QUATRIÈME CATÉGORIE
OBSIR7ATI0NS DK CAROITE IBRUIN^E PAB IKDUaATIOK.
Parmi les observations qui ont été rapportées sur cette induration du cœur, il en est beaucoup dans lesquelles l'induration était îa suite d'une péricardile ou d'une endocardite plutôt que d'une cardite proprement dite. Il est jif'anmoins des cas où l'induration a été réellement consécutive à une cardite soit simple , ce qui est infiniment rare, soit compliquée d'endocardite ou de péricardite ( je n'ai jamais rencontré que cette dernière espèce de cardite).
Albertini paraît avoir observé un cas d'ossification de l'une des oreillettes.
Corvisart a trouvé une fois la substance du cœur tellement dure qu'elle résonnait comme un cornet (1), bien qu'elle eût conservé sa couleur rouge. Il a rencontré une autre fois un endurcissement cartilaginei^x de la pointe du cœur.
Burns dit avoir eu l'occasion de voir le tissu des ventricules parfaitement ossifié , de telle sorte quil ressemblait à celui des os du crdne.
M. Renauldin communiqua à Corvisart l'observation d'une sorte de pétrification du cœur.
M. Broussais a vu deux fois le cœur endurci et semblable à une noix de coco.
(r) M. Laëniiec dit aussi avoir rencontré un cas où le ventricule droit du cœur, hypertrophié, résonnait à la percussion comme un de ces cornets de cuir qui servent à jouer au iricirae.
QUAT. CATÉG. d'oBSERV. DE CARDITE. 289 Les obsei'valions que nous avons déjà rapportées dans cet ouvrage olTrent plusieurs cas à'induration du cœur : chez le sujet de l'observation 21", une induration fibrocartilagineuse et comme lardacée ou squir-rheuse du péricarde s'était propagée au tissu propre du cœurfChez le sujet de l'ob • servation 64^, une des colonnes charnues était transformée en tissu fibro-cartilagincux . La section de cette colonne faisait 'voir que la substance musculaire était entourée d'une sorte de coque fhro-cartilagineuse. Chez le sujet de l'observation 106" (recueillie par M. Dance), la plus grande partie des colonnes charnues du 'ventricule gauche étaient décolorées et converties en une sorte de tissu fbreux, blanc et résistant.
Je vais rapporter brièvement ici quelques autres cas d'induration du cœur.
Femme de 33 ans. — Symptômes d'hypertrophie du cœur, avec induration des Ta'.vules et rélrécissemenl d'un oriGce. — Hypertrophie et dilatation du ventricute droit , dont tes parois ont une consistance très grande, comme si elles eussent subi un commencement d'induration cartilagineuse. — Induration delà valvule mitrale, et rétrécissement de roriGce correspondant.
Louise Neuray, âgée de 33 ans, éprouvait, à la suite d'une chute sur la région précordiale, les symptômes caractéristiques d'une induration des valvules du cœur avec rétrécissement d'un orifice et hypertrophie des ventricules : bruit de soufflet, battemens violens, surtout dans la région du ventricule droit, etc. (La malade assurait sentir très bien que les palpitations étaient plus fortes dans cette région que dans celle des cavités gauches.) La mort arrive le 9 janvier 1823.
ÂiLtopsie cadavérique.
Entre autres lésions du cœur, nous constatâmes les suivantes : Le ventricule droitest d'environ untiersplus grand qu'à l'état normal (la dilatation est surtout très prononcée vers l'insertion de l'artère pulmonaire ). Les parois de ce ■X. 19
290 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,
ventricule ont de 3 à 5 lig. d'épaisseur. Leur tissu est d'un rouge rose, d'une consistance très grande, comme si elles aidaient subi un commencement d' induration cartilagineuse. — Valvule bicuspide transformée en un anneau d'un tissu blanc , résistant, tendineux ou fibro- cartilagineux , resplendissant , etp.
Homme d'epviron 5o ans. — Symptômes de maladie organique du cœur. — Mort par suite d'une apoplexie pulmonaire. — Induration de plusieurs colonnes charnues du ventricule gauche , etc.
Un ancien professeur de belles-lettres, âgé d'une cinquantaine d'années, offrait, depuis long temps , les symptômes à'une.maladie organique à\x cœur j lorsqu'il futadmis à l'hôpital Cochin, où il succomba, le i3octobre 1822, à uneatlaque véritable à'apoplejcie pulmonaire foudroyante. — Le ventricule gauche du cœur était dilaté et épaissi; le tissu de ses colonnes charnues était profondément altéré , ramolli et facile à déchirer dans les unes , dur et résistant dans les autres. Les colonnes ainsi indurées étaient d'un blanc-jawidtre, décoloration qui tranchait avec la rougeur vive du tissu des parois , etc.
