IL -PARALYSIES CAUSÉES PAR LOXYDE DE CARBONE
Les paralysies dues à l'oxyde de carbone semblent avoir été observées depuis longtemps. Cependant H. Bourdon O le premier, dans sa thèse inaugurale, a dit avoir remarqué que des personnes asphyxiées par la vapeur de charbon présentaient pendant plusieurs mois, non pas seulement une simple faiblesse musculaire, mais une véritable paralysie d'un membre ou d'une moitié du corps. Il décrit de nombreuses formes de cette paralysie : 1) Paralysie du bras droit chez une jeune fille de quatorze ans; la paralysie s'améliora, mais persista néanmoins et amena une légère atrophie. — 2) Paralysie du membre supérieur droit chez une femme de trente ans; chez un jeune homme , paralysie de l'avant-bras et de la main dans les parties innervées par le radial avec atrophie analogue à celle de la paralysie saturnine ; pas d'amélioration. — 4) Hémiplégie. — 5) Hémiplégie avec contracture. Mort. Commencement de ramollissement des circonvolutions. — 6) Paralysie générale avec démence (un cas de Ferraz, un autre de Malgaigne relatif à une jeune fille.) — 7) Paralysie de courte durée. — 8) Paraplégies]d'intensité variable.
Portai raconte l'histoire d'une jeune fille qui fut trouvée asphyxiée dans son lit, revint à elle, mais ne guérit qu'après six jours ; pendant plusieurs jours elle ne put pas se tenir sur ses pieds, et ses membres inférieurs lui paraissaient comme morts. Le même auteur a observé un homme de vingt-deux ans qui, ayant été empoisonné par l'oxyde de carbone, eut, à la suite, une grande faiblesse de la mémoire; en même temps ses membres inférieurs étaient paralysés, de sorte que la station était impossible. Un traitement par les bains froids amena une amélioration lente ; lorsque le malade quitta l'hôpital, ses jambes étaient encore tremblantes et elles ne recouvrèrent leur force que peu à peu.
Plus tard, Leudet (de Rouen) (^) publia de nouvelles observations dans lesquelles il insista surtout sur des symptômes qui indiquaient une altération des nerfs périphériques et vaso-moteurs. H vit dans un cas une éruption de zona le long des ramifications du trijumeau, dix jours après l'asphyxie. H a noté également du pemphigus et du décubitus, et une fois une chorée partielle. — Tessier rapporte l'histoire d'une jeune fille qui, quelques heures après l'asphyxie, ne pouvait pas se tenir sur ses pieds et avait de la peine à se remuer ; la faiblesse ne disparut que peu à peu. — Pokrowski (^) signale des paralysies d'origine spinale, et Baur '•*'> rapporte }e fait d'une paralysie du mouvement et de la sensibilité des membres du côté droit, qui s'améliora lentement.
La cause de ces singulières paralysies semble résider dans des altérations anatomiques matérielles qui ont été constatées à quelques reprises et qui siègent en partie dans les nerfs périphériques , en partie dans le cerveau et probablement aussi dans la moelle. La participation des nerfs périphériques et vasomoteurs a surtout été indiquée par Leudet, qui nous fournit l'intéressante observation que voici. A la suite d'une courte asphyxie par la vapeur de charbon, il survint dans la jambe droite une douleur qui suivait le trajet du sciatique; puis une paralysie des extenseurs et plus tard une perte complète de la motilité, d'abord dans la jambe droite et ensuite dans la gauche; ultérieurement enfin les membres supérieurs et la face furent atteints. Mort au milieu du délire. A l'autopsie le cerveau et la moelle allongée furent trouvés intacts ; il y avait, au con-
(1)H. Bourdon, Des paralysies coiisécntives à l'asphyxie par la vapeur de charbon, thèse de Paris,
(2) Leudet (de Rouen), Recherches sur les troubles des nerfs périphériques et surtout dei nerfs vaso-moteurs, consécutifs à l'asphyxie par la vapeur de charbon (Arch. de médecine, 18()5, mai, 6' Série, t. V, p. 313.)
(3) pokrowsky, Ueber die Vn-r/ifiuag durch Kohlenoxi/dr/as {Wh-c^ww's Arrh. fin- pathol. Anat. 1804, Band XXX, p. 525-56S).
(4) Baur, Ein Fnll ron Verrjiftunr/ durch Kohlenoxydfias (Wùrtemh, med, Correspondenzblatt, 1868, n-SO.)
