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MODES DE DEVELOPPEMENT

Le développement spo7itané du choléra ne paraît admisible, jusqu'à présent du moins, malgré quelques faits récemment avancés ', que dans les foyers primitifs, endémo-épidémiques : là, en effet, il n'a pu se développer que sous l'influence des conditions locales qui l'entretiennent encore. En dehors de ces foyers, la maladie naît à la suite d'apports qui mettent en jeu des influences antochthones, par elles-mêmes insuffisantes à la créer, mais sans lesquelles toute stimulation contaminatrice serait par avance condamnée à demeurer sans résultat.

Le choléra n'est pas coîitagieux . La preuve de la contagion, c'est l'imprégnation d'un sujet sain par la matière infectieuse provenant d'un organisme malade : elle n'a été faite ni par l'ingestion, ni par l'inoculation des humeurs cholériques. — Sans rappeler les expériences déjà anciennes de J. Meyer, de C. Schmidt, d'Eichstedt, de John, de Marshall, etc., nous avons quelque droit de récuser la valeur de certaines expériences trop affirmatives, devant les résultats contraires, avoués par les membres des missions française et allemande, en Egypte, et reconnus encore une fois négatifs, dans l'Inde, par le docteur Koch. « Nous nous sommes efforcés, dit Strauss, en son rapport sur l'épidémie d'Egypte (1883), de communiquer la maladie à des animaux. Nous avons fait ingérer à des animaux des matières vomies, des selles rizif ormes, des anses intestinales, recueillies immédiate-

* Van Lier croit au développement spontané de l'épidémie de 1881-82. «En 1881, dit-il, le choléra éclate simultanément à Aden et à Sourabaya ; selon les télégrammes, la différence n'était que de 24 à 36 heures entre les dates des manifestations et l'on n'avait pas encore de nouvelles d'autres contrées. » Il était donc vraisemblable que la maladie avait pris naissance sous une influence très générale, spontanée, -alliée d'ailleurs à des conditions secondaires propagatrices, dans la sphère de rayonnement du foyer indien. Mais des apports nocifs avaient pu se produire de ce foyer à Aden et à Java, avant que l'épidémie hindoustanique eût été notifiée dans ces localités.

Walther, à la Guadeloupe, nie aussi l'importation. Mais il ne peut dissimuler que l'épidémie ait suivi d'assez près l'arrivée, sur l'une des rades de la colonie, d'un navire de Marseille, alors contaminée. Le navire offrait un bon état sanitaire, la traversée avait été longue, soit ! Il avait"sans doute conservé la matière infectieuse à l'état latent, dans quelques ballots ou malles d'effets ouverts à terre et dissimulés à l'autorité sanitaire. Nous savons, par expérience, ce que valent les mesures sanitaires en pays créoles, à la Guadeloupe particulièrement !

ment après la mort, sur des cadavres de cholériques. Des poules, des pigeons, des cailles, une dinde, des geais, des lapins, des cobayes, des rats, des souris, des chiens, des chats, des porcs ont reçu ces matières, sans en éprouver aucun effet... Pour placer nos animaux d'expérience dans des conditions que nous pensions propres à favoriser la contagion, nous leur avons donné des matières cholériques, après avoir irrité leur intestin par un purgatif; ces tentatives n'ont pas abouti à leur faire prendre le choléra ni une maladie quelconque. Nous avons pu également administrer à un singe des matières riziformes et une grande quantité de sang cholérique, sans déterminer chez lui autre chose qu'un malaise passager. Nous devons cependant dire que, dans une de nos expériences, une poule succomba trois jours après l'ingestion de selles riziformes : le contenu de l'intestin était liquide, la muqueuse intestinale était semée de petites hémorrhagies et le sang renfermait un organisme en très petits articles... Mais le résultat ne put être reproduit : des fragments de l'intestin de cette poule ont été mangés par d'autres poules ; son sang a été injecté sous la peau de poules saines et celles-ci n'ont éprouvé aucune maladie... Enfin, les matières cholériques se sont montrées inoffensives sur les animaux, qu'elles aient été administrées fraîches ou après quelques jours de conservation, séchées à l'air ou dans l'acide carbonique. Les matières des déjections ou des vomissements ne peuvent être données aux animaux que par le tube digestif; l'introduction, sous la peau, de matières riziformes détermine des complications, dues aux organismes divers qu'elles renferment. Nous avons essayé, par des artifices de culture, de séparer à l'état de pureté quelques-uns des microbes qui pullulent en si grande quantité dans les selles. Les cultures de ces organismes, essayées sur des animaux, n'ont déterminé que des accidents n'ayant pas de rapport avec le choléra. L'inoculation de grandes quantités de sang cholérique dans le tissu cellulaire a été tout aussi inoffensive ' . . . »

Les docteurs Nicati et Rietsch, à Marseille ', Van Ermengem à Bruxelles ^ ont prétendu que l'ingestion des produits cholériques restait négative, parce que les microbes déclarés infectieux étaient

* Sem. méd. 1883, p. 336.