OBSERVATION Ul" (1).
Homme de 48 ans. — Mcirl au milieu des symptômes d'un obstacle à la circulation à travers le cceur. — Imluriition des piliers eharnus du ventricule droit et de la portion droite de la cloison inteiventriculaire.
Un jardinier, âgé de 48 ans, mourut à l'hôpital Cochin (le 21 janvier 1820), au milieu de symptômes (|ui annonçaient un grand obstacle à la circu ation. — Les piliers charnus du ventricule droit avaient augmenté de volume , et telle était leur densité, qu'en les tirant fortement en sens con-
(1) Observation de M, Bertin.
QUAT. CATÉG. d'oBSERV. DE CARDITE. QQl
traire, ils semblaient se casser plutôt que se déchirer. Les parois de ce 'ventricule , agrandies et épaissies, présentaient la même dureté que les piliers. La cloison ventriculaire était très épaissie^ et tandis que la moitié droite de cette cloison était endurcie , la moitié gauche avait conservé sa densité ordinaire.
OBSERVATION 112e (i).
Femme d'enriron cinquante ans , morte arec des signes de lésion organique du cœur. — Ventricule gauche offrant au touclier r.ne fermeté et une résistance telles que l'on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue.
Une femme d'environ 5o ans fut apportée à l'hôpital Cochin , où elle mourut au bout de quelques heures. Son pouls était à peine sensible, irrégulier, intermittent; la main appliquée sur la région précordiaie sentait les battemens du cœur, qui, dans un point assez circonscrit, étaient brusques et accompagnés d'un frémissement cataire. — Le cœur avait un volume considérable. Les parois du ventricule droit, un peu plus épaisses que dans l'élat naturel , étaient molles et fac les à déchirer. Le ventricule gauche offrait au toucher une fermeté et une résistance telles , que ron aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue. Ses parois , ainsi ei:idurcies, avaient l'épaisseur de deu.x; travers de doigt , et sa cavité , presque effacée, était remplie par une cQficiétion polypeiise, de la grosseur d'une petite sangsue.
(i) Observation de M. Bertin.
DEUXIÈME SECTION
HISTOIRE GENÉnALE DE LA CARDITE , OU DE l'iNFLAMMATION DU TISSU MUSCULAIRE ET DU TISSU CELLULAIRE INTERMUSCULAIRE DU COEUR. \
ARTICLE PREMIER
CàRACTÈBBS ANATOUIQUBS DE LÀ CAB0IT8.
La cardite, soit générale, soit partielle, nous présente des caractères anatomiques très divers , selon ses différens degi'és, ses diverses périodes et terminaisons.
Notons d'abord que jusqu'ici la cardite générale ne paraît pas avoir été observée à l'état simple : elle a toujours été accompagnée d'endocardite ou de péricardite (i). Nous ne reviendrons pas ici sur les caractères anatomiques propres à ces dernières.
S I. Ramollissement, suppuration diffuse et abcès.
Le ramollissement et la suppuration , dans cette phlegmasie , comme dans toutes les autres , ne sont pas les caractères anatomiques de la première période , période qu'on peut désigner sous le nom de période à'initation simple, de turgescence on A'érection iiifl ai nmatù ire , èl dont le phlegmon naissant nousfournit un exemple remarquable. Mais comme on n'a presque jamais l'occasion d'examiner le cœur dans le premier degi'é de la cardite, j'ai cru pouvoir commencer l'étude des caractères anatom^ues de cette maladie par la description du ramollis s emërit et de la suppuration. Ces deux
(>) On conçoit difûcilemenl comment la cardite partielle elle-môme peut exister sans complication d'endocardite ou de péricardite. Cependant quelques cas, et particulièrement l'observation de M. Cas. Broussais ( yoy. l'obs. 97») , porteraient à croire qu'il en est ainsi quelquefois.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE lA CARDITE. Sg'i états ne me paraissent être que deux degrés, deux modes d'une altération essentiellement la même, plutôt que deux altérations entièrement différentes l'une de l'autre.
