‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 33 sur 190 · IV. — DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC, MORTALITÉ GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

IV. — DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC, MORTALITÉ GÉNÉRALE

A. Diagnostic.

Il repose sur les conditions du développement de la maladie (épidémicité), sur le mode d'invasion (brusque éclat), sur la connexion des symptômes fièvre et douleurs musculo-articulaires au début, plus tard sur les manifestations éruptives. Il n'est pas toujours si facile, que la dengue ne puisse être confondue avec diverses maladies éruptives, avec des maladies caractérisées par des manifestations douloureuses très aiguës et parfois accompagnées d'éruption, telles que l'acrodynie, le rhumatisme, l'érythème noueux ; avec des maladies fébriles à début plus ou moins bruyant, à caractère inflammatoire ou catarrhal, comme les fièvres inflammatoires climatiques ou palustres, la grippe ; la fièvre jaune.

Fièvres éruptives. — La dengue en diff'ère par ses allures générales, le défaut de fixité de ses périodes caractéristiques, l'inconstance et la variabilité de ses éruptions ; elle s'en rapproche par certains phénomènes initiaux, qu'elle présente parfois (angine, larmoiement, etc.), et par les modalités des manifestations tégumentaires, qui rappellent celles de la scarlatine, de la rougeole, de l'urticaire ou même de la variole, mais avec moins d'uniformité, k. la Martinique, on a cru reconnaître la dengue dans une fièvre rouge indigène, que Saint-Yel regarde comme un éry thème scarlatiniforme et qu'il décrit ainsi : « Après un ou deux jours de malaise et de fièvre, une rougeur pointillée, accompagnée de démangeaisons et d'une légère cuisson, apparaît à la face, à la partie antérieure de la poitrine et aux bras, sur le ventre et aux cuisses, d'autres fois sur toute la peau, et, après trente-six ou quarante-huit heures, la fièvre tombe, l'éruption pâlit et se ter-

DENGUE 145

mine par une desquamation furfiiracée. Ces caractères légers, l'état normal ou saburral de la langue, qui ne se dépouille pas de son épithélium, l'absence d'angine avec exsudation pseudo-membraneuse et autres phénomènes inflammatoires marqués du côté de l'isthme du gosier, l'éruption, qui n'est pas entremêlée de petites vésicules miliaires et dont la desquamation ne se fait pas par larges plaques, tous ces caractères établissent nettement la distinction entre cette forme et la scarlatine véritable \ » Mais ces caractères établiraient moins nettement un diagnostic difl'érentiel avec la dengue, sans le défaut de manifestations douloureuses. Rufz ^, dans la même fièvre, n'a jamais observé ni desquamation, ni œdème ; il dit l'avoir rencontrée à des époques différentes, en des mois très opposés : elle éclatait brusquement et existait concurremment avec d'autres maladies de la saison, jamais en assez grand nombre pour pouvoir être considérée comme endémique.

Les fièvres à caractères inflammatoires^ telles que la fièvre inflammatoire proprement dite, la fièvre jaune, etc., n'ont qu'une ressemblance éloignée avec la dengue. Dans ces maladies, l'invasion est plus ou moins brusque, le visage plus ou moins vultueux ; il existe de la rachialgie et une fièvre véhémente ; mais là s'arrête l'analogie symptomatique. Dans la fièvre jaune, comme dans la dengue, une rémission peut se produire ; mais, dans la première, on ne retrouve ni les douleurs si caractéristiques, ni l'éruption de la seconde. La fièvre inflammatoire climatique n'offre également ni douleurs articulaires, ni éruption, et les fièvres malariennes avec état inflammatoire, souvent caractérisées par des symptômes bilieux très intenses, revêtent un type intermittent ou rémittent, présentent d'ordinaire une susceptibilité vis-à-vis du sulfate de quinine, qui suffisent à les faire bientôt reconnaître, abstraction faite même du défaut d'arthralgie et d'éruption.

Ces derniers phénomènes sont encore ceux qui différencient la dengue d'avec la Grippe. Il est incontestable qu'il existe une remarquable affinité entre les deux maladies : même mode de développement épidémique et même puissance d'expansion, même appareil symptomatique au début et pendant la première période, courbature, accablement, prostration extrême, douleur dans les membres, fièvre, etc. Mais :

' Loc. cit., 491-92.

'^ Arch. .de mcd. nav., XII-j 137.

M.VLADIES DKS PAYS CHAUDS. 10

Page 1