- Id., 1884, p. 370.

^ Id., 1884, p. .521.

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détruits par les ferments digestifs, et ils déclarèrent avoir obtenu la reproduction du choléra, chez des animaux, par Finjection de selles riziformes directement dans le duodénum. Mais alors, pourquoi les inoculations sous-cutanées sont-elles demeurées sans résultat, sous la main, cependant très expérimentée, du docteur Koch , comme aussi dans les tentatives de Strauss ? Comment admettre la contamination par les eaux de boisson, reconnue par un si grand nombre de médecins ? Le docteur Ermengem a de plus déterminé chez des cobayes Finfection cholérique, par Vinoculation de doses infinitésimales et en séries (les animaux étant inoculés successivement avec les matières évacuées par d'autres, mis précédemment en expérience) : n'est-il pas singulier de voir précisément échouer des inoculations pratiquées avec des quantités plus considérables de matière intestinale, en Egypte et dans l'Inde?

Koch , avec une bonne foi qui l'honore, avoue qu'il n'a pas réussi dans ses tentatives d'inoculation ; mais, convaincu de la réalité d'une infection par un micro-organisme, il rejette 1^ cause de ses échecs sur l'état réfraùtaire des animaux vis-à-vis du choléra \ Cependant, bien des faits ont été réunis, tendant à démontrer que les animaux subissent les influences épidémiques et, si l'opinion du médecin allemand est fondée, que penser encore des affirmations du docteur Ermengem et de tous ceux qui se vantent d'avoir reproduit le vrai choléra, par leurs inoculations chez les animaux?

Des expériences retentissantes ont eu lieu sur l'homme. Le docteur Bochefontaine a eu le courage d'ingérer des déjections cholériques et il n'a éprouvé aucun symptôme de contamination ^ Le docteur Ferran, en Espagne, a prétendu prévenir le choléra, diminuer ses dangers, par des inoculations de liquides de culture, renfermant l'agent spécifique à divers .degrés d'activité : ses inoculations, si elles n'ont pas arrêté le développement d'une épidémie meurtrière, là oi^i elles ont été pratiquées, ont bien cependant déterminé des manifestations pathologiques , quelquefois même suivies de mort ; mais ces manifestations étaient-elles cholériques ? L'on a lieu d'en douter et de les rapporter à la septicé-

* Sem. méd., 1884, p.l31.

* Id., 1885, p. ii9 et Ac. des se. 27 avril

mie banale, après les observations de Gapitan*, de Doyen ^ et le rapport de Brouardel ^.

Rien, jusqu'à présent, n'a établi d'une manière positive, ni même probable, la virulence, c'est-à-dire l'inoculabilité et la contagiosité du choléra. Dans ces conditions, il est illogique de conclure à la contagiosité de la maladie, d'après les faits de contamination, à la suite d'apports émanés d'un foyer ou d'une de ses fractions. Si la matière qui imprègne un organisme en cours de manifestations cholériques, pénétrant par les voies les plus directes dans un organisme sain, n'y produit pas la maladie, c'est qu'elle n'est plus le principe infectieux lui-même : ce principe a subi la destruction en déterminant l'imprégnation morbifique, ou plutôt il a comme rétrogadé ; il n'y a plus, dans les humeurs du cholérique, qu'une matière apte à entraîner la réformation du contaminateur spécifique, par sollicitation d'influences extrinsèques, qui aboutissent à une transformation des produits animaux d'un milieu préparé. Le malade n'est qu'un danger d'infection indirecte, le colporteur non toujours fatal et unique de l'agent stimulateur des modifications chimiques, qui ont pour dernier terme le composé cholérique. Mais les changements moléculaires de la matière organique n'arrivent jusqu'à ce terme, qu'à la condition d'une manière d'être préparatoire, que traduit la constitution médicale du moment. Voilà pourquoi le choléra a été tour à tour déclaré transmissible et non transmissible*.

