‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 35 sur 80 · CHAPITRE UNIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE

DE l'hYDROPÉRICARDE ACTIF, OU DE l'iRRITATION SÉCRÊTOIRE DU PERICARDE.

ARTICLE PREMIER

Dans le chapitre qu'il a consacré à l'hydropéricarde , Corvisart ne dit absolument rien sur les diverses espèces que peut offrir cette maladie, étudiée sous le point de vue de son mécanisme ou de son mode de production. 11 importe cependant de ne point confondre l'un avec l'autre, et l'hydropéricarde qui fait l'objet de ce chapitre , et l'hydropéricarde passif, qui résulte d'un obstacle à l'absorption et à la circulation veineuse. D'ailleurs /bien que Corvisart commence par dire que « l'hydropisie du péricarde pour- » rait être considérée comme un des résultats de l'inflam- )» raation de cette membrane, » il ne manque pas de faire

(i) J'ai quelquefois aussi rencontré une infillration séreuse du tissu cellulaire accidentellement formé à la suite d'une péricardite.

339 MALADIES DU COEUR EN l'AllTICULlL'U.

observer que la collection de liquide trouble, coloré , purulent , qui se forme dans le péricarde, à la suite de la péricardite , diffère, sous plusieurs rapports, de l'amas de sérosité limpide et presque incolore qui constitue particulièrement Vhydropéticardc. Cependant, chose assez digne de remarque, des deux observations d'hydropéricarde rapportées par Corvisàrt, l'une, de l'aveu même de cet illustre médecin , pourrait être ralliée aux observations de péricardite (i) , tandis que l'autre est un exemple d'hydropéricarde passif , consécutif à une ossification des valvules mitrale et aorlique , chez un individu âgé seulement de 33 ans. D'où il suit que Corvisart n'a consigné dans le chapitre de l'hydropéricarde aucun cas où cette maladie se soit développée primitivement sous la simple influence d'une pure augmentation de sécrétion ou d'une irritation sécrétoire du péricarde.

M. Laënnec n'a guère plus insisté que Corvisart sur les différentes espèces d'hydropéricarde , et il ne rapporte aucune observation sur cette maladie. Il considère comme très rare l'hydropéricarde idiopathique ou essentiel. Je partage complètement l'opinion de M. Laënnec à cet égard , et j'avoue qu'à moins de rattacher à l'hydropéricarde actif l'accumulation de sérosité limpide qui semble isuccéderà l'épanchement purulent ou pseudo-membraneux chez les individus qui ont été affectés d'une péricardite aiguë, passée à l'état chronique, je ne possède aucun cas indubitable de cette maladie. J'ai cependant noté comme tel le cas suivant.

Une jeune femme, affectée de variole, s'étant refroidie imprudemment, et ayant fait un grand excès de régime (2) pendant le cours de la période de suppuration, fut prise

(1) Voici quelle était la lésion constatée après la mort : Le péricarde avait plut d'épaisseur que dans l'état naturel. La superficie du cœur paraissait avoir ctc le siège d'une inflammation clironique. La cavité du péricarde contenait environ quatre pintes , ou huit livres , de sérosité claire et verdâlre. • (») La malade se lève en chemise, se promène ainsi dans la salle, sans se garantir

DÈ L*HYDROPÉRICÂRDE ACÏlF. 333 tout-à-coup d'accidens cholériques, et mourut en moins de 2.4 heures, foudroyée par les évacuations alvines et les vomissemens (21 juin i833). Outre les altérations que présentait le tube digestif (c'étaient celles du véritable choléra), on trouva im quart de ^ erre environ de sérosité limpide dans le péricarde. Comme il très rare de rencontrer de la sérosité dans le péricarde des individus emportés par un violent choléra, et que, d'un autre côté , cette femme s'était exposée à un refroidissement propre à provoquer des congestions séreuses internes, j'ai cru pouvoir attribuer ici l'épanchement séreux du péricarde à une augmentation de sécrétion de cette membrane , plutôt qu'à un obstacle à l'absorption ou à la circulation. Toutefois, cette manière de voir ne me paraît que probable et non rigoureusement démontrée.

A l'article iiydropérïcarde du Dictionnaire de Médecine et de chirurgie pratiques , j'avais rapporté un cas qui paraissait devoir se rattacher à l'hydropéricarde actif proprement dit (ce cas m'avait été communiqué par M. le docteur Cas. Broussais). Mais le malade ayant succombé, on trouva des traces de péricardite terminée par un énorme épanchement.

