V. -DIAGNOSTIC, PRONOSTIC, MORTALITÉ GÉNÉRALE
A. Diagnostic.
Le diagnostic est facile à établir dans la première période ou le degré faible, quand le malade peut rendre compte des conditions génératrices des accidents, accuser nettement les symptômes
résulte un certain degré de plissement des petits vaisseaux des régions comprimées et des troubles ischémiques variés, chez des sujets débilités, convalescents, énervés par la clialeiir, etc.
caractéristiques de Fattaque, la sensation de chaleur intense à l'intérieur, la constriction épigastrique, les besoins fréquents et pressants d'uriner, etc. Il est au contraire fort difficile, dans une période plus avancée, quand le malade, sans commémoratifs, s'offre à l'examen dans l'état suivant : perte de connaissance, insensibilité, mouvements convulsifs ou immobilité complète avec rigidité, pupilles contractées, conjonctives injectées, face livide ou quelquefois rouge, respiration précipitée, haletante, irrégulière, bruyante, stentoreuse même ; peau sèche et brûlante, pouls faible, petit, rapide. Plusieurs questions de diagnostic différentiel s'imposent alors au médecin :
1° — En pays palustre, il faut d'abord se demander si l'on n'a pas affaire à un accès malarien grave^ à forme cérébrale : nous verrons plus loin sur quels caractères on doit chercher à établir une différenciation (chap. lY); mais il n'est pas toujours possible d'arriver à celle-ci, d"autant plus que les accès de ce genre sont fréquemment la résultante de l'action calorique et de l'action malarienne.
2° — \iK fièvre dite inflammatoire ^ que nous considérons comme une fièvre à calore, au moins dans une large mesure, se confond avec le coup de chaleur, sous la forme sidérante qu'on lui a accordée ; sous ses autres formes, elle offre des allures pyrétiques qui permettent de la séparer du coup de chaleur sans beaucoup d'hésitation. (Sect. II, fièvres climatiques.)
3° — La méningite cérébro-sjnnale est épidémique; mais, en outre, elle a des symptômes propres, très distincts des phénomènes de l'autre maladie :
Cowp de chaleur : Douleurs à la tête et à l'épigastre.
Roideur tétanique non constante, intermittente, existant seulement aux membres et aux mâchoires.
Pupille généralement contractée.
Respiration haletante et laborieuse, pouls dépassant dOO, peau sèche et sans éruptions, constipation.
Evolution très rapide.
Méningite céréLro-spinale :
Douleurs à la tête, à la nuque et le long du rachis.
Roideur tétanique de la partie postérieure du tronc, constante et persistante.
Pupille généralement dilatée.
Respiration régulière ou légèrement suspirieuse, pouls ne dépassant pas 100, peau recouverte de sueurs visqueuses et d'éruptions scarlatiniformes, diarrhée.
Evolution plus lente (dans les cas de fiuéiison^
4- — La méningite cérébrale est souvent occasionnée par l'insolation ; mais elle est cependant bien distincte, comme espèce nosologique, du coup de chaleur : elle n'a pas une invasion marquée par une intensité maximum des phénomènes cérébraux, en quelques minutes ; elle offre une marche continue et progressive, une terminaison presque toujours fatale.
5° — La congestion cérébrale a de commun, avec le coup de chaleur, les vertiges, les bourdonnements d'oreilles, la céphalalgie, la résolution, etc ; elle peut être une conséquence de l'insolation ; mais elle se distingue du vrai coup de- chaleur par l'absence des manifestations cardiaco-pulmonaires.
6° — Entre \ hémorrhagie cérébrale et le coup de chaleur, on trouve à établir des caractères très nettement opposés :
CoMp de chaleur :
Simple résolution.
Sécheresse de la peau dès le début, coexistante avec une chaleur très élevée.
Mousse sanguinolente à la bouche.
Respiration précipitée.
Pouls du début mou, faible et très rapide.
Guérison rapide.
Hémorrhagie cérébrale :
Paralysie indiquée par la déviation des traits du visage.
Sécheresse de la peau, mais tardive, d'abord précédée de sueurs partielles, toujours coexistante avec une température normale ou sous-normale.
Dans certains cas, hémorrhagie par la bouche et les narines.
Respiration jamais précipitée.
Pouls régulier, de fréquence normale, plein, fort, souvent dur et résistant.
Guérison plus ou moins lente.
Wood insiste en outre sur la cyanose, une odeur exhalée par les malades et surtout par leurs selles et rappelant celle des typhiques ou des varioleux, comme caractères particuliers au coup de chaleur.
7° — Dans la syncope, avec l'arrêt des battements du cœur et des mouvements respiratoires, on constate un refroidissement considérable ; dans le coup de chaleur à forme syncopale, la chaleur est au contraire excessive et l'arrêt du cœur a été précédé de battements tumultueux, d'une douleur angoissante très vive.