Le choléra est transmissible. L'histoire des épidémies le démontre surabondamment. La transmission doit s'entendre (nous ne saurions trop le répéter) non de la reproduction de la maladie par l'agent spécifique, régénéré à l'infini dans les organismes atteints, mais de la réformation indéfinie ou définie de cet agent, au dépens d'un milieu sollicitable et sollicité, suivant

' Progr. mèd. du 12 juin 1885.

^ Soc. de bioL, juin 1885.

^ Acad. de méd. 1885. Les expériences de Ferran sont décrites, défendues ou combattues avec un acharnement également passionné, dans tous les journaux de la période 1884-85.

* Cette doctrine de la transmissibilité indirecte, qui repose sur l'observation générale des faits et l'hypothèse d'une infection chimique, nous l'avons développée dans notre mémoire sur l'Etiologie de l'état typhoïde 'Arch. de méd. nav., sept. 1881), dans notre mémoire surl'Etiologie de la fièvre jaune (ib., janv.-fév. 1882) et dans notre traité des fièvres bilieuses et typhiques des pays chauds (1883).

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une direction pathogène, par des apports dont la nature est encore à déterminer. Ces apports se font :

1° Par les malades, non pas seulement par les malades offrant les symptômes des formes les plus graves, mais par ceux qui ne présentent encore que la diarrhée prémonitoire la plus simple : la matière des selles et des vomissements est surtout redoutable, sans doute parce qu'elle est déjà en voie de transformation spécifique, quelle subit plus aisément les dernières modifications génératrices du principe infectieux, éveille avec une activité particulière les aptitudes pathogènes du sol où elle est déposée ;

2° Par les personnes saines, en réalité moins le véhicule d'un apport suspect par elles-mêmes, que par les substances qui créent autour d'elles comme un foyer latent (tissus poreux des linges, des vêtements, etc.) ;

3° Par les matières quelconques susceptibles de recevoir et de conserver des parcelles d'un foyer, linges et effets à usage, matelas, drilles et chiffons, cuirs, peaux, etc. ;

4° Par les milieux nautiques : un navire peut receler la matière cholérigène dans ses membrures en bois, trop vieilles et à demi pourries, dans sa cale, souillée de détritus, dans les marchandises de nature poreuse ou aisément altérables, son lest terreux ou sablonneux, le charbon de ses soutes ; il est la cause d'une importation au moment de son déchargement, sans que l'équipage ait éprouvé, à la mer, aucun cas de maladie * ;

5° Par les wagons de chemin de fer et ce qu'ils transportent ;

6° Par les eaux de consommation : ce mode de transmission est aujourd'hui si bien mis en éA^dence, qu'il n'est pas besoin d'insister sur les faits nombreux qui lui servent de démonstration ; les eaux empruntent leur nocivité aux déjections de malades qu'elles reçoivent ' ;

7° Par l'air : pour un certain nombre de médecins (et cette

' Faits établis au cong. intern. de Constanlinople; voir aussi la comm. de A'an Lier au congrès d'Amsterdam (1883) et la th. de Barthe de Sandford : De la désinfection du navire. Monlp. 1882.

- Maret, dans son rapport sur le choléra en France (1884), dit que c'est d'ordinaire en buvant de telles eaux qu'on prend la maladie. ■< Les orages qu'on voit si souvent précéder ou aggraver les épidémies, agissent en souillant les eaux potables, dans lesquelles sont entraînées les immondices répandues sur le sol. C'est parce que les eaux potables y sont bien captées et préservées de souillures, que certaines villes offrent moins de prise à l'expansion du choléra. Quelques villes, cependant, alimentées d'eaux de rivières, perdent à cet égard leur privilège. »

opinion a été reprise très récemment par Ramon de Luna), la cause du choléra se trouverait toujours dans l'atmosphère : celuici serait le véhicule par excellence de la matière contaminatrice. On ne peut nier le rôle de transport qui appartient à Fair ^ , mais on ne saurait non plus l'exagérer, sans commettre une lourde erreur : dans maintes circonstances, les épidémies ne se sont pas propagées par la voie atmosphérique, ainsi que le démontrent la limitation fréquente de la maladie à un milieu très circonscrit, la lenteur de l'expansion cholérique, comparée à la vitesse de déplacement des couches d'air, la direction des irradiations épidémiques, souvent inverse de celle des vents, etc.