Ce n'est pas que tout ramollissement du cœur me semble devoir être considéré comme le prélude ou l'indice d'une suppuration de cet organe. Mais je' n'ai à m'occuper pour le moment que du ramollissement qu'entraîne à sa suite l'inflammation du cœur, ramollissement qui n'est point l'apanage exclusif de cette inflammation, puisqu'on l'observe aussi dans les autres inflammations, telles que la pneumonie, l'encéphaliie ; et, pour prendre un exemple qui se rattache plus immédiatement encore à notre sujet , dans l'inflammation des muscles extérieurs en général et dans le psoïtis en particulier, dont j'ai eu pour ma part l'occasion d'observer un certain nombre d'exemples.
Le ramollissement inflammatoire du cœur, le seul dont nous devions nous occuper ici, offre deux principales variétés, que l'on peut désigner sous les noms de ramollissement rou^e et de ramollissement blanc, ou grisâtre (peutêtre conviendrait-il même d'admettre une troisième variété sous le nom de ramollissement faune).
Quelle que soit la variété de ramollissement du cœur qu'on ait à étudier , on la reconnaîtra aux caractères suivans : le tissu du cœur a perdu la fermeté qui lui est naturelle, au point qu'il suffit de le presser légèrement entre les doigts pour.le rompre; il est devenu friableet pour ainsi dire fragile. Les parois des ventricules, lorsqu'elles sont ramollies, deviennent en général flasques et s'affaissent sur elles-mêmes.
Dans le ramollissement rouge , qui a lieu dans la période d acuité de la cardite, la substance musculaire du cœur est rouge, brunâtre, quelquefois violacée, et le tissu cellulaire intermusculaire est injecté. On trouve aussi quelquefois du sang plus ou moing altéré, analogue à de la lie de vin, infiltré dans les interstices musculaires ou au-dessous de la
MALADIES DU COEUR EN l'ARTrCULIER.
membrane séreuse qui revêt le cœur à l'extérieur et à l'intérieur. 11 me semble que la matière liquide dont il s'agit ici, n'est réellement autre chose qu'un mélange de sang et de pus ou qu'un pus encore mal élaboré, cra , comme on le disait autrefois , tel que celui qu on rcconlre dans un phlegmon non encore parvenu à sa maturité, ou dans le ramollissement rouge du poumon^ lequel n'est au fond luimême (]u'un phlegmon de cette dernière espèce.
Dans le ramollissement blanc ou grisâtre du cœur, l'in jection et la rougeur sont moins prononcées que dans le précédent , et à la place du liquide sanieux indiqué plus haut, on trouve du véritable pus. Ce ramollissement caractérise une période de la carditeplusavancéequecelleà laquelle correspond le ramollissement rouge. Le ramollissement blanc ou grisdu cœur, n'est réellement que lesecond degré du ramollissement rouge, comme le ramollissement gris du poumon n'est que le second degré du ramollissement ronge de cet organe , comme le ramollissement gris ou blanchâtre du psoas n'est que le second degré du ramollissement rouge de ce muscle, etc., etc. Et de même que ces derniers ramollissemens coïncident avec une suppuration décidée des organes qu'ils affectent , de même aussi le ramollissement blanc ou grisâtre du cœur accompagne la suppuration du cœur (i).
(i) Je ne dis pas que le ramoUissement qui nous occupe soit absolument la même chose que la sujipuralion , ce qui serait une erreur. Je dis purement et simplement que l'on observe le ramollissement dont il s'agil pendaul la période de la suppuration. Or, le ramollissement et la suppuration ne sont eux-mêmes que les caractères, les signes analomiques d'une terminaison d'un étal morbide résidant à la fois dans les solides et dans les liquides qui concourent à l'organisation intime de nos parties, et qu'on est convenu de désigner sous le nom d'inflammation.
M. Lyënnec ayant confondu sous le nom générique de ramollissement des étals morbides différeus , il ne faut pas s'étonner de la confusion qui règne dans ce qu'il a dit sur ce sujet. Il a été jusqu'à donner le môme nom à la simple flaccidité
HISTOIRE Gl^N^RALE Ï)E LA. CARDITE. 2g5 Le ramollissement blanc a été signalé ainsi qu'il suit par Corvisart : « La cardiie convertit à la longue la partie mus- >. culairc du cœur en une substance molle et pâle; les fi- » bres charnues conservent alors peu de ténacité, le tissu » cellulaire qui les unit parait lâche ; quelquefois il est pé- » nétré de matiète lymphatico-purulen(e; dans certains cas, » il est en partie détruit ; le système va^culaire csi plus ap- » parent , plus développé que dans l'état ordinaire, et pa- » r;iît atteint aussi de la phlegma^ie des autres tissus, — Les » parois du cœur se déchirent par le moindre effort, et il » n'est pasbesoind'exe- cer sur elles uneforte pressioti pour » les réduire en bouillie. » {Op. cit. , p. 257.)
