.

La colonne vertébrale n'est pas non plus une colonne rigide, elle possède au contraire une mobilité très appréciable, grâce aux nombreuses articulations des vertèbres entre elles et à l'élasticité, peu considérable il est vrai, des disques intervertébraux. Les mouvements sont de trois espèces : antéro-postérieurs, latéraux et de torsion. Ces derniers sont surtout très étendus pour l'articulation de l'atlas avec l'axis; on les retrouve, mais à un bien moindre degré, dans le reste de la colonne vertébrale. Les mouvements antéro -postérieurs et latéraux sont très-prononcés, moins à la région dorsale qu'à la région lombaire; ils atteignent leur maximum à la région cervicale. L'articulation des vertèbres supé-

GÉNÉR ; ENVELOPPES iJEMBRANEUSES S

rieures avec la tête permet aussi, tant latéralement que d'avant en arrière, des mouvements qui appartiennent surtout au langage mimique. L'étendue de ces mouvements est soumise également à de nombreuses variations individuelles qui ne présentent du reste rien de morbide. Ce que l'on observe le plus souvent, c'est une mobilité extrêmement limitée de la colonne dorsale, au point que bien des personnes ne peuvent pas arriver, en se baissant en avant, à imprimer à la partie inférieure de cette colonne une convexité dirigée en arrière.

Canal vertébral. — Le canal vertébral s'étend dans toute la longueur de la colonne depuis le coccyx, dans lequel il pénètre, jusqu'au trou occipital, où il se continue avec la cavité crânienne. Ce canal est formé par la superposition des arcs vertébraux, et il suit par conséquent toutes les sinuosités de la colonne elle même. Il est limité : en avant, par les corps et les disques vertébraux ; latéralement et vers la partie postérieure, par les arcs vertébraux et les ligaments jaunes; tout à fait en arrière, par les apophyses épineuses. En haut, il se continue avec la cavité crânienne ; en bas, il se rétrécit dans la cavité coccygienne qui n'est close, en arrière, que par une membrane (ligament sacro-coccygien). Entre l'occipital et la première vertèbre se trouve une fente transversale relativement spacieuse, qui est fermée par le ligament occipito-atloïdien, large et résistant. Cette disposition permet une grande mobilité ; en revanche, ce point de la colonne vertébrale est facilement accessible aux traumatismes. La fente en question est tellement large que, comme l'on sait, Magendie en a profité pour étudier sur le chien le liquide céphalo-rachidien.

La face interne de ce canal osseux est tapissée par un périoste fibreux et traversée par un nombre considérable de vaisseaux veineux qui seront décrits ultérieurement.

Le canal vertébral ne conserve dans toute son étendue ni la même forme ni la même dimension. Plus large dans les portions cervicale et lombaire, il se rétrécit à la région dorsale et surtout à la partie sacro-coccygienne, laquelle n'a pas d'une façon générale à loger la moelle.

Au cou et aux lombes, le canal a à peu près la forme d'un triangle dont la plus grande largeur serait dirigée dans le sens transversal et dont le sommet serait obtus et regarderait en arrière. A la région dorsale, le canal est à peu près rond ; au sacrum, il prend la forme d'une fente semi -lunaire dont la convexité est dirigée en avant et en bas. La largeur plus grande du canal dans les portions cervicale et lombaire est non-seulement en rapport avec l'augmentation du volume de la moelle dans ces régions, car c'est là que se trouvent situés le renflement cervical et le renflement lombaire, mais elle est motivée encore par la mobilité plus grande de la colonne dans ces deux points, et elle est destinée à protéger la moelle contre toute compression et tout tiraillement.

Mentionnons encore les t7'0us de conjugaison. Chacun de ces derniers est formé par les corps et les apophyses articulaires de deux vertèbres contiguës ; au sacrum ils sont représentés par les trous sacrés ; le dernier de ces orifices est situé au-dessous de la première vertèbre coccygienne et creusé dans l'i'paisseur du ligament sacro-coccygien. Les trous de conjugaison vont constamment en s'élargissant, depuis le cou jusqu'aux lombes. Ils livrent passage aux nerfs et aux vais.seaux dont ils sont séparés par un tissu cellulaire lâche. Le calibre de ces orifices est très imj)ortant au point de vue des nerfs qui les traversent; de plus, les vaisseaux, aussi bien que le tissu cellulaire, peuvent fournir aux processus pathologiques des voies de propagation de l'intérieur du canal vertébral vers l'extérictir et réciproqucjnieut.

