II. - MOELLE Él'I.NIÈRE
§ 4. Configuration extérieure. — La moelle épinière est un cordon à peu près cylindrique, un peu aplati en avant et qui va en s'amincissant à son extrémité inférieure. En haut j elle se continue avec la m.oelle allongée, et le niveau du trou occipital est considéré comme sa limite supérieure ; sur la moelle elle-même cette limite est marquée par le bord inférieur des olives. En bas, la moelle ne s'étend' pas jusqu'à l'extrémité du canal vertébral, elle s'arrête en général à la !''<' ou la 2" vertèbre lombaire. Keuffel l'a vue se terminer dès la 11'' dorsale et, dans d'autres cas, descendre jusqu'à la 3" lombaire. Son bout inférieur est conique et se continue par \e filum terminale ou ligament coccygien. Chez le nouveau -né, la moelle descend plus bas que chez l'adulte, ainsi que l'embryologie nous l'enseigne. Nous manquons de renseignements sur le raccourcissement progressif delà moelle pendant la période de croissance.
La moelle présente deux gros renflements fusiformes correspondant à l'origine des nerfs des membres. Le supérieur (renflement cervical) commence au niveau de la 3"^ vertèbre cervicale, atteint son plus grand diamètre vers la 5" ou la 6", et va en se rétrécissant progressivement vers le bas de façon à ne jamais dépasser la 2^ dorsale. Chez l'homme, le renflement cervical est bien plus considérable que le lombaire. La moelle est particulièrement large dans sa portion cervicale et un peu aplatie d'avant en arrière : son diamètre transversal est de 13 à 14 millimè-
(iÉNÉR. CONFIGURATION EXTÉRIEURE H
très, l'antéro-postérieur de 8 à 9. Au-dessous de ce premier renflement la moelle devient cylindrique et se rétrécit jusqu'au niveau de la 10'' vertèbre dorsale, ou l'Ile a atteint ses plus petites dimensions (transversalement, 0'",010; dans le sens antéro-postérieur, 0'",008). Au niveau de la 10'' vertèbre dorsale la moelle se renfle de nouveau sous la forme d'un fuseau : c'est le renflement lombaire ; il est moins prononcé que le supérieur ; son diamètre transversal est de 0"\0i2. Après cela la moelle se rétrécit de nouveau pour se résoudre au niveau de la l""® ou 2^ lombaire en de nombreux rameaux nerveux (queue de cheval) qui sortent du canal vertébral par les trous sacrés.
L'épaisseur des deux renflements est, l'anatomio comparée nous l'enseigne, proportionnelle à la masse des membres et aux nerfs qu'ils reçoivent. — La long-ueur de la moelle est de 0"*,35 à 0'",40 chez l'adulte. Son poids est de 25 à 30 grammes, d'après Arnold, et est au poids du cerveau comme 1 : 48 ^'\ La consistance de la moelle à l'état frais est particulièrement dure et ferme; cependant, très souvent sur le cadavre nous la trouvons ramollie au point de devenir diffluente et quand on y fait une section transversale la substance médullaire bombe fortement audessus du plan de section. Ce prompt ramollissement tient, ainsi qu'Ollivier le fait remarquer très judicieusement, à ce que la moelle s'imprègne des liquides dans lesquels elle baigne, et il est encore favorisé par la position en décubitus dorsal qu'on donne habituellement au cadavre. Cette circonstance doit rendre très circonspect devant la table à autopsie et nous apprend combien il faut hésiter à conclure à un état pathologique d'après le seul fait d'une diminution de consistance ou même d'une diffluence de la moelle.
Sillons de la moelle. — Lorsque la moelle est encore entourée de la pie-mère, mais surtout lorsqu'on a détaché cette membrane (opération qui ne va pas d'habitude sans quelques déchirures de la substance médullaire), on constate à sa surface un certain nombre de sillons, dont deux médians et deux latéraux.