Je crois pouvoir rapprocher de cette variété du ramollissement du cœur, la troisième espèce de ramollissement admise par M. Laënnec , dans le passnge suivant de son ouvrage ( tom. IF , pag. 535, 2e éd.) : « Il est une troisième » espèce de ramollissement qui est accompagnée d'une » pâleur blanchâtre de la substance du cœur. Ce ramollis- » sèment n'est jamais porté à un point tel que cette sub- » stance en devienne friable; et souvent même le degré de « consistance de la substance du cœur ne paraît pas sensi- » blement diminué, quoique cet organe soit devenu flasqae, » et que ses parois s'affaissent totalement après l'incision. » Cettesorte deramollissement accompagne ordinairement » la péricardite, et ne s'observe dans aucun autre cas. * Il est bon de faire remarquer que dans les cas d'après
des tissus, à leur mollesse et au ramollissement tel que nous !e décrivons ici. Encore une fois, en exposant les caraitères analomiaues de la cardiie , nous ne pouvions pas ne pas parler du ramollissement du cœur; mais de ce que nous considérions la cardiie comme pouvant produire un état de ramollissement dii cœur, il ne fallait pas en conclure que nous regardions toute espèce de mollesse ou de ramollissement comme un produit de l'innammation , fût-ce même le ramollissement qu'on obtient en faisant macérer les tissus, ou en les abandonnant à la décomposition putride. Avons-nous eu tort , oui ou non, de ranger le ramollissement au nombre des terminaisons de la cardite? Voilà la véritable question.
296 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIEn.
lesquels Corvisart a tracé la description du ramollissement blanc du cœur, il existait une péricardile avec épanchement. Je pense donc que le ramollissement décrit ici par M. Laënnec et celui décrir par Corvisart ne sont au fond qu'un seul et même ramollissement , bien que les caractères indiqués par M. Laënnec ne s'accordent pas euiièrement avec ceux signalés par Corvisart. Quoi qu'il en soit, je suis porté à croire , d'après un assez grand nombre de faits, que la présence d'un épanchement purulent dans le péricarde est une cause de décoloration de la substance musculaire la plus extérieure du cœur, soit que cette décoloration s'opère par une sorte de macération ou autrement.
La troisième variété du ramollissement, ou le ramollissement jaune ou jaunâtre, me paraît avoir lieu dans certains cas de cardite chronique (i). Il coïncide ordinairement avec une décoloration générale, une teinte jaunâtre de l'extérieur du corps dès individus qui en sont affectés. Ce ramollissement a été très bien décrit par M. Laënnec. Après avoir exposé les caractères du ramollissement avec rougeur de la substance musculaire du cœur, l'auteur du Traité de l'auscultation médiate ajoute : «Plus ordinairement, le ra- » mollissement du cœur est accompagné d une décolora- » tion marquée de sa substance , qui prend une teinte jau- » nâtre assez analogue à celle des feuilles mortes les plus » pâles. Cette teinte jaunâtre n'occupe pas toujours toute » l'épaisseur des parois du cœur; souvent elle est très pron noncée dans le milieu de cette épaisseur , et fort peu à » l'extérieur et à la surface interne (2). Assez souvent le
(1) Il se peut que le ramollissement dont il s'agit se rencontre à un léger de- |i;ré chez des sujels qui n'avaient point présenté les symptômes d'une oardile sourde et chronique : tels sont certains imiividus cachectiques. C'est une importante question à examiner.
(2) L'inverse a quelquefois lieu , c'est-à-dire que les couches musculaires inférieures et extérieures peuvent offrir un ramollissement couleur feuille morte , tandis que les couches centrales sont intcicles.
