II. — I.XFLUENCES METEOROLOGIQUES
L'activité endémique suit manifestement les ondulations de l'Equateur thermique; elle décroît à mesure que la latitude s'élève, mais en accusant une prédominance dans l'hémisphère nord, en se concentrant même d'une part, dans la région soudanienne occidentale; d'autre part, dans la région indienne ; elle s'atténue en général sur les continents américains.
L'influence de V altitude est consiàérdihle. On a dit que l'hépatite était rare, en Algérie, au delà de 1,000 à 1,200 mètres. Mais nous la voyons signalée comme fréquente et plus ou moins sévère sur les hauts plateaux du Pérou, à Quito, à Mexico et dans la région himalayenne. On a prétendu expliquer ces faits par la raréfaction de l'air sur les altitudes extrêmes et en tirer un argument favorable à la théorie du balancement fonctionnel entre le poumon et le foie. Mais nous avons observé par nous-mêmes avec quelle facilité se produisaient les abcès du foie, aux Antilles, dans les localités de faible altitude, littorales (Basse-Terre) ou intérieures (Camp- Jacob). Comme on ne saurait arguer d'une modification sensible de la pression atmosphérique entre 30 ou 40 mètres et 300 ou 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce n'est pas dans un pareil changement des conditions de milieu qu'il faut rechercher la cause de la production de l'hépatite dans les lieux élevés, mais bien plutôt dans un excès de ventilation, dangereux surtout pour les individus qui proviennent des terres basses et chaudes et qui sont plus ou moins prédisposés à l'inflammation suppurative par des congestions anciennes. Une impression de froid relatif, subite, se traduit par une perturbation vasculaire vers l'org-ane le moins résistant, et l'ischémie périphérique, entraînant Thypérémic vis-
cérale, ou l'aggravant, jetant dans le torrent circulatoire des principes qui ne sont plus éliminés par la sueur, la glande hépatique passe de l'irritation congestive à l'irritation inflammatoire. Cette influence des altitudes, dans ses rapports avec les conditions de la ventilation, n'apparaît nulle part plus évidente que dans l'Inde ; là, les brises fraîches se font surtout sentir au voisinage de la mer et sur les plateaux, elles sont moins prononcées dans les plaines intermédiaires ; or, les décès par hépatite se répartissent ainsi dans l'ensemble de la région, pour 1.000 hommes d'effectif, 5,6 sur le littoral, 3,3 dans les plaines, 6,0 sur les plateaux.
La chaleur est l'un des principaux facteurs de l'endémie. Il suffit, pour s'en convaincre, d'étudier, même très sommairement, la répartition des foyers, de songer aux modifications qu'une température toujours élevée détermine dans l'ensemble de l'économie, comme dans les fonctions gastro-intestinale et hépatique : nous avons déjà mentionné ces effets à propos de la congestion et nous n'avons pas à insister davantage sur ce point d'étiologie. Mais nous devons mettre en relief, à côté de l'élément calorique, un autre élément de même ordre, qui contribue précisément à renforcer son action ; nous voulons parler de \ humidité atmosphérique. On sait combien la chaleur humide, par sa continuité, abat l'organisme humain, entraîne de troubles dans l'appareil digestif; c'est l'influence déterminante de nombreux états bilieux, qui prennent naissance et évoluent parallèlement à l'hépatite endémique. Celle-ci a pour centres les plus intenses les contrées à la fois les plus chaudes et les plus humides du globe.
L'intervention accidentelle d'une impression de froid, plus ou moins relative, n'a rien qui doive surprendre en ces conditions ; c'est le coup de fouet qui accélère des tendances depuis longtemps déjà manifestes ou latentes, précipite le dénouement d'un processus irritatif, en déterminant dans l'organe hépatique un ébranlement ultime, auquel il n'a déjà plus le pouvoir d'opposer une résistance efficace.
L'influence des saisons ne fait que traduire, avec des modalités qui varient selon les pays, l'action combinée de la chaleur et de l'humidité; en Algérie, sur 274 hépatites suppurées, 123 s'observent pendant l'été, 62 pendant l'automne, 53 pendant l'hiver et 36 pendant le printemps, la saison la plus douce et la plus égale de l'année (Catteloup); aux Antilles, où la température ofl're moins
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d'oscillations, les différences sont aussi moins accentuées dans les répartitions saisonnières de l'hépatite ; cependant, la maladie prédomine dans les deux derniers trimestres (la chaleur et l'humidité ayant leur maximum d'août à novembre) ; sur 49 cas, relevés par Dutroulau, 11 appartiennent'au premier trimestre, 11 au deuxième, 14 au troisième et 13 au quatrième.