En dernière analyse, dans l'état actuel de la science, on serait fort embarrassé de citer un seul cas incontestable d'hydropéricarde actif, non précédé d'une péricardite qui, de l'état aigu, est passée à l'étal chronique. Mais les hydropéricardes de ce dernier genre doivent-ils être classés dans Ja catégorie des hydropéricarJes actifs proprement dits? Cela n'est pas démontré, et je dois pourtant déclarer que c'est sur eux que repose en partie l'histoire générale que nous allons tracer ci-après.

du froid. Une de ses compagnes , vaincue par ses instances, lui cède sa portion d'alimens, consistant en une poire, du bouilli et du pain, La malade mange le tout avec avirlilé.

MALADIES DU CCœUR EN fARTICUlIER.

ARTICLE DEUXIÈME

niSIOlnB GÉNKBALE DE t'il YOBOPéBICAaOE ACTIF.

§ I. Caractères anatomiques.

Sous le point de vue des caractères anatomiques , l'hydropéricarde actif ne diffère pas sensiblement de l'hydropéricarde passif.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur la quantité de sérosité nécessaire pour constituer un hydropéricarde, soit actif, soit Par exemple, Corvisart nous enseigne que

si la sérosité que l'on trouve ordinairement dans le péricarde excède six à sept onces , il existe une hydropisie de ce sac membraneux (i). M. Laënnec ne s'explique pas nettement sur la question qui nous occupe. 11 dit seulement que u le plus somment l' hydropéricarde idiopathiqiie se réduit à quelques onces. » Il me paraît certain qu'il suffit d'une quantité de sérosité moindre que celle indiquée par Corvisart, pour constituer un véritable hydropéricarde. En effet, la quantité de sérosité qui peut s'accumuler dans le péricarde par le seul effet d'une longue agonie , ne s'élève pas ordinairement au-delà d'une à deux onces.

Quoiqu'il en soit, la présence de six, sept ou huit onces de sérosité dans le péricarde ne caractérise qu'un hydropéricarde assez peu copieux. 11 n'est pas très rare , en effet, de voir cette quantité s'élever à deux ou trois livres. Dans un cas observé par Corvisart , et que nous avons déjà rap-

(i) « Si l'observation prouve, dit Corvisart, que la quantité de six onces soit » la plus considérable qu'on ait trouvée dans le péricarde dun grand nombre » d'individus morts des suites de toute espèce de maladies, autres que celles qui » peuvent déterminer l'hydropéricarde , ne suis-je pas en droit deronclure que, > lorsque cette sérosité excède six à sept onces, il existe une hydropisie de ce s sac membraneux ? »

DE i'hYDROPKRICARDE ACTIF. 335 pelé un peu plus haut , le péricai-de contenait huit livres de sérosité.

Le liquide de l'hydropéricarde est d'une limpidité parfaite, tantôt incolore , tantôt fauve, vei'dâtre ou jaunâtre (s'il existe une complication d'hémopéricarde , le liquide est rougeâtre et quelquefois même noirâtre). La couleur jaune offre quelquefois la teinte qui caractérise les dissolutions d'or.

Le péricarde est quelquefois épaissi en même temps que distendu proportionnellement à la quantité de sérosité épanchée. Je l'ai trouvé souvent sensiblement plus blanc que dans l'état normal , comme s'il eût été lavé ou pour mieux dire macéré parla sérosité. La couleur d'un blanc mat ou légèrementlactescente est surtout très marquée sur le feuillet viscéral (i).

Je ne sais si le simple épancliement de sérosité dans le péricarde peut amener à la longue un état d'atrophie du cœur, comme il arrive pour le poumon à la suite d'un épanchement séreux dans la plèvre, mais j'ai vu cette atrophie du cœur survenir par l'effet de la compression prolongée qu'avait exercée sur lui un épanchement pseudomembraneux.

La tumeur qui résulte de l'amas d'une énorme quantité de sérosité dans le péricarde, agit aussi mécaniquement sur les organes voisins, tels que les poumons , le diaphragme , la rate et le foie ; elle les refoule , usurpe en quelque sorte leur place, et soulève la région précordiale.