HISTOIRE GÉNÉRAtE DE LA CAUDITE. 297 n ventricule gauche et la cloison interventriculaire la pré- » sentent d'une manière très marquée , tandis que le -ven- » tricule droit conserve sa couleur naturelle et une fermeté n plus grande. Enfin quelquefois on trouve encore çà et; » là des points rouges et d'une assez bonne consistance )> dans des cœurs dont la substance est d'ailleurs très for- » tement ramollie et tout-à-fait jaunâtre. »
Je n'ajouterai rien pour ma part à celte description, qui est tout-à-fait conforme à ce que j'ai observé; j'en rapprocherai seulement le passage suivant de la description anatomique de la cardite par Çorvisart : « En considérant le » coeur entier dépouillé du péricarde, il offre à sa surface la » couleur d'une graisse p-dle, jawiâti-e. Cette matière, comme » graisseuse, semble remplir les interstices des fibres mus- » culaires, qui, en général, sont peu apparentes, en raison » de leur ténuité et de leur pâleur. Peut-être cet état, su- » perficiellement examiné , a-t-il été pris quelquefois pour » une dégénérescence graisseuse. »
Je ne sais si Çorvisart a voulu décrire ici exactement la même espèce de ramollissement que M. Laënnec a signalée plus haut. Toutefois, comme la description de Çorvisart s'applique mieux encore au ramollissement chronique ou jaunâtre, qu'au ramollissement aigu, il m'a semblé utile de la mentionner en passant.
Occupons-nous maintenant d'une manière plus spéciale delà suppuration du cœur. La quantité et la qualité du pus sont variables. La consistance de cette matière offre en particulier de notables différences. Elle est quelquefois semblable à celle du pus phlegmoneux ordinaire, tandis que dans d'autres cas elle égale celle du blanc d'œuf cuit (voy. l'observ. deiM. Laënnec) ou du fromage, et je ne serais pas surpris que parmi les cas publiés sous le titre de Tubercules dit cœur, il y en eût qui dussent être rapportés à ce dernier état du pus.
Le pus n'est pas toujours simplement infiltré dans les in-
terslices des faisceaux ou des fibres musculaires du cœur; il forme quelquefois des collections ou des foyers qui constituent les abcès du cœur. Pour l'étendue, le siège et la disposition de ces abcès, nous renvoyons le lecteur aux observations particulières que nous en avons rapportées. Nous ajouterons seulement ici (|ue la collection purulente est tantôt libre, c'est à-dire t n contactiinniédial avec le tissu du cœur, et tantôt enveloppée d'une membrane de nouvelle foruiation ( dans ce dernier cas , l'abcès porte le nom d'abcès enkysté). Un abcès du cœur, qu'il soit enkysté ou non, peut s'ouvrir ou se faire jour, soit à l'intérieur du cœur, soit à l'extérieur ou dans la cavité du péricarde. Dans le premier cas , le pus se mêle avec le sang contenu dans les cavités du cœur. Dans le second cas, que j'admets comme possible, mais dont je ne connais pas d'exemple, il se formerait dans le péricarde un épanchement purulent, indépendant d'une péricardiie proprement dite. Si l'abcès s'ouvrait à la fois et à l'intérieur et à l'extérieur du cœur, il eu résulterait une perforation promptement suivie de mort, comme dans les cas de perforation ulcéreuse ou traumatique.
§ II . Ulcérations du cœur, avec ou sans formation de kyste anévrismal ;
perfoi allons.
Les ulcérations du tissu musculaire du cœur sont ordinairement, constamment peut-être, précédées de l'érosion de la membrane interne du cœur. Ces ulcérations varient en nombre, en étendue , en profondeur, et siègent en différens points de la surface du cœur (/^. les observations particulières). Elles affectent pour le ventricule gauche une remarquable préférence.
La formation d'un kyste anévrismal consécutivement à une ulcération des membranes interne et moyenne du cœur, s'opère par le même mécanisme que celle d'un kyste anévrismal des artères. La disposition du coagulum lamelleux est aussi exactement la même dans VdinéyTisni.e faux-consécutif du
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CÀRblîE. 299 cœur que dans l'anévrisme faux-conséculif des artères. C'est pourquoi je ne crois pas devoir insister longuement ici sur la description analomique de cet accident des ulcérations du cœur. La tumeur formée par le sang infiltré et coagulé offre de grandes différences dans son volume. Ainsi , ce volume égale à peine quelquefois celui d'une aveline ou d'une iioix, tandis que, dans d'autres cas, il surpasse celui d'un œuf et peut même être supérieur à celui des deux ventricules réunis. ( Voy. l'observ. 108". )
Presque consiamment le kyste anévrismal a contracté des adhérences avec le feuillet pariétal du péricarde, et c'est à cette heureuse circonstance qu'il faut attribuer la rareté de la rupture de ces tumeurs. Cette adhérence a de l'analogie avec celle qui a lieu dans un bon nombre de cas d'ulcérations ou d'excavations ulcéreuses d'autres organes, parmi lesquels nous citerons particulièrement les ulcérations intestinales et les cavernes pulmonaires.