La propagation a lieu suivant les grandes voies commerciales. C'est que l'homme est lui-même le principal intermédiaire de la transnîission. « Dans la première grande invasion, on voit le choléra surgir de l'Inde, en 1817, s'avancer vers nous à travers le continent de l'Asie , en suivant la route des caravanes et des armées, traverser successivement la Perse, la Russie et le nord de l'Allemagne et atteindre la France en 1832. Dans l'invasion de 1865, au contraire, on le voit partant encore de l'Inde, dans les premiers jours de mai, s'avancer vers l'Europe par la voie de mer et atteindre Marseille, moins de six mois après son départ. Dans la première invasion (par la voie de terre), il ne marche pas plus vite que l'homme et met quinze années pour arriver jusqu'en France. Dans l'autre (par la voie de mer), il s'avance avec la vitesse des navires, et ne met que quelques mois pour arriver de Calcutta à Bombay, à la Mecque, au Caire, et quelques jours à peine pour s'élancer d'Alexandrie sur les rives du Bosphore, sur les côtes de la Catalogne et de la Provence. Il n'existe pas un exemple de l'arrivée du choléra d'un pays continental dans un autre plus vite que les voyageurs, et d'un continent à travers les mers dans un autre, plus rapide que les navires à vapeur. En envahissant un pays par terre, c'est indifféremment par tel ou tel point de la frontière que le choléra-morbus y pénètre ; tandis que, s'il arrive d'au delà des mers, comme d'Alexandrie,

* Dans l'épidémie de la Guadeloupe, on trouve noté un fait curieux : l'Ilet à Cabri (dépendance des Saintes et à 3 heures de mer de la Basse-Terre ou de la Pointe-à-Pîlre) aurait eu ses premiers cas de choléra, après le passage d'un nuage venant de La direction de la Pointe-à-Pitre, alors en pleine épidémie. Ce nuage pourrait bien n'être que le dissimulateur complaisant de quelque imprévoyance sanitaire !

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en 1865, c'est par les ports de commerce qu'il aborde, témoins les villes de Gonstantinople, Ancône, Barcelone et Marseille, qui sont envahies avant d'autres, plus voisines du lieu de départ ; et son explosion a toujours lieu peu après l'arrivée dans ces ports d'un bâtiment venu d'un pays contaminé. » (Barth.)

Les contrées non commerciales jouissent souvent de l'immunité ; il en est de même des localités commerciales qui savent interrompre assez à temps et assez complètement leurs communications avec les foyers d'épidémie. (Grie singer.)

Mais la propagation n'apparaît pas toujours aussi régulière et elle peut s'accomplir par bonds, à longues ou à courtes distances d'un foyer, sous l'influence d'apports isolés et transmis par diverses voies. Elle varie d'ailleurs en ses conditions, suivant les modes de communication auxquels elle se rattache. La conférence de Gonstantinople a admis : 1° que les communications maritimes sont, par leur nature, les plus dangereuses ; que ce sont elles, qui propagent le plus sûrement au loin le choléra ; 2° qu'après elles viennent les, communications par chemin de fer, qui, dans un temps très court, peuvent porter la maladie à de grandes distances ; 3° que les communications par voie des grands déserts sont les moins à redouter ; que les grands déserts sont même une barrière très efficace contre la propagation, et qu'il est sans exemple que le choléra ait été importé en Egypte ou en Syrie, à travers le désert, par les caravanes de la Mecque (il n'est pas impossible, cependant, que le Maroc ait reçu des atteintes par l'intermédiaire des tribus sahariennes) ; 4° que les contaminations sont d'autant plus à craindre, qu'elles sont efl"ectuées avec une agglomération d'hommes plus considérable, moins soumise aux conditions d'une bonne hygiène.

