‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 8 sur 190 · rosée · texte numérisé non relu

rosée

MALADir.S DKS PAYS

heures les plus ardentes du jour, à des occupations pénibles (culture, canotage, etc.), les matelots sénégalais et les Arabes du littoral de la mer Rouge supporter, à bord des navires, sous la zone torride, des températures supérieures à 60°, dans la chambre des machines, les Hindous fournir des marches forcées et de longue durée, pendant Fétouffante saison de la mousson pluvieuse. Cette immunité des races intertropicales n'est pas absolue (on observe des cas d'insolation chez les noirs et Morehead déclare même que de pareils cas ne sont pas très rares chez les Hindous). Mais elle n'en est pas moins très remarquable. On l'attribue à la moindre production de chaleur intra-organique (alimentation peu abondante et médiocrement réparatrice, faible activité musculaire et intellectuelle), à la moindre absorption du calorique extérieur (la couleur noire accapare plus vite la chaleur, mais l'abandonne aussi plus vite que la couleur blanche : expériences de James Stark et d'Everard Homes), à une plus grande déperdition par la transpiration (circulation périphérique très développée dans les races des pays chauds, sudation copieuse, encore accrue par l'ingestion fréquente de grandes quantités d'eau) \

Les races des pays tempérés, immigrées en pays chauds, participent, dans une certaine mesure, à l'immunité des races indigènes. Mais le créole blanc n'atteint pas au degré de résistance du nègre, ni l'Européen, après plusieurs années de séjour aux colonies, à l'assuétude du créole ^ C'est que^F adaptation parfaite au milieu suppose une transformation de l'organisme, qui ne peut s'accomplir que graduellement, et au bout d'une longue période de transmission des bénéfices acquis par la voie héréditaire. L'Hindou, aryen descendu des hauts plateaux de l'Asie centrale dans les plaines gangétiques, ne doit son immunité qu'à la lente progression de ses conquêtes et aussi à ses croisements avec les

^ Il ne faut accepler ces explications qu'avec réserve : les populations qui vivent entre les tropiques ont une alimentation surtout respiratoire (féculente), et font abds^ des liqueurs fermentées; elles considèrent si peu leur couleur noire comme un préservatif contre l'action thermique, qu'elles recherchent les vêtements blancs ou font usage d'enduits plus au moins clairs (rouges, jaunes, etc.); elles transpirent moins facilement que l'Européen, d'après plusieurs observateurs. Mais leur immunité relative est indéniable; voilà le fait qui nous doit intéresser.

- Chez l'Européen, la résistance est proportionnelle au degré de l'acclimatement; Le D'' Guyon raconte f[ue. pendant l'expédition du général Bugeaud contre Rlidah 1835), on observa un grand nombre de congestions cérébrales a calore, mais seulement sur un régiment qui venait d'arriver de France."

races antochthones ; malgré les siècles écoulés depuis son invasion, il ne paraît pas posséder, dans l'Inde, la même résistance à l'extrême chaleur que le nègre en Afrique. L'Africain déplacé subit lui-même un amoindrissement de son immunité : le noir, aux Antilles, et surtout aux Etats-Unis, n'échappe pas toujours aux dangers de l'insolation.

Les vieillards, les enfants et les femmes sont moins souvent atteints de coup de chaleur que les hommes adultes, parce que ceux-ci fournissent aux professions qui exposent le plus à Faction des foyers caloriques, solaire ou artificiels. Les militaires et les V marins surtout sont frappés en proportion notable, les premiers dans les revues, les marches en rangs serrés, les travaux de campement en plein soleil, etc. (les fantassins, qui produisent une chaleur considérable par le travail musculaire de la marche et de la charge à porter, n'ont aucun abri dans les haltes, subissent directement Faction du calorique rayonnant du sol et demeurent soumis à une accumulation de calorique d'autant plus grande qu'ils sont plus tassés, comptent toujours plus de victimes que les cavaliers, qui produisent peu de chaleur, en raison du faible travail musculaire déployé, trouvent dans les haltes l'abri de leur cheval, restent dans les marches plus élevés au-dessus du sol et plus éloignés les uns des autres) ; les marins, pendant les corvées d'embarcation, les opérations de débarquement, le travail devant les feux quand la machine fonctionne (le personnel des mécaniciens est nécessairement très éprouvé, dans les latitudes chaudes; on est même obligé de le recruter parmi les noirs ou les Arabes du littoral de la mer Rouge, à bords des grands navires qui font les traversées de l'Extrême-Orient par le canal de Suez). Les conditions de l'aération et de V encombrement^ sur les navires, jouent un rôle qu'on ne saurait trop mettre en lumière; sur certains transports, il faut bien le déclarer, on ne tient pas assez à la rigoureuse observation des lois de l'hygiène ; on embarque un nombre de passagers supérieur à la capacité physiologiquement utilisable des compartiments destinés à les recevoir ; on les condamne à vivre dans des batteries basses, dont les sabords demeurent fermés ! Les manifestations typhiques et les accidents du coup de chaleur sont la conséquence fatale d'un pareil dédain, nous ne dirons pas seulement des conseils médicaux, mais encore du bon sens et de Fhumanitc.

TllAITK CLIMOIE DES MALADIES DES l'AYS CHAUDS

Comme influences adjuvantes, dans Fétiologie de la maladie, il nous faut encore mentionner les conditions défectueuses de la vestiture, trop lourde, trop absorbante du calorique par la nature de son tissu et par sa couleur, trop étroitement adaptée au corps pjour permettre à Fair. échauffé au contact des téguments, de se renouveler avec facilité (la coiffure surtout est une cause fréquente d'insolation grave, quand elle est pesante, étriquée, partout en contact trop immédiat avec le crâne) ^ ; les labeurs rudes et prolongés, les fatigues, les excès alcooliques, qui amènent dans l'économie un surcroît d'oxydations et par conséquent augmentent la production de la chaleur, tout en amoindrissant la résistance des centres nerveux; Y immobilité ivo]} absolue, qui enlève tout moyen de réaction à Torganisme, le maintient enveloppé d\me couche d'air surchauffé et stagnant et accumule sur lui d'énormes quantités du calorique ambiant ^

* jS'a-t-on pas lieu d'être surpris de la faible mortalité relative, par coup de chaleur, dans l'armée française, lorsqu'on songe aux grandes revues d'été, où les hommes sont exposés pendant de longues heures, à une température torride, coiffés du shako ou du képi ; aux expéditions africaines, dans lesquelles on n"a trouvé rien de mieux à donner aux troupes, comme coiffure, que le képi avec couvre-nuque ou le chapeau de paille grossier, pesant, abords étroits ! L'expédition du Tonkin aura-t-elle au moins, pour résultat de faire adopter, pour les régiments appelés à servir en Algérie, le casque si léger et si bien aéré, depuis longtemps en usage dans l'armée anglaise et, depuis quelques années déjà, dans notre infanterie de marine?

?sous avons entrepris quelques expériences relativement à la coiffure au Sénégal; nos températures étaient prises avec un thermomètre non monté, l'après-midi, au soleil, à hauteur d'homme. Qu'où veuille bien méditer les chiffres suivants :

Casque anglais, en moelle, avec coiffe blanche et canal ventilateur

Ancien chapeau de paille d'infanterie, avec coiffe blanche.

encore porté par les marins

Képi de sous-officier sans coiffe, avec trous de ventilation.

Casquette marine, avec coiffe blanche

Casquette mariné sans coiffe

Vallin a trouvé à l'intérieur d'un chapeau de soie ordinaire, à Paris, une température de 42° à W.

- L'insolation est à redouter pendant le sommeil. Le coup de chaleur serait favorisé, dans la station debout, d'après Luys, par la locomobilité du cerveau qui, obéissant à la pesanteur, s'écarte alors de la voûte et s'affaisse sur lui-même; il en

THERMOMETRE

Simplement abrité par la coiffure.

EnTeloppé d'nne

serviette blaDciie

sous la coiffure.

D'une manière générale, les accidents se produisent, ou sous l'influence d'une température relativement médiocre, par accumulation et rétention de calorique, ou sous l'influence d'une température très élevée, par absorption de calorique en quantité excessive. Dans la première condition « rentrent tous les cas dans lesquels il y a absence de vaporisation de la sueur sécrétée et aussi ceux dans lesquels la circulation est abolie à la périphérie et où le sang ne vient plus se refroidir au contact de l'air extérieur. Borius en rapporte un exemple frappant: A Dagana (Sénégal), un homme est placé en faction dans un corridor, au milieu d'un fort courant d'air froid ; au bout de peu de temps, il est pris d'un accès de fièvre ; on le fait relever, son successeur est bientôt pris luimême d'un frisson ; enfin, un troisième factionnaire placé dans le même lieu est forcé de s'aliter comme les deux premiers. Les trois hommes étaient placés dans des conditions telles que l'exhalation de la vapeur d'eau par le poumon était diminuée et que la sécrétion sudorale devait intervenir pour compenser et suppléer : la compensation se produisait. Mais on les place dans un violent courant d'air ; immédiatement plus de sueurs et diminution considérable de la circulation périphérique par contraction des vaisseaux de la peau : la conséquence est une augmentation de la chaleur intérieure, avec tous ses effets... » Dans la seconde condition, rentrent les cas où l'organisme humain, plongé dans une atmosphère de température très supérieure à la sienne, absorbe un excès de calorique : à cette catégorie appartiendraient les accidents qui se manifestent en mauvaises conditions d'aération, séjour dans un milieu fermé, encombré, etc. (D. L. Chastang),

Page 1