GÉNÉR.] CRDISKMKXT DES TRANSMISSIONS DANS LA MOKLLE
ment a lieu dans les pyramides, mais il est à peu près certain qu'il ne se fait pas qne là ; il se continue plus haut dans le bulbe et probablement encore dans la protub '■rance; on ne pourrait donner une démonstration directe de ce fait, mais la grande abondance de fibres transversales dans cette région le rend au moins vraisem • blable. La clinique prouve suffisamment qu'il doit exister un certain entre croisement plus haut que les pyramides. Nous n'avons qu'à rappeler le facial pour lequel la chose est absolument certaine bien qu'on n'ait pas encore pu en fournir une démonstration anatomique.Mais nousignorons si tous les nerfs moteurs s'entre-croisent, et le fait est plus que douteux pour beaucoup de nerfs crâniens : s'il est hors de doute pour le facial, on l'admet partiellement pour l'hypoglosse (Deiters, Gerlach), et on peut dire qu'il reste tout à fait à démontrer pour l'oculo-moteur commun, l'oculc-moteur externe et les fibres motrices du trijumeau. Pour les nerfs spinaux il n'y a de positivement prouvé que l'entre-croisement des fibres motrices provenant des membres. Les muscles respirateurs, ceux du larynx, du pharynx, de la poitrine et du dos, ne sont d'habitude pas atteints parles hémiplégies, et l'entre-croisement do leurs nerfs n'est rien moins que certain. On peut se demander ensuite jusqu'à quel point on doit admettre un entre-croisement des fibres motrices dans la moelle ellemême : les données histologiques sont absolument favorables à cette opinion. On distingue, en effet, dans la commissure blanche des fibres transversales qui s'entre croisent et se rendent pour la plupart à la substance grise antérieure : il n'est pas probable que ces fibres proviennent des muscles des membres, mais elles peu vent appartenir à d'autres muscles.
La physiologie et la pathologie sont d'accord pour démontrer que les fibres sensitives s'entre-croisent avant d'atteindre le cerveau ; tandis que, chose singulière, l'anatomie ne nous donne pas le moindre renseignement sur ce fait. Budge [Untersuchungen ilber das Nervensystem, 1841) et Eigenbrodt {Leitungsgesetz im RïickenmarJi, 1846) ont conclu de leurs expériences que la marche des impressions sensitives était croisée. Plus récemment, Brown-Séquard (*) est arrivé au même résultat, et a constaté que l'entre-croisement n'avait pas lieu en un point limité, mais dans toute la longueur de la moelle. Après la section d'une moitié do la moelle au niveau de la dixième vertèbre dorsale, cet auteur a toujours trouvé la sensibilité notablement diminuée ou tout à fait abolie dans le membre inférieur du côté opposé, et exaltée au contraire dans celui du même côté. Pratiquait-on la section au niveau de la 2" ou 3« cervicale, il y avait abolition de la sensibilité de toute la moitié opposée du corps y compris l'oreille et la région occipitale. En divisant la moelle sur la ligne médiane à la portion lombaire on annulait complètement la sensibilité dans le train postérieur alors que les mouvements volontaires étaient conservés. Brown-Séquard a corroboré ces résultats par une série d'observations cliniques, et depuis lors un certain nombre d'autres auteurs les ont également confirmés. Cette donnée, sur laquelle nous reviendrons, a une importance capitale pour la pathogénie et le diagnostic des affections de la moelle.
Cependant la doctrine de Brown-Séquard ne nous semble pas à l'abri de toute objection, et il n'est pas bien démontré pour nous que toutes les fibres sensitives se croisent dans l'intérieur de la moelle et cela aussitôt après leur entrée dans cet organe. Brown-Séquard admet cinq modes de sensibilté, savoir : la sensibilité au toucher, au chatouillement, à la douleur, le sens tactile et le sens musculaire : la conduction des quatre premières se croise dans la moelle spinale, et celle de la cinquième dans la moelle allongée ou plutôt en deçà.
Nous ne devons pas dissimuler que les conclusions de Brown-Séquard ont été
(1) Brown-Siiquard, Comptes rend., 1830, p. 700; 1853, p. 118; Gaz. mi!d., iSo'^, p. 31et3G; Rechrrcli. expérim. sur la transmission croisée des impress. sensit., Paris, 1853 ; Journ'il de Pltysioligie, 1.S5S et 1859.