(i) M. Laënnec ne paraît pas avoir observé celte particularité, et si c'est à elle que s'applique le passage suivant de l'article Hydropéricarde du Traité de l'auscitllalion médiate, j'oserbi afûmer que M. Laënnec est tombé dans une légère erreur : « Quel([ues auteurs, dit-il, rapportent avoir trouvé le cœur comme ma- M céré ; mais ces observations, énoncées plutôt que décrites, peuvent cire rangées

au nombre des faits mal vus et plus mal exprimés eacoré.w

MALADIES DU COEUR M PAr.TICUUER.

§ II. Signes cl symplômes de l'Iiydropéricarde actif (i).

Les signes certains de l'hydropéricarcle ne peuvent être fournis que par les méthodes de Vinspeclinn , delà pal/mtio?!, de \3i percussion et de Vauscultnlion. Cependant Lancisi , et après lui plusieurs autres observateurs, comptaient parmi les signes les plus certains de celte hydropisie, le sentiment d'un poids cnorine sur la région du cœur. Reimann etSaxonia prétendent que les malades sentent leur cœur nager dans r.'iau (2). Mais c'est avec raison que Morgagni fait remarquer que de tels signes regardés comme pathognomoniques, méritent à peine de figurer même parmi les symptômes équivoques de l'hydropéricarde.

Sénac assure avoir vu dans les intervalles des troisième, quatrième et cinquième côtes gauches, le /lot du liquide épanché dans le péricarde. Mais il est probable qu'il se sera fait illusion. Corvisart , tout en avouant qu'il n'a pas -?'// strictement \e phénomène indiqué par Sénac, déclare avoir constaté par le toucher l'existence de la fluctuation. Cet illustre observateur reconnaît toutefois qu'il peut se faire que les ondulations qud a senties avec la main chez un seul malade , dépendissent des hattemens du cœur. J'ai eu occasion «de rencontrer un cas qui semble appuyer la remarque de Corvisart. Nous avions cru, au premier abord, avoir constaté l'existence delà fluctuation dans la région précordiale, chez un de nos malades. Mais un examen attentif nous convainquit bientôt que le phénomène pris pour la fluctuation n'était autre chose que la contraction du cœur, lequel avait

(1) Quelle que soit l'espèce de l'hydiopéricarde, ses signes physiques sont toujours essenliellement les mêmes. On peut donc appliquer à l'hydropéricarde passif ce que nous dirons ici des signes physiques de l'hydropéricarde nc<i/.

(2) Un malade chez lequel existait un énorme épancliement dans le péricarde, et dont M. Cas. Broussais m'a communiqué l'observation, ciail fort effrayé c'c ne plus vfn^r battre son eœitr, mais il ne le sentait pas, d'ailleurs, nager dans l'eau.

DE l'HYDROrÉRICARDE ACTIF. 887 été éloigné de sa place accoutumée et appliqué en quelque sorte contre la paroi thoracique par une énorme tumeur située dans le côté gauche de la poitrine (i).

Corvisart a signalé , le premier , la 'voussure que présente la région précordiale , dans certains cas d'hydropéricarde : « Dans quelques cas , dit-il, cette région est plus élevée, plus arrondie, plus bombée que le reste de la poitrine. »

Le même auteur n'a pas négligé de mettre au rang des signes de l'hydropéricarde la matité de la région précordiale. L'étendue de cette matité est en raison directe de la masse de l'épanchement. Chez le malade dont M. Cas. Broussais m'a communiqué l'observation , à partir de deux pouces au-dessous du hord supérieur du sternum jusqu'à V appendice xjplioïde, et même au-dessous, de haut en bas, et transversalement du sein du côté droit au sein du coté gauche , existait un son mat très prononcé .

La main appliquée sur la région précordiale, dans le cas d'hydropéricarde considérable , ne distingue plus les battemens du cœur, du moins lorsque le malade garde la position horizontale. Dans le cas de M. Cas. Broussais, par exemple, contiuctions du cœur ne produisaient aucune impulsion sensible à la main. Cependant Corvisart insiste beaucoup sur un signe qui semble en contradiction avec ce que nous venons de dire. Ce signe, qui s'est offert deux fois à l'observation de Corvisart , consiste en ce que les battemens du cœur se font sentir, tantôt à droite , tantôt à gauche, ou, pour s'exprimer plus clairement, dans dijférens points d'un cercle assez étendu. Ce phénomène dépend, ajoute Corvisart, de ce que le cœur nage pour ainsi dire , ou erre assez librement dans le liquide, pour aller frapper des points d'autant plus éloignés les uns des autres , que l'épanchement et la dilatation sont plus considérables (2).

