‹ Traité clinique des maladies de la moelle épinièreChapitre 26 sur 108 · GÉNÉR ] TONICITÉ MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

GÉNÉR ] TONICITÉ MUSCULAIRE

des racines postérieures sur l'excitabilité des antérieures; ils ont constaté qu'après l'ouverture du canal spinal, l'excitabilité des racines antérieures diminue progrès sivement, que les postérieures soient sectionnées ou non. Plus récemment, G.Heidenhain (Piiiiger's Archiv. 1871, Band IV), après de nouvelles expériences, s'est énergiquement prononcé contre l'opinion- qui accorde aux racines postérieures la propriété d'agir sur les racines antérieures en augmentant leur excitabilité.

Une autre étude nous offre le plus grand intérêt, c'est celle de l'action de la sensibilité sur la motilité. Pannizza, le premier, a remarqué qu'en coupant les racines postérieures des chèvres on déterminait, outre l'abolition de la sensibilit'-, des troubles moteurs spéciaux. Les mouvements conservent leur force, mais iJs sont mal assurés, maladroits, et l'animal en est peu maître. Stilling et Scbiff ont fait des observations analogues. Mais ce ne fut que plus tard qu'on attribua les troubles de la coordination à l'abolition de la sensibilité.

Cette idée se trouve expressément énoncée dans la Physiologie de Longet, où elle sert de corollaire à des observations cliniques qui semblaient mal concorder avec les données de la physiologie. Dans un cas de dégénération limitée exclusivement aux cordons postérieurs, on avait observé des troubles moteurs considérables, ce qui était si peu d'accord avec les connaissances jihysiologiques d'alors que Cruveiltiier dit qu'il ne croit pas qu'aucune expérience physiologique jjuisse jamais infirmer ce fait, qui se trouve cependant en contradiction formelle avec les idées que l'un a aujourd'hui sur le siège de la sensibilité dans les racines et les cordons postérieurs;, et celui de la motilité dans les racines et les cordons antérieurs. Ici aucune illusion, aucune erreur ne lui semblait possible : et pourtant c'était une erreur.

Longet a démontré que la contradiction n'était qu'apparente. Si nous admettons, dit-il (Anatomie et physiologie du système nerveux, I, p. 276), que le rôle des cordons postérieurs consiste uniquement dans la transmission des sensations, comment se fait-il que lorsqu'ils sont altérés, nous ayons à enregistrer, outre les troubles de la sensibilité, de la faiblesse, du désordre et un manque d'ensemble dans les mouvements musculaires? Sans nul doute la première condition de l'exécution harmonieuse des mouvements doit être recherchée dans le sentiment même de leur production. Comment un animal qui, par la destruction des faisceaux postérieurs, a perdu la sensation des mouvements exécutés par ses membres abdominaux, qui n'a plus conscience de leur attit ;de, qui enfin ne sent plus avec ceux-Là le sol sur lequel il pose, pouirait-il marcher régulièrement, conserver son équilibre, et faire agir ses membres avec leur énergie, leur jjromptitude et leur harmonie premières? Cl. Bernard soumit aussitôt la question au contrôle de l'expérience ; i( i viennent se placer également une série d'expériences que nous avocs entrejuûses avec J. Rosenthal et qui ont été pid:)liées dans notre iNlémo re sur la dégénération grise (p. 174- 176). Nous avons plus tard modifié ces expériences, comme on peut le voir dans les Archives de Virchow(Band XI, p. [10-203) Zur grauen Degeneration dcrhintern Rûchcnmarksstrunge) .

De ce qui précède il ressort que la motilité n'est pas absolument indépendante de la sensibilité. Lorsque celle-ci est abolie, la motilité est troublée en ce sens que les mouvements sont déréglés, maladroits, capricieux, sans pour cela rien perdre de leur force brute. Cl. Bernard attribue ce phénomène à la perte du sens musculaire, due à ce que les branches des nerfs sensitifs réparties dans les muscles ont cessé d'être en communication avec le système nerveux central; eji effet, l'altf'ration des nerfs cutanés seuls n'est pas suivie de ces mômes effets. Nous avons cherché à démontrer par un grand nombre d'expériences et d'observations cliniques que tous les nerfs sensitifs sans distinction concourent à la coordination des mouvements.

Étant donnés les faits relatés ci-dessus, il est impossible de nier l'influence que les racines postérieures normales exercent sur l'activité motrice. Mais il est bien autrement difficile dédire jusqu'à quel point on peut invoquer cette influence pour expliquer certains points de la pathologie et en particulier l'ataxic. On a aussi voulu faire servir à cette explication les expériences citées plus haut, d'après lesquelles les fibres postérieures auraient sur les antérieures une action qui consisterait à augmenter leur excitabilité. Mais outre que ce fait n'est rien moins que prouvé

(I) Claule Bernard, Leçons sur la PhysioL et la Patltol. du syst. ncrveu.r, Paris, 1858, I, p. 2iQ.

