III. — INFLUENCES ETHNIQUES ET INDIVIDUELLES
Races. — Toutes paient tribut à la dysenterie, et sur leur propre sol, et sur ceux oii elles ont été transportées. Mais l'aptitude de leurs diverses fractions varie beaucoup, et, dans une large mesure, suivant leurs habitudes hygiéniques. Abandonnées à elles-mêmes, les populations indigènes sont en général plus éprouvées que les Européens; mais, dans les corps de troupes, où, malgré leurs différences, les conditions du logement, de la vestiture et de l'alimentation deviennent satisfaisantes, et où la discipline tempère les
* Mém. de méd. et de chir. mil., 3e s., XVII, 18.
excès, la fréquence et la gravité des atteintes apparaissent renversées. A Calcutta, sur 1,000 de population civile, les décès dysentériques aux hôpitaux sont de 0,05 chez les non-Asiatiques, de 0,10 dans les races mixtes, de 2,02 chez les Hindous, de 0,70 chez les mahométans * ; dans l'armée anglaise, au contraire, la léthalité serait, pour 1,000 d'effectif, de 8 parmi les troupes blanches, et de 0,8 à 0,5 parmi les troupes Hindoues (Cipayes) ; à Madras, aux Indes occidentales, elle oscille entre 8, 9 et 70, 3 parmi les troupes blanches, entre 4, 2 et 12, 1 parmi les troupes de couleur ^ . Chez l'Européen, il semblerait donc qu'une susceptibilité particulière aux influences climatiques augmente Fimpressionnabilité vis-à-vis de l'agent dysentérique. Mais il n'y a pas d'acclimatement contre la maladie, dans les milieux endémiques, et même un long séjour dans les colonies, par l'amoindrissement qu'il entraîne d'ordinaire, pourrait être plutôt considéré comme une prédisposition : « A la Martinique, on trouve plus de dysentériques parmi les soldats de la garnison qui sont demeurés dans l'île pendant plusieurs années, que parmi les matelots qui vont et viennent et n'y font que des séjours momentanés; les cas sont moins graves parmi ces derniers... » (Rufz.) Toutefois, il est encore dif fi cile d'apprécier rigoureusement l'influence de la. diii'ée de la résidence. D'après les relevés de Waring (Inde), la plus grande mortalité, parmi les troupes européennes, s'observe dans la premièreannée (1,017 p. 1000 d'effectif), elle tombe de plus de moitié dans la seconde (0,410), suit une marche un peu ascendante, mais avec oscillations, jusqu'à la septième (0,770, 0,538, 0,517, 0,451, 0,908), puis décroît assez régulièrement jusqu'à la vingt-cinquième (0,444 à 0,302) : au-dessus de trente ans, elle tend à se rapprocher du chiffre de la première année (0,847).
Le bas âge prédispose, dans toutes les races, aux affections intestinales, mais principalement parmi les populations non-européennes, où il est entouré de moins de soins. A Calcutta, sur 1000 atteintes observées chez des enfants, on en compte 10 chez les non-Asiatiques, 280 chez ceux de races mixtes, 520 chez les Hindous et 190 chez les mahométans. Parmi les éléments adultes, la fréquence des cas (d'après les admissions aux hôpitaux, armée de
* Rapp.de l'off. sanit. pour 1879.
* Slat. anc. ex Boudin et Bordier.
Madras) augmente jusqu'à 30 ans (58,2 à 91,9 p. 1,000, d'effectif), diminue de 30 à 45 (69,1 à 50,0} et surtout entre 45 et 50 (8,9) : elle s'accroît de nouveau au delà de cette période (21, 2). Toutefois, le nombre des décès, par rapport à l'effectif et au chiffre des cas, suit une progression régulière avec l'âge (Waring) :