§ 2. Enveloppes membraneases. — L'analogie de structure qui existe entre le cerveau et la moelle se retrouve dans leurs membranes d'enveloppe. Gelles-di

4 ANATOiMIE NORMALE DE LA MOELLE ! pathol.

sont au nombre de trois ; elles passent sans solution de continuité du cerveau sur la moelle et elles présentent dans ces deux organes, à côté de bien des points de ressemblance, des différences essentielles. Ces membranes sont la dure-mère^ Y arachnoïde et la pie-mère.

a. Dure-mère . — La dure-mère est une membrane fibreuse résistante qui se trouve immédiatement en contact avec l'enveloppe osseuse. Elle se comporte d'une façon différente dans le crâne et dans la colonne vertébrale. Dans la cavité crânienne elle est appliquée immédiatement contre la paroi osseuse à laquelle elle adhère presque partout très solidement, à tel point qu'elle constitue le périoste interne des os du crâne. Sa face intei'ne est libre, lisse, tournée du côté de la cavité arachnoïde. De la paroi interne du crâne, la dure-mère envoie des replis qui séparent les segments de l'encéphale (faux, tente du cervelet), et elle reçoit entre deux de ses feuillets largement espacés de grosses veines dépourvues de valvules qui portent le nom de sinus. La dure-mère rachidienne se distingue essentiellement de la dure-mère crânienne en ce qu'elle ne constitue pas le périoste interne des vertèbres : les deux feuillets de la dure-mère qui sont soudés dans le crâne se séparent complètement dans le rachis. Solidement fixée au pourtour du trou occipital et renforcée par des faisceaux conjonctifs qui lui arrivent perpendiculairement à sa surface, la dure-mère se sépare à ce niveau en deux feuillets : l'un va former le périoste interne des vertèbres et se fixe, par conséquent, intimement à la surface interne de ces os ; l'autre constitue véritablement l'enveloppe fibreuse de la moelle, et nulle part ce deuxième feuillet n'est en connexion intime avec le canal ; au contraire, il est constamment séparé du feuillet périostique par un tissu rougeâtre, lâche, riche en graisse et en vaisseaux ; ce tissu est plus abondant sur la partie postérieure que sur l'antérieure. De ce qui précède il résulte que l'espèce d'étui formé par la dure-mère n'est pas forcé de suivre dans toute leur étendue les mouvements de la colonne vertébrale et qu'à l'autopsie il est facile de l'extraire avec son contenu. Cet étui, qui va en se rétrécissant à sa partie inférieure et qui se continue avec le filum terminale, a une capacité inférieure à celle du canal vertébral, mais notablement supérieure au volume de la moelle elle-même. La surface lisse interne de la dure-mère regarde la cavité arachnoïde. Semblable à la dure-mère crânienne, la rachidienne présente aussi des prolongements. Elle accompagne notamment les racines nerveuses, et le second feuillet (dure-mère proprement dite) possède ainsi des connexions avec le premier (pé l'ioste). La dure-mère concourt également à former le ligament dentelé.

Les artères de la dure-mère spinale proviennent en haut des vertébrales, plus bas des intercostales, et plus bas encore des lombaires. Parmi les veines, les unes accompagnent les artères, les autres forment des plexus situés entre la dure-mère et les vertèbres. On distingue deux plexus : un antérieur et un postérieur, lesquels s'étendent tout le long du canal rachidien et communiquent ensemble par de nombreux petits rameaux anastomotiques. Outre les veines de la moelle, ces plexus reçoivent encore les veines osseuses; à la partie supérieure, ils sont en communication par les sinus occipitaux avec les sinus crâniens. Ces réseaux veineux sortent par les trous de conjugaison et en même temps par de petites veines provenant des vertèbres, et se relient ainsi aux plexus veineux extérieurs du rachis.