Les ulcérations suivies de la formation d'une poche anévrismale, n'ont été jusqu'ici rencontrées que sur le ventricule gauche. M. Breschet a dit, dans son mémoire sur la maladie qui nous occupe , que le sommet du ventricule en était le siège le plus ordinaire. De treize cas de cette affection analysés par M. Reynaud, sept font exception à la règle énoncée par M. Breschet ; par conséquent, dit le premier de ces observateurs, il est impossible d'établir encore rien de général sur le point du ventricule où ces tumeurs peuvent plus particulièrement se développer. (Voy. le mémoire de M. Reynaud , inséré dans le Journal hebdomadaire de médecine.^
Les perforations du cœur peuvent être la terminaison des ulcérations simples du cœur ou des ulcérations avec formation d'un kyste anévrismal. Toutefois, elles sont bien plus rares dans ce dernier cas que dans le premier. Elles s'opèrent ordinairement par rupture , plutôt que par le progrès naturel du travail ulcératif ou érosif. Comme
nous l'avons dit plus haut, c'est à la présence du feuillet fibreux , ordinairement épaissi , emprunté par le sac anévrismal au péricarde, que ce sac doit le privilège de résister long-lemps à la rupture.
Quoi qu'il en soit , la rupture d'une ulcération du cœur est suivie d'effets bien différens, selon l'endroit où elle s'opère. Ainsi, par exemple, quand la rupture affecte les parois du cœur, un épanchement de sang mortel a lieu dans le péricarde. Quand, au contraire, la perforation occupe la cloison venlriculaire , une communication s'établit entre les cavités opposées du cœur, et , par suite , le sang noir peut se mêler avec le sang rouge , et réciproquement ; mais il n'en résulte point d'accident mortel.
Je ne ferai que rappeler ici la rupture des colonnes charnues destinées aux mouvemens des valvules , celle des tendons valvulaires et des valvules elles-mêmes , à la suite du ramollissement ou de l'érosion de ces parties.
§ III. Induration du cœur.
Presque toujours consécutive à celle de l'endocarde ou du péricarde, dont elle n'est alors qu'une sorte d'extension ou de propagation, l'induration du tissu musculaire ou du tissu cellulaire intermuscuiaire du cœur offre d'ailleursdivers degrés, que les comparaisons employées dans les observations précédemment rapportées feront apprécier d'une manière assez rigoureuse. Dans l'observation 106% la substance du cœur avait une consistance fibreuse ou tendineuse ; dans l'observation in% la densité des piliers charnus du ventricule droit était telle qu'en les tirant fortement en sens opposé, ils semblaient se casser plutôt que se rompre; dans l'observation 109", les parois du ventricule droit avaient une consistance si grande qu'elles semblaient avoir subi un commencement d'induration cartilagineuse; dans l'observation 21°, une portion de la paroi postérieure d'un des ventricules avait une consistance lardacée ou squir-
lîISTOIRE GÉNÉRALE DE LA. CARDITE. 3oi
rheuse ; dans l'observation iia", le ventricule gauche offrait au toucher une fermeté et une résistance telles, qu'on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue. Corvisart et M. Laënnec ont trouvé le cœur endurci au point qu'il résonnait comme un cornet à la percussion. M. Broussais a vu deux fois le cœur endurci de telle sorte, qji il était semblable à une noix de coco.
L'induration du cœur offre dans son siège et son étendue des variétés multipliées. Elle affecte tantôt les parois des oreillettes ou des ventricules , tantôt la cloison , tantôt les piliers charnus. Lorsque celte induration est accompagnée d'une véritable transformation des parties en tissu cartilagineux , osseux ou osséo-pétré , elle ne peut envahir un ventricule tout entier, car elle entraînerait alors une impossibilité de contraction et de dilatation incompatibles avec la vie. Il est, au reste, bon de noter que dans les cas où l'on croit ainsi que les fibres musculaires sont converties entièrement en tissu cartilagineux, etc., elles sont simplement atrophiées, et quelquefois plus ou moins décolorées. Cette circonstance seule peut nous expliquer pourquoi chez les individus dont le cœur pi'ésentait une pareille induration , la circulation n'a pas toujours subi d'obstacle très considérable.
ARTICLE DEUXIÈME