LIVRE DEUXIÈME
DE l'augmentation ET DE LA DIMINUTION DE SECRETION DES TISSUS sinEUX ET CELLULAIRE DU COEUR.
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Dans le Livre précédent nous avons exposé les lésions que l'état morbide, désigné sous le nom d'inflammation, déterminait et dans la quantité et dans la qualité des liquides sécrétés par divers tissus du cœur. Il s'agit maintenant d'étudier la simple augmentation ou diminution d'activité de la sécrétion normale dont ces tissus sont les agens.
Avouons d'abord que la diminution de la sécrétion dont il s'agit n'a point jusqu'ici occupé l'attention des observateurs , et que , pour notre part , nous en parlons plutôt comme d'un état morbide possible que comme d'un état morbide sur lequel nous ayons recueilli des observations précises. Nous n'avons même absolument rien à dire sur ce sujet, sinon que dans les inflammations commençantes des membranes séreuses, il est assez généralement admis que la sécrétion purulente ou pseudo-membraneuse est ordinairement précédée d'une sorte de sécheresse de ces mem- Jbraneset partant d'une diminution ou même d'une suppression complète de leur sécrétion normale.
Quant à la supersécrétion pure et simple (i) des tissus séreux et cellulaire du cœur, elle constitue une sorte d'état intermédiaire entre l'état normal et l'état inflammatoire. Nous avons exposé ailleurs l'idée que nous nous formions
(i) Hyptrcrinie de M. leprcfcsseur Andral.
AUGMENTATION ET DIMINUTION DE SÉC1\ÉTI0N. S'iQ de rausnientaiion de sécrétion des menilDranes séreuses et du tissu cellulaire en général. [Voy. ïart. Hydvopisies du Dictionn. de médec. et de cliir. pratiq.) Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir cette question. Bornons-nous donc à rappeler que pour signaler les rapports qui existent entre les JIux séreux actifs et les fluxions inflammatoires proprement dites, M. I>upuytren et les élèves de son école, tels que Marandel, MM. Breschet, Cruveilhier, etc., en ont fait deux genres d'un seul et même travail patijologique, savoir, l'irritation (i). D'autres pathologistes ont donné le nom d^lijdrophlegmasies aux liydropisies actives.
M. Andral a donné le nom à'hypercrinie par stimulation à Vinitation sécréloire de M. Dupuytren et de Marandel, et le passage suivant du Précis d'anatomie pathologique prouve que son auteur rapproche V hypercrinie par stimulation de l'inflammation à un certain degré : « La stimulation qui a ï a été le point de départ de l'hypercrinie, dit M. Andral , » peut s'être ensuite dissipée, laissant, comme trace de son » ancienne existence, une accumulation de sérosité là où ï a eu lieu le stimulus.... Dans ce cas, la maladie, inflam- » MATOiRE à son début , ne l'est plus à une époque plus » avancée. $ ( Tom. T', pag. Sig).
Le mode excitation , de stimulation^ irritation , sous l'influence duquel se produisent les hydropisies actices , nous parait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, tenir le milieu entre l'action sécrétoire normale et la sécrétion inflammatoire. Ce qui dislingue formellement la simple irritation sécrétoire de l'inflammation proprement dite, c'est que dans celle-ci le produit sécrété est du pus ou
(i) Digne disciple du grand maître dont la médecine déplore en ce moment la perte prématiin'e, Marandel établit quatre ordres naturels d'irritations : i° ««tritives, 2° sécrétoires, 3° liémorritagiques , 4° inflammatoires. (Voy. l'excellente Dissertation inaugurale de cet auteur, intitulée : Essai sur (es irritations. Paris, 1807,)
33o MALADIES DU CœUR EN rARTICl'UKR.
un liquide pseudo-membraneux , tandis que dans l'autre le liquide sécrété surabondamment conserve ses qualités ou sa nature normales. Tissot et Géromini ont comparé l'action qui produit l'hydropisie actwe à celle qui caractél'ise la vésicalion modérée. Les flux séreux actifs trouvent plus exaciement encore leurs analogues dans ces sueurs abondantes que provoquent les exercices violens, dans cette salivation copieuse qui suit l'application d'un stimulant sur la muqueuse buccale , dans cet écoulement de larmes que provoque une légère irritation de l'œil , dans ces diarrhées aqueuses ou séreuses qui surviennent par l'ingestion de certains médicamens , etc. En somme, on peut facilement transformer une simple irritation sécrétoire en une irritation inflammatoire, en augmentant la dose de l'irritation , et par contre on voit de véritables irritations inflammatoires dégénérer, en perdant de leur intensité, en une simple irritation sécrétoire. Cela n'empêche pas , encore une fois , qu'il ne faille étudier à part le mode morbide qui porte ce dernier nom. Mais revenons maintenant à ce mode morbide considéré spécialement dans les tissus séreux et cellulaire du cœur.
Des deux membranes séreuses du cœur, il en est une, l'endocarde, où l'on ne peut admettre que par analogie et induction l'existence de l'ét'at morbide qui nous occupe. L'accumulation de sérosité qui, dans les autres membranes séreuses , constitue le caractère anatomique de la maladie , ne saurait se rencontrer ici , pour des raisons que tout le monde devine.
Le tissu cellulaire du cœur peut-il devenir le siège d'une infdtration séreuse? Aucun des auteurs qui ont écrit sur les maladies du cœur n'a parlé de cette maladie, que l'on peut désigner sous le nom à^œdeme du cœur. J'en ai dit quelques mots dans le Traité des maladies du cœur de 1824, ainsi que dans l'article OEdème du Dictionnaire de médecine et
AUGMENTATION ET DIMINUTION DE SÉCRÉTION. 33 1 de chirurgie pratiques (i). Mais comme dans les cas d'œdème du cœur que j'ai eu occasion d'observer, il n'en est aucun que je puisse rapporter d'une manière certaine à la catégorie des hydropisies fictives, c'est-à-dire produites par stimulation ouirritation , je ne crois pas devoir lui consacrer ici un chapitre particulier.
L'hydropisie active ou Virritation sécrêtoire du péricarde est donc la seule maladie dont nous ayons à traiter pour le moment dans ce second livre de notre ouvrage.