En ce qui concerne les nerfs de la dure-mère, Magendie a constaté déjà la sensibilité de cette membrane; néanmoins Purkinje et Kùlliker ne sont pas parvenus à y découvrir des filets nerveux. Rïidinger, au contraire, en a trouvé, soit isolés, soit accompagnant des vaisseaux. Ce qui est plus facile à démontrer, ce sont d'abord les nerfs du périoste du canal rachidien, puis ceux qui atccnjpagnent les artères se rendant aux vertèbres et à la moelle osseuse trou-\ent le long des vais-

GÉNÉB.] ENVELOPPES MEMBRANEUSES 5

seaux sanguins, et enfin ceux qui se trouvent dans le tissu graisseux du canal vertébral lui-même (Luschka).

b. Arachnoïde. — Les discussions sur l'existence et la nature de l'arachnoïde cérébrale s'appliquent également à l'arachnoïde rachidienne.La théorie de Bichat, d'un sac séreux complètement clos, a été abandonnée. A parler rigoureusement, il est impossible d'isoler une membrane spéciale entre la dure-mère et la pie-mère. Cependant Kolliker, de même que Henle, admet jusqu'à un certain point l'existence d'une araclmoïde indépendante. D'après ces auteurs, le feuillet externe ne se compose que d'une couche épithéliale qui tapisse la face interne delà dure-mère et que dans certaines circonstances on peut détacher par places, sous forme d'une petite pellicule distincte. Le feuillet viscéral repose sur la pie-mère et se confond avec elle. Entre ces deux feuillets sont tendus un grand nombre de tractus conjonctifs lâches et ténus, qui baignent dans le liquide rachidien et qui contribuent surtout à former la gaine des racines nerveuses; aussi Henle a-t-il pu définir l'arachnoïde, un tissu riche en sérosité, qui se condense sur ses deux faces interne et externe, et se continue ainsi sans intermédiaire avec la pie-mère et la dure-mère.

L'espace compris entre les deux feuillets arachnoïdiens est rempli par un liquide clair analogue au sérum, dont nous allons nous occuper bientôt.

c. Pie-mère. — La pie-mère est une membrane vasculaire qui diffère de la pie-mère encéphalique par sa plus grande dureté. Elle est constituéepar une membrane épaisse et résistante, composée de faisceaux conjonctifs solides dirigés presque tous longitudinalement : elle enserre étroitement la moelle et son épaisseur est surtout considérable dans la région inférieure : plus haut, elle est plus fine et ressemble davantage à la pie-mère cérébrale ; en bas, elle entoure le fihim terminale et va se fixer au coccyx. Elle envoie dans la moelle de nombreux prolongements dont le plus important pénètre profondément dans le sillon médian antérieur et est accompagné de vaisseaux artériels et veineux. Un prolongement un peu moins considérable s'enfonce dans le sillon médian postérieur, et nombre d'autres s'étendent des divers points de la périphérie vers le centre de la moelle. Ces cloisons servent de soutien à tout le système conjonctif médullaire ; nous aurons occasion d'y revenir. La pie-mère est la véritable membrane vasculaire ; c'est elle qui conduit les artères dans la moelle, c'est elle qui reçoit les veines, et elle contient un réseau vasculaire très riche qui lui est propre : toutes ces conditions la prédisposent singulièrement aux inflammations.

La pie-mère est aussi passablement riche en nerfs qui, la plupart, mais non pas tous, accompagnent les vaisseaux. Ils ont été démontrés dans toute l'étendue de cette méninge jusqu'au fîhim terminale, et i\s proviennent directement des racines postérieures.

La pie-mère est blanche ; chez le vieillard elle est jaunâtre ou gris-jaunâtre. Très souvent, chez les individus âgés, et parfois chez les sujets jeunes, elle a une teinte légèrement grise qui peut aller jusqu'au gris foncé et qui a son summum d'intensité dans la région supérieure, surtout dans le voisinage de la moelle allongée. Cette teinte, qui est due à une accumulation de pigment dans les cellules du tissu de la pie-mère, est parfois si intense qu'elle a été considérée comme un indice d'anciennes congestions : mais elle ne semble avoir aucune signification pathologique.

Il n(jus reste encore à mentionner les prolongements de la pie-mère, lesquels sont très nombreux. Et d'abord elle en envoie qui accompagnent les racines nerveu ses, les artères et les veines, et de concert avec le tissu conjonctif lâche de l'arachnoïde, elle fournit une gaine à ces organes jusqu'à leur entrée dans la dure-mère.