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fortement attaquées par SehifF, et que de Bozold (^', arrivé au bout de ses expérimentations, déclara qu'il était impossible d'afflrmer ou de nier avec certitude le croisement des impressions sensitives. Néanmoins l'examen attentif des cas pathologiques a fourni à la doctrine de Brown-Séquard un appui considérable.
Les preuves anatomiques de la transmission croisée de la sensibilité sont peu nombreuses et peu certaines. Quoiqu'il en soit, on voit constamment un faisceau qui se détache des racines postérieures, longe le bord externe de la corne postérieure jusque derrière la colonne de Glarke, et qui, de là, semble se diriger vers la commissure grise; mais comme celle-ci est très pauvre en fibres nerveuses, on a de la peine à croire que toutes les fibres sensitives puissent s'entre-croiser dans son intérieur. Il est possible, à la vérité, que la commissure blanche prenne part à cet entre-croisement, mais on n'a pas encore réussi à démontrer qu'elle envoie des traînées de fibres vers les cornes postérieures.
§ 3. Pouvoir réflexe de la moelle. — Des observateurs déjà anciens, tels que Rolle, Wln'tt, Legallois, etc., avaient remarqué que la moelle n'était pas uniquement un appareil de transmission, mais qu'elle jouissait d'une individualité propre comme centre d'innervation, et qu'après l'ablation de l'encéphale, elle était susceptible de transformer des excitations en mouvements. Prochaska a donné à ces derniers phénomènes le nom de réfieoces, mais il ne les a pas distingués des sensations, et les a considérés conmie des mouvements instinctifs. Il n'échappa pas au coup d'œil pénétrant de Marshall Hall que ces mouvements étaient d'une nature tout à fait spéciale, et qu'ils difteraient absolument des mouvements volontaires. Le célèbre ■physiologiste a reconnu qu'ils avaient leur centre dans la moelle, et il admit pour les expliquer l'existence d'un système spécial de fibres qu'il appela excito-motrices. On sait que J. Millier était d'une opinion toute difi*érente, et qu'il rapportait les mouvements réflexesaux mêmesfibres que celles qui conduisent les sensations'"'). Ces fibres sont en communication d'une part avec le cerveau, de l'autre avec les éléments moteurs de la moelle, et elles sont susceptibles, lorsque la première de ces communications est interrompue, de transmettre directement leur excitation aux éléments moteurs de la rnoelle. La théorie de Mïiller a été généralement admise. Les physiologistes allemands en particulier s'y sont ralliés et l'ont défendue dans son ensemble jusqu'à ce jour. Tout récemment encore, il est vrai, certains auteurs en sont de nouveau revenus à admettre des fibres réfiexes spéciales ; ce qui les a trompés, c'est qu'ils ont vu les racines nerveuses destinées aux membres inférieurs, naître en quatre faisceaux distincts, et ils se sont dit qu'à chacun de ces faisceaux il pouvait fort bien incomber une fonction spéciale. Beresin (3> crut remarquer que des trois racines postérieures qui concourent à former le plexus sacré de la grenouille, la supérieure ne jouissait d'aucune propriété réflexe, et était purement sensible, tandis que les inférieures étaient mixtes. Paschutin a prétendu que des quatre racines motrices correspondantes, deux seulement avaient des propriétés r.'fiexes. Mais ces assertions ont été victorieusement combattues par Koschewnikoff' (''. par Sanders-Ezn (^) et par Hein (*>'.
Quant aux conditions anatomiques qu'implique le mécanisme des réflexes, il est de toute évidence qu'il faut que l'excitation se transmette d'une flbre sensitive
(1) Xi(i7.o\à,Uoe,- du: gehveUfZlen WirkuriQen des Rï'.ckenmarks. (ZQii&chvlh f. wisseiischiiftl. Zoologie, Band XI, p. 307).
(2) Millier, Physiologie Ou, système nerveux, trad. par Jourdnn. Paris, IS'iO.
(3) Beresin, Ein experime nieller Bevieis dass die sensiblcn und excit. molorischen Nervenfasern heim Frosrk verscliinden sind. (Centralblatt, 1807.)
(4) Koschewnikoff, Ueher die Emp/indungsneroen der hiiiteren Extremitaten beim Frosch (Reichert u. Du Bois-Reymond's Archiv. fur Anatomie, iSGS.
(5) Sanders-l'Jzn. Vorarbeit. fur die Erforschung der Re/lcxioa Mecanismen im Leadenmark des Fiosches. Aus. d. psychol. Institut zu Leipzig, 18û7.
(G) Hein, Diss. inaugur. Konigsberg, 1S67.