‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 48 sur 190 · VI. PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT · texte numérisé non relu

VI. PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT

La prophylaxie nes,i que l'éloignement des causes: il serait puéril, sous le prétexte de l'exposer, de reprendre ici l'étude étiologique du béribéri, afin de mentionner, en regard de chaque influence incriminée, les moyens d'atténuation et de prévention qu'enseigne l'hygiène.

Le traitement est hygiénique et thérapeutique.

Le traitement hygiénique comporte avant tout le déplacement des malades. On a vu des atteintes graves se dissiper, aussitôt que les patients étaient éloignés des foyers endémiques et le béribéri souvent récidiver par le retour trop hâtif en ces mêmes foyers. Il n'est pas nécessaire d'avoir recours à un déplacement à grande distance : sans doute, pour des Européens sévèrement éprouvés, le renvoi en leur pays sera le moyen de guérison le plus assuré ; mais souvent, il suffira d'un séjour dans une île ou sur une altitude moyenne , de salubrité reconnue, bien qu'elles appartiennent à la même région climatérique que les centres pathogènes, pour amener les plus heureux changements. Comme le fait observer le D'' Simmons, les limites du béribéri sont parfois très restreintes ; aussi peut-on soustraire des malades à l'infection par un déplacement de quelques milles. Il faut aux malades une atmosphère pure et tempérée; on devra rechercher pour eux, autant que possible, la proximité de la mer ou des points que leurs conditions topographiques entretiennent en bonne aération. Dans l'Inde, les sanitaria préférés sont aux Neilgherries ; au Brésil, on évacue les malades sur l'île d'Itaparica, le Rio-Vermelho ou la province de San-Paulo.

Dans l'ignorance oii l'on est encore de la lésion primitive précise du béribéri, l'on ne saurait formuler des indications thérapeuti((ues certaines et rigoureuses. Cependant, on sait qu'il y a atteinte

BERIBERI 2'p7

au système nerveux : que celle-ci siège à la périphérie ou au centre spinal, l'étroite sympathie qui relie chacune des portions du système fait que l'une n'éprouve guère de perturbation sans que l'autre en ressente le contre-coup. Qu'on se place, au point de vue pathogénique, sur le terrain de la névrite ou de la myélite, une saine thérapeutique devra donc s'adresser tout à la fois au centre médullaire et aux nerfs de la périphérie. Partant de ces principes, nous formulerons les indications d'un traitement rationnel ainsi qu'il suit :

1° Indication relative à l'état général. — Combattre l'anémie, si elle existe, ou, dans le cas contraire, prévenir son développement par l'emploi des toniques, sous toutes les formes : alimentation substantielle, vins généreux, amers, quinquina, martiaux.

2° Indication relative au centre spinal. — En supposant que la moelle soit indemne, il faut redouter pour elle la marche ascendante d'une lésion périphérique, et, pour assurer sa résistance, entretenir sa fonctionnalité au degré physiologique par des moyens appropriés ; à plus forte raison, doit-on avoir recours à une intervention active, s'il existe des manifestations franchement médullaires ;

A l'extérieur, révulsion le long du rachis, principalement au cou et à la région lombaire : badigeonnages avec la teinture d'iode, frictions stimulantes (eau-dè-vie camphrée, alcoolat de Fioraventi, liniments térébenthines ou ammoniacaux ; au Brésil, on emploie en frictions le polygonum antihémorroïdale ., herva de bicho, cataya ou acataya, le rectandra puchury major., râpé avec du tabac en corde et décocté dans l'eau, et l'on prescrit en bains de siège la décoction tiède d'une légumineuse, la fève de Tapir, Tatapéririca) ; frictions avec l'huile de croton, vésicatoires volants, pointes de feu, moxas, etc. ;

A l'intérieur , préparations de noix vomique , phosphore (phosphure'de zinc), sirop du D'' Easton (strychnine, acide phosphorique, sulfates de quinine, de fer et de soude), nitrate d'argent.

3" Indication relative au système nerveux périphérique . — Que ce système soit ou non le siège initial et principal de l'altération béribérique, il accuse assez nettement des perturbations graves, pour commander une action thérapeutique directe ; frictions sèches, stimulantes ; fumigations aromatiques, bains de vapeurs, bains sulfureux, etc. -

248 TRAITÉ CLINIQUE DES MALADIES DES PAYS CHx\UDS

L'hydrothérapie , sous ses diverses formes, s'adressera simultanément à l'état général et à l'état de l'innervation, centrale et périphérique : c'est donc un précieux moyen thérapeutique, surtout dans les formes chroniques.

4° Indications relatives aux muscles. — On combattra la paralysie et l'atrophie des muscles de relation par les mêmes moyens qui stimulent l'innervation, par le massage, l'électricité, etc. ; leurs contractions douloureuses, par les frictions avec un Uniment au chloroforme, au laudanum et à la belladone, par l'administration à l'intérieur des préparations d'aconit, etc.; — on cherchera surtout à rendre leur tonalité normale aux fibres musculaires, par l'administration de l'ergotine, de Tiodure de potassium et de l'arsenic : ce dernier médicament aurait donné les meilleurs résultats entre les mains des médecins brésiliens. Da Silva Lima prescrit la liqueur de Fowler et explique ses bons effets par l'action de l'arsenic sur la nutrition, principalement sur celle de la fibre musculaire, par l'intermédiaire des fibres ganglionnaires trophiques.

5° Indications relatives aux hydropisies. — En modifiant l'état général, en améliorant l'état de l'innervation et de la contractilité musculaire, dans une maladie où la dyscrasie secondaire et la perturbation vaso-motrice s'unissent pour engendrer le processus hydropisique, on contribue déjà puissamment à enrayer ce processus. Néanmoins, des moyens spéciaux sont nécessaires, quand l'infiltration du tissu cellulaire ou les épanchements dans les séreuses deviennent considérables: ils consistent dans l'administration des purgatifs (sulfate de soude ou de magnésie, séné, jalap, scammonée, gomme-gutte, eau-de-vie allemande); des diurétiques (nitrate de potasse, caïnca, en même temps purgatif, scille, digitale, etc.); des sudorifiques (jaborandi ou pilocarpine); aux plèvres et au péricarde, l'épanchement peut exiger l'application de vésicatoires et même la ponction, en cas d'accidents asphyxiques où syncopaux imminents ; l'œdème des cordes vocales a donné lieu à la trachéotomie.

6° Indications diverses. — L'asphyxie suraiguë, sans manifestations hydropisiques , commande l'emploi énergique des ventouses et des vésicatoires extemporanés, des moyens de respiralion artificielle ; mais elle demeure presque toujours au-dessous des ressources de la thérapeutique. — Dans les cas d'empoison-

nement excrémentitiel , de typhisation antochtone, favoriser l'élimination de l'infectieux par les voies demeurées le plus ouvertes (surface intestinale ou surface cutanée); alcooliques. — Dans les cas de complication palustre, sulfate de quinine.

DEUXIÈME SECTION

Page 1