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on ne voit pas do quelle façon il pourrait favoriser la coordination motrice. Nous reviendrons sur ces points de doctrine plus tard^ lorsque l'analyse des phénomènes pathologiques nous y amènera.

§ 8. Influence trophique de la moelle sur les nerfs périphériques. — Les nerfs périphériques séparés des centres nerveux ne sont plus susceptibles de remplir aucune fonction apparente ; l'irritation périphérique n'est plus perçue et ne peut plus être transmise aux fibres motrices qui ne reçoivent plus d'incitation volontaire ni réflexe. Par conséquent, si nous faisons abstraction des nerfs qui sont en relation avec les ganglions du sympathique , nous pouvons dire que la communication avec la moelle est indispensable pour le fonctionnement des nerfs périphériques. Gela ne veut pas dire que ceux-ci, même séparés de la moelle, ne puissent être le siège d'une activité tout à fait semblable à leur activité physiologique : en effet les nerfs moteurs, bien que sectionnés, répondent néanmoins avec leur énergie normale aux excitations dont ils sont l'objet ; le fait est plus difficile à démontrer pour les fibres sensibles, mais il peut à peine être révoqué en doute : cependant, ce reste de vitalité n'est que transitoire. Lorsqu'un nerf moteur est séparé de la moelle, il perd assez rapidement la propriété de répondre aux excitations artificielles soit mécaniques, soit chimiques, soit électriques, et même le muscle auquel il se (Hstribue cesse d'être irritable. En même temps que le nerf perd son aptitude fonctionnelle, il s'altère dans sa structure : cette double décadence, physiologique et anatomique, a été depuis Waller l'objet de nombreux travaux. Les fibres motrices séparées de la moelle s'atrophient ; leui' volume diminue progressivement; leur myéline se coagule, puis se désagrège, pour subir ensuite la dégénérescence graisseuse et enfin être résorbée ; le cylindre-axe reste seul au milieu de la membrane de Schwann devenue flasque, il finit également par dégénérer et disparaître, de manière que la fibre nerveuse est anéantie dans sa totalité. Le muscle passe par des phases analogues : les fibres deviennent plus grêles, plus pâles, et enfin granuleuses; elles s'aff'aissent et finissent par disparaître complètement ; et entre les quelques maigres fibres qui persistent, il se développe de la graisse et un tissu conjonctif résistant et riche en noyaux. Pendant longtemps les éléments restent dans un état de conservation suffisante pour qu'une régénération soit encore possible. Dès que la communication avec la moelle est rétablie, la fonction apparaît de nouveau peu à peu. On est, par conséquent, fondé à admettre que la nutrition et le fonctionnement de l'appareil moteur périphérique sont liés à sa communication avec la moelle, bien qu'un certain nombre d'observations ne soient pas favorables à cette opinion (i).

Si nous recherchons quelles sont les parties des centres nerveux qui sont le siège de cette influence trophique, nous trouvons que Griesinger, Glarke, etc., ont, il y a déjà longtemps, conclu d'après leurs observations que c'est à la substance grise qu'est dévolu ce rôle et que les altérations de cette substance sont suivies de l'atrophie des muscles» D'après les dernières recherches sur l'atrophie nmsculaire progressive, sur la paralysie bulbaire (labio-glosso-laryngée) et la paralysie infantile, on peut admettre comme probable que ce sont surtout les grosses cellules de la substance grise des cornes antérieures qui possèdent une influence trophique, et que l'intégrité des fibres nerveuses périphériques dépend de leur communication avec les cornes antérieures et de l'intc'grité des cellules nerveu-

{\) Fhilippeaux et Vulpian (Xolfl sur des r.rpn-lences prouvant que des nerfs séparés des centres nerveux peuvent, après s''ctre altérés complètement, se régénérer tout en demeurant 7Solés des centres, et recouvrer leurs propriétés physiologiques. Compt. rend, de l'Acad. des scieur., 1859) sont arrivés à des résultats tout opposés. Sur des chiens, des coohons d'Inde, des poule-, ils ont vu des troncs nerveux tout à fait séparés de la moelle se régénérer coinplétement après avoir parcouru toutes les phases de la dégénérescence (sciatique, médian, lingual, hypoglosse). D'après Schilï, ces résultats ne s'obtiennent que sur des animaux jeunes ; Landry les nie absolument.

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