Le choléra n'est pas fatalement transmissihle . Aux faits qui démontrent la transmissibilité, on peut en opposer d'autres, presque aussi nombreux, qui ont été invoqués contre elle. Aux Indes, où les Européens et les Hindous vivent plus ou moins mélangés, dans les villes, le choléra est rare chez les premiers, fréquent et grave chez les seconds (Ranald Martin, Huillet). La même remarque a été faite en Indo-Chine et en Malaisie, au cours des épidémies, comme dans les périodes de simple endémicité. Aussi n'est-ce pas sans raison, qu'on a dit que l'on pouvait être

contagioniste en Europe, qu'on ne le saurait être dans l'Inde. En Europe, pendant les grandes épidémies, des villes sont demeurées indemnes, malgré des communications de toutes sortes avec les foyers les plus intenses ; dans des villes infectées, des quartiers, des maisons ont été préservés, malgré le défaut de soins prophylactiques ; au sein des hôpitaux, encombrés de cholériques, le personnel médical a souvent été épargné, etc. C'est que, pour qu'il y ait atteinte individuelle, il faut la réunion de certaines conditions somatiques, qui constituent la réceptivité, et, pour qu'il y ait atteinte plus ou moins généralisée, la réunion des conditions de milieu précédemment étudiées.

Le choléra ne revêt la forme épidémique et irradiante^ qu'autant que son expansivité est préjjarée par un état propre des milieux, dont la constitution médicale est l'expression. Nous partageons, sur ce point, les opinions de J. Guérin % et nous estimons que, là oii l'on a déclaré n'avoir pas observé de constitution pré-épidémique, c'est qu'on n'a rien su ou voulu voir et la dernière épidémie a fourni, selon nous, lès preuves de cette vérité, en dépit des protestations oratoires des commissions officielles... autant qu'officieuses ! Nous nous écartons seulement de la doctrine de Féminent et regretté académicien, quand elle va jusqu'à n'admettre que le développement autochthone. L'avenir établira peut-être ce mode de développement de la maladie, en dehors de l'intervention des foyers asiatiques, et la transformation sur place du choléra nostras en choléra épidémique. Jusqu'à présent du moins, nous pensons qu'une importation stimulatrice, émanée des centres exotiques, a été l'influence nécessaire qui a éveillé, dans le sol, des aptitudes cholérigènes, condamnées à demeurer stériles sans cette importation, ou, malgré elle, sans la préexistence d'actions préparatoires ^ Tantôt les épidémies sont précédées par un

' Ac. de méd., 13 juillet 1883.

* En 1867, Paris donne l'hospitalité la plus large aux émigrants de pays infestés et n'éprouve aucun conlage, pour employer l'expression consacrée ; en 1873, une exposition attire à Vienne, contaminé, de très nombreux visiteurs de France et de Belgique, et ces pays conservent une immunité à peu près complète, malgré le retour des voyageurs. A ces faits, rappelés par J. Guérin, Fauvel opposait l'immunité conférée à un pays après une épidémie ; mais les recrudescences, si fréquemment observées après des périades d'apaisement, viennent infirmer cette manière de voir. Une épidémie s'arrête là où manquent les conditions de son développement: elle prend racine là où elle trouve celles-ci réunies. Toulon devient un foyer cholé-

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état d'exceptionnelle salubrité, comme si une puissance mystérieuse ramassait toutes les causes de morbidité et les dérobait momentanément, pour les fondre en une effroyable masse de matière apte à subir révolution infectieuse à la première sollicitation : c'est là une constitution médicale négative, si l'on veut, mais, à notre avis, très digne d'être prise en considération, au voisinage d'un foyer déjà formé. Tantôt les épidémies sont annoncées par un redoublement d'intensité dans les maladies saisonnières, ou bien une fièvre typhique ouvre la scène : soit que la Gontitution médicale active (car elle mérite alors ce nom) prépare l'organe susceptible à recevoir l'impression contaminatrice d'un agent déjà en voie de formation, soit qu'elle indique une modification moléculaire des principes infectieux et leur évolution vers le nouveau type qui répondra au principe cholérique. L'incendie s'allume insidieusement au contact d'un apport qui reste dissimulé, ou il éclate soudain, comme sous l'influence d'une étincelle, tombée sur un terrain bien disposé pour prendre aussitôt feu. Mais dans les centres endémiques, la matière pathogène est en perpétuel état de régénération ; les explosions épidémiques se reproduisent à des intervalles plus ou moins rapprochés, sous des influences telluro-météorologiques et sociologiques autochthones, suivant des modalités qui semblent accuser une transformation des cas sporadiques (Gunningham).