1) Des sillons médians l'un se trouve en avant, l'autre en arrière. Le sillon médian antérieur ., qui est de beaucoup le plus considérable, divise la moelle presque jusqu'à son centre en deux moitiés symétriques. La pie-mère envoie dans cette fente un large prolongement qu'accompagnent des vaisseaux destinés à la substance médullaire. En regard du sillon antérieur se trouve le sillon médian postérieur, qui pénètre à peu près jusqu'au centre de la moelle. On a beaucoup contesté l'existence d'une véritable fente postérieure, mais à tort, car elle est bien réelle : tout ce qu'on peut se demander, c'est de savoir jusqu'à quelle profondeur elle s'étend. Il est vrai que cette profondeur n'est pas considérable et que ce n'est que par places qu'on trouve une véritable fente. Mais ce que l'on peut toujours constater, c'est un sillon assez profond qui occupe le milieu de la face dorsale et qui envoie constamment vers le centre de la moelle une cloison épaisse qu'accompagnent des vaisseaux sanguins. Les deux sillons antérieur et postérieur partagent la moelle en deux moitiés symétriques qui ne sont reliées entre elles qu'au centre par un pont relativement étroit (commissure).
2) Les sillons latéraux correspondent aux lignes qui donnent naissance aux racines nerveuses antérieures et postérieures. Si l'on détache la pie-mère avec ces racines, on voit bien ces sillons que l'on désigne sous les noms de sillon collatéral antérieur et collatéral 'postérieur.
3) Dans la moitié supérieure de la moelle, il existe en outre un autre sillon longitudinal qui est situé à côté du sillon médian postérieur, à 0"',001 en dehors de ce dernier, c'est le sillon postérieur intermédiaire. Arrivée au milieu de la région dorsale, ce sillon s'arrête presque tout net.
(1) Chaussier disait : 1 : 19 ou 20 chez les nouveau-n*î ; : 1 : 'lO ; mais il pesait la moelle allongée avec la iKOoUe. Merkel a trouvé la proportion 1 ; /lO,
12 ANATOMIE NORMALE DK LA MOELLE pathol.
Cordons de la moelle ë'pinière. — Les sillons limitent à la surface de la moelle de longues bandes qui représentent la face externe d'autant de cordons correspon dants. On distingue les cordons en antérieurs, latéraux et jiostérieurs. Ils sont subdivisés chacun on deux segments; cette division n'est apparente à l'extérieur que pour les cordons postérieurs, qui sont partagés eu deux par le sillon postérieur intermédiaire : la portion interne de ces cordons, celle qui longe immédiatement la ligne médiane, s'appelle cordon de Goll (Funiculus gracilis, de Burdach), leur portion externe, celle qui longe les racines postérieures, s'appelle cordon cunéiforme (Funiculus cuneatus). Les deux autres cordons sont divisés chacun en deux sans qu'il y ait aucune ligne de démarcation visible à l'extérieur, et leurs segments sont désignés sous les noms àe faisceau latéral antérieur et faisceau latéral postérieur, faisceau antérieur interne et faisceau antérieur externe. On verra par la suite quelles sont les raisons, empruntées surtout à la pathologie, qui ont particulièrement motivé ces divisions.
Racines nerveuses et ganglions spinaux. — Nous avong déjà dit que les racines nerveuses naissent de la moelle en deux séries distinctes, les racines antérieures et les racines postérieu^'es. On les voit sortir des sillons correspondants sousforme de faisceaux cylindriques qui empruntent d'abord à la pie-mère, puis à la dure-mère, une gaine d'enveloppe. Les racines postérieures ne naissent pas partout à égale distance du sillon médian : cette distance est de 13'""\05 à la région cervicale, de2"'"'-,05 à la région dorsale, de 18'"'", 00 à la région lombaire, de là elle va en diminuant jusqu'à l'extrémité de la moelle. Chacune de ces racines est formée d'un petit nombre de faisceaux cylindriques. Les racines antérieures naissent des cordons antérieurs sous forme de petits faisceaux qui ont 2'"'", 00 de diamètre et sont distants de la ligne médiane de l'°'",05. Ainsi constituées, les racines antérieures et postérieures reçoivent une gaine de la pie-mère, traversent la cavité arachnoïde et perforent la dure-mère qui leur fournit une nouvelle enveloppe plus résistante. Au delà, la racine postéi'ieure seule présente un renflement, un ganglion (ganglion spinal) formé de cellules nerveuses qui sont situées entre les fibres nerveuses. La racine antérieure longe ce ganglion et n'a avec lui qu'un rapport do juxtaposition. Au-dessous du ganglion les racines se confondent (les postérieures plus volumineuses que les antérieures), leurs fibres se mêlent pour constituer un seul tronc nerveux qui s'engage dans le canal de conjugaison. Il en résulte que les ganglions spinaux se trouvent à côté des trous de conjugaison et qu'ils sont plongés dans le tissu cellulo-adipeux lâche qui est situé entre la dure-mère et le périoste central.
