I. — FOYERS
Ils comprennent Flnde, l'Indo-Chine, et peut-être une partie des îles de Farchipel malais, vaste ensemble de contrées que Ton pourrait désigner sous le nom de région indo-malayenne, et qui répond à l'une des zones les plus chaudes et les plus humides du monde : ses limites seraient, d'une part, le Tropique du Cancer et le 10^ degré de latitude sud, d'autre part, les 65^ et 125^ degrés de longitude orientale.
Inde"^. Il est fait mention du choléra dans l'antique ouvrage de Suçruta, d'après Wise. Selon Macpherson, les Européens se seraient trouvés pour la première fois aux prises avec la maladie à Goa, en 1503, et le Portugais Gaspar Correa aurait donné la première description d'une épidémie, observée dans cette ville, en 1S43. Le choléra fut ensuite mentionné sur divers points du littoral, en 1641, par Baldaeus ; à Surat, en 1666, par Thévenot ; dans le Mewar, en 1661; dans le Marwar, en 1681-1682; à Goa, en 1683-1684. Au xvm*" siècle, il est signalé et étudié à Pondichéry par le frère du Choisel, en diverses autres localités par Paisley. Sonnerai, Gurtis, Girdlestone, Duffin, Davis, Thomson, J. Johnston, etc. Au xix siècle (1817-1823) une terrible explosion épidémique, qui retentit sur une immense étendue de l'hémis-
' Bordier, Boudin, Colin, Cunningham, Fauvel, Hirsch, Klein et Gibbes, Lombard, Mahé, Poincaré, Scoutetten, ouv. cités. — Annesley, Sketches of the more preval. dis. of India, 2" éd., Lond., 1831. — Bryden, Rep. of the choiera of 1866-68, in the Bengal Présid., méd. times and gaz., 1870. — Clelland (J. Mac). Climat du Bengale. Ann. d'agric. col., II, 1860. — Collas (A.), Notes manuscrites. — Curtis. Account on the discases of India. — Fayrer (J), On the origin, habits and diffusion of choiera. Conf. Lond. 1886. — Finck, De l'intensité et de la fatalité du choléra dans les armées indiennes. Epid. soc, the Lancet, 11 fév. 1854. — Follet, Choléra à Pondichéry. Arch. de méd. nav., XXXIII.— Huillet, Hyg. des blancs, des mixtes et des Indiens à Pondichéry. Pondichéry, 1867. — Martin (Ranald). Infl. of trop, clim., 2" éd., Lond., 1861. — Macpherson. Annals of choiera. — Moore, man. of dis. in India, Lond., 1886. — Pauly, L'Inde, in climats et endémies, Paris, 1875. — Pettenkôfer (A.), De la propagation du choléra dans l'Inde. — Scot's Rep., cité par Collas. — Webb (AUan), Pathol. indica. Lond., 1848. — Waring, Stat. — Wise, Com. on Hindu syst. of medicine. Calcutta, 1845.
62 TRAITÉ CLINIQUP: DES .\fALADIES DES PAYS CHAUDS
phère nord, jusqu'en Earope et en Amérique, initie définitivement le monde médical aux manifestations cholériques.
Bryden a dressé des cartes qui font connaître la distribution du choléra dans Tlnde. Dans la présidence de Madras, on remarque que c'est toujours la même province, qui, chaque année, se trouve couverte de la teinte caractéristique : c'est la zone endémique, qui possède une climatologie spéciale et une race particulièrement adaptée à celle-ci ; il y règne une humidité perpétuelle et la quantité de pluie y est parfois énorme ; d'immenses espaces sont inondés pendant la mousson : le choléra disparaît alors pour reparaître ensuite et envahir les districts avoisinants, dès que les eaux se sont écoulées et que le sol, couvert d'une végétation luxuriante, commence à se montrer de nouveau. En dehors de cette zone, dite du N.-O., les conditions sont tout à fait inverses; mais le passage des unes aux autres se fait par gradations insensibles. Bryden distingue en outre une zone épidémique que le 80" degré méridien divise en deux parties, oii l'influence de la mousson produit des effets tout différents. La zone E. s'étend des limites de la zone endémique jusqu'au 80^ degré de longitude ; celle de l'O., du 80*" degré jusqu'au Penjah, lequel du reste ressemble beaucoup à la zone précédente, avec cette différence qu'il subit moins fortement l'influence de la mousson, c'est-à-dire celle de la condensation atmosphérique. Le choléra peut se maintenir dans un pays situé hors de la zone endémique et, de là, se répandre sous la forme épidémique ; mais il s'éteint ensuite, et pour qu'il reparaisse, il faut un nouveau passage de l'onde cholérique émanée de la zone d'endémie. De là une distinction entre le choléra revivifié^ et le choléra d'invasion. L'invasion ne peut se faire que pendant la mousson ; la revivification peut avoir lieu en toutes saisons — Pettenkôfer, s'accorde avec Bryden pour attribuer à la condensation atmosphérique un rôle important dans la production des épidémies saisonnières ; mais il s'écarte du médecin anglais, en donnant une influence prépondérante aux conditions d'humidité du sol et du sous-sol. — D'autres facteurs interviennent évidemment, comme la misère, les famines fréquentes, qui créent dans les milieux indigènes une tendance à la typhisation ; les agglomérations humaines considérables, aux époques de certaines fêtes religieuses, source de fatigues nouvelles, par les excès que la licence engendre, et aussi d'infection intense,
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par raccumulation des matières organiques excrémentitielles sur des espaces restreints, par la multiplicité et l'intimité des contacts ; l'abandon fréquent des cadavres aux cours d'eau sacrés ; l'usage d'eaux impures, etc. — Aussi, avec sa population dense et toujours souffrante, les conditions de son sol et de. son climat, l'Inde est-elle le foyer oii s'élaborent en permanence les poisons qui donnent naissance aux fièvres typhiques les plus variées et surtout au choléra, véritable typhus, prédominant sur les autres formes, parce que, sans doute, son infectieux propre dérive à son profit la plus grande quantité de la matière organique apte à produire les contaminateurs septiques. C'est dans l'Inde que la plupart des épidémies intenses, qui ont dévasté l'Europe, ont pris leur origine (irradiations par la voie de terre : Kaboul ; ou par la voie de mer : Calcutta et Bombay) :
1° En 1817, épidémie à Jessore, à Calcutta, bientôt étendue à tout le Bengale, puis l'année suivante, à toute la péninsule hindoustanique ; la maladie rayonne vers la côte orientale d'Afrique, sur l'archipel malais et la Chine, en même temps qu'elle atteint Mascate, la Perse et la Mésopotamie, la Mecque et l'Egypte, Orenbourg, Astrakan et Odessa, Londres et Paris en 1832, et elle n'abandonne l'Europe, après l'avoir presque entièrement ravagée et s'être étendue jusqu'au Canada et aux Etats-Unis, que dans l'année 1838.
