novembre, décembre, janvier
lions de lieu et de saison, peut faire varier le nombre des cas, tandis que la gravité exprimée par le chiffre des décès est toujours un effet des influences endémiques. Au Sénégal, oii les saisons sont le plus tranchées et où les variations de la météorologie sont le plus prononcées, les chiffres de la dysenterie par trimestres suivent une marche régulière et se classent dans l'ordre suivant avec des différences très sensibles, 4% 3% 1" et 2°. A la Guyane, climat de températures égales et de renversement des saisons sèche et humide, la maladie affecte à peu près la même marche trimestrielle, avec de légères différences et des nuances bien moins tranchées ; mais c'est toujours la saison chaude, troisième et quatrième trimestres, qui est la plus chargée. Aux Antilles, les mouvements fréquents des navires et des troupes, les pluies de décembre et de janvier, portent une assez grande perturbation dans Tordre de succession des cas et des récidives, mais l'influence des saisons s'exerce dans le même ordre sur la mortalité, dont les chiffres proportionnels par trimestre sont bien plus tranchés qu'à la Guyane et à peu près autant qu'au Sénégal. Partout, c'est la saison chaude et le moment de cette saison où se fait Févaporation du sol, qui est la saison des ravages produits par la dysenterie. N'est-ce pas aussi la chaleur humide qui est l'agent le plus puissant des modifications physiologiques par lesquelles l'organisme humain est livré presque sans défense aux causes endémiques, qui engendrent chez celui-ci la fièvre, chez celui-là la dysenterie? On peut ainsi formuler le rôle des météores, dans l'étiologie endémique de la dysenterie : influence générale du climat, avec action prépondérante de la météorologie de l'hivernage et de son arrièresaison, par rapport aux émanations du sol^ ; action éloignée, prédisposante, s'exerçant par les modifications physiologiques, qui créent l'imminence morbide par rapport à l'organisme humain. Toutefois, le rôle de la météorologie n'est pas seulement d'ordre endémique, et, par conséquent, plus ou moins éloigné (nous dirions, nous, généralisé) ; il est aussi d'ordre accidentel, particulier et direct. C'est le genre de cause qui, indépendamment du climat, et sous toutes les latitudes, intervient le plus souvent dans la production des cas isolés, mais alors, c'est par l'abaissement de la température, aidé souvent de l'humidité et des courants d'air,
* Animales aulant que végclales d'origine, ne l'oublions pas !
c'est-à-dire suivant un mode tout différent, qu'elle agit. Cette cause, commune à tous les pays, est celle à laquelle s'arrêtent ceux qui n'accordent pas à l'existence du miasme (infectivité) l'importance qu'elle mérite. A l'exemple de Stoll, ils n'admettent pas que la dysenterie puisse se déclarer, à moins que les malades n'aient été exposés à des variations brusques de température ; ils n'existe qu'une seule cause déterminante de la dysenterie, disentils, l'abaissement subit de la température. Thévenot, trouvant au Sénégal le quatrième trimestre le plus chargé de dysenteries, accusait aussi les premières fraîcheurs de novembre... Mais plus tard, Thèze établissait par des chiffres que c'est réellement l'hivernage et son arrière-saison qui donnent naissance à la maladie. Segond ne reconnaissait, à la Guyane, que les variations de température, comme étiologie de toutes les endémies.... et, à la Guadeloupe, Gornuel accusait les terrains accidentés, parcourus par des rivières, parce qu'ils favorisent les variations de température... Dans ces appréciations, il n'est tenu aucun compte de l'endémicité, il n'est fait aucune distinction entre Fétiologie spéciale inhérente aux localités, et Fétiologie commune à tous les lieux et à toutes les formes delà maladie. En supposant qu'on pût attribuer vaguement la cause de l'endémicité au seul climat sidéral des régions tropicales, il suffirait, pour acquérir la preuve que ce n'est pas à un abaissement subit et accidentel de la température ou aux variations normales de l'atmosphère qu'elle est due, de s'assurer que les statistiques représentent la saison chaude comme l'époque du plus grand nombre des décès fournis par la maladie, et que les observations météorologiques prouvent que, dans cette saison, les abaissements ou des écarts brusques de la température, comme les variations les plus marquées de la météorologie, en général, ne sont que des accidents. Il n'y a donc ni concordance de saison, ni rapports de durée et de persistance entre ces causes et la dysenterie endémique. Mais si l'on n'arrive pas à expliquer par elles l'endémicité, on constate très souvent une filiation directe entre les sensations de froid éprouvées par le malade et les premiers symptômes de la maladie. Seulement ce n'est pas toujours par le chiffre du thermomètre qu'il faut estimer la valeur étiologique de ces sensations, mais beaucoup plus souvent par les conditions dans lesquelles se trouvent les malades, quelle que soit la saison ». (Dut.)
Ces remarques sont confirmées par l'observation de l'influence qu'exercent les altitudes, dans les centres endémiques. La dysenterie reste toujours plus fréquente et plus sévère sur le littoral, c'est-à-dire dans la zone chaude; mais l'altitude, en raison des variations plus grandes de la température, surtout pendant la nuit, aide à l'éclat du processus morbide chez les sujets prédisposés, aggrave souvent l'atteinte chez les malades déjà affaiblis. Au Camp-Jacob (Guadeloupe), nous avons pu vérifier la justesse des observations faites à cet égard, au Mexique, par Goindet * : i° les diarrhées et les dysenteries récentes chez des hommes valides guérissaient bien sur les hauteurs : alors la réaction qu'elles suscitaient était atténuée par l'influence première du climat des altitudes ; 2° dans les conditions opposées, cette réaction manquait, l'organisme restait dans la langueur, l'anémie augmentait par suite de la difficulté des digestions, les sujets succombaient au marasme, malgré le bon état relatif des intestins ; 3° dans plusieurs cas, des diarrhées simples devenaient dysentériques et des dysenteries prenaient la forme hémorrhagique ; 4° à leur arrivée des terres chaudes, les diarrhées et les dysenteries étaient accompagnées d'un état bilieux; dans les rechutes, les complications du foie faisaient ordinairement défaut : en somme les diarrhées et les dysenteries contractées dans les terres chaudes se trouvaient moins bien que les fièvres intermittentes du séjour sur les hauts plateaux : elles ne s'amélioraient qu'autant que leur état était encore aigu et chez les sujets qui n'étaient pas très affaiblis.