GÉNÉR.J DISTRIBUTION DES NERFS A LA PÉRIPHÉRIE
taires du tronc et des membres, et des fibres sensitives à tous les organes de ces mêmes régions ; de plus on constate que chaque moitié de la moelle dessert, par les fibres qu'elle émet, le côté correspondant du corps. Les lignes médianes antérieure et postérieure tracent des limites assez rigoureuses que les rameaux nerveux dépassent très rarement, ainsi qu'on peut s'en assurer dans les cas de névralgies ou d'anesthésies localisées à un seul côté.
Il est, en outre, de règle que les fibres nerveuses qui desservent un muscle ou une région cutanée émanent d'une portion restreinte de la moelle, mais quoiqu'elles ne soient presque jamais empruntées à une seule racine. De plus les nerfs qui se rendent à des groupes de muscles jouissant d'une synergie fonctionnelle tout en provenant de deux ou trois racines, émanent également de points relativement restreints de la moelle que l'on peut regarder comme des centres spéciaux.
Aux recherches d'Eckhard se rattache cette loi qui a été établie, en 1847, par SchrOder von der Kolk O : « Lorsqu'un nerf fournit des branches motrices à des muscles, ses rameaux sensitifs se rendent à cette partie de la peau qui est mue par ces mêmes muscles » ; ou en d'autres termes : « Tout nerf spinal envoie ses fibres motrices aux muscles qui meuvent, ses fibres sensitives à la partie qui est mue. » Schroder a vérifié cette loi pour les muscles et la peau des extrémités et du cou. En général aussi, lorsque des groupes de nerfs moteurs ont la même destination fonctionnelle, lors même que ces nerfs sont éloignés les uns des autres, ils proviennent néanmoins d'un département assez restreint de la moelle. Citons comme exemple les nerfs respirateurs qui sont fournis par les paires cervicales depuis la 3° jusqu'à la 8*=, y compris le nerf phrénique. Il en est de même pour les muscles du larynx et ceux des membres.
Peyer est arrivé clans ses recherches sur le plexus brachial du lapin, aux conclusions suivantes : 1° la même i-acine ne dessert pas toujoiu's les mêmes muscles ; 2^ plus ces racines deviennent voisines de la queue, plus les points auxquels elles fournissent, sont rapprochés de Textrémité du membre; 3° la même racine ne dessert jamais uniquement des muscles synergiques, par exemple, rien que des extenseurs ou rien que des pronateurs ; 4'' les cercles innervés par les rameaux sensitifs empiètent les uns sur les autres ; ô° les rameaux moteurs et sensitifs d'un tronc nerveux donné se répartissent de telle façon que les derniers se rendent à la peau qui recouvre les muscles innervés par les premiers.
Des observations cliniques faites sur l'homme prouvent que les régions de la moelle d'où émanent les nerfs destinés aux extenseurs delà main sont situées plus bas que celles qui fournissent les nerts destinés aux fléchisseurs (Schiltzenberger); de plus lorsque le sepment inférieur du renflement lombaire est malade, ce sont les nerfs moteurs de la jambe qui sont atteints, et ceux de la cuisse restent sains, quand la lésion est située plus haut, les troubles moteurs gagnent les l'échisseurs de la jambe tels que le serai- tendineux, le semi-membraneux et le biceps. L'extrémité tout à fait inférieure du renflement lombaire semble desservir le groupe des péroniers.
Nous possédons des connaissances spéciales sur la répartition des nerfs sensitifs. Cette étude offre un intérêt tout particulier, parce que les sphères de ces nerfs empiètent fréquenimont les unes sur les autres, comme cela a lieu quoiqu'à un degré moindre pour les nerfs moteurs : il en résulte des phénomènes singuliers qui ont A-ivoment attiré l'attention des observateurs. Nous faisons allusion à ces cas si connus où la section de rameaux sensitifs considérables a eu pour consé-quence une anesthésie localisée à leur sphère de distribution, et disparaissant après quelques jours à peine i-). L'empiétement des sphères sensitives les unes sur les autres rend compte jusqu'à un certain point de ce» faits ; néanmoins il n'explique
(I) Schroder von dor Kolk. Vcher dcii Zusammcnhang zicistlicn GefahU-unl-neweijungHnei'vcn. 1.S47.