D. Agent spécifique.

Nous ne croyons pas à l'intervention d'un microbe dans Tétiologie du choléra ; nous repoussons la doctrine d'un micro-organisme parasitaire, générateur d'un poison cholérique, ou agent direct, immédiat, du processus infectieux. La multiplicité des formes animées, auxquelles on a tour à tour attribué le rôle pathogène, suffirait déjà à nous tenir en garde contre leur nocivité spécifique. En 1849, c'était le vihrio régula^ protorganisme

rique intense, après un contact méconnu ou inavoué, à une époque où la maladie prippale à laquelle nous avons fait précédemmenl allusion semblait exister parmi les divers éléments de sa population ; brest, à peu près débarrassé de cette même maladie, reste indemne, au plus fort de l'épidémie toulonnaise, malgré de fréquentes communications avec le foyer.

MALADIKS DKS PAYS CHALUS. 7

banal, que Ton donnait comme le redoutable agent de la maladie. Il ne tardait pas à être écarté par de nombreux compétiteurs, le choléra-fungus (Swayne, Budd, 1850), des ^oo^/œ« transformables en leptothrix (Klob, 1867), ou en cijlindrotxniwn (ïhomé), \urocystis occulta (Hallier, 1867), divers amiboïdes (Lewis et Gunning-ham, 1867), divers iîifusoires et bactériens (Bouchardat, Hayem et Reynaud). Aujourd'hui, c'est le bacille-virgule de Koch, qui règne en maître, non sans quelques protestations en faveur des variétés particulières de la même espèce (Ferran) ou même d'une nouvelle espèce, le péronosjjora (Duhoureau, 1883) Il n'est pas inutile de rappeler aux enthousiastes :

FiG. 2 — Le microbe du choléra ou bacille de Koch.

Différentes formes qu'il présente dans son accroissement, division en cellulles, à un très fort grossissement (Trouessart) '.

r Que si le bacille de Koch a été trouvé en plusieurs étangs de Calcutta, le docteur Klein n'a relevé aucun cas de choléra chez les gens consommant cette eau; en revanche, le même observateur a constaté la maladie chez des personnes qui habitaient auprès des étangs incriminés, mais ne buvaient que de l'eau purifiée ;

2° Que le bacille-virgule n'existe pas dans le sang des sujets contaminés (circonstance singulière dans une maladie infectieuse) ; qu'il n'a pas été rencontré dans les selles et dans les tissus de l'intestin chez un certain nombre de cholériques, ayant succombé à des atteintes de la plus haute sévérité (circonstance non moins singulière, dans une maladie oîi la localisation intestinale est si caractéristique) ;

3° Que le parasite a été observé dans des diarrhées de nature très variée : ce fait n'a pas, sans doute, une grande importance, quand il s'agit de diarrhées endémiques, en connexions plus ou

' Les microbes, les ferments eL les moisissures, Dibl. se. intern., 1885.

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moins étroites avec le choléra (diarrhée dite de Cochinchine : Treille) ; mais il acquiert une incontestable valeur, lorsqu'il s'agit de diarrhées banales ou symptomatiques, comme celle des phthisiques ; on aurait même trouvé dans Tintestin, à Fétat normal, des micro-org-anismes en forme de virgules, tout à fait analogues, au point de vue morphologique, à ceux du choléra (Inde : Klein et Gibbes) ;

4° Que les inoculations pratiquées soit avec les matières où le bacille avait été reconnu, soit avec les liquides de culture, sont demeurées douteuses ou négatives, même sous la main du docteur Koch.

Il est donc prudent de rester sur la réserve vis-à-vis de la doctrine microbienne, appliquée au choléra.

Ce qu'il faut retenir, c'est que l'agent cholérique prend naissance en des conditions qui rappellent l'ensemble des influences génératrices des typhus et que les mêmes arguments que l'on a réunis en faveur de la nature chimique des infectieux typhiques se retrouvent dans l'étude étiologique, anatomique et clinique du choléra. Nous nous rangeons à l'opinion de Peter : « l'observation rigoureuse, non moins que les analogies, démontre que le choléra est un empoisonnement, un empoisonnement par un alcaloïde animal » ; nous ajouterons que cet alcaloïde se développe dans le milieu extérieur, au dépens des matières organiques qui s'y accumulent, peut-être aussi dans l'organisme vivant, par le fait de modifications spécifiques, mais toujours sous l'influence d'une action importée, d'ailleurs non microbienne, en dehors des foyers endémiques ^