(1) Il ne faut pas confondre le phénomène que nous venons d'étudier avec le bruit de fluctuation dont il sera question à l'article de Vliydro-pneumopéricarde. (a) La contradiction dont nous parlions plus haut est, comme on voit, plus

a- aa

Après avoir rapporté les divers signes exposés par Corvîsart,M. Laenhec s'exprime ainsi sur leur valeur : « On peut » les rencontrer réunis en plus ou riioinsgrand nombre ap-èc ii ou sans hydfopéricarde , » assertion qui nous paraît manquer d'exactitude. M. Laënnec ajoute : « Lé stéthoscope » àidera sans doute à établir le diagnostic , mais je ne puis » cW-ô (^uéls signes il fournira , parce que je n'ai pas èu assez » d'occasions d'observer l'hydropéricarde idiopaihique. »

L'auscultation fournit les mêmes données séméïologiques dahs le cas dé simple hydropéricarde , que dans le cas d'é- T^^uchemeni péricarditique [ï) . Lorsque l'hydropéricarde est très abondant, les bruits du cœur sont lointains, obscurs, ët ils ressemblent, jusqu'à certain point, à ceux du cœur du fœtus. Dans le cas déjà cité de M. Casimir Broussais, oh h'êntèndait que des contractions faibles et obscures du cœur, et d'autant plus obscures, que Von s 'écartait davantage de la région corfèspondanle a la base du cœur , de sorte quen ce point les deux contractions étaient distinctes (2), tandis qu'aux extrémités dè la région occupée par le son mat, on n'entendait plus 'qu'uhè Sorte dè murmure , assez analogue à celiii que perçoit Vbféille lorsqu'on en approche un coquillage.

Les autres signes de l'hydropéricarde consistent en des lésions dès fonctions de la respiration et de la circulation, produites mécaniquement par la pression qu'exerce le péricarde distéhdii sur toutes les parties voisines. Comme ces lésions sont communes à plusieui's autres maladies du cœur, ët qiife nous eh avons déjà parlé eh traitant de l'épanchehiéht consécutif à la péricardite, nous n'y reviendrons pas ici.

apparente que rédlâ ; car ce n'est pas dans la position horizohtale que les baltemms du cœur se font sentir dans diffcrens points d'un cercle e$tez étendu.

(1) Il est bien. entendu cependant que, vu l'absence de fausses membranes sur les Feuillets du péricarde, dans les cas de simple Iiydropéricarde , on n'entendra ipaS les divers bruits de frottement péricardique dont nous avons parlé ailleurs.

(ij Leà bruits que M. Cas. Broussais désigne ici sous le nom de contractions du cBtiit, $out pour nous , comme on sait, les bruits valvulairu.

DÉ i'hYDROFÉMCARDE ACTIF. SSg Les signes physiques exposés plus haut permettent-ils de diagnostiquer sûrement rhytlropéricarde? Après avoir dit que 1 ensemble des signes qu'il dvait présentés étaient bien propres à combattre V opinion de quelques médecins quiontregardé le diagnostic de V hydropéricarde comme étant toujours lmpos~ sible à établir, Corvisart aj'oute : // faut pourtant convenir que cette maladie, assez facile a reconnaître quand elle est isolée , devient , dans la plupaH des cas , par ses nombreuses et fréquentes complications , d'une obscurité très grande.

M. Laënnec croit pouvoir assurer que les épanchemens peu abondans dans le péricarde (au-dessous d'une livre, par exemple) ne donneront jamais aucun signe , et que probablement on ne pourra jamais reconnaître que ceux qui sotit beaucoup plus considérables: mais il pense que ceux qui passent deux ou trois livres pourront être quelquefois reconnus à l'aide des signes donnés par la percussion , l'auscultation et l'inspection. Au reste, dit M. Laënnec, les hydropéricardes essentiels sont tellement rares , que l'on doit peu regretter de n'avoir pas de signes plus sûrs de cette affection. {Op. cit.., t. IP pag. 670.)

Notre expérience personnelle nous autorise à poser en fait, que tout observateur exercé qui fera uii usage attentif des méthodes d'exploration indiquées plus haut, parviendra presque toujours à reconnaître l'existence d'un abondant épanchement dans le péricarde. Mais il ne sera pas aiséj dans tous les cas , de déterminer quelle est l'espèce de l'épanchement; pour parvenir à résoudre ce problème, il faut avoir une connaissance exacte des antécédens, et s'être livré à une étude approfondie des diverses maladies à la suite desquelles un liquide quelconque peut s'épancher dans le péricarde. Ce n'est réellement que par une assidue et longue fréquentation des salles de malades, qu'on acquiert le tact nécessaire à la solution de ces délicates questions de diagnostic.

