DIARRHÉES
Les diarrhées qu'on observe dans les pays chauds n'empruntent ordinairement des caractères exotiques qu'à leurs relations étio-
* Traités div. de pathol. int., cliniques et dictionnaires ; bibliographie de la dysenterie. — Colin (L.), Traité des mal. épidém. Paris, 1879. — Dujardin-Beaumetz, Clin, thérap. — Fayrer (J.), Tropical dysentery and diarrhœa, etc. — Jousset, Physiol. des organes digestifs en pays chauds, in acclimatement et acclimatation. Arch. de méd. nav., déc. 1883, p. 429. — Lalluyaux d'Ormay, Rap. manusc. Saigon. — Mahè, Prog. de séméiol. et d'étiol. pour l'étude des mal. exot. Arch. de méd. nav., XXIV, 106, et art. Diarrhée, in Dict. enc. — Rufz de Lavison, Chronol. des mal. de la ville de Saint-Pierre, Martinique. Arch. de méd. nav., juin 1869, XI, 431. — Saint-Vel, Mal. des rég. intert. — Sée, Anémies, p. 100 et suiv.
logiques avec certaines endémies, comme le choléra et la fièvre malarienne, et à leur tendance trop habituelle à se transformer en dysenterie. Dans leurs manifestations symptomatiques, elles ne diffèrent guère des diarrhées de nos régions. Elles comprennent :
Les flux cholériformes que nous avons énumérés en regard des flux cholériques vrais, au début de notre second chapitre;
Les flux de causes banales, de nature séreuse, muqueuse, séromuqueuse ou bilieuse ;
Les flux lient ériques, résultant d'une insuffisance digestive accidentelle.
Toutes ces formes sont aiguës ou subaiguës. Les diarrhées du premier groupe, dans les régions où le choléra est endémique, sont très difficiles à séparer de celui-ci. Dans les périodes où l'infection sévit épidémiquement, elle absorbe, pour ainsi dire, tous les états morbides à détermination intestinale. Dans les périodes d'accalmie, où elle perd son expansivité et ne donne plus lieu qu'à des atteintes isolées, elle laisse davantage aux flux non spécifiques leur physionomie propre : ceux-ci ne revêtent guère l'aspect riziforme ou séro-sanguinolent, et, malgré leur bruyant éclat, il reste douteux que les diarrhées bilieuses doivent être rapportées à l'influence cholérique, dans les zones où l'endémie est permanente, à plus forte raison dans celles où elle n'existe pas traduite par des formes véritablement caractéristiques, comme au Sénégal [N'diank).
Les flux biliaires sont d'ailleurs fréquents, dans les pays chauds, où ils sont la conséquence de l'hypérémie du foie. Modérés, ils sont comme la détente qui préserve la glande d'accidents inflammatoires graves, et il est toujours imprudent de les supprimer trop brusquement.
Par contre, il n'est pas rare d'observer, sous l'influence d'une sécrétion biliaire très amoindrie, la décoloration des matières évacuées par le rectum, dans les conditions normales delà défécation, comme dans la diarrhée.
C'est peut-être à un amoindrissement analogue de la glande pancréatique, comme aussi des glandes gastro-intestinales, qu'il faut rapporter le phénomène assez fréquemment signalé, en Cochinchine, des selles à flocons graisseux, des selles à margarine, suivant l'expression de L. d'Ormay. Dans un rapport de cet émi-
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nent médecin, nous lisons que, « chez plusieurs hommes, quelle que fût la forme et la nature de la diarrhée, on trouvait parfois dans les selles des flocons graisseux, plus ou moins volumineux, flottant à la surface du liquide, et donnant fréquemment l'apparence d'une soupe grasse refroidie. Quand il n'y avait pas de liquide dans les déjections, ces matières d'un blanc jaunâtre restaient mélangées avec les fèces et leur donnaient une teinte cendrée. Plusieurs fois, des personnes qui ne se croyaient pas malades ou qui commençaient à vaquer à leurs occupations, inquiétées par la vue de ces flocons, formant des masses aussi grosses que des œufs de pigeon, sont venues les soumettre à l'examen du médecin. La matière ne tache pas le papier; elle ne contient pas d'oléine; présentée au feu, elle fond et brûle comme un corps gras : elle est en effet constituée par les principes solides des graisses (margarine et stéarine) et provient des aliments, particulièrement du bouillon; l'oléine est absente; elle est donc digérée; il en est ainsi du beurre et des huiles, qui ne se retrouvent pas dans les selles... Cette forme particulière de selles s'accompagne habituellement d'aigreurs d'estomac et de gastralgie; on la rencontre fréquemment dans nos salles, à certaines époques de l'année, quand les digestions languissent. » Nous avons eu l'occasion d'observer par nous-mêmes, à Saigon, les selles à flocons graisseux mentionnées par d'Ormay; elles sont à rapprocher des selles caséeuses parfois observées chez les individus soumis au régime lacté.
Il n'est pas impossible que certaines diarrhées graisseuses reconnaissent pour origine, dans les pays chauds, une exhalation du chyle, et que d'autres se rattachent à la lymphathexie (chap. v).
Sous leurs diverses formes, les flux intestinaux ont souvent pour cause, associée ou dominante une action malarienne, qui leur communique fréquemment des allures rémittentes ou intermittentes, et indique la nécessité d'une médication quinique.
Nous verrons plus loin que la diarrhée peut, comme la dysenterie, être la conséquence d'irritations produites par des parasites.
Signalons, comme dernière cause de diarrhée, dans les pays chauds, l'ingestion de certaines graines, appartenant à la famille des euphorbiacées, et douées de propriétés éméto-cathartiques [sablier; hura crepitans; médiciniers : jalropha curcas, jatropha multifida, etc.). Ces graines, mangées par ignorance, ou avec l'in-
tention préméditée de provoquer un état morbide qui oblige le médecin à prononcer une admission à l'hôpital, donnent lieu à des phénomènes cholériformes parfois très inquiétants, ou à des diarrhées séro-muqueuses d'une durée de plusieurs jours. Il serait aisé, dans la plupart des cas, de reconnaître la cause de Tafîection, par l'examen microscopique des selles, qui permettrait de constater, au milieu des parties grumeleuses ou solides, des fragments végétaux à cellules caractéristiques.