GÉNÉR.] DE LA MOELLE COMME CENTRE DE PERCEPTION
trcs modt'rateurs, chez la fîTeuouille, dans les couches optiques : l'excitation de cette région produit, on efiet, une grande dépression du pouvoir rétlexe; celui-ci est grandement accru, au contraire, par une section au-dess )us des tubercules quadrijumoaux ou à travers le bulbe.
On a signalé également de ces inlluences modératrices dans la moelle elle-même. En effet, non- seulement l'excitation des parties cérébrales indiquées par Setscheno'A-, mais encore, d'après Herzen(i), toute excitation considérable de n'importe quel point du système nerveux central ou périphérique détermine une grande diminution du pouvoir réilexe.Il ne faudrait pas rechercher la cause de ce phénomène dans une suractivité imprimée aux centres modérateurs des réflexes ; elle tient à ce qu'à la suite de violentes excitations l'impressionnabilité pour des excitations modérées est diminuée. Sestchenow a répété de concert avec Paschutin les expériences de Herzen, et il se prononce nettement pour une action modératrice effective. Goltz (2) explique ces faits au moyen d'une hypothèse : « Tout centre, dit-il, qui est chargé de concourir à un acte réflexe donné, entre moins facilement en jeu pour accomplir cet acte lorsqu'il est sollicité d'autre part par des influences nerveuses étrangères à l'acte en question. »
Sans nous prononcer plus catégoriquement sur l'explication qu'il convient de donner à ces phénomènes, nous nous contenterons de leur conserver leur dénomination de modérations de V action réflexe. ( Reflexkemmung) . Ajoutons aussi qu'ils ont été étudiés avec soin par d'autres auteurs que ceux que nous avons cités. Les recherches de NothnageK^) sont tout à fait concordantes, et Lewisson(^) a institué toute une série d'expériences très probantes dans un but spécialement clinique. Nous nous réservons d'y revenir plus loin en détail.
De tout ce qui précède il résulte que de vives excitations des nerfs sensitifs peuvent affaiblir considérablement les mouvements réflexes et même les abolir momentanément.
§ 5. De la moelle comme centre de perception. — Pflïiger, dans son célèbre travail que nous avons déjà plusieurs fois cité, a prétendu que la moelle épinièro était douée de la faculté de percevoir les impressions et il a su étayer cette assertion par des expériences ingénieuses. Cette proposition heurtait de front les an-^ ciennes idées ; car autrefois on ne se contentait pas de regarder le cerveau comme le siège unique de la perception, mais on allait jusqu'à chercher à localiser cette faculté dans un point central de cet organe; aussi les hardies conceptions de Pfliiger produisivent-clles un grand émoi. Il ne nous parait pas utile de passer en revue ici toutes ses observations. Elles tendent à prouver qu'après la décapitation de' la grenouille la moelle n'est pas une machine passive, bonne simplement à fabriquer des réflexes, mais qu'elle est susceptible d'agir, quoiqu'à un léger degré, avec discernement et mesure. Goltz a combattu cette opinion et a donné des faits observés une explication toute diflerente(^). Il part de ce principe qu'il ne faut attribuer à l'intervention de l'àme les mouvements occasionnés par dos irritations et des atteintes venant du dehors, que danslci cas seulement où ils présupposent du discernement et de la réflexion et non pas lorsqu'ils se laissent aisément expliquer par un mécanisme passif; et il déclare que dans ces conditions il ne saurait reconnaître aucune espèce d'âme à la moelle. En suivant ses déductions logiques et
(I) Ilerzcn, Expèricicrs sur les centres modérateurs de l'action rv/texi; Turin, 1S68.
(2; Gollz, lieilr'i'jc z\(,r Le'in; vom deii Functioneii der yervencentren drs Frosclies, Berlin, 1S59.
(3) Nollinagel, Zur Lehre von klonixclicn Krampf (Virohow's .\rch. fur patltol. Anat., Baud XLLK).
(4) Lewisson, Ue'nr Ilemmang der Tliàligkeit der motorischeii JVeri-enccnlrcn diirch Reizung senslbler Nerven. (Du Bois, Kcymoud's und Reichcrt. Arch. far Anal, und Physiolog.^ lSô9, Ueft 2, p. 255, 266.