Mais ses deux prolongements principaux sont le ligament dentelé et le ligament coccvgieu.

6 ANATOMIE NORMALE DE LA MOELLE [pathol.

Le ligament dentelé est un appendice de la pie-mère, délicat, blanchâtre et résistant : de chaque côté do la moelle il est tendu entre la pic-mère et la dure-mère et doit son nom aux dentelures qui le caractérisent. Le nombre de ces dentelures no correspond pas exactement à celui des racines nerveuses ; il y en a de 20 à 23; la plus élevée se trouve au niveau du trou occipital, la dernière s'arrête à la première lombaire. La pointe d(^ ces dents est dirigée latéralement, et en bas dans la portion inférieure. Il est évident que ce ligament, de même que les autres prolongements de la pie-mère, a pour but de fixer la moelle au milieu du liquide rachidien et de la garantir contre les tiraillements et les mouvements trop étendus.

Le ligament coccvgien est le prolongement terminal de la pie-mère ; cette membrane, après avoir entouré le filament terminal do la moelle, descend accompagnée de vaisseaux sous la forme d'un ligament rond et résistant, au milieu des racines nerveuses de la queue de cheval et se fixe à la base du coccyx où elle se confond avec la dure-mère. Ce ligament sert aussi à" fixer la moelle épinière et à la protéger contre des ligaments trop forts.

§ 3. Liquide xdLiMùXdii (céphalo-rachidien). — Dans le tissu conjonctif à mailles lâches que nous venons de décrire et qui se trouve entre la pie-mère et la duremère, c'est-à-dire dans l'espace sous-arachnoïdien des auteurs, est contenu un liquide qui est en communication avec un liquide semblable renfermé dans les tissus araehnoïdien et sous-arachnoïdien de l'encéphale : ces deux liquides réunis ont reçu le nom de liquide ci'phalo-rachidien onde (lotngno. du nom de celui qui le découvrit le premier.

Cotugno (') se servant de procédés nouveaux et relativement bons, réussit sur une vingtaine lie cadavres d'adultes à retirer du canal rachidien de 4 à 5 onces d'une sérosité claire et parfois limpide : chez les nouveau-nés qui avaient succombé par le l'ait d"un accouchement difficile, ce liquide était toujours trouble et rougeàtre. Cotugno dit que ce liquide occupe touL l'espac e compris entre la dure-mère et la moelle, depuis le trou occipital où il se continue sous la dure-mère crânienne jusqu'au sacrum. Suivant lui, le siège du liquide est la cavité de l'arachnoïde, et il admet qu'il communique avec les ventricules du cerveau par Tintermédiaire du 4' ventricule et de l'aqueduc de Sylvius. Après l'avoir découvert sur les cadavres humains, il parvint à le démontrer sur des animaux vivants (poissons, tortues). Haller, qui connaissait l'existence du liquide céphalo-rachidien, le comparait à celui qui occupe les cavités séreuses et il était convaincu qu'il communiquait avec celui des ventricules cérébraux.

Le liquide céphalo-rachidien avait été presque oublié, lorsque en 1825, Magendie le découvrit de nouveau et en fit l'objet d'expériences restées célèbres. Après avoir, sur un chien, détaché les arcs vertébraux, il vit proéminer la dure-mère fortement tendue : il la piqua, et un jet de sérosité s'échappa par la piqûre ; aussitôt la dure-mère s'affaissa jusqu'à toucher la moelle, et Magendie put, en Tinsufilant, la gonfler de nouveau. Il démontra aussi l'existence de ce mémo liquide sur le cadavre de Thomme et il prouva que la moelle était loin de remplir tout le calibre du canal vertébral et que ce liquide servait précisément à combler le vide. Magendie crut d'abord avec Haller et Cotugno que son siège était dans la cavité intra-arachnoïdienne, nuis plus tard il le plaça dans la cavité sous-arachnoïdienne. Il admettait aussi que ce liquide conmiuuique avec celui des ventricules au moyen d'une fente située au niveau du calamvs scriptorius.