Les racines, les antérieures aussi bien que les postérieures, naissent à des distances qui, en général, équivalent à l'épaisseur d'une vertèbre, de façon qu'à chaque trou de conjugaison correspond un tronc nerveux. Dans la partie supérieure de la moelle, chaque nerf naît à peu près en regard de son trou de conjugaison et les racines nerveuses ont un trajet horizontal dans le canal vertébral. A mesure que l'on descend, cette correspondance cesse d'être aussi rigoureuse et la direction des racines devient de plus en plus oblique en bas et en dehors ; celles qui naissent du renflement lombaire ont un parcours extrêmement oblique et allongé et forment la queue de cheval.
§ 5. Conformation intérieure. — Pour bien l'étudier, il est nécessaire de pratiquer des coupes transversales. Sur une coupe de ce genre, on peut suivre dans la profondeur les divisions qui sont marquées extérieurement par des sillons. On voit d'abord les sillons médians antérieur et postérieur qui partagent la moelle en deux moitiés, sauf en un point assez restreint formé par les commissures. Sur ces moitiés parfaitement symétriques on peut reconnaître la séparation en cordons déterminée par l'émergence des racines. Ces coupes transversales montrent, en outre, que la moelle n'est pas un tout homogène, mais qu'elle est composée de deux substance^
oÉNÉR.- CONFOR.MATIOX INTÉRIEURE 13
bien distinctes, dont l'une est blanche^ l'autre grise; cette distinction se retrouve également dans les autres parties du système nerveux, surtout dans le système nerveux central; nous n'avons à examiner ici que la façon dont ces deux substances se comportent dans la moelle épinière.
1. La substance blanche se compose de deux moitiés symétriques qui ne sont reliées entre elles que par un pont étroit, la commissure blanche. Elle constitue la partie extérieure, le revêtement de la moelle, car elle entoure complètement la substance grise. La délimitation entre les deux substances est assez nette ; néanmoins en divers points elle se fait comme par une sorte de transition tenant soit à ce que des tractus de sul)stance blanche se mélangent à la grise, soit à ce que cette dernière empiète sur la première sous forme d'un réseau. La division de la substance médullaire en cordons n'est marquée qu'à la surface de la moelle, dans la profondeur elle n'est indiquée par rien. Néanmoins le cordon antérieur se trouve suffisamment délimité par les racines antérieures et la substance grise, et le cordon postérieur l'est également par les racines postérieures et la substance grise. Quant à la subdivision de chaque cordon, par exemple du cordon postérieur en cordon de Goll et en cordon cunéiforme, elle ne repose sur aucun point de repère anatomique : il en est de même pour le cordon latéral et pour le cordon antérieur.
De la pie-mère partent, il est vrai, des prolongements plus ou moins importants, des espèces de cloisons qui rayonnent jusqu'au voisinage de la substance grise et qui, en se divisant et s'anastomosant, forment un réseau qui sert de soutien au parenchyme médullaire ; mais ces cloisons ne partagent nullement la moelle en segments distincts.
Les fibres de la substance blanche sont de trois ordres : 1° horizontales ; 2°longitxcdinales ; 3° obliques.
Les fibres longitudinales sont pour la plupart séparées par les cloisons conjonctives en faisceaux d'inégal volume ; sur une section transversale elles apparaissent sous forme de disques tout k fait semblables à la figure qui sert dans les almanachs à désigner le soleil 3. Leur nombre va en diminuant de haut en bas, ce qui tient à ce que les plus internes pt-nètrent graduellement dans la substance grise. Les fibres horizontales et obliques se trouvent : a) dans le cordon postérieur et le cordon latéral au voisinage de la substance grise ; b) dans la commissure blanche ; c) aux points d'émergence des racines nerveuses. Al'entre-croisement des pyramides, les fibres ont à peu près la même disposition que dans la commissure blanche.