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traire, névrite du sciatique droit, qui était d'un tiers plus gros que celui du côté opposé; le névrilème était injecté, épaissi, dur; cette lésion ne s'étendait que sur une longueur de 0™,03 et le reste du nerf était sain. L'auteur admet que la névrite a été primitive et que l'inflammation s'est propagée de là à la moelle^et au cerveau. — Les observations de lésions cérébrales sont plus nombreuses. Oiifre les cinq cas de Bourdon déjà cités, nous connaissons une observation très instrii^-j tive d'Andral. Après un empoisonnement par la vapeur de cliarbon, il persista de la céphalée : un mois plus tard, perte subite de connaissance et paralysie; mort après environ vingt heures. La partie centrale des hémisphères était ramollie. Récemment Th. Simon <^' a observé des cas de ramollissement cérébral à la suite d'asphyxie par le charbon, et a admis, malgré l'intervalle de temps qui séparait la lésion de la date de l'accident, que le ramollissement était dil à l'intoxication. Nous n'avons pu trouver aucun exemple d'une lésion anatomique de la moelle.
On ne saurait dire avec certitude à quoi il faut attribuer les conséquences curieuses de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone. Il nous paraît probable^qu'il y a d'abord des hémorrhagies capillaires suivies plus tard d'une réaction inflammatoire. Une jeune fille de treize ans, ayant été asphyxiée par l'oxyde de carbone et ayant succombé après vingt-quatre heures au milieu des symptômes du tétanos et du trismus, on découvrit dans l'hémisphère cérébral gauche un foyer d'hémorrhagies capillaires punctiformes et dans la substance grise et blanche de la moelle des extra vasats sanguins punctiformes disséminés, sans qu'on pût démontrer aucune autre altération du parenchyme médullaire, ni sur l'organe frais ni après durcissement. On n'a pas, jusqu'à ce jour, publié le résultat de recherches analogues faites sur des animaux.
Là marche des paralysies dues à l'empoisonnement par l'oxyde de carbone est loin, comme on l'a vu, d'être toujours favorable. Non-seulement la mort est quelquefois le résultat immédiat de l'intoxication, mais les paralysies elles-mêmes, surtout celles de cause encéphalique, peuvent l'amener. Dans bien des cas, la paralysie demeure incurable, dans d'autres elle ne guérit qu'après des années. Nous-même avons vu un homme qui après un empoisonnement par le charbon, en apparence léger, avait gardé pendant plus d'un an une faiblesse dans les mouvements et des troubles psychiques. Mais il y a aussi beaucoup d'exemples de paralysies peu fortes qui ont guéri en quelques semaines.
Le traitement doit s'adresser tout d'abord à l'asphyxie et à ses conséquences immédiates. On soignera la paralysie d'après les règles générales: toniques, électricité, bains.
m. - PARALYSIES CAUSÉES PAR LE SULFURE DE CARBONE
Dans les fabriques de caoutchouc, il se dégage des vapeurs de sulfure de carbone qui sont respirées par les ouvriers. Delpech(^>,le premier, a signalé les paralysies et ]^s anesthésies des membres inférieurs, qui peuvent en résulter et qui sont suivies assez souvent de tremblements musculaires, d'atrophie et de troubles psychiques. Gourdon (^> a publié ultérieurement dos exemples de ces accidents. M. Bernhardt(^) a cité l'observation d'une fille de vingt-deux ans qui avait travaillé six semaines dans une fabrique de caoutchouc; elle fut prise de syncopes,
(1) Tli. Simon, Ueber Eticephnlomnlncie nach Kohi end wnslverijiflung (Arch. fur Psychiatrie und Nervenkranhheitcn, Berlin, Band I, \i. 263-271).
(2) Delpech, Union, médicale, 185C, n" GO, et plus tard : Industrie du caoutchouc soufflé. Recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone (Annales d'hygiène publ. et de médecine légale, 1863, t. XIX, p. 65-183).
(3) Paul Gourdon, De l'intoxication par le sulfure de carbone, thèse de Paris, 1867.
(*) M. Bernhardt, Uebi'r einen Fall ron Sehwefelkohlenstoffi-ergiftung (Berl. klin. 'Wai'h^nschrifl t lg71, n"2.
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de délire, de démence, de troubles dans la parole, de faiblesse des jambes, de tremblements et d'anesthésie générale. La malade pouvait à peine rester debout pendant quelques instants. La maladie s'améliora assez vite, la faiblesse diminua d'abord, puis l'anesthésie des membres inférieurs, Bergeron et Pellegrino-Lévi <*' ont noté de l'anesthésie de la cornée. Fliess a vu un homme paraplégie, dont les bras étaient un peu gênés dans leurs mouvements, et qui avait en même temps de la mydriase'; il guérit par l'application du courant continu.
Les causes anatomiques de ces paralysies ne sont pas con«ues et les expériences sur les animaux n'ont fourni aucun renseignement.