§ III. Traitement de l'hydropéricarde (i).

On devra combattre l'hydropéricarde actif primitif, si jamais on a l'occasion de le constater, par les moyens préconisés contre les autres hydropisies actives en général , tels que les saignées, les diurétiques, les sudorifiques , les purgatifs, les révulsifs extérieurs, etc.

Mais lorsque les divers agens de la thérapeutique médicale proprement dite ont échoué contre l'hydropéricarde, convient-il de recourir aux secours de la chirurgie? Faut-il, en un mot , donner issue au liquide épanché , en pratiquant une opération qu'on pourrait appeler la paracentèse du péricarde ?( Et ici, que l'hydropéricarde soit primitif , ou qu'il ne soit autre chose que la transformation d'une péricardite en une simple hypercrinie ou irritation sécrétoire, la question reste à peu près la même. )

Les praticiens ne sont pas tous d'accord , ni sur l'indication de cette opération , ni sur son mode d'exécution. Sénac a proposé d'appliquer particulièrement à l'hydropéricarde l'opération de la ponction avec le trois-quarts. Corvisart pense, contre l'opinion de cet auteur, que les avantages qu'on peut retirer de l'ouverture du péricarde, contre-balanceront rarement le danger auquel elle expose le malade. Mais si l'on se décidait à la faire, l'incision par le bistouri devrait être préféi'ée, selon lui, à la ponction par le troisquarts, qu'il considère comme dangereuse sous plusieurs rapports, sans justifier, d'ailleurs, par aucun fait, l'idée défavorable qu'il en a conçue. De son côté, Sénac n'a rapporté aucune observation à l'appui de son procédé. Il cite seule-

(i) Je n'ai rien de bien positif à dire sur les causes de l'hydropéricarde actif: elles sont probablement les mêmes que celles des autres hydropisies actives en général. Aucun des auteurs qui se sont occupés de l'étude des maladies du cœur ne nous fouinii de données spéciales sur ce sujet.

DE l'flYDtlOlPÉRICAlRDi: ACTIF. 34 1

ment un cas d'hydrothorax, pour lequel il a fait une ponction à la poitrine avec le plus heureux succès.

Notons ici que, dans certains cas, on a cru avoir ouvert le péricarde, tandis qu'on avait pénétré seulement dans la plèvre. En voici la preuve.

Dans un cas où Desbois , Dumafigùi , Sue et Desault , rassemblés en consultation , crurent reconnaître , les uns une hjdropisie de poitrine^ les autres un amas d' eau dans le péricarde, Desault, pour accorder les consultans, proposa une opération qui convenait à l'une et à l'autre affection; c'était d'ouvrir la poitrine entre la sixième et la septième côtes gauches, vis-à-vis la pointe du cœur. Ce projet fut exécuté le lendemain. L'incision ayant été faite, Desault porta les doigts dans la poitrine, et sentit une espèce de poche pleine d'eau, qu'il prit pour le péricarde. Cette poche ayant été ouverte avec un bistouri mousse, il s'en écoula une chopine d'eau environ, avec une espèce de sifflement à chaque expiration. L'écoulement étant fini, tous les assistans ayant porté tour à tour le doigt dans l'ouverture, sentirent un corps uni, pointu, conique, qu'ils prirent pour le cœur à nu.

Le malade ayant succombé le quatrième jour , l'ouver-ture du cadavre fit voir que la poche incisée et prise pour le péricarde , était une membrane qui unissait le bord du poumon gauche au péricarde. Le corps conique et pointu qu'on avait jugé être le cœur, était, en effet, cet organe, mais enveloppé du péricarde, auquel il adhérait en grande partie.

Dans un second cas à peu près semblable à celui-ci , Corvisart rapporte que la même opération a été pratiquée depuis Desault (i); il ajoute que l'erreur a été la même : on croyait avoir pénétré dans le péricarde, et l'ouverture du

rOjlilji

(i) M. Laënnec dit que l'incision entre les sixième et septième côtes a été pratiquée deux fait par Desault. Il est probable que M. Laënnec aura , par mégarde.pris le cas indiqué ici par CorTisart, pour un cas où Desault arait faill'ppéralloo.