2. La substance grise, reconnaissable k sa coloration gris de fumée ou gris rosée, occupe le centre de la section transversale et se compose, elle aussi, de deux moitiés symétriques réunies par une étroite commissure, la commissure grise. Ces deux moitiés ainsi reliées entre elles ont à peu près la forme d'un H dont les deux branches antérieures seraient plus volumineuses qr.e les postérieures. Ces branches vont en s'écartant de manière que leur concavité regarde en dehors )-(. On reconnaît à cet H de chaque c'ité une corne antérieure et une postérieure; au centre les deux moitiés sont reliées par la commissure grise. Les cornes antérieures, plus larges et plus courtes, n'atteignent pas la périphérie, les postérieures s'étendent presque dans toute la longueur de la moelle jusqu'à la périphérie et d'une façon plus précise jusqu'au point d'émergence des racines postérieures et impriment aux sillons correspondants la teinte grise que Chaussier a fait remarquer. Une portion des cornes postérieures est remarquable par l'intensité de sa teinte grise et par son tissu gélatineux et transparent : elle possède des particularités de structure sur lesquelles nous reviendrons. C'est Rolando qui le premier l'a signalée, aussi portet-elle le nom de substance gélatineuse de Rolando.
Une troisième nuance s'observe encore dans la substance grise et est due à ce qu'on appelle les colonnes vèsiculaires (noyaux dorsaux de Stilling, colonnes
14 AXATOMIE NORMALE DE LA MOELLE [patol.
de Clarke) qui sont situées au point de rencontre de la corne antérieure et de la corne postérieure, tout à fait contre le cordon postérieur. Ces colonnes sont représentées sur une section transversale par de petits ilôts triangulaires ou ronds qu'on distingue à l'œil nu et qui se rapprochent de la substance blanche, tant par leur couleur que par leur structure. C'est cà la partie inférieure de la moelle dorsale qu'elles sont le plus larges (environ 0"\001) ; elles se rétrécissent vers le haut et vers le bas, et on ne les retrouve plus dans le voisinage des renflements cervical et lombaire.
3. La 'portion centrale, qui relie les deux moitiés de la moelle, forme un pont étroit qui à son centre est divisé en deux parties par le canal central. Ce canal, dont en général la lumière est nulle, est souvent dilaté, soit seulement en certains points, soit dans toute l'étendue de la moelle. Il traverse cette dernière dans toute sa longueur, s'ouvre par le haut dans le 4^ ventricule, à la pointe du calamus scriptorms; par le bas il se confond, dans le filum tertninale^ avec le sillon médian postérieur. De chaque côté du canal central on peut voir déjà à l'œil nu deux gros troncs vasculaires artériels et veineux. Ce canal divise la substance centrale en deux commissures, l'une antérieure, l'autre postérieure. L'antérieure est formée dans sa plus grande partie, celle qui avoisine le sillon médian antérieur, de substance blanche. Elle est constituée également, en majeure partie, de fibres transversales (commissurales) entre lesquelles se trouvent situées quelques fibres longitudinales. En haut, les fibres ont une direction oblique et on les voit très nettement s'entre-croiser. La portion postérieure de cette commissure, de même que la commissure postérieure en entier, possède les caractères de la substance gélatineuse et contient aussi quelques rares fibres nerveuses dont plusieurs même contiennent de la myéline.
4. La couche corticale. — Les cordons blancs sont recouverts à leur surface extérieure d'une mince couche de substance grise ou gélatineuse qui comble les espaces situés entre les fibres superficielles et constitue un revêtement continu. Son épaisseur est variable, elle est parfois de O'""',l00, parfois seiflement de 0'"'^,050 ou 0"^"',025. Cette substance accompagne dans l'intérieur de la moelle les cloisons grandes et petites fournies par la pie-mère et enveloppe les faisceaux nerveux de la même manière qu'elle Ta fait pour la périphérie des cordons. Elle pénètre aussi dans les sillons médians, et c'est même sur la face interne des cordons antérieurs qu'elle est le plus apparente.
La substance blanche et la grise, tout en conservant les rapports mutuels que nous venons de décrire, présentent dans les diverses régions de la moelle de notables changements dans leur forme et leur volume. D'une façon générale, la substance blanche augmente de volume de bas en haut ; quant à la substance grise, elle a sa plus grande épaisseur au niveau des renfiements cervical et lombaire; elle est au contraire assez peu abondante dans la partie dorsale. Son augmentation de volume dans les renflements porte presque exclusivement sur les cornes antérieures. Il en résulte que la substance grise est en quantité beaucoup plus grande que l'autre dans les parties inférieures de la moelle et dans le renflement lombaire, et qu'à l'extrémité inférieure de la moelle elle n'est recouverte que d'un léger revêtement de substance blanche. Dans la portion dorsale, où la moelle atteint son minimum d'épaisseur, c'est la substance blanche qui prédomine de beaucoup. A la région cervicale, la substance grise est de nouveau fortement renforcée dans les cornes antérieures et elle }' est enveloppée d'une épaisse couche de substance blanche.
