‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 22 sur 190 · I. — FORMES ÉTIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

I. — FORMES ÉTIOLOGIQUES

J. Guérin et Peter n'admettent pas que le choléra exotique soit une maladie isolée dans la pathologie ; il serait, d'après eux, le dernier terme d'une série morbide progressive, allant de la diarrhée simple à la diarrhée cholériforme, à la cholérine, au choléra indien ; les formes nostras, sporadiques, seraient sous la dépendance du même principe qui engendre les formes endémoépidémiques dans les régions asiatiques. Bien que porté à regarder cette opinion comme assez vraisemblable, en raison même des idées que nous professons sur la transformabilité des maladies infectieuses, nous ne l'estimons pas suffisamment démontrée. Sans doute, si l'on était autorisé à conclure, d'une manière absolue, de la simihtude des manifestations à la similitude des causes, la doctrine unitaire apparaîtrait très forte, dans un certain nombre de cas. Mais le choléra nostras ne rappelle véritablen^ent le choléra indien que dans la forme asphyxique, et par le processus de la déperdition séreuse excessive, qui n'est lui-

même que le phénomène le plus bruyant dans le dernier. L'organisme, en possession de moyens de réaction restreints, vis-à-vis des actions pathogènes, traduit souvent des impressions très différentes, à leur point de départ, par des syndromes analogues ou identiques. Mais, par l'analyse des conditions qui ont préparé ou déterminé la morbidité, l'on est conduit à séparer, d'après l'élément étiologique, des états en apparence similaires, d'après les éléments symptomatiques et même anatomiques. C'est ainsi qu'on hésite à assimiler le choléra nostras au choléra indien, quand on voit le premier succéder à des influences franchement climatériques, se développer et se maintenir pendant une saison par cas très isolés, ne présenter jamais d'irradiations, tandis que le second naît au milieu de conditions infectieuses et, alors même qu'on le déclare sporadique en ses foyers, se manifeste par cas si multipliés, qu'il accuse comme une imminence permanente d'épidémicité. Dans les centres endémiques, en effet, l'épidémie n'est que l'augmentation rapide des formes préexistantes- par recrudescence de l'activité infectieuse et, quel que soit le petit nombre des cas observés, au cours d'une période d'accalmie, jamais ils n'apparaissent sans qu'il existe une certaine tendance à la transmissibilité. Mais lorsqu'une épidémie éclate, dans nos régions tempérées, le choléra nostras s'efface et disparaît, par des nuances inappréciables, dans la grande pestilence asiatique : c'est que l'infection s'ente sur un état local qui a préparé sa réception et assuré son évolution ultérieure ; il y a plutôt comme une substitution d'état morbide que transformation ; nous en trouvons la preuve dans ce fait : aucune épidémie européenne n'a pris naissance sans avoir été précédée d'une épidémie asiatique ; dans les épidémies secondaires (comme en France, en 1884) le choléra n'est apparu, presque toujours, qu'à la suite d'un apport d'un pays contaminé : « dans les trois quarts des cas, cette importation a été reconnue et, pour l'autre part, l'importation est plus que probable ». (Maret.)

Nous distinguerons donc, jusqu'à nouvelles recherches, les formes nostras et leurs analogues des continent africain et américain des formes asiatiques ou de la région indienne. Ces dernières sont endémiques, pseudo-sporadiques dans les périodes d'accalmie, épidémiques et irradiantes hors des foyers, dans les périodes de haute intensité infectieuse.

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