La question du siège précis de ce liquide et de sa communication avec les cavités cérébrales a été l'objet de bien des discussions. Or, ce siège c'est le tissu conjonctif lâche qui se trouve entre la pie-mère et la dure-mère (Henle) et que l'on a désigné jusqu'à présent sous le nom de tissu sous-arachnoïdien. Quant à sa communication avec les ventricules cérébraux, elle est admise à peu près par tout le monde aujourd'hui.

A l'endroit où le canal central de la moelle s'ouvre dans le 4« ventricule, la pie-

(1) Cotugno. De inchiade nervoaa comment., 1765.— Quidquid enhn spatii est inter vaginam durae matris et medullam spinalem, id omne plénum etiaiu semper est : non medulla quidem ipsa in viventibus lurgidiori, non nubo vaporosa, qiiod, in re obscura, suspicantur sumnii viri; sed aqua, ei quidem simili, quam circa cor continet pericardium, qua<' oaveas cerebri ventriculorum adimplet, quae auris labvrinthumquae reliqna tandem complet corporis cava, libero ami nequaquam adeuiida.

GÉNÉR. : LIQUIDE RACHIDIEX i

mère forme comme un pont qui recouvre le 4'' ventricule, et en ce point il existe une petite fente (fente de Magenriie) qui établit une communication entre le i^ ventricule et l'espace sous-arachnoïdien (Henle) '*'.

Le liquide céphalo-rachidien est limpide, très rarement un peu floconneux ; de tous les liquides séreux analogues c'est celui qui contient la plus petite proportion de matières solides (^K

D'une façon générale son poids est de quelques onces; Magendie l'évalue à 62 grammes chez un adulte de taille moyenne; il varie notablement, du reste, tant à l'état de santé qu'à l'état de maladie. Gotugno déjà avait remarqué qu'il augmentait a^■ec l'âge. Chez les enfants on n'en trouve qu'une petite quantité. C'est principalement lorsqu'il existe une atrophie de la moelle qu'il est très abondant. Le poids le plus élevé que Magendie ait observé, dans un cas d'atrophie de l'axe cérébro-spinal, a été de 372 grammes ; on en rencontre encore davantage dans les cas de spina hifida.

Le rôle ph^-siologique de ce liquide serait très important, d'après Magendie, et consisterait à exercer une pression égale et continue sur les centres nerveux. Sa soustraction entraîne une série de symptômes qui ne sont pas toujours les mêmes. Parfois Magendie a vu, après l'écoulement du liquide céphalo-rachidien (incision des muscles de la nuque et du ligament occipito-atloïdien), les animaux tomber dans une phrénésie qui se calmait après trois ou quatre heures. Dans la plupart des cas ils étaient abattus, tristes, semblaient plongés dans une sorte d'hébétude, et leurs mouvements étaient désordonnés, mal assurés, chancelants. Avec la reproduction du liquide, au bout de trois à quatre heures, ces symptômes se dissipaient. — Plus tard,Longet a prétendu que ces désordres de la motilité ne devaient pas être rapportés à l'écoulement du liquide céphalo-rachidien, après avoir démontré qu'on pouvait rendre les animaux titubants par la seule section des muscles de la nuque. Cl. Bernard <'^> a montré qu'on pouvait retirer le liquide céphalo-rachidien sans sectionner ces muscles; pour cela, on fait une incision à la nuque sur la ligne médiane et on perfore la membrane occipito-atloïdienne. L'animal ne présente d'abord aucun symptôme anormal aussi longtemps que l'on peut pénétrer dans la cavité et aller remplacer le liquide à mesure qu'il s'écoule ; mais si l'on empêche l'arrivée de l'air et si l'on extrait le liquide par aspiration, on voit l'animal s'affaiblir et parfois s'affaisser comme s'il était atteint d'une paralysie généralisée. A l'autopsie, CI. Bernard a trouvé de petits foyers hémorrhagiques; la moelle était comme tuméfiée et le canal central avait le volume d'une plume à écrire. D'après cet ex-\^ périmentateur, le rôle du liquide céphalo-rachidien serait de régulariser par son ^ ^ flux et son reflux la circulation de la moelle et d'exercer sur les vaisseaux une y^ pression destinée à équilibrer la pression intra-vasculaire.