De même la forme des cornes grises est sujette à de notables variations, En général, les cornes antérieures sont larges et obtuses, mais cette forme est loin d'être toujours la même.
GÉNÉR.j COXFUR-MAÏIOX INTERIEURE 15
Dans les renflements, l'augmentation de volume porte surtout sur les cornes antérieures. Ces dernières ont dans la moelle cervicale la figure d'un quadrilatère irrégulier à grand diamètre transversal. Elles sont larges également dans le renflement lombaire, mais leur forme j est plutôt ronde. A la région dorsale elles sont étroites, grêles et aplaties latéralement. Les cornes postérieures sont à peu près partout longues, étroites et pointues; leur écart, c'est-à-dire l'angle qu'elles forment avec la ligne médiane, varie avec la largeur des cordons postérieurs, ce qui fait qu'il s'accroit de bas en haut : à la moelle cervicale cet écart devient très considérable, et plus haut, vers l'entre-croisement des pyramides, ces cornes sont transversales et finissent même par être dirigées en avant. Leur largeur augmente de haut en bas; dans la partie lombaire elles sont très épaisses, plus haut elles deviennent très étroites et elles ne regagnent du volume qu'à la partie supérieure de la moelle cervicale. En dépit de ces variations, leur configuration générale reste presque partout la même ; on leur distingue, d'après Glarke, un étranglement du côté de leur base (cervir), puis vient un renflement fcaput), et enfin un appendice (apex) qui se dirige vers la périphérie.
Au point de rencontre de la corne antérieure et de la postérieure, tout près du centre, se trouvent les colonnes de Clarke, dont il a déjà été question. En outre, le contour externe de la substance grise présente à la portion cervicale inférieure et à la dorsale supérieure un petit prolongement aigu qui se dirige en dehors et qui a reçu le nom de corne latérale ou de tractus iniermediolateralis (Clarke).
Des bords de la substance grise sortent des faisceaux conjonctifs et nerveux qui pénètrent dans la substance blanche, s'y ramifient en fines cloisons qui s'anastomosent entre elles ; mais en général ils n'arrivent pas à la périphérie. Entre autres, dans l'angle à ouverture extérieure que constituent les deux cornes, ces ramifications forment un réseau qui n'a qu'une faible étendue dansla portion inférieure de la moelle, mais augmente progressivement vers le haut, devient très prononcé dans le renflement cervical, plus encore à mesure qu'on se rapproche du bulbe, et se continue sur le côté externe des pyramides. Lenhossek a donné à cette substance réticulée le nom de processus reticularis.
Outre ces prolongements, les cornes antérieures, de même que les postérieures en ont d'autres qui les mettent on rapport avec les racines nerveuses. Au-devant des cornes antérieures on voit s'avancer des pointes fines qui donnent naissance à de petits faisceaux de fibres, lesquels se dirigent directement vers la périphérie et vont former les racines nerveuses antérieures. Ces faisceaux sont particulièrement visibles et abondants dans les renflements. Les cornes postérieures se prolongent par un appendice très grêle jusque dans le sillon latéral postérieur où naissent les racines postérieures. Parmi les radicules de ces dernières, les unes traversent la substance gélatineuse sous forme de petits faisceaux séparés (en pinceaux) et vont se jeter dans la substance grise, tandis que les autres pénètrent par des ramifications nombreuses dans la portion externe des cordons postérieurs ; enfin, dans la partie interne des cornes postérieures, on voit s'engager des fibres qui émanent des faces latérales des cordons postérieurs, traversent la corne correspondante en suivant des lignes onduleuses, se dirigent vers la substance centrale et peuvent même, dans certains cas, être poursuivies au delà.