(5) 11". GoUz, Kiinigsbcrg. m?d. Jahrb., It, lleft 2, p. IS'J et BcUrdje zur Lehre von dm Functionen der Nervencentren des Frosches, Borlin, 1809.
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rigoureuses on comprend combien il est difficile de se rendre compte de ce qu'il faut entendre par le mot « âme », et combien il est souvent délicat de dire si tel mouvement est le produit ou d'un mécanisme réflexe très compliqué ou bien de la réflexion. Nous n'entrerons pas plus loin dans ce débat, et cela nous est d'autant plus permis que chez l'homme la moelle épinière n'est certainement douée d'aucune faculté qui puisse même de loin être comparée à une fonction psychique. Il fut un temps où l'on ne connaissait pas l'action réflexe et où l'on était tenté d'attribuer à des excitations motrices nées sur place dans la moelle les mouvements si vifs et si remarquables qui se produisent lorsque cet organe a été séparé du cerveau : cette confusion avec les mouvements volontaires pourrait encore bien se produire de nos Jours.
§ 6. Coordination dans la moelle. — Les cellules nerveuses de la moelle sont probablement groupées de telle façon qu'à chaque groupe appartient une fonction distincte; ainsi, par exemple, les cellules qui commandent aux extenseurs sont réunies, de même celles qui dirigent les fléchisseurs : dans ces conditions, quand une excitation parviendra à un groupe donné, elle pourra facilement y déterminer une action commune, non-seulement dans toutes les fibres d'un muscle, mais encore dans tous les muscles tendant à un même but, dans les fléchisseurs, les extenseurs, etc. Chez la grenouille les mouvements réflexes tels que les décrivent Pfluger et Goltz sont plus compliqués ; mais ce ne sont point là, à proprement parler, des mouvements coordonnés.
On avait pendant longtemps revendiqué en faveur de la moelle une autre espèce de coordination. Bellingeri avait autrefois avancé que la substance grise était chargée de la transmission des impressions sensitives et la blanche de la transmission de l'impulsion motrice : en outre, suivant cet auteur, les cordons postérieurs présideraient aux mouvements de flexion, les antérieurs aux mouvements d'extension. Cette manière de voir avait été acceptée avec certaines réserves par Valentin et Budge, mais elle a été abandonnée sans retour après les expériences de Longet, van Deen, Schiff et autres. De son côté, Harless(^) avait prétendu que le centre des mouvements de flexion était situé dans le bout inférieur de la moelle, et celui de l'extension dans le bout supérieur : cet auteur fondait ses assertions sur les phénomènes qu'on observe chez la grenouille lorsqu'on pratique diverses sections à travers la moelle en allant de haut en bas. On voit d'abord se produire de vifs mouvements de flexion dans les membres inférieurs et, au contraire, lorsqu'on coupe le bout inférieur de la moelle, ces mêmes membres exécutent des mouvements d'extension tout aussi énergiques. Schifl' a donné l'explication de ces faits : au moment où l'on sectionne le bout supérieur de la moelle, il se manifeste des mouvements réflexes dont le but est d'écarter l'agent irritant ; ce n'est que plus bas que la moelle contient des fibres motrices qui sont destinées aux membres inférieurs et dont la section détermine de forts mouvements d'extension.
Quoi qu'il en soit, cette disposition des cellules nerveuses en groupes qui correspondent à des fonctions distinctes et qui commandent à des fibres périphériques données, n'est pas ce que l'on appelle positivement la coordination des mouvements. Celle-ci suppose un mécanisme bien plus compliqué, grâce auquel des muscles et des groupes musculaires ayant une action différente, et situés parfois très loin les uns des autres, travaillent à l'unisson pour produire un eflet déterminé. C'est ainsi que la respiration, la toux, l'éternument sont des mouvements coordonnés : ils sont tous les trois indépendants de la volonté, surviennent spontanément, se règlent automatiquement et sont sinon tous, du moins quelques-uns, des mouvements purement réflexes. On voit par là qu'un mouvement réflexe peut
(I) MùUer's Arf/iU!. fur Analomie und Physiologie, 1846.