Los recherches plus récentes concernent, non plus spécialement le liquide rachidien, mais le liquide céphalique, dont elles tendent à déterminer les changements de place et de pression. C'est dans ce but qu'ont été instituées les expériences d'Ecker {Physiol. Untersuchungen ïiher die Beicegungen des Gehirns und des Rûckenmarks. Stuttgart, 1843), de Donders (Die Beicegungen des Gehirns und die Verânderungen der Gefâss/'iHlung der Pia-Matcr auch heigeschlossenen Schddeln unmittelhar,beobachtet. Neder. X«??ce/,i 850, mars et avril), \

(1) Déjà depuis loiiglonipsrextoiision si fn-quenle des processus pathologiques de la pie-mère encéphalique à la loile chorjïdienne des ventricules a été considérée comme la preuve de l'existence de cette communication.

(2) F. Iloppe. (Ueher die chemische Zusammt'ti'ietzung der Cembro-splnal Flussigheit). — Virchow's, Arcliiv fiir Pathoîog. Anatomie, 1859, p. 391), a analysé le liquide dans deux cas de spina bifida et dans trois cas d'iiydi-océphalie; il a reconnu qu'il était alcalin, pauvre en albumine (1 1/2 à2 1 2 pour 1000), et ne contenait que 12 à l:î pour 1000 de matières solides.

(3) Claude Bernard. Leçons sur la PIn/siolorjie el la Pathologie du xi/xtt'^mr nerveux, Paris. IS")?*. t. I.

8 AXATOMIE NORMALE DE LA MOELLE Lp-^tdoi..

enfin les nôtres T^vo^res ( Ueber Ilirndi'uch und Hirnbeîceffungen.Yirch. Arch., 1866, t. XXXVI, p. 519-559) >i>.

IjOS recherches récentes n'ont rien appris de nouveau sur la production du liquide céphalo-rachidien. On peut admettre que sa production est due à ce que la moelle ne remplissant pas exactement le canal rachidien, il en résulte un vide qui est comblé par un liquide séreux fourni par les vaisseaux lymphatiques ou sanguins. Déjà les recherches de Magendie ont prouvé que des médicaments et des sels introduits dans le courant circulatoire se retrouvent dans le liquide de Cotugno avec une rapidité étonnante.

Le liquide rachidien a pour effet de faciliter les mouvements de la moelle qu'il baigne de tous côtés, de la garantir contre les tiraillements et en même temps d'exercer une certaine pression sur les vaisseaux. Gela nous rend bien compte des désordres que l'on observe après sa soustraction, tels que tremblements, incertitude des mouvements, paralysies, et enfin petites extravasations sanguines lorsqu'on diminue la pression par aspiration du liquide. On a décrit des symptômes analogues chez l'homme dans les cas où, à la suite de traumatisme, il y avait un écoulement du liquide céphalo-rachidien, et particulièrement lorsque le sac d'un spina hifxda venait à se vider.

Il nous reste deux questions à résoudre : 1° quelle est la pression du liquide céphalo-rachidien? 2" quels sont ses mouvements?

Pour ce qui regarde la première question, la simple observation prouve que la pression est active. En effet, Magendie et d'autres expérimentateurs ont trouvé la pie-mère tendue après l'ablation des lames vertébrales : en piquant la membrane occipito-atloïdienne on voit le liquide s'échapper en jet et la dure-mère s'affaisser; mais le degré de cette pression n'a jamais été mesuré. La libre communication qui existe avec la cavité crânienne permet de se baser sur les expériences faites sur cette dernière et d'étendre à la cavité rachidienne les résultats obtenus. Nous avons cherché à déterminer (loc. cit.) la pression moyenne à laquelle est soumise la face interne de la dure-mère crânienne, et nous avons trouvé qu'elle équivalait à une colonne d'eau de 0'",10 à 0'",11. Quant aux variations de pression, chaque pulsation élevait la colonne d'eau de 0'",40 et chaque mouvement respiratoire de 0'",20 à 0™,30 ; la différence était encore plus considérable lors des fortes inspirations. D'Altham, Pagenstecher et Jolly ont prétendu que les chiffres que nous avons indiqués étaient probablement trop faibles. En attendant ils peuvent servir à donner une idée au moins approximative delà pression du liquide céphalo-rachidien ; ils démontrent notamment que cette pression est toujours active et que sa force n'est pas énorme. Il est vraisemblable que nous pouvons, sans nous écarter beaucoup delà vérité, appliquer ces résultats au liquide rachidien. Avec cette donnée, les observations expérimentales sont plus aisées à comprendre. Cl. Bernard a trouvé que quand le liquide rachidien s'écoulait de lui-même, les animaux en étaient peu incommodes ; ce n'était que quand on pratiquait l'aspiration en empêchant l'arrivée de l'air que se manifestaient des tremblements et la paralysie : c'est que nonseulement l'aspiration di'truit la pression active, mais encore la change en passive; il en résulte de petites hémorrhagies et le gonflement de la moelle, en même temps qu'une stase lymphatique et sanguine, conditions qui sont bien suffisantes pour déterminer des paralysies.