Lorsqu'on examine à la loupe la substance grise, notamment sur des coupes transversales colorées et éclaircies d'après la méthode de Clarke, on roci.nnait dans son épaisseur une quantité de cellules nerveuses qui apparaissent sou? la forme de petits points colorés en rouge vif par le carmin. Les grosses cellules des cornes antérieures sont surtout très visibles, au point qu'un myope peut les reconnaître à l'oeil nu. Dans les intervalles de ces cellules on distingue des faisceaux de tubes nerveux très petits, contenant de la myéline, et qui ont une di-
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rection horizontale, oblique ou verticale. Mais toutes ces fibres sont tellement entremêlées qu'il est impossible d'y reconnaître avec quelque certitude une connexion quelconque. Il a déjà été question des faisceaux qui pénètrent dans les cornes postérieures : ils se dirigent vers les colonnes de Glarke, quelques-unes de leurs fibres passent à côté de ces dernières, d'autres semblent y entrer; d'autres enfin se dirigent en avant, restent dans la couche la plus externe de la substance grise, mais peuvent à peine être poursuivies au delà du diamètre transversal. Dans les cornes antérieures on peut distinguer de petits faisceaux de fibres qui sont en communication avec les racines antérieures; ils se dirigent obliquement en dedans, en arrière et en bas, entourent les groupes de cellules nerveu ses et se perdent aussitôt après. Ce qu'il y a de plus constant, c'est un faisceau provenant de la commissure grise qui longe le bord interne de la corne antérieure et se dirige vers son angle antéro-interne. D'autres faisceaux cheminent transversalement vers les cornes latérales et le groupe de cellules qu'elles renferment. Les renflements sont particulièrement riches en fibres qui parcourent transversalement les cornes antérieures ; mais là on voit aussi des fibres verticales ; c'est même entre celles-ci que sont situées les cellules nerveuses que de leur côté les fibres transversales séparent en groupes distincts. Au milieu de la moelle dorsale on ne découvre que peu de fibres transversales, mais au contraire un grand nombre de gros faisceaux ascendants qui cheminent dans l'avant des cornes antérieures et entourent en partie les grosses cellules nerveuses.
Les cellules nerveuses sont réparties en certains groupes isolés qui sont particulièrement nets dans la région des renflements. Dans ces points, la substance grise est très abondante et présente sur une coupe transversale de nombreuses cellules, de 40 à 70, d'après Goll^*^, lesquelles sont séparées par des fibres en petits groupes de 5 à 15 et davantage.
1). Les cellules qui sont en avant dans la corne antérieure se décomposent en deux ou plusieurs groupes : a) D'abord il existe toujours un petit groupe composé de 3 à 5 ou à 8 cellules dans l'angle antéro-interne ; h) également en avant, mais eu dehors, se trouvent de nombreuses cellules multipolaires qui, dans les renflements, sont séparées en groupes distincts: à la moelle cervicale on peut distinguer un groupe antérieur et un groupe postérieur qui sont séparés par des fibres transversales et qui, à leur tour, sont subdivisés chacun en p3tits îlots par d'autres fibres semblables. Dans le renflement lombaire il est de règle de trouver trois groupes assez nettement délimités, dont le premier est situé dans l'angle antéroexterne de la corne antérieure, le second dans l'angle postéro-externe de la même corne et le troisième à égale distance des deux, mais plus en dedans. Néanmoins la délimitation n'est pas aussi parfaite sur toute la hauteur de la moelle, et sur beaucoup de points on ne trouve que deux groupes de ces cellules nmltipolaires.
2). Un autre groupe correspond à l'angle saillant en dehors que fait presque partout la substance grise au point de rencontre de la corne antérieure avec la postérieure; ce groupe est composé de cellules moins volumineuses que celles de la corne antérieure ; à la moelle dorsale, là où les procès réticulaires sont nettement dessinés, il est bien tranché. En certains points il s'y ajoute un ilôt plus petit de cellules analogues situées plus en arrière et en dedans. Au cou et aux lombes, tout ce groupe des procès réticulaires se confond avec le groupe précédent (h).
3). Un nombre assez considérable de cellules nerveuses de moyenne grandeur se trouvent dans l'intérieur des colonnes de Glarke.
h'). Dans les cornes postérieui'es et dans la substance gélatineuse il y a des cel-
(1) Beitrdgc ziir f'i'incri-.i Aaatomie des meiuchlicki.n RUckenmarkis (DeDksohril't der nied. Cliii'- Gcsellschaft des Gantons Zurich, 1860, p. J30, 171.