DANS LA DENGL'E : DANS LA GRIPPE
Manifestations du côté de l'appareil \ Manifestations du côté de l'appareil
respiratoire exceptionnelles ; i respiratoire pathognomoniques ;
Eruption habituelle ; | Pas d'éruption ;
Douleurs franchement articulaires ou | Douleurs erratiques, non localisées, localisées dans certains groupes de muscles.
Ajoutons que l'une et l'autre maladies aident au développement des fièvres malariennes dans les organismes qu'elles ont frappés et qu'elles jouissent de la triste propriété d'aggraver l'état des phthisiques soumis à leur atteinte.
U Acrodynie est épidémique comme la dengue. Elle n'existe pas seulement dans un domaine jusqu'ici demeuré inaccessible à cette dernière (elle a été observée en Espagne, en Algérie, au Soudan, au Mexique, et il n'est pas impossible qu'elle se rencontre dans l'Inde : Bordier) ; mais elle a des phénomènes propres et manque de certains symptômes au contraire particuliers à la dengue. L'acrodynie est apyrétique ; ses phénomènes symptomatiques se remarquent du côté de la peau, du tissu cellulaire sous-cutané, de l'appareil locomoteur ou vers les organes digestifs. « L'altération variable des sensations tactiles, exagérées, diminuées ou abolies, des contractures, des crampes, et l'affaibhssement paralytique du mouvement, la rougeur érythémateuse des pieds et des mains, des éruptions papuleuses, pustuleuses et quelquefois une éruption vésiculeuse ressemblant au zona, des furoncles, des phlyctènes, des taches ecchymotiques de couleur cuivrée, ou une desquamation plus ou moins répétée, produisant un amincissement extrême de l'épiderme ; des sueurs aux extrémités, avec œdème constaté dans les deux tiers des cas..., le plus souvent partiel, mais quelquefois général ; de plus, la coloration brune ou même noirâtre de la peau dans diverses parties du corps et notamment à l'abdomen, au cou, à la poitrine et au niveau des plis des articulations, enfin une conjonctivite fréquente et des troubles digestifs assez ordinaires pour avoir été considérés comme fondamentaux : tel est l'ensemble des données symptomatiques du diagnostic de l'acrodynie. » (Woillez ^)
Comme l'acrodynie et le Béribéri ont été parfois confondus, la dengue est aussi susceptible de donner lieu à un diagnostic diffé-
* Dict. de diagnostic médical, 15 «
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rentiel avec ce dernier. Sous les noms de Zamparina et de Polka, l'on aurait désigné, au Brésil, tantôt le béribéri, tantôt la dengue ou la grippe. (Voirie chap. du béribéri.)
La dengue doit enfin être distinguée des maladies rhumatismales et arthritiques, surtout quand elles s'accompagnent de manifestations cutanées. — Le rhumatisme aigu a une évolution propre ; il se localise en certaines articulations et y détermine une tuméfaction douloureuse tout à fait caractéristique, offre des paroxysmes très marqués, ne donne lieu à aucune éruption ; il se produit chez des sujets en état de prédisposition, accusé par des atteintes antérieures ou par des antécédents héréditaires. — L'érythème papuleux et Férythème noueux (arthritides pseudo-exanthématiques de Bazin) ont quelque ressemblance avec la dengue à sa période d'éruption ; mais le premier ne s'accompagne guère de symptômes généraux et le second n'offre ni la rémission, ni le paroxysme terminal de la dengue ; il présente d'ailleurs des particularités qui ne permettent pas l'erreur. L'érytème noueux est une maladie de nos climats, « il s'observe à la partie antérieure des jambes et quelquefois aux membres supérieurs, chez les femmes et chez les jeunes sujets, surtout ceux de constitution molle... ; il est constitué par des espèces de nodosités superficielles, légèrement saillantes à la vue, plus sensibles au toucher (qui est plus ou moins douloureux) et au niveau desquelles se voit une coloration diffuse, rose ou d'un rouge sombre, qui devient légèrement bleuâtre, puis jaunâtre, comme une ecchymose, tandis que l'induration se ramollit,: le tout disparaît en dix ou quinze jours » (Woillez^).
B. Pronostic, mortalité générale.
La dengue, quand elle sévit épidémxiquement, atteint la totalité presque entière des populations, sans distinction d'âges, de sexes, de conditions sociales, etc. En 1827, à Sainte-Croix et à Saint- Thomas, elle n'épargne personne ; en 1863, à Cadix, elle frappe 14,000 habitants sur 37,000 ; à "Saint-Denis (Réunion), plus de 10,000 sur 33,000; dans un district de Java, 3,800 sur 7,300!
' Dict. de diagn. raéd., 382.'
Mais, comme un médecin l'a écrit, si elle se montre sous des traits fort méchants, elle ne tue guère. Quelques épidémies ne comptent aucune victime (Gorée, 1865 : Thaly ; Port-Saïd, 1871 : Vauvray; Aden, 1871, etc.) ; une épidémie observée aux Indes, dans l'armée anglaise, offre un décès sur 7,43o cas ; d'autres donnent de un à dix décès par 1,000 atteintes, etc. Mais quelquefois, par intercurrence de l'élément typhique ou malarien, les épidémies acquièrent une haute gravité, comme à Cadix, en 1865 ; à Maurice, en 1873, oii la mortalité s'éleva à un chiffre considérable.
La maladie, dans les conditions ordinaires, ne cause la mort que très exceptionnellement et surtout aux deux extrêmes de la vie : chez les vieillards, par complications pulmonaires ou cérébrales, épuisement adynamique ; chez les petits enfants, par convulsions. Chez les adultes qui succombent, on a constaté de la dysenterie, de la péricardite ou quelque affection organique préexistante à la dengue et aggravée par elle (maladie du cœur, phtisie pulmonaire, etc.). La dengue peut devenir redoutable chez les femmes nervosiques ou chlorotiques, en raison de la grande prostration des forces ou de l'extrême agitation qu'elle détermine ; son influence est variable sur la menstruation (règles Supprimées, avancées ou exagérées jusqu'à la métrorrhagie), mal appréciée sur la grossesse.
Mais si la dengue entraîne rarement la mortalité, par elle-même, ou par ses complications, il ne faut pas oublier qu'elle a souvent une convalescence longue et pénible^ qu'elle laisse l'organisme dans un état d'amoindrissement qui accroît sa réceptivité vis-àvis des influences infectieuses : elle favorise les imprégnations typhiques, amariles, cholériques et malariennes, longtemps encore après la disparition de tous ses symptômes propres.