342 MAtAftIES DU COEUB EN PARTICUIIER.'

corpç prouva que le liquide que l'on supposait venir de la cavité de ce sac membraneux s'était échappé de la poitrine, qui avait été ouverte par l'opération.

Selon M. Laënnec, « il ne serait peut-être pas impossible » de remédier efficacement à l'hydropéricarde au moyen de n l'opération chirurgicale. » Il pense que l'opération la plus Utile et la moins dangereuse que l'on pût faire serait la trépanation du sternum au-dessus de l'appendice xyphoïde. Jl ajoute que peut-être il faudrait exciter une péricardite par des injections légèrement stimulantes pour obtenir la guérison de l'hydropéricarde. Mais les conseils de M. Laënnec n'ont encore en leur faveur que les présomptions de ce praticien.

Au reste , c'est à M. le professeur Richerand, et non à M. Laënnec, qu'appartient la première idée de la méthode des injections pour la cure radicale de I hydropéricarde (i), méthode qui, comme tout le monde le sait, n'est que l'application d'un mode de traitement usité avec tant de succès contre une autre hydropisie , savoir : l'hydrocèle ou l'hydropisie de la tunique vaginale.

Dans l'état actuel de la science , ce serait , à notre avis, faire acte de témérité et non de prudence que de recommander, sans restriction, d'appliquer au traitement de l'hydropéricarde la méthode adoptée pour la cure radicale de ri^ydrocèle. Mais il nous semble qu'on s'est peut-être exagéré les dangers de la péricardite à laquelle il faudrait donner lieu pour obtenir l'adhérence réciproque des feuillets opposé? du péricarde , seul moyen de prévenir le retour de l'amas de sérosité à laquelle on aurait ouvert une issue par la ponctior^, l'incision ou la trépanation indiquées plus haut. Les faits nombreux contenus dans

(i) Qe n'est pas ici le lieu de rapporter le cas remarquable d'exlirpaiion des côtes gaijçbes, qui fournit à M. Richerand l'occasion de concevoir et de proposer la méthode dont nous venons de faire mention.

DE t'HYDROPÉniCARDE ACTIF. 343 notre article Péricardite sont bien propres à calmer un peu l'inquiétude qu'aurait pu causer jusqu'ici l'existence d'une péricardite adhésive, telle que celle qu'on produirait par des injections irritantes. Toutefois, nous répéterons ce que nous avons dit à l'article du traitement de la péricardi^fi : la pratique dont il s'agit e^t wxx de ces problèmes dont l'expérience n'a pas encore donné la solution. Nous ne pouvons donc nous prononcer formellement ni pour ni contre une tentative de ce genre (i).

(i) La péricardite, provoquée par les injections irritantes, serait aussi simple que possible. Or, nous avons vu ailleurs que les accidens graves observés dans certains cas de péricardite , tenaient surtout aux complications dont elle était accompagnée.

Ce n'est pas seulement à l'hj'dropéricarde, mais à quelques autres hydropisies intérieures, telle» que l'ascite et l'hydroihorax, qp'on pourrait appliquer la mé' thode de la cure de l'hydrocèle , s'il n'était à craindre que, dans beaucoup de eas , le remède ne fût pire que le mal. M. Lhomme, de Château-Thierry, a proposé de guérir l'ascite en faisant pénétrer dans la cavité péritonéale une certaine quantité de vapeur vineuse. Depuis cette époque, Mi^. Ips doplpups Jobect (lie ppqaballe ) et Vîtssal ont guéri chacun un cas d'ascite en provocjuanj; , après la sortie du liquide, une péritonite adhésive.

M. le docteur Vassal si; servit, pour irriter le péritoine, de l'instrument au moyen duquel il avait relire la sérosité, ^a gpérisqn eut Jieu 9 t-Wprs de gt graves accidens, qu'il serait peut-être plus que hac!|i d.q f.égé|,ei; çji pareille pcçar sion la pratique de notre honorable confrère.

Enân, dans une dissertation présentée à la Faculté de médecine, il y a deux ou trois ans, il est question d'une ascile qui fut guérie par des injections composées d'un ipélange d'eau et de décoction de quinquina.

Ces faits sont certainement bons à connaître, mgis, encore une fois , ils ne suffisent pas pour décider la grave question de thérapeutique à laquelle ils te rapporieiit. 11,";! prrorr

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