2° En 1842, épidémie développée dans les basses régions du Bhramapoutra et de l'Iraouaddy, rapidement propagée aux vallées du Gange et de l'Indus, puis à la Perse (1846), à la Mésopotamie et à la Mecque, aux provinces caucasiennes, à la Russie (Moscou, 1847) et, l'année suivante, à une grande partie de l'Europe septentrionale et centrale : Paris est sévèrement atteint en 1849 ; le choléra gagne l'Amérique, pendant qu'il continue ses ravages en Europe, avec des alternatives d'apaisement et de recrudescence (Paris,. 1853-54), jusque vers 1863.
3° En 1865, des provenances infectées de l'Inde et de Java déterminent, dans le Hedjaz, la formation d'un foyer, qui luimême amène, danslaBasse-Egypte, le développement d'un nouveau centre, bientôt irradié jusqu'aux principaux ports du bassin méditerranéen, et, dans l'Europe centrale, jusqu'à Paris et Altenbourg.
4° En 1873, l'Europe est encore atteinte par les expansions d'une épidémie née dans l'Inde.
5° En 1882, le choléra règne dans l'Extrême-Orient : l'Egypte est contaminée l'année suivante par une provenance de Bombay ; une partie de Europe méridionale est à son tour envahie
Indo-Chine K Les influences qui règlent la marche de l'endémo-
épidémie, dans l'Inde, se 'retrouvent, mais à un moindre degré, en Birmanie, dans le Siam et le Cambodge, dans l'Annam et la Basse-Gochinchine, au Tonkin. Sans doute, la péninsule indochinoise doit à sa population généralement plus clairsemée, à ses agglomérations urbaines plus rares, plus restreintes et plus isolées, d'être éprouvée avec moins de sévérité que sa voisine. Néanmoins, le choléra s'y montre en permanence, parmi les indigènes, et, tantôt spontanément, tantôt sous le coup de fouet d'une importation, revêt l'allure d'épidémies graves, qui ne respectent aucun des éléments ethniques. Dans la Cochinchine française, il faudrait, d'après plusieurs médecins, élargir le champ de l'endémie cholérique et lui rapporter un très grand nombre de cas mis à tort sur le compte du paludisme (fièvres dites cholériformes) ; pour les épidémies de 1861, 1863, 1863, 1874, 1873, 1877, on n'a pu retrouver les traces d'une importation ; mais l'épidémie de 1882-83 semble avoir été la conséquence de rapports suspects avec les pays emdronnants (Siam, Singapore, Hainan), alors très violemment atteints. De Saïgon, le choléra peut arriver, par un transport, jusqu'en Egypte (la Corrèze a eu des cas à Suez, 1877) et même jusqu'en Europe (quoiqu'on ait voulu le nier, l'épidémie de 1884, à Toulon, se rattache bien probablement à une importation par la Sarthe) ^
* Arch. du conseil de santé, Saïgon : Rapports manuscrits. — Descliamps, Cont. à l'ét. du choléra endémique en Cochinchine. Th. Paris, 1884. — Foiret, Topog. méd. de Haï-phong iTonkin). Arch. de méd. nav. XXX. — MayoUe, Réflexions sur une épid. de choléra en Cochinchine. Th. Paris, 1883. — Poujade, Le Choléra dans la Coch. franc. Paris, 1868. — Richaud. Topog. méd. de la Cochinchine. Arch. de méd. nav., I. — Thorel, Relat. méd. de l'exploration du Mékong Th. Paris, 1870. — Geoffroy, Rapp. méd. sur le voy. du croiseur auxiliaire le Château-Yquem en Chine et au Tonkin. Arch. de méd. nav. XLV.
- En 1884, le choléra se manifesta encore par quelques cas isolés, à Saïgon et même, en mars, il offrit une légère recrudescence à terre et à bord des navires. Ce fut alors que deux cas éclatèrent sur la Sarthe, prête à partir pour la France. Le transport fut mis en quarantaine au cap Saint-Jacques (à l'embouchure de la rivière de Saïgon), déchargé et désinfecté. Mais on a oublié de dire comment fut exécutée la désinfection et surtout ce que devinrent les effets des hommes pendant l'opération; si, après celle-ci, l'on n'envoya pas à bord de nouveaux efi'ets provenant du
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Archipel Malais '. Bontius décrivait le choléra à Java dès Tannée 1629. L'endémie n'est cependant pas admise par tous les médecins. Aux Indes néerlandaises, Yan Leent déclare même que la maladie a toujours été importée. Batavia, en raison de ses relations commerciales, est le point le plus exposé aux contaminations par l'Inde ou les pays voisins.