(1) Gomme travaux récents visant le même objet, citons :

G. Altham. Beitragezur Physiologie und Pathologie O.er Circulation. I. Drr Kreislauf in der SchàdelhShle, Dorpat, 1871.

Jolly. Unlersiichungen ■liber den Gehirndrurk und iiber die Bluthcweguny im Schddrl, Wiirtzburg,

Pagenstecher, Expérimente und Siudien iiber G-hir.idriich, lîeidelhcrg, ISTl.

OÉNÉR.] LIQUIDE RACHIDIEX 9

Lorsque l'on ponctionne un spina bi/îda, le liquide, en s'écoulant par son propre poids, amène aussi une pression négative et il se produit du tremblement ou de la paralysie. Les crampes et la perte de connaissance que l'on observe après l'écoulement du liquide cérébro-spinal ne proviennent évidemment pas de la moelle épinière, ils tiennent à ce que, par suite de la liberté de communication des deux cavités, la crânienne se vide après la rachidienne et éprouve les effets de cette évacuation; elle devient égalemement le siège d'une pression négative et de troubles'^v^ circulatoires.

Les effets d'une augmentation de ijression dans le sac racliidien ont également été peu étudiés. Quand on comprime le sac d'un spina bi/ïda, il y a augmentation de pression dans les deux cavités crânienne et rachidienne, et ce sont les symptômes de la compression de l'encéphale qui dominent la scène; l'observation clinique ne nous a rien appris qui nous autorise à croire qu'une augmentation de la pression intra-rachidienne puisse retentir sur la moelle elle-même. Les symptômes bien autrement importants et intéressants de la compression du cerveau ont été l'objet de nombreuses recherches {Voy. Leyden, Pagenstecher, Jolly, loc. cit.).

Passons maintenant aiîx mouvements du liquide céphalo-rachidien : eux aussi ont été beaucoup mieux étudiés dans le crâne que dans le rachis ; les médecins de l'antiquité les connaissaient et les prenaient pour des mouvements du cerveau. Le liquide racliidien prend effectivement part à ces mouvements, ainsi qu'on a pu le constater bien nettement dans les cas de spina hifida (Vieussens, Portai, Olli • vier). Lorsque le sac communique librement avec la cavité vertébrale, il est le siège d'un double mouvement pulsatile et respiratoire, absolument comme le cerveau. Or, d'après les expériences de Donders et les nôtres, lorsque le crâne est bien clos, il ne peut se produire aucun mouvement du côté du cerveau, et la chose doit être tout aussi impossible dans le canal rachidien lorsqu'il est bien fermé; il ne peut donc pas être question d'un mouvement pulsatile du cerveau ; mais les changements de pression qui succèdent à chaque respiration et à chaque pulsation se manifesteront d'une autre manière. On pense avec Magendie que ces variations de pr&ssion donnent lieu à un mouvement perpétuel de flux et de reflux du liquide encéphalo-rachidien, lequel mouvement n'a pas encore été observé, mais Magendie l'a établi théoriquement d'après les déductions suivantes : les sinus crâniens et vertébraux sont essentiellement difl'érents les uns des autres, eu égard aux propriétés physiques de leurs parois ; tandis que les sinus crâniens ont des dimensions nettement déterminées, une capacité à peu près invariable, les parois des sinus vertébraux ne présentent absolument aucun obstacle à leurs changement de volume : tension et rigidité sont les caractères des premiers, élasticité et extensibilité sont le propre des seconds.