(i) Observations paradoxales de Richet et autres sur l,i jiersistnnée de la sensibilité dans les points innervés par le médian et dans sou bout péripliérique après la nertlon de ee nerf. Arloin}^ et Tripier, en expérimentant sur des ehiens, sont arrivés à des résultats analogues, à savoir, qu'après la section de quel- (|ues lilels nerveux, les points innervés par eux ne deviennent pas insensil)les tant qu'un seul de ces filaments reste intact.
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pas suffisamment les pht'nomènes qui suivent l'excision du nerf sous-orbitaire. En tous cas, il est à remarquer que Luchvig Tiirk (de Vienne) a, dans ses recherches expérimentales, également constaté de ces anesthésies transitoires. Les études très consciencieuses de cet auteur sur la répartition de la sensibilité cutanée des nerfs spinaux, ont conduit l'auteur à des résultats qu'il a publiés lui-même, à titre provisoire, en 1856, et que Ludwig a reproduits dans sa Physiologie (1858, I, p. 161) avec deux figures schématiques. Les résultats définitifs qui, malheureusement, sont incomplets au point de vue des applications pathologiques, ont été publiés par G. Wedl (Vienne, 1869), après la mort de l'auteur. Les expériences ont été faites sur des chiens.
Il ne nous est pas possible de décrire ici tous les départements nerveux ; nous nous bornons à résumer les conclusions (p. 25):
« Les nerfs cutanés des membres supérieurs se comportent exactement comme ceux du cou et du tronc, c'est-à-dire que leur distribution se fait suivant des segments cylindriques, juxtaposés, perpendiculaires à l'axe du membre, et disposés de façon que le rameau dont le point d'origine est le plus élevé, correspond au segment le plus rapproché de la racine du membre et ainsi de suite :
« Les départements nerveux des membres sont des bandes disposées en arcs de cercle ; aux endroits renflés du membre, ces bandes s'élargissent.
« Ces bandes comprennent des districts du tronc beaucoup plus restreints que celles qui sont fournies par les branches antérieures des paires cervicales et dorsales voisines. Certaines d'entre elles ne s'étendent même pas jusqu'au tronc, mais s'épuisent dans le membre lui-même.
Lalif! paire cervicale ne fournit aucune branche cutanée. Les 2e, 3e, 4<= et 5"^ paires cervicales ont des districts qui leur sont propres. La 6° a un district propre et un district commun. Les 1*^ et 8'^ n'ont que des districts communs. La l'e paire dorsale a, comme la 6° cervicale, un district propre et un district commun.
La ligne de démarcation entre les terminaisons des branches antérieures et postérieures correspond à peu près aux apophyses transverses des vertèbres : pour la 2e cervicale, cette ligne se trouve sur le côté du cou, au niveau du conduit auditif externe. Entre les districts innervés par la 5e paire cervicale et la 2'^ dorsale sont situés ceux de la 6» cervicale et de la 1™ dorsale et chacune de ces dernières a un domaine propre qui est limitrophe du domaine également propre des premières.
Au membre inférieur, la ¥ lombaire décrit une ceinture absolument comme la 5e cervicale. La 5° lombaire se comporte comme la 6° cervicale et possède un territoire propre et un territoire commun. La 6e paire lombaire est l'analogue de la 7e cervicale et ainsi de suite.
Les départements nerveux de la peau des membres ont en général la forme de ceintures dont la direction est oblique par rapport à l'axe du membre. Ces ceintures sont considérablement élargies aux endroits où le membre présente des renflements.
Nous ne pouvons pas donner en détail dans ce livre toutes les ramifications do chaque nerf, et nous renvoyons le lecteur aux planches de Tiirk. En étudiant ces dernières, on pourra voir qu'aux membres, chaque département nerveux est desservi par deux et même par trois racines ; notamment ceux des mains et des pieds dont la sensibilité est exquise, reçoivent chacun des rameaux de trois racines différentes.
Mentionnons encore la dissertation de Heine (^) et le mémoire de Koschewnikoff" (2) : ces deux auteurs sont arrivés à des résultats semblables pour les extré-
(1) Heine, Koniijsi'enj, 1S60.
(2) Koschwnikoff. Urber die Eini)fiiidu,ngsnei"ven der hinlereti ExlremiUUeii, belm Froscit. (Arch. (fu,r Anatoniie u. Physiologie, iS68j p. 336).