CHAPITRE VIII DIARRHÉES. —DYSENTERIE. — PARASITES INTESTINAUX
Dans les pays chauds, les organes digestifs sont soumis à des causes d'irritation fréquentes. Une nourriture trop copieuse ou trop excitante, mal adaptée à un appareil élaborateur dont la fonctionnalité semble amoindrie, comme d'ailleurs la puissance assimilatrice ; un contact prolongé des matières de déchet et des produits putrides engendrés au cours des transformations digestives, conséquence de l'atonie relative des plans musculaires; l'action de liquides de sécrétions plus ou moins troublées (bile), celle des principes excrémentitiels qui prennent la voie supplémentaire de l'intestin, en raison de l'insuffisance de l'uropoièse ou d'une brusque suppression de la transpiration cutanée, celle aussi d'infectieux multiples (cholérique, typhique, malarien, etc.), qui, directement ou indirectement, tendent à localiser leurs effets ; des sollicitations réflexes d'ordre varié, quelquefois le parasitisme de certains vers, telles sont les conditions, trop communes, d'un état hypérémique ou inflammatoire de la muqueuse intestinale. Tantôt, l'affection se traduit par un flux exagéré de liquide, sécrété, exhalé ou exsudé à la surface de la membrane; tantôt par le phénomène presque contraire d'une évacuation difficile et pénible de matières peu abondantes et d'apparence très anormale. Cette opposition a donné lieu aux types cliniques de la diarrhée et de la dysenterie. Sans doute, les processus anatomiques ne répondent pas toujours exactement à cette dualité : le flux intestinal peut se rattacher à une simple perturbation vasomotrice, qui ne mérite pas même le nom d'hypérémie, à une
hypérémie véritable ou à une inflammation superficielle, catarrhale ; les selles liparo-sanguinolentes et leténesme dysentérique, s'ils se lient à des désagrégations moléculaires ulcératives, ne prouvent pas la similitude de nature et d'origine dans la lésion. Sans doute, la facilité avec laquelle les manifestations diarrhéiques et dysentériques se combinent et se succèdent les unes aux autres, accuse entre leurs processus, en dépit de leur diversité, une remarquable uniformité de tendances et une étroite affinité. Mais cependant il nous paraît utile, au point de vue pratique, de nous tenir également en garde contre l'excès des distinctions analytiques et contre l'excès de la concentration synthétique, de conserver en un mot deux types généraux couramment admis par l'observation vulgaire. Nous mentionnerons donc des diarrhées et nous étudierons des dysenteries, que nous considérons comme des formes cliniques isolables de processus anatomiques variés et plus ou moins connexes. Nous aurions pu décrire, comme leur forme ultime et commune, Vathrepsie coloniale atrophique, dans laquelle la lésion et le symptôme n'appartiennent plus seulement à l'intestin, mais que caractérise la suspension des actes digestifs, sous la régression simultanée de tous les organes qui devraient concourir à la fonction ; mais nous reconnaissons que si cette forme clinique peut également succéder à des diarrhées primitives banales et à la dysenterie, il semble démontré qu'elle offre toujours les lésions de cette dernière, à l'état de chronicité; aussi la rattacherons-nous aux formes chroniques de la dysenterie.
La diarrhée et la dysenterie ont été pendant bien longtemps, avec l'hépatite et les fièvres palustres, les causes principales de la mortalité européenne entre les tropiques. Actuellement, elles semblent diminuer de fréquence et de gravité, grâce aux progrès de l'hygiène. Dans l'ensemble des colonies anglaises, elles donnent une proportion, pour un effectif de 1,000 hommes :
La dysenterie, de 2,82 atteintes 0,15 décès 0,43 invalidations
La diarrhée, de 54,05 — 0,08 — 0,23 —
Mais les maladies demeurent communes et graves en certaines régions, comme l'archipel malais, l'Indochine et l'Inde. Elles entraînent sans doute une faible léthalité dans nos hôpitaux de Cochinchine; mais combien de victimes succombent à leurs suites, meurent en état athrepsique, à leur retour dans les centres métro-
DIARRHEES 669
politains î Dans l'Inde et les pays adjacents, d'après les statistiques les plus récentes (Fayrer), les affections intestinales occasionnent une mortalité moyenne de 2,94 pour 1,000 habitants, et la proportion des décès se répartit ainsi suivant les provinces :
Bengale. ,
Birmanie anglaise . . . ,
Madras. .
Punjab . ,
Provinces centrales . . ,
Bombay .
Assara. . .
Prov. du N.-O. et Oude. .
Bérar. . .
Comparée à la mortalité malarienne, de 11,1 à Calcutta et de 3,10 à Bombay, la mortalité par diarrhée et dysenterie oscille, dans ces villes, entre 1,70 et 3,50 pour 1,000 habitants.
Les décès atteignaient des chiffres beaucoup plus élevés autrefois, parmi les Européens et les indigènes. Sans remonter jusqu'à la statistique de Tulloch, nous en trouvons la preuve dans un relevé très consciencieux de Cornish, qui, pour l'armée de Madras, comprend une période de 17 années (1842-1859) : les proportions sont ramenées à 1,000 :