Au moment de l'expiration, les sinus vertébraux se gonflent et pressent sur la dure-mère qu'ils tendent ainsi à rapprocher de la moelle. Nous savons qu'entre celle-ci et celle-là se trouve une couche liquide; chaque pression exercée sur la dure-mère commencera par agir sur cette couche. Que deviendra le liquide ainsi comprimé? Il cherchera à s'échapper par le côté où il éprouvera le moins de résistance : la moelle elle-même ne peut pas céder, étant donnée la nature de son tissu, de façon que le liquide sera obligé de remonter jusqu'au trou occipital. Peut-il pénétrer dans le crâne? Évidemment rien ne l'en empêche : les sinus crâniens ne sont pas gonflés, car leurs parois opposent une résistance insurmontable à la pression veineuse et il en résulte que le liquide cérébral étant moins comprimé que le spinal, l'excédant de ce dernier refluera dans la cavité crânienne.

Jusqu'à présent les physiologistes ont admis les conclusions si rigoureuses de Magendie. Ecker a cherché à donner la preuve directe de ce flux et reflux du liquide céphalo-rachidien, mais comme il a expérimenté sur la dure-mère crâ-

ANATOMIE NORMALE DE LA MOELLE Tpathol.

nienne après l'avoir ouverte, sa démonstration ne saurait être concluante. Cependant, à l'exemple de Fischer et de J. Rosentlial, on s'est basé sur le fait des oscillations du liquide de Cotuauo pour résoudre certains probl(''mes de pathogénie. Fischer attribue à ces mouvements l'irritation que les esquilles du crâne exercent sur la substance cérébrale, et Rosentlial se fonde également sur ces mouvements qui doivent être surtout prononcés au trou occipital et à la base du cerveau, pour expliquer une observation bien intéressante faite par lui, à savoir, que dans les lésions vertébrales qui ont pour conséquence un écoulement du liquide céphalorachidien il se développe une méningite de la base du cerveau, même dans les cas où la lésion a son siège à la portion inférieure de la colonne vertébrale et où on ne trouve aucune trace de méningite spinale.

H. Quincke a publié, il y a quelques années (Reichert et du Bois Reymond. Archic. fur Anat. und PhysioL, 1872, Berlin, Heft 2) le résultat de ses expériences sur le liquide céphalorachidien. Il avait, sur des chiens, injecté au moyen d'un trocart capillaire, une émulsion de cinabre dans les mailles de l'arachnoïde. Dans tous les cas le cinabre s'est répandu au loin dans l'arachnoïde et dans la pie-mère, et très souvent il a pénétré jusque dans l'intérieur du crâne et s'est particulièrement accumulé du côté de la base. En outre, on en a introduit le long des racines nerveuses crâniennes et rachidiennes jusqu'à leur passage à travers la dure-mère et parfois même au delà. Lorsque l'injection a été faite dans la cavité crânienne, on a retrouvé la majeure partie du cinabre à la base et une quantité plus ou moins grande dans l'arachnoïde rachidienne. Quincke en conclut que Magendie avait raison de croire à l'existence d'un mouvement de flux et de reflux dans le liquide céphalo-rachidien. Il croit pouvoir admettre en outre que co liquide s'écoule insensiblement hors du canal rachidien le long des trous nerveux, et va par cette voie gagner les canaux lymphatiques.

En ce qui concerne l'origine du liquide céphalo-rachidien, on ne peut la rechercher, comme Magendie l'avait déjà avancé, ailleurs que dans la pression sanguine. Mais il faut avouer que l'on ne s'explique pas bien comment ce liquide, qui est un produit de transsudation absolument comme les liquides de l'hydropisie, a une composition chimique si essentiellement diiférente de ces derniers.

D'après Schwalbe, le liquide céphalo-rachidien serait en communication avec les lymphatiques, ce que l'on peut démontrer au moyen des injections à pression constante (Archiv. far mikrosJ;. Anatomie, t. VI, 44). Néanmoins, étant donnée la différence de composition chimique qui existe entre le liquide et la lymphe, il est difficile d'admettre que cette communication soit bien directe.

Page 1