' Peter admet que l'infectieux est un alcaloïde, une ptomaïne, dont la formation est indépendante de toute intervention microbienne. Il serait développé « parles réactions multiples et complexes de la putréfaction, soit au sein même d'un organisme vivant encore, soit dans un organisme qui a cessé de vivre. >• Il excercerait son action sur le plexus solaire par l'intermédiaire des nerfs de la membrane muqueuse gastro-intestinale : les premiers troubles fonctionnels du choléra en sont l'expression symptomatique. Puis des réflexes se produisent du plexus solaire sur la moelle, d'une part, et sur le grand sympathique, d'autre part, d'où les crampes dans les muscles des membres, d'où aussi les contractures vasculaires ou crampes des muscles des vaisseaux, avec l'algidité et la cyanose consécutives. Si les phénomènes qu'on observe ordinairement au début prouvent une atteinte sévère du côté de l'intestin, il n'en est pas moins vrai'que, dans plus d'un cas grave, les manifestations locales ont fait défaut, et que dans les cas où elles existent, elles sont précédées ou accompagnées de manifestations qui émanent des centres médullaires. Nous pensonsdonc que l'impression primordiale et dominante, porte sur ces centres par l'intermédiaire du sang contaminé.

La période de latence [incubation) du principe contaminateur, au sein de l'organisme qui a subi le contact infectieux, varie beaucoup, comme dans tous les typhus : elle offre une durée de quelques heures à 1, 2, 6, 8 et même 10 jours : c'est rincubation intrinsèque. A côté de celle-ci, on distinguera la latence du contaminateur ou du provocateur inconnu à la formation de l'agent spécifique, loin d'un foyer endémo-épidémique ou au sein d'un foyer dont les manifestations sont éteint-es : comme dans les typhus encore, et surtout comme dans la fièvre jaune, la durée de cette incubation extrinsèque est fort longue et malheureusement indéterminée ; on a vu des navires emporter avec eux l'agent qui devait déterminer au loin une explosion épidémique, sans que leurs équipages éprouvassent eux-mêmes aucune atteinte, au cours d'une traversée de plusieurs semaines.

in. — MORTALITÉ GÉNÉRALE

Le choléra semble présenter aujourd'hui une moindre tendance à l'expansion sur l'Europe, et, dans ses atteintes, y perdre graduellement de sa sévérité. En France, la proportion des décès, par 10.000 habitants, de 234,16, pendant l'épidémie de 1832, de 185,31, pendant l'épidémie de 1849, n'était plus que de 78 en 1854, et tombait à 4,6 et 4,05 en 1873 et 1884. La mortalité reste très élevée dans les foyers permanents comme dans les foyers accidentels intertropicaux, en raison surtout des mauvaises conditions de l'hygiène, parmi les populations. Dans l'Inde anglaise, toutefois, elle serait beaucoup amoindrie : d'après les rapports sanitaires de la période 1874-83, les décès cholériques n'atteignant plus que le chiffre annuel moyen de 1,35 p. 1000; mais cette heureuse constatation, d'origine officielle, ne concorde guère avec une pétition récemment adressée au lieutenant-gouverneur du Bengale, pétition signée par un grand nombre d'habitants de Calcutta et par tous les médecins de cette ville et faisant ressortir la nécessité de mesures préservatrices énergiques, devant l'énorme taux de la mortalité relevé dans certains districts (70 0/00). A la Guadeloupe, du 22 octobre 1865 au 21 mai 1866, l'épidémie enleva 11,939 victimes, sur une population de

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130,000 habitants, soit 1 sur 12; dans quelques localités même, la mortalité s'est élevée jusqu'à la proportion de 1 sur 3 ! (Walther.)

En général, l'Européen paie un iriljut moins lourd que l'indigène. Nous avons dit plus haut que, pendant l'épidémie de 1882, en Cochinchine, on compta 10,000 décès d'Annamites pour 3 d'Européens. Mais l'immunité relative dont jouissent ces derniers dans les climats chauds disparaît s'il sont soumis aux conditions d'agglomération, de fatigue ou d'excès qu'entraîne souvent la profession militaire : au ïonkin, nos troupes ont été très fortement éprouvées par le choléra, et, dans l'Inde, les troupes anglaises ont été plus d'une fois décimées, au cours d'épidémies intenses.

L'épidémie de la Guadeloupe donne une idée très exacte de la répartition de la mortalité selon les conditions de race et de milieu : la proportion des décès, pour 100 habitants, dans chaque catégorie et dans l'ensemble des catégories, est ainsi exprimée dans les tableaux de Walther :

! Africains Indiens.

Chinois.

KriiOI'KEXS

! Blancs .

Métis . .

Xoirs . .

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