I. — INFLUENCES DETERMINANTES
Une maladie produite par Fexcès du calorique doit nécessairement présenter sa plus grande fréquence dans les régions où la température est le plus élevée. Sans doute, on l'observe dans la zone tempérée, au cours de la saison estivale, mais par exception ; elle est, au contraire, commune entre les tropiques, mais d'une façon très inégale. Elle prédomine surtout dans certaines régions surchauffées par le voisinage d'immenses plaines désertiques, où la chaleur s'emmagasine, et par le souffle de vents humides et brûlants, comme la mer Rouge, la mer des Indes, la presqu'île hindoustanique, la haute Sénégambie, etc.*. Dans la mer Rouge, à bord de la Garonne^ quand les accidents relatés par Texier se manifestèrent, le thermomètre marquait + 39° à l'ombre, sur le pont, + 43° au milieu du faux-pont supérieur, + 52° au-dessous et + 65° au voisinage de la machine ! Dans l'Inde, la température moyenne du jour est de 35° à 46°, à l'ombre (Gibson, Chapple, Taylor, etc.) ; elle n'est guère inférieure en divers points de la Sénégambie. Encore ces chiffres, déjà si considérables, ne répondent-ils pas aux conditions réelles supportées par les individus : ils sont pris à l'ombre, et les sujets sont fréquemment frappés au
échanges gazeux dans les poumons, produit par la gêne des mouvements respiratoires et les poussières atmosphériques, etc.; — b. Insolation sthénique d'Obernier, var. cardialgique de Morehead, forme syncopale de Lacassagne, apoplectique de Blachez, cardiaco-pulmonaire de Zuber, coup de chaleur proprement dit : coagulation de la substance musculaire, suivant la théorie admise et les explications de Vallin ; — c. Coup de chaleur ataxo-adynamique de Blachez, forme cérébrale du coup de chaleur de Zuber, coup de soleiLde Lacassagne, insolation proprement dite : action de la chaleur sur les méninges et la corticalité cérébrale.
1 Consulter la carte de la répartition des hautes températures à la surface du globe, dressée par Elisée Reclus {La Terre).
soleil, SOUS des températures beaucoup plus élevées ; ils sont donnés par des instruments qui réfléchissent une partie des rayons caloriques, alors que l'organisme les absorbe en entier; on sait, en effet, qu'un thermomètre, revêtu d'une enveloppe de drap ou de ouate, ou monté sur une planchette, accuse une température supérieure de plusieurs degrés à celle que traduit un instrument identique, mais nu et libre, suspendu au même lieu et au même moment que le premier (expériences de Vallin), ce qui explique les cas de coup de chaleur, observés à l'ombre, par des températures notées relativement basses (30° et même au-dessous) ^
Comme la température diminue avec Valtitude^ les accidents diminuent de fréquence et d'intensité à mesure que l'on s'éloigne des régions basses (Bengale) ; comme la température subit des variations saisonnières^ journalières ou horaires^ la maladie n'est pas également à redouter dans toutes les saisons, dans toutes les journées d'une même saison, ni à toutes les heures d'une même journée. Le coup de chaleur, entre les tropiques, se produit surtout pendant la saison chaude, mais aussi au cours de la saison fraîche ; surtout au moment où le soleil est élevé au-dessus de l'horizon, mais aussi dans les premières heures de la matinée, avant l'aurore et même la nuit (Dempster) ; le jour, par temps clair comme par temps voilé (les nuages réfléchissent vers la terre la chaleur qui rayonne du sol vers le ciel). On a remarqué que la maladie était généralement en raison directe de fréquence avec Yétat hygrométrique de l'air : dans l'Inde, elle est commune au commencement des grandes pluies, pendant les orages qui n'éclatent pas, mais maintiennent l'atmosphère dans une saturation d'humidité, etc. ; c'est que, plus le milieu est chargé de vapeur d'eau, plus il y a matière à la formation des nuages, réflecteurs de calorique, plus la transpiration est diminuée et avec elle
' A Boké (Rio-Nunez, côte occidentale d'Afrique), nous avons fait, au mois de mars, l'après-midi, quelques expériences confirmatives de celles de Vallin : Thermomètre monté sur bois, à l'ombre, dans une galerie. 34° 5
— libre, nu, au soleil, à 1°, 60 au-dessus du sol. 39° 13
— libre, recouvert d'un manchon de drap noir,
dans les mêmes conditions d'exposition que le précédent. 42°
— monté sur bois, fixé sur un poteau de bois,
au soleil. 46°
Vallin a vu un thermomètre, exposé au soleil, marquer libre et nu, 31°5, au bout d'une heure, et, couché suir une pièce de ouate, 80°, au bout d'une demi-heure, la température à l'ombre étant de 27° 2.
la résistance de l'organisme à la chaleur. Il ne faut pas non plus oublier que l'air humide est meilleur conducteur que l'air sec. ^'électricité confond en grande partie son influence avec celle de l'humidité : il est probable toutefois qu'elle exerce une action propre, encore à préciser, par l'état d'ébranlement nerveux qu'elle détermine '. Le degré de stagnation ou à' agitation de C atmosphère^ la nature des vents^ chauds ou frais, humides ou secs, sont aussi à prendre en considération.
Les actions météorologiques ont, avec Vétat du sol, des relations que l'on n'a pas suffisamment étudiées. Le sol, selon sa conformation topographique, favorise ou entrave le renouvellement des couches d'air : c'est dans les régions encaissées, comme le bassin de la mer Rouge, où l'atmosphère, échauffée par le voisinage de sables brûlants, reste en stagnation, que le coup de chaleur se produit avec le plus de facilité. Suivant sa nature, son revêtement, sa constitution minéralogique, etc., le sol, plus ou moins humide, plus ou moins susceptible d'amasser du calorique et de le renvoyer vers l'espace, crée ou entretient les influences climatiques précédemment incriminées : il peut devenir un foyer de chaleur si intense, qu'il enlève aux nuits le bénéfice des brises fraîches, tout au moins pour les individus qui couchent sur la terre ou presque
a son niveau