8° — Dans la congestion et V apoplexie pulmonaires , on ne rencontre ni le coma, ni l'insensibihté, ni l'état de sécheresse des
téguments avec hyperthermie, qu'on observe dans le coup de chaleur.
Quels rapports convient-il d'admettre entre ce dernier, la calenture et la maladie des moissonneurs ou fièvi^e des foins ? — Il est aujourd'hui reconnu que, sous le nom de calenture, on a décrit des états morbides très divers, mais accompagnés d'une tendance délirante au suicide, accès malariens, fièvres typhiques, coup de chaleur. — Quant aux accidents observés, pendant l'été, chez nos moissonneurs, leur étiologie parait très complexe : à côté de l'action calorique, il faut faire intervenir les émanations des blés couchés et humides, l'influence irritante des grains de pollen et des poussières végétales, le méphitisme de l'air respiré, la nuit, dans des chambres mal aérées, encombrées, au voisinage ou à l'intérieur des étables ou des écuries, les excès des jours de fête, etc. Il est possible que l'on ait compris, sous la dénomination de fièvre des foins, de vrais coups de chaleur. Mais, en dehors de certains cas. douteux, à marche très rapide, nous ne trouvons guère de relations cKniques entre les deux maladies : la fièvre des foins est, comme on l'a dit, une rhino-bronchite spasmodique, une sorte d'asthme, souvent en rapport avec une idiosyncrasie individuelle, et l'on y relève, comme élément étiologique dominant, l'influence irritative de certaines matières végétales, qui impressionnent la muqueuse respiratoire par leur odeur ou leur pulvérulence. Le coup de chaleur, quand il se présente avec de l'hypothermie (collapsus), aurait plus d'analogie avec la maladie récemment étudiée par le docteur Duarte et attribuée par ce médecin à l'action toxique des poussières de la canne à sucre desséchée : toutefois, si la chaleur intervient, pour une certaine part, dans la production de cette maladie, il suffit d'énumérer les symptômes qui la caractérisent, pour éloigner toute erreur chnique : on y observe en effet (avec de la céphalalgie, du vertige, de la surdité, une courbature générale, un délire tranquille et un état semi-comateux), de l'extinction de voix, de l'œdème de la face et du cou, quelquefois des organes génitaux et des membres inférieurs; il y a fréquence et dépression du pouls, abaissement de la température ; la durée de la maladie est d'un septénaire environ.
B. Pronostic, mortalité générale.
Le pronostic du coup de chaleur est grave ; il l'est d'autant plus, que la maladie débute plus soudainement ou avec des prodromes moins accusés. Les symptômes les plus défavorables sont une insensibilité complète et prolongée, avec très peu ou point de mouvements ; l'intensité de la chaleur de la peau, persistante malgré le traitement le plus rationnel, la petitesse et la faiblesse considérable du pouls, les convulsions tardives, signe précurseur de la mort. Presque tous les malades qui atteignent la période comateuse succombent : d'après Taylor, un seul sur vingt guérirait. Nous avons vu que souvent la guérison était incomplète et que l'attaque pouvait laisser après elle des états morbides plus ou moins sérieux et plus ou moins tenaces.
Le coup de chaleur, entre les tropiques, constitue l'un des plus redoutables dangers qui menacent l'Européen. Aux Indes, pendant les expéditions, on l'a vu causer autant et plus de mortalité que le fusil de l'ennemi. En Algérie, on l'a signalé comme occasionnant, parmi les troupes, de nombreux ^cas de mort subite, tantôt sous le nom d'asphyxie, tantôt sous ceux de congestion, d'apoplexie cérébrale ou d'insolation. Au Mexique, Delacoux nous apprend qu'à Tabasco, en 1844, plus de 800 soldats moururent de sidération, en quelques jours, après une insolation prolongée sur le pont des navires qui les avaient transportés ; que plusieurs milliers d'individus, occupés au tracé du, chemin de fer de Yeracruz, à travers des sables brûlants, périrent en quelques semaines, sous les effets du soleil. Cependant, au cours de notre carrière, partagée entre les hasards de la mer et les fatigues de voyages ou d'expéditions à terre, au Mexique, à la côte occidentale d'Afrique, à Nosi-bé, en Cochinchine, etc., nous n'avons pas eu à constater d'aussi terribles résultats. Nous ferons d'ailleurs remarquer que la proportion des décès, par rapport aux atteintes, varie beaucoup selon les observations : elle oscille entre 100 p, 100 (Roch, Gordon) et 0. 2 p. 100 (de Renzy), avec les chiffres intermédiaires de S2. 6 (Taylor), 30 (Simpson), .23 (Stuart), 12. 5 (Loft House), 5 (Kennard). Nous regrettons de ne pouvoir citer la proportion des décès relevée pendant la pénible expédition du Tonkin ; mais
cette proportion paraît avoir été considérable, parmi les troupes de la guerre, au début privées du